Semaine du 27  septembre au 3 octobre 2006

L'éditorial : Par Nabil Benali

Dialogue sans partage

 

 
 
 Editorial

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Dialogue sans partage

Un premier aperçu de gestion extrêmement populiste nous est donné, aujourd’hui, à travers la parodie de dialogue social traduit par la tripartite, laquelle s’enlise sans fin dans son incapacité à faire aboutir des promesses qui s’avèrent aujourd’hui des plus difficiles à tenir. Ainsi, la hausse des salaires promise pour améliorer sensiblement le niveau de vie des Algériens n’a été qu’une goutte d’eau dans un océan, et en tous incapable de relever de manière qui ne fasse pas douter leur quotidien. Encore qu’il n’a été question que des fonctionnaires dont la majorité n’a pu être hissée au-delà de la moyenne du salaire national, qui est de 16 500 dinars environ. Une hausse donc marginale, mais qu’on a accordée visiblement pour atténuer l’impatience de ce segment névralgique du monde du travail, avec la promesse (encore une) d’un meilleur traitement qui interviendra dans le cadre d’une grille des salaires rénovée dont les grandes lignes seront tracées par le statut général de la Fonction publique. Mais on a beau retourner dans tous les sens le texte promulgué par ordonnance et actuellement en instance de vote favorable au Parlement, aucune mention ou la moindre allusion n’est faite aux salaires des fonctionnaires, ce qui ne peut que nourrir de multiples appréhensions quant à l’avenir de ces derniers.

De même, les négociations autour de la revalorisation des salaires dans le secteur économique semblent tourner à la farce qui ne fait pas rire grand monde, non seulement parce qu’elles n’avancent d’aucun côté mais surtout parce que le dossier lui-même est bourré de contradictions. L’argument premier pour expliquer la difficulté de la chose a été d’accuser sans ménagement aucun ces SGP si avares, d’être à l’origine de ce blocage, escamotant au passage que celles-ci ne sont gérées que par des fonctionnaires qui, comme partout ailleurs, ne décident en fait de rien. On passe au second plan le fait que la hausse des salaires a été, dès l’origine, une pomme de discorde créée dans l’unique but de chasser le SG du RND de la chefferie du gouvernement afin que puisse s’y installer celui du FLN. On veut oublier que celle-ci a été le fait d’une décision politique prise au plus haut niveau dont l’avènement ne saurait tarder mais dont le retard est désespérément expliqué par des arguments techniques qui n’ont convaincu personne. Surtout pas avec la distorsion des messages du gouvernement et du patronat, intentionnellement entretenue par les secrétaires nationaux de l’UGTA qui ne cessent de se contredire. Qui dit vrai ? Qui dit faux ? Faudra-t-il un arbitrage ? Si oui, de qui : du chef du gouvernement ou du président de la République ?

Engluée dans ces considérations qui ne sont rien d’autre que des manœuvres d’appareil de courte vue, l’opinion nationale, désorientée, est en passe d’oublier le véritable enjeu du dialogue social tel que mené présentement. Car même acquise et à quelque degré que ce soit, la revalorisation des salaires n’est en rien ce qu’elle devrait être, tout bonnement parce les pouvoirs publics ont sciemment plafonné les salaires au plus bas niveau durant les quinze dernières années, tandis que l’inflation et la dévaluation du dinar minaient continuellement le pouvoir d’achat et aggravaient le fossé entre le revenu et le coût de la vie. Et c’est précisément ce débat-là qu’il s’agit d’éluder par des gesticulations dont l’unique objectif est de faire diversion sur le partage du revenu national. Une ébauche de débat s’installe, cela dit, à chaque occasion, surtout lorsque la rue est «provoquée» par ces annonces triomphales du niveau record des réserves de change, mais un débat qui ne sort nullement de la logique du système et qui ne vise pas plus qu’à redéfinir la taille de la clientèle du système à qui doit se limiter ou s’étendre la rétribution du gros des ressources, généralement schématisée par le très caricatural «80%-20%».

Il est aisé, à partir de là, de comprendre pourquoi face à la démagogie de ceux qui croient que l’on peut encore gérer une société par la parole, le combat difficile des syndicats autonomes est et reste l’une des plus fortes voies vers l’affirmation d’un contrepouvoir qui n’a aucunement tort de focaliser sans arrêt sur la question des salaires. Une question qui, comme on le voit, est une affaire éminemment politique et renvoie à la manière très discutable, parce que manifestement injuste, dont est répartie aujourd’hui la richesse nationale.

N. B.

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