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Pardon en
Kabylie et procès de Frik au tribunal d’Alger
Espoir et
réserves
Depuis la visite
du chef du gouvernement à Beni Douala, la presse nationale a dirigé,
plusieurs jours, le lectorat sur la Kabylie avant de l’orienter vers
le tribunal d’Alger où se déroule le procès de Bachir Frik, non sans
quitter des yeux la Kabylie où les élus du FFS et du FLN font dans
la résistance contre la mise en pratique des accords du gouvernement
conclus avec les arouch.
“Je suis venu pour
panser les blessures”, titrait en Une La Tribune, qui fait parler
aussi le père Guermah dont la commémoration officiel de l’assassinat
de son fils Massinissa est perçue comme “un signe d’apaisement et
une marque de reconnaissance” non seulement pour son fils, mais pour
tous les martyrs du printemps noir. La satisfaction est également
exprimée par Bélaïd Abrika, qui considère que ce geste “apporte un
grand réconfort à notre population”.
La situation en
Kabylie reste toutefois tendue et permissive à un retour à la case
départ. La Tribune évoque dans son éditorial la précarité des acquis
du fait que “les citoyens en Kabylie désillusionnés” appréhendent
“la perspective qui expose la Kabylie une nouvelle fois à des
risques et tensions et constitue un antécédent grave”.
Pour Liberté,
comme l’explique l’édito, “il n’y a pas de solution miracle et
aucune option ne pourra jamais faire l’unanimité”. Le geste
“symbolique fort” du chef du gouvernement “(...) restera dans
l’histoire comme étant l’aboutissement des revendications légitimes
pour lesquelles se sont sacrifiés d’autres jeunes de la région, mais
surtout un acte de reconnaissance de l’Etat au sacrifice des 125
martyrs”. Encore faut-il pour les arouch, dans l’optique de
l’éditorialiste de Liberté, “ne pas faire l’impasse sur le poids et
le rôle des partis politiques implantés dans la région”. Leurs
présence en tant “que garants du pluralisme et de la démocratie”,
est à prendre en charge “pour la stabilité et le développement de la
Kabylie”.
“Ouyahia se
recueille sur la mémoire des martyrs” et “le printemps de tous les
bourgeons” sont les titres que La Dépêche de Kabylie a choisis pour
rapporter l’événement de Beni Douala, en ce jour de célébration du
Printemps berbère. Le journaliste rapporte le climat de convivialité
et “de complicité qui a caractérisé la rencontre”. Sous le titre
“sagesse”, l’éditorialiste de La Dépêche de Kabylie replace la
visite du gouvernement dans un contexte nouveau, à l’opposé de celui
qui a prévalu il y a à peine deux ans “quand les représentants de
l’Etat étaient personna non grata”. Dans le geste du chef du
gouvernement, il y voit “le retour à la sagesse en lieu et place des
calculs politiques dans le traitement d’un dossier qui a montré,
depuis 1980, que la roublardise et la répression n’ont fait que
retarder le règlement”.
La Nouvelle
République qui y voit dans la visite de Ouyahia “un geste
audacieux”. L’appréciation de La Nouvelle République était toutefois
conditionnée par des questionnements contenus dans l’éditorial : “Le
pouvoir va-t-il trancher ?” L’allusion est faite au sort des
assemblées, dont il est attendu la dissolution. Le pouvoir, estime
le journal, “doit trancher et cesser de tergiverser sur la question
des assemblées et assumer dans le même temps ses pleines
responsabilités en cas de grabuge ou de mauvaise passe”.
El Watan se
contentera de considérer le geste d’Ouyahia sous l’angle d’une
tentative des pouvoirs publics de “se réconcilier avec la Kabylie”.
Dans “une visite, une victoire”, le rédacteur dira que les milliards
déversés pour rattraper le retard que la Kabylie accuse en terme de
développement, “le pouvoir parviendra sûrement à maîtriser pendant
un certain temps une région, qui lui a toujours été hostile”.
