Semaine du 28 septembre au 4 octobre 2005

 

L'éditorial : Par Abderrahmane Mahmoudi

L’enjeu de la Kabylie

 

 
 
 Editorial

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L’enjeu de la Kabylie

A quelques jours du référendum sur le projet de charte pour la paix et la réconciliation nationale, et à quelques semaines seulement des élections partielles qui doivent se dérouler en Kabylie, il faudrait être bien naïf pour imaginer que ce qui se dit ou se fait  à ce propos puisse être tout à fait innocent. Le dialogue initié et mené par Ahmed Ouyahia, les déclarations intempestives de Belkhadem manœuvrant à outrance pour le rendre caduc, les décrets présidentiels signés au forceps et enfin les incidents organisés au stade du 1° novembre à Tizi-Ouzou et les réactions négatives ainsi provoquées au niveau du Président de la République, témoignent de la place privilégiée qu’occupe la région dans l’échiquier politique algérien. Cela sans parler des événements douloureux qui ont gravement traumatisé la région et les scénarios catastrophes qui s’y sont déroulés sous l’œil attentif de metteurs en scène particulièrement retors. Ce qui est certain, c’est que ceux qui ont soigneusement ménagé  les  brèches dans le dispositif de sécurité dans la ville de Tizi-Ouzou aux alentours du stade où le Président de la République  devait tenir son meeting sont encore assez puissants pour provoquer de graves incidents dans l’enceinte même du lieu, en principe le mieux sécurisé du pays à ce moment là.  C’est dire que l’ombre des instigateurs des événements d’avril 2001 plane encore dangereusement sur la Kabylie et c’est dire par là même à quel point est nécessaire et même vital le dialogue mené par Ahmed Ouyahia avec les aârouchs. Sans ce dialogue et les résultats qu’il a enregistré, jamais le Président de la République n’aurait pu tenir son meeting à Tizi-Ouzou au milieu d’un climat globalement apaisé  et jamais le référendum pour la paix et la réconciliation nationale n’aurait eu la moindre chance d’être organisé en Kabylie.

Aussi faut-il considérer le refus exprimé par le Président de la République d’officialiser la langue amazigh comme un moindre mal au vu des incidents  provoqués au cours du meeting en question. Un moindre mal dans la mesure où les aârouchs ont tenu compte des provocations subies par le Président de la République et considéré qu’il ne fallait pas réagir à chaud face à un développement aussi soudain qu’inattendu qui ne rentre pas directement dans la logique positive qui anime l’Etat algérien par rapport à la question amazigh. Il faut dire à ce propos que les assurances données par un chef du gouvernement,  de toute évidence, sûr de son fait,   et qui n’a pas l’habitude de s’avancer sur des questions qu’il ne maîtrise pas entièrement, ont du peser très lourd dans la balance pour ne pas raviver un brasier difficilement contenu par des mois d’âpres négociations. Car si l’officialisation de Tamazigh n’est peut-être pas encore à l’ordre du jour pour les semaines ou mêmes les quelques mois à venir, il faut bien se dire qu’elle s’impose d’autant plus qu’elle ne risque d’avoir aucune incidence directe sur la cohésion d’une société  où de toutes les façons l’utilisation de la seconde langue ne peut être imaginée que dans les régions berbérophones et où la prééminence de la langue arabe ne peut être contestée par personne. Tout en ayant à l’esprit que le problème n’est pas tant celui de la langue que de la  meilleure organisation administrative et politique possible pour faire définitivement disparaître des tensions qui loin de se justifier par l’histoire ancienne ou contemporaine de l’Algérie sont au contraire systématiquement provoquées par des malentendus, des maladresses et une peur de l’autre qui repose en grande partie sur l’utilisation de langues différentes. Malentendus et maladresses, bien entendu savamment entretenus par différentes parties, étrangères évidemment qui essayent régulièrement d’affaiblir et de fragiliser notre pays en  tentant de faire planer sur lui le spectre de la cessession et de la division interne. Si l’ un des moyens de  consolidation de la maison Algérie est d’officialiser Tamazigh, pourquoi pas ? Pourvu que cela  se fasse dans un climat apaisé et sans tensions inutiles. Sachant par ailleurs qu’un mouvement comme le MAK (Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie), qui appelle ouvertement à  la division du pays et plaide pour un Etat kabyle autonome, première étape évidemment vers un Etat kabyle indépendant, s’il ne rencontre pas pour l’instant un large écho au sein de la population, risque avec le temps de faire fructifier à son profit l’attentisme du pouvoir et les frustrations de la région.

A. M.

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