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L’enjeu de la
Kabylie
A quelques jours
du référendum sur le projet de charte pour la paix et la
réconciliation nationale, et à quelques semaines seulement des
élections partielles qui doivent se dérouler en Kabylie, il faudrait
être bien naïf pour imaginer que ce qui se dit ou se fait à ce
propos puisse être tout à fait innocent. Le dialogue initié et mené
par Ahmed Ouyahia, les déclarations intempestives de Belkhadem
manœuvrant à outrance pour le rendre caduc, les décrets
présidentiels signés au forceps et enfin les incidents organisés au
stade du 1° novembre à Tizi-Ouzou et les réactions négatives ainsi
provoquées au niveau du Président de la République, témoignent de la
place privilégiée qu’occupe la région dans l’échiquier politique
algérien. Cela sans parler des événements douloureux qui ont
gravement traumatisé la région et les scénarios catastrophes qui s’y
sont déroulés sous l’œil attentif de metteurs en scène
particulièrement retors. Ce qui est certain, c’est que ceux qui ont
soigneusement ménagé les brèches dans le dispositif de sécurité
dans la ville de Tizi-Ouzou aux alentours du stade où le Président
de la République devait tenir son meeting sont encore assez
puissants pour provoquer de graves incidents dans l’enceinte même du
lieu, en principe le mieux sécurisé du pays à ce moment là. C’est
dire que l’ombre des instigateurs des événements d’avril 2001 plane
encore dangereusement sur la Kabylie et c’est dire par là même à
quel point est nécessaire et même vital le dialogue mené par Ahmed
Ouyahia avec les aârouchs. Sans ce dialogue et les résultats qu’il a
enregistré, jamais le Président de la République n’aurait pu tenir
son meeting à Tizi-Ouzou au milieu d’un climat globalement apaisé
et jamais le référendum pour la paix et la réconciliation nationale
n’aurait eu la moindre chance d’être organisé en Kabylie.
Aussi faut-il
considérer le refus exprimé par le Président de la République
d’officialiser la langue amazigh comme un moindre mal au vu des
incidents provoqués au cours du meeting en question. Un moindre mal
dans la mesure où les aârouchs ont tenu compte des provocations
subies par le Président de la République et considéré qu’il ne
fallait pas réagir à chaud face à un développement aussi soudain
qu’inattendu qui ne rentre pas directement dans la logique positive
qui anime l’Etat algérien par rapport à la question amazigh. Il faut
dire à ce propos que les assurances données par un chef du
gouvernement, de toute évidence, sûr de son fait, et qui n’a pas
l’habitude de s’avancer sur des questions qu’il ne maîtrise pas
entièrement, ont du peser très lourd dans la balance pour ne pas
raviver un brasier difficilement contenu par des mois d’âpres
négociations. Car si l’officialisation de Tamazigh n’est peut-être
pas encore à l’ordre du jour pour les semaines ou mêmes les quelques
mois à venir, il faut bien se dire qu’elle s’impose d’autant plus
qu’elle ne risque d’avoir aucune incidence directe sur la cohésion
d’une société où de toutes les façons l’utilisation de la seconde
langue ne peut être imaginée que dans les régions berbérophones et
où la prééminence de la langue arabe ne peut être contestée par
personne. Tout en ayant à l’esprit que le problème n’est pas tant
celui de la langue que de la meilleure organisation administrative
et politique possible pour faire définitivement disparaître des
tensions qui loin de se justifier par l’histoire ancienne ou
contemporaine de l’Algérie sont au contraire systématiquement
provoquées par des malentendus, des maladresses et une peur de
l’autre qui repose en grande partie sur l’utilisation de langues
différentes. Malentendus et maladresses, bien entendu savamment
entretenus par différentes parties, étrangères évidemment qui
essayent régulièrement d’affaiblir et de fragiliser notre pays en
tentant de faire planer sur lui le spectre de la cessession et de la
division interne. Si l’ un des moyens de consolidation de la maison
Algérie est d’officialiser Tamazigh, pourquoi pas ? Pourvu que cela
se fasse dans un climat apaisé et sans tensions inutiles. Sachant
par ailleurs qu’un mouvement comme le MAK (Mouvement pour
l’autonomie de la Kabylie), qui appelle ouvertement à la division
du pays et plaide pour un Etat kabyle autonome, première étape
évidemment vers un Etat kabyle indépendant, s’il ne rencontre pas
pour l’instant un large écho au sein de la population, risque avec
le temps de faire fructifier à son profit l’attentisme du pouvoir et
les frustrations de la région.
A. M.
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