Dans les colonnes
du Soir d’Algérie, le tableau est complet. La page 3 est consacrée à
l’événement avec comme ouverture un papier sur la visite du chef du
gouvernement à Beni Douala, qui rapporte dans le détail la cérémonie
de recueillement en rapportant le sentiment de satisfaction de la
population, faisantt état également du mécontentement des
anti-dialoguistes, dont certains ont rendu publique une déclaration
dans laquelle “ils dénoncent l’accentuation de la crise
multidimensionnelle”, rejetant de fait la forme actuelle du dialogue
“risquant de porter atteinte à l’esprit de la plate forme d’El-Kseur”.
L’éditorialiste du
Soir d’Algérie préfère remonter un peu plus en arrière pour rendre
hommage au geste de “pardon” d’abord ; il y voit une “symbolique qui
n’échappera pas aux sages des djemaâs et à tous les patriotes
kabyles”. L’hommage va ensuite à ceux – 18 journalistes – qui, dans
une pétition, en 1980, avaient protesté contre le traitement que
leur journal avait réservé au Printemps berbère. “Il est
certainement l’un des plus beaux de notre vie. Il prouve que nous
avions raison de déchirer le silence et la peur, il y a 25 ans
déjà.”
Est-ce “de
nouvelles mœurs”, s’interroge l’éditorialiste du Jour d’Algérie, qui
estime que la visite du chef du gouvernement sur les lieux même où a
pris le feu de la discorde “n’est pas à prendre à la légère” (…),
c’est “une démonstration de force qui ne va pas manquer d’inquiéter
autant ses adversaires que ses alliés”.
La déclaration de
Bélaïd Abrika faisant état du règlement des partielles par voie de
décret présidentiel, l’éditorialiste émet la crainte, toutefois, que
le chef du gouvernement “n’ait à subir les frais de son partenaire
politique du moment, tant il est vrai que non seulement Abrika
s’aligne sur la position extrêmement vicieuse du FLN qui tient à
tout prix à mouiller le président de la République dans un dossier
jusque-là très bien géré par le Chef du gouvernement”.
Frik, le
déballage
Depuis l’ouverture
du procès du wali d’Oran, la presse a opté pour la réserve sur un
dossier qui promet d’être long et riche en rebondissements. La
Tribune lui consacre deux pages.
El Watan titre
“Frik accuse les généraux”, l’ex-wali d’Oran aura fait couler
beaucoup d’encre depuis qu’il siège au banc des accusés, au tribunal
de d’Alger. La page cinq du journal lui est consacrée. Dans une
chronologie, le rédacteur rapporte les détails d’un procès qui
promet d’être long. Mais c’est dans le commentaire qu’El Watan va
plus loin dans la lecture des faits en relevant un fait nouveau dans
les annales de l’institution judiciaire : “On cite nommément et
publiquement des noms de puissants dans une cour de justice. Parmi
eux, un général, un ancien chef de la sûreté de wilaya et des
notabilités locales de tout acabit.” Déchiffrant la technique
utilisée par l’accusé pour se défendre, le commentateur a estimé
qu’il a choisi “le système de défense bien périlleux”. Outre le fait
qu’il considère Bachir Frik comme quelqu’un qui sait ce qu’il fait,
le commentateur d’El Watan évalue le calcul de s’attaquer à de très
hauts par le fait que, peut-être, l’institution judiciaire “a tourné
la page”. Il se base en cela sur “l’étonnante liberté” dans laquelle
se déroule le procès. Il n’en demeure pas moins que cette mutation
manque encore de profondeur puisqu’elle se limite “à un discours
récurrent du magistrat sur le principe de la loi au dessus de tous”.
Son idée est toute faite. “On voit encore mal, aujourd’hui, la
justice fouiller dans les tréfonds du système et s’attaquer à des
hommes dans les institutions intouchables”. Rien n’est perdu
d’avance, “mais peut être que…”, conclut-il.
Frik est “un nom
porte malheur”, selon Le Jour d’Algérie. Le simple fait “de
consacrer sept heures à la lecture de l’arrêt de renvoi donne déjà
une petite idée du sort qui attend un homme qui présente les
caractéristiques les plus évidentes du bouc émissaire idéal”. La
raison, écrit Le Jour, se mesure en la capacité de “faire passer au
second plan les tares d’un système où le mot contrôle est totalement
banni du dictionnaire à l’usage des dignitaires du régime”.
Samira Mana
Haut
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