Semaine du 27 avril au 3 mai 2005

 

Pardon en Kabylie et procès de Frik au tribunal d’Alger

Espoir et réserves

 

 
 
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Pardon en Kabylie et procès de Frik au tribunal d’Alger

Espoir et réserves

Depuis la visite du chef du gouvernement à Beni Douala, la presse nationale a dirigé, plusieurs jours, le lectorat sur la Kabylie avant de l’orienter vers le tribunal d’Alger où se déroule le procès de Bachir Frik, non sans quitter des yeux la Kabylie où les élus du FFS et du FLN font dans la résistance contre la mise en pratique des accords du gouvernement conclus avec les arouch.

“Je suis venu pour panser les blessures”, titrait en Une La Tribune, qui fait parler aussi le père Guermah dont la commémoration officiel de l’assassinat de son fils Massinissa est perçue comme “un signe d’apaisement et une marque de reconnaissance” non seulement pour son fils, mais pour tous les martyrs du printemps noir. La satisfaction est également exprimée par Bélaïd Abrika, qui considère que ce geste “apporte un grand réconfort à notre population”.

La situation en Kabylie reste toutefois tendue et permissive à un retour à la case départ. La Tribune évoque dans son éditorial la précarité des acquis du fait que “les citoyens en Kabylie désillusionnés” appréhendent “la perspective qui expose la Kabylie une nouvelle fois à des risques et tensions et constitue un antécédent grave”.

Pour Liberté, comme l’explique l’édito, “il n’y a pas de solution miracle et aucune option ne pourra jamais faire l’unanimité”. Le geste “symbolique fort” du chef du gouvernement “(...) restera dans l’histoire comme étant l’aboutissement des revendications légitimes pour lesquelles se sont sacrifiés d’autres jeunes de la région, mais surtout un acte de reconnaissance de l’Etat au sacrifice des 125 martyrs”. Encore faut-il pour les arouch, dans l’optique de l’éditorialiste de Liberté, “ne pas faire l’impasse sur le poids et le rôle des partis politiques implantés dans la région”. Leurs présence en tant “que garants du pluralisme et de la démocratie”, est à prendre en charge “pour la stabilité et le développement de la Kabylie”.

“Ouyahia se recueille sur la mémoire des martyrs” et “le printemps de tous les bourgeons” sont les titres que La Dépêche de Kabylie a choisis pour rapporter l’événement de Beni Douala, en ce jour de célébration du Printemps berbère. Le journaliste rapporte le climat de convivialité et “de complicité qui a caractérisé la rencontre”. Sous le titre “sagesse”, l’éditorialiste de La Dépêche de Kabylie replace la visite du gouvernement dans un contexte nouveau, à l’opposé de celui qui a prévalu il y a à peine deux ans “quand les représentants de l’Etat étaient personna non grata”. Dans le geste du chef du gouvernement, il y voit “le retour à la sagesse en lieu et place des calculs politiques dans le traitement d’un dossier qui a montré, depuis 1980, que la roublardise et la répression n’ont fait que retarder le règlement”.

La Nouvelle République qui y voit dans la visite de Ouyahia “un geste audacieux”. L’appréciation de La Nouvelle République était toutefois conditionnée par des questionnements contenus dans l’éditorial : “Le pouvoir va-t-il trancher ?” L’allusion est faite au sort des assemblées, dont il est attendu la dissolution. Le pouvoir, estime le journal, “doit trancher et cesser de tergiverser sur la question des assemblées et assumer dans le même temps ses pleines responsabilités en cas de grabuge ou de mauvaise passe”.

El Watan se contentera de considérer le geste d’Ouyahia sous l’angle d’une tentative des pouvoirs publics de “se réconcilier avec la Kabylie”. Dans “une visite, une victoire”, le rédacteur dira que les milliards déversés pour rattraper le retard que la Kabylie accuse en terme de développement, “le pouvoir parviendra sûrement à maîtriser pendant un certain temps une région, qui lui a toujours été hostile”.

