Semaine du 27  septembre au 3 octobre 2006

Mort ou vif

 

 
 
 La Trame

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Mort ou vif

En plus du rapport  du Sénat, à majorité républicaine, qui a fait justice des motifs invoqués par l’administration Bush pour imposer l’idée d’occuper l’Irak à l’opinion américaine, voilà qu’il est question d’un document des services secrets  où il est dit clairement que bien loin d’avoir reculé, la menace terroriste s’est amplifiée au contraire par suite de cette expédition. Pour ce qui est de l’opinion, on sait qu’elle n’a pas attendu le cinquième anniversaire du 11-Septembre pour marquer sa désapprobation quant à la tournure que prennent les événements en Irak. Encore  qu’elle réserve jusqu’à maintenant  l’expression de son sentiment aux seuls sondages, et subsidiairement aux rituels petits rassemblements devant les grilles de la Maison-Blanche. Par respect de l’ordre, par  civisme, ou par sentiment d’impuissance ? Serait-ce plutôt par le calme qui précède la tempête ? Le plus probable cependant est qu’elle attend tout simplement que la parole lui revienne à l’occasion d’échéances électorales pour asséner sa sanction. C’est d’ailleurs ce couperet que le Sénat veut prévenir quand il prend soin de se démarquer d’un président pourtant du même bord que lui. Les élections de mi-mandat sont toutes proches, en effet.

Si bien que la question se pose de savoir comment tient une administration désavouée à peu près de tous les côtés.

 Ce ne peut être par fatalisme dans un pays où le pragmatisme a rang de dogme. Ce ne peut être par une opération du Saint-Esprit, bien que  Georges Bush voie sa main  partout, car alors on ne comprendrait pas que le sort s’acharne sur lui, au point que son propre camp se montre disposé à le crucifier à la première occasion. 

Comme si tant d’infortune ne suffisait pas, il faut encore que le diable, sinon Lucifer en personne, Lucifer en chair et en os, du moins son incarnation avérée ici-bas, vienne ajouter sa propre note à ce concert de réprobations. Son message est limpide : oui, moi Ben Laden, moi qui me suis occulté si bien qu’on ne sait si je suis toujours ou non de ce monde, eh bien je ne suis pas rien si j’ai cessé d’être repérable, tangible, perceptible,  comme on l’est nécessairement quand on reste assujetti au règne infernal de la  chair. Vous m’avez voulu mort ou vif ? Eh bien, je ne suis ni mort ni vif. Ou plutôt un jour mort, et celui d’après vivant. Pour vous servir, pour votre tourment. Si je suis en fuite incessante, s’il n’est plus pour moi un seul endroit au monde où je puisse expirer mon dernier souffle, moi le grabataire, moi qui n’en finis pas de rendre l’âme, je respire encore et déjà quelque chose des senteurs du Paradis, de la Présence, embaume mes grottes successives. Je règne par l’étonnant pouvoir de l’absence. Non pas par mes mensonges, comme toi, Georges. On n’est jamais aussi vivant que lorsqu’on a été donné à tort  pour tel. C’est mon petit cadeau à moi à l’occasion du 11-Septembre.

Mais faisons plaisir au président américain, considérons que le chef d’El qaïda soit bel et bien mort. Le monde et l’Amérique s’en porteraient-ils mieux pour autant ? Rien n’est moins sûr. C’est que cette organisation terroriste est agencée de telle sorte qu’elle peut se passer dans son quotidien et dans son fonctionnement d’un centre nerveux. Dans la Création, du moins celle qui est visible, il n’y a que le genre végétal pour présenter quelque chose de similaire ; à cette différence toutefois, c’est qu’une plante ne peut pas avoir ses éléments dispersés aux quatre coins du monde, c’est qu’elle ne peut pas bourgeonner si loin de son origine et sans ordre apparent. C’est la grande singularité d’El qaïda que cet informel qui lui donne forme et la fait survivre à ses géniteurs, à ses chefs, sa grande réussite, ce qui fait qu’elle tienne effectivement du Malin. Sa nature insaisissable, son irrationalité au regard des canons en vigueur, comment la circonscrire, comment en venir à bout ? Quand bien même Ben Laden serait pris vif et montré, la menace terroriste n’en resterait pas moins dans l’état où elle était auparavant. A croire que contrairement aux autres guerres mondiales, celle que G. Bush et les néo conservateurs de son entourage ont déclenchée en représailles à la destruction des tours jumelles, serait sans fin.

Mais, à la réflexion, peut-être cela est-il d’une certaine façon voulu. Du moins de la sorte, peut-être pensé les fauteurs de guerre, saura-t-on où et sur qui déverser leur colère à défaut de pouvoir localiser l’Ennemi.

M. Habili

 

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