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PROJET DE CHARTE POUR LA PAIX ET LA RECONCILIATION NATIONALE
Attention, 8e
mesure
Huitièmement :
”Commutation et remise de peines pour tous les autres individus
condamnés définitivement ou recherchés qui ne sont pas concernés par
les mesures d’extinction de poursuites ou de grâce énoncées
ci-dessus.”
Concentrons nous,
si vous le voulez bien, sur le sujet bénéficiaire de la 8e mesure.
Il me paraît évident qu’il y a un problème d’identification du
sujet, car le rapporteur n’aurait normalement pas dû construire
cette mesure en désignant son sujet triplement par défaut, le défaut
de l’altérité contenu dans le terme ”autres”, le défaut
d’incertitude contenu dans le terme ”concerner” et enfin le défaut
de la négation contenu dans le terme ”qui ne sont pas concernés” ;
le rapporteur aurait dû simplement nommer le sujet. Il faut rappeler
qu’il s’agit là de mesures de droit criminel, un droit dont le sujet
ne peut être un individu quelconque, l’individu de la philosophie ou
je ne sais quel autre type. En matière de droit criminel, lorsqu’un
individu est désigné, il l’est soit en tant qu’auteur d’un crime
qualifié, soit en tant que victime de ce crime, il ne peut pas y
être question de la désignation d’un individu auteur d’un crime
probable et indéterminé ou indéfini.
Procédant par
étape, en démontant la 8e mesure et en dévoilant sa structure pour
mieux la comprendre, nous pouvons alors commencer par dire que la
proposition ”tous les autres individus” désigne uniquement les
sujets dont il est question dans les 1er, 2e, 3e, 4e, 5e, 6e et 7e
mesures, elle ne saurait désigner personne d’autre que ces
sujets-là, elle ne peut pas désigner des individus sujets (ou
auteurs) de crimes indéterminés (ou indéfinis) qui n’ont pas été
précédemment cités.
Les sujets que
désigne la proposition ”tous les autres individus” sont donc
forcément inclus dans l’ensemble suivant que nous pourrions appeler
l’ensemble des individus potentiellement bénéficiaires de la
commutation et remise de peine que prévoit la 8e mesure :
-a. Les individus
qui se sont rendus aux autorités depuis le 13 Janvier 2000.
-b. Les individus
qui mettent fin à leur activité armée et remettent les armes en leur
possession.
-c. Les individus
recherchés sur le territoire national ou à l’étranger, qui décident
de se présenter volontairement devant les instances algériennes
compétentes.
-d. Les individus
impliqués dans des réseaux de soutien au terrorisme, qui décident de
déclarer, aux autorités algériennes compétentes, leurs activités.
-e. Les individus
condamnés par contumace.
-f. Les individus
condamnés et détenus pour des activités de soutien au terrorisme.
-g. Les individus
condamnés et détenus pour des actes de violence.
-h. Les auteurs de
massacres collectifs, de viols et d’attentats à l’explosif.
Passons à présent
à la proposition ”tous les autres individus… qui ne sont pas
concernés par les mesures d’extinction de poursuites ou de grâce”,
et essayons de voir le sens qu’elle a selon que les mesures
d’extinction de poursuites ou de grâce concernent les sujets dans le
sens du bénéfice, ou que les mesures d’extinction de poursuites ou
de grâce concernent les sujets aussi bien dans le sens de
l’exception que le sens du bénéfice.
Dans le premier
cas, celui où les mesures d’extinction de poursuites ou de grâce
concernent les sujets dans le sens du bénéfice, les sujets s’avèrent
donc être ceux énumérés en ”a”, ”b”, ”c”, ”d”, ”e”, ”f” et ”g”. Dans
le second cas, où les mesures d’extinction de poursuites ou de grâce
concernent les sujets aussi bien dans le sens de l’exception que le
sens du bénéfice, les sujets s’avèrent être tous ceux du premier cas
ajoutés au sujet énuméré dans le ”h”, c’est-à-dire ”a”, ”b”,
”c”,”d”, ”e”, ”f”, ”g” et ”h”.
Jusqu’ici, tout va
bien, mais là où ça se complique, c’est que notre proposition ne
contient pas le verbe “concerner” à la forme affirmative, elle le
contient à la forme négative, c’est-à-dire qu’il ne s’agit pas des
sujets concernés par les mesures d’extinction de poursuites ou de
grâce, mais des sujets non concernés par ces mesures. Et cette
introduction de l’inversion “affirmatif/négatif” du verbe
“concerner”, rajoutée à l’incertitude “bénéfice/bénéfice+exception”
déjà présente dans le sens même du mot “concerner”, rend encore plus
improbable la lisibilité de la proposition.