Dans les colonnes du Soir d’Algérie, le tableau est complet. La page 3 est consacrée à l’événement avec comme ouverture un papier sur la visite du chef du gouvernement à Beni Douala, qui rapporte dans le détail la cérémonie de recueillement en rapportant le sentiment de satisfaction de la population, faisantt état également du mécontentement des anti-dialoguistes, dont certains ont rendu publique une déclaration dans laquelle “ils dénoncent l’accentuation de la crise multidimensionnelle”, rejetant de fait la forme actuelle du dialogue “risquant de porter atteinte à l’esprit de la plate forme d’El-Kseur”.

L’éditorialiste du Soir d’Algérie préfère remonter un peu plus en arrière pour rendre hommage au geste de “pardon” d’abord ; il y voit une “symbolique qui n’échappera pas aux sages des djemaâs et à tous les patriotes kabyles”. L’hommage va ensuite à ceux – 18 journalistes – qui, dans une pétition, en 1980, avaient protesté contre le traitement que leur journal avait réservé au Printemps berbère. “Il est certainement l’un des plus beaux de notre vie. Il prouve que nous avions raison de déchirer le silence et la peur, il y a 25 ans déjà.”

Est-ce “de nouvelles mœurs”, s’interroge l’éditorialiste du Jour d’Algérie, qui estime que la visite du chef du gouvernement sur les lieux même où a pris le feu de la discorde “n’est pas à prendre à la légère” (…), c’est “une démonstration de force qui ne va pas manquer d’inquiéter autant ses adversaires que ses alliés”.

La déclaration de Bélaïd Abrika faisant état du règlement des partielles par voie de décret présidentiel, l’éditorialiste émet la crainte, toutefois, que le chef du gouvernement “n’ait à subir les frais de son partenaire politique du moment, tant il est vrai que non seulement Abrika s’aligne sur la position extrêmement vicieuse du FLN qui tient à tout prix à mouiller le président de la République dans un dossier jusque-là très bien géré par le Chef du gouvernement”.

 

Frik, le déballage

Depuis l’ouverture du procès du wali d’Oran, la presse a opté pour la réserve sur un dossier qui promet d’être long et riche en rebondissements. La Tribune lui consacre deux pages.

El Watan titre “Frik accuse les généraux”, l’ex-wali d’Oran aura fait couler beaucoup d’encre depuis qu’il siège au banc des accusés, au tribunal de d’Alger. La page cinq du journal lui est consacrée. Dans une chronologie, le rédacteur rapporte les détails d’un procès qui promet d’être long. Mais c’est dans le commentaire qu’El Watan va plus loin dans la lecture des faits en relevant un fait nouveau dans les annales de l’institution judiciaire : “On cite nommément et publiquement des noms de puissants dans une cour de justice. Parmi eux, un général, un ancien chef de la sûreté de wilaya et des notabilités locales de tout acabit.” Déchiffrant la technique utilisée par l’accusé pour se défendre, le commentateur a estimé qu’il a choisi “le système de défense bien périlleux”. Outre le fait qu’il considère Bachir Frik comme quelqu’un qui sait ce qu’il fait, le commentateur d’El Watan évalue le calcul de s’attaquer à de très hauts par le fait que, peut-être, l’institution judiciaire “a tourné la page”. Il se base en cela sur “l’étonnante liberté” dans laquelle se déroule le procès. Il n’en demeure pas moins que cette mutation manque encore de profondeur puisqu’elle se limite “à un discours récurrent du magistrat sur le principe de la loi au dessus de tous”. Son idée est toute faite. “On voit encore mal, aujourd’hui, la justice fouiller dans les tréfonds du système et s’attaquer à des hommes dans les institutions intouchables”. Rien n’est perdu d’avance, “mais peut être que…”, conclut-il.

Frik est “un nom porte malheur”, selon Le Jour d’Algérie. Le simple fait “de consacrer sept heures à la lecture de l’arrêt de renvoi donne déjà une petite idée du sort qui attend un homme qui présente les caractéristiques les plus évidentes du bouc émissaire idéal”. La raison, écrit Le Jour, se mesure en la capacité de “faire passer au second plan les tares d’un système où le mot contrôle est totalement banni du dictionnaire à l’usage des dignitaires du régime”.

Samira Mana

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