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Dialogue sans partage
Un premier aperçu
de gestion extrêmement populiste nous est donné, aujourd’hui, à
travers la parodie de dialogue social traduit par la tripartite,
laquelle s’enlise sans fin dans son incapacité à faire aboutir des
promesses qui s’avèrent aujourd’hui des plus difficiles à tenir.
Ainsi, la hausse des salaires promise pour améliorer sensiblement le
niveau de vie des Algériens n’a été qu’une goutte d’eau dans un
océan, et en tous incapable de relever de manière qui ne fasse pas
douter leur quotidien. Encore qu’il n’a été question que des
fonctionnaires dont la majorité n’a pu être hissée au-delà de la
moyenne du salaire national, qui est de 16 500 dinars environ. Une
hausse donc marginale, mais qu’on a accordée visiblement pour
atténuer l’impatience de ce segment névralgique du monde du travail,
avec la promesse (encore une) d’un meilleur traitement qui
interviendra dans le cadre d’une grille des salaires rénovée dont
les grandes lignes seront tracées par le statut général de la
Fonction publique. Mais on a beau retourner dans tous les sens le
texte promulgué par ordonnance et actuellement en instance de vote
favorable au Parlement, aucune mention ou la moindre allusion n’est
faite aux salaires des fonctionnaires, ce qui ne peut que nourrir de
multiples appréhensions quant à l’avenir de ces derniers.
De même, les
négociations autour de la revalorisation des salaires dans le
secteur économique semblent tourner à la farce qui ne fait pas rire
grand monde, non seulement parce qu’elles n’avancent d’aucun côté
mais surtout parce que le dossier lui-même est bourré de
contradictions. L’argument premier pour expliquer la difficulté de
la chose a été d’accuser sans ménagement aucun ces SGP si avares,
d’être à l’origine de ce blocage, escamotant au passage que
celles-ci ne sont gérées que par des fonctionnaires qui, comme
partout ailleurs, ne décident en fait de rien. On passe au second
plan le fait que la hausse des salaires a été, dès l’origine, une
pomme de discorde créée dans l’unique but de chasser le SG du RND de
la chefferie du gouvernement afin que puisse s’y installer celui du
FLN. On veut oublier que celle-ci a été le fait d’une décision
politique prise au plus haut niveau dont l’avènement ne saurait
tarder mais dont le retard est désespérément expliqué par des
arguments techniques qui n’ont convaincu personne. Surtout pas avec
la distorsion des messages du gouvernement et du patronat,
intentionnellement entretenue par les secrétaires nationaux de l’UGTA
qui ne cessent de se contredire. Qui dit vrai ? Qui dit faux ?
Faudra-t-il un arbitrage ? Si oui, de qui : du chef du gouvernement
ou du président de la République ?
Engluée dans ces
considérations qui ne sont rien d’autre que des manœuvres d’appareil
de courte vue, l’opinion nationale, désorientée, est en passe
d’oublier le véritable enjeu du dialogue social tel que mené
présentement. Car même acquise et à quelque degré que ce soit, la
revalorisation des salaires n’est en rien ce qu’elle devrait être,
tout bonnement parce les pouvoirs publics ont sciemment plafonné les
salaires au plus bas niveau durant les quinze dernières années,
tandis que l’inflation et la dévaluation du dinar minaient
continuellement le pouvoir d’achat et aggravaient le fossé entre le
revenu et le coût de la vie. Et c’est précisément ce débat-là qu’il
s’agit d’éluder par des gesticulations dont l’unique objectif est de
faire diversion sur le partage du revenu national. Une ébauche de
débat s’installe, cela dit, à chaque occasion, surtout lorsque la
rue est «provoquée» par ces annonces triomphales du niveau record
des réserves de change, mais un débat qui ne sort nullement de la
logique du système et qui ne vise pas plus qu’à redéfinir la taille
de la clientèle du système à qui doit se limiter ou s’étendre la
rétribution du gros des ressources, généralement schématisée par le
très caricatural «80%-20%».
Il est aisé, à
partir de là, de comprendre pourquoi face à la démagogie de ceux qui
croient que l’on peut encore gérer une société par la parole, le
combat difficile des syndicats autonomes est et reste l’une des plus
fortes voies vers l’affirmation d’un contrepouvoir qui n’a
aucunement tort de focaliser sans arrêt sur la question des
salaires. Une question qui, comme on le voit, est une affaire
éminemment politique et renvoie à la manière très discutable, parce
que manifestement injuste, dont est répartie aujourd’hui la richesse
nationale.
N. B.
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