Toutes ces
variables prises en compte, quatre possibilités nous sont
logiquement offertes :
A. “concerner” au
sens de “bénéfice” avec ”concerner” à la forme affirmative, les
bénéficiaires de la commutation et remise de peines que prévoit la
8e mesure s’avèrent être :
-a. Les individus
qui se sont rendus aux autorités depuis le 13 janvier 2000.
-b. Les individus
qui mettent fin à leur activité armée et remettent les armes en leur
possession.
-c. Les individus
recherchés sur le territoire national ou à l’étranger, qui décident
de se présenter volontairement devant les instances algériennes
compétentes.
-d. Les individus
impliqués dans des réseaux de soutien au terrorisme, qui décident de
déclarer, aux autorités algériennes compétentes, leurs activités.
-e. les individus
condamnés par contumace.
-f. les individus
condamnés et détenus pour des activités de soutien au terrorisme
-g. les individus
condamnés et détenus pour des actes de violence.
B. “concerner” au
sens de “bénéfice”
Avec ”concerner” à
la forme négative, les bénéficiaires de la commutation et remise de
peines que prévoit la 8e mesure s’avèrent être le ”h”, qui n’est pas
cité dans le cas ”A” et qui fait partie de ce qu’on a précédemment
appelé l’ensemble des individus potentiellement bénéficiaires de la
commutation et remise de peine que prévoit la 8e mesure,
c’est-à-dire ni plus ni moins que :
-h. les auteurs de
massacres collectifs, de viols et d’attentats à l’explosif.
C. “concerner” au
sens de “bénéfice + exception”
Avec ”concerner”
sous sa forme affirmative, les bénéficiaires de la commutation et
remise de peines que prévoit la 8e mesure s’avèrent être :
-a. Les individus
qui se sont rendus aux autorités depuis le 13 Janvier 2000.
-b. Les individus
qui mettent fin à leur activité armée et remettent les armes en leur
possession.
-c. Les individus
recherchés sur le territoire national ou à l’étranger, qui décident
de se présenter volontairement devant les instances algériennes
compétentes.
-d. Les individus
impliqués dans des réseaux de soutien au terrorisme, qui décident de
déclarer aux autorités algériennes compétentes leurs activités.
-e. Les individus
condamnés par contumace.
-f. Les individus
condamnés et détenus pour des activités de soutien au terrorisme
-g. les individus
condamnés et détenus pour des actes de violence.
-h. les auteurs de
massacres collectifs, de viols et d’attentats à l’explosif
D. “concerner” au
sens de “bénéfice + exception”
Avec ”concerner” à
la forme négative, les bénéficiaires de la commutation et remise de
peines que prévoit la 8e mesure s’avèrent inexistants.
CONCLUSION
Comme la 8e mesure
est construite avec le verbe ”concerner” sous sa forme négative,
seuls les cas ”B” et ”D” peuvent lui correspondre, ce qui revient à
dire finalement que les sujets de la 8e mesure soit n’existent pas,
soit sont ”les auteurs de massacres collectifs, de viols et
d’attentats à l’explosif”.
Alors des deux
choses l’une. Soit les représentants de l’Etat algérien sont
malintentionnés pour avoir prévu le cas ”D” d’un sujet inexistant,
afin de pouvoir traficoter à leur guise par la suite l’application
de la 8e mesure, et à ce moment là, il faudrait dénoncer leur
intention. Soit ce sont des vicieux pour avoir, dans le cas ”B”,
camouflé le sujet ”les auteurs de massacres collectifs, de viols et
d’attentats à l’explosif” par l’obscure expression ”tous les autres
individus condamnés définitivement ou recherchés qui ne sont pas
concernés par les mesures d’extinction de poursuites ou de grâce
énoncées ci-dessus”, au lieu de les citer nommément comme cela a
pourtant été fait pour eux dans les 2e, 3e, 5e et 7e mesures, et à
ce moment-là, il faudrait dévoiler leur jeu. Et puis même si, pour
contrer la légitimité rationnelle de la critique, on scande le
principe de la loi comme expression de la volonté du peuple et non
de sa raison – en admettant que la volonté est bel et bien celle du
peuple et non celle de ceux qui lui dictent la loi pour la faire
approuver – il n’en demeure pas moins que ce qui est reproché à
l’Etat ou au peuple c’est de ne pas être clairs et explicites dans
l’expression de leur volonté. Autrement dit, ce n’est finalement pas
la défaillance de la raison qui est reprochée à l’Etat ou au peuple
dans l’expression de leur volonté, mais le fait d’omettre une vérité
ou du moins de voiler une évidence que recèle l’expression de cette
volonté.
Abdelhafid
Mazouzi
Haut
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