Semaine du 28 septembre au 4 octobre 2005

 

La trame du mercredi

Naïfs, pragmatiques et doctrinaires

 

 
 
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La trame du mercredi

Naïfs, pragmatiques et doctrinaires

Les Algériens qui approuveront la charte ce 29 septembre, le feront sans doute pour des raisons différentes, certaines de celles-ci étant même tout à fait opposées entre elles. Il peut être utile de les classer en trois catégories distinctes, qui ont en commun d’être sans rapport avec les critères politiques usuels : les naïfs, les pragmatiques, qu’on peut tout aussi bien appeler les sceptiques (les chartro-sceptiques, pour ainsi dire), et les doctrinaires, dont la spécificité bien entendu est qu’ils se prononceront en parfaite connaissance de cause, et qui, de ce fait, ne porteront pas indûment l’autre nom, celui  de cyniques.

La majorité non seulement de ceux qui apporteront leur soutien, mais également de ceux qui se rendront aux urnes, est constituée par la première catégorie, par les naïfs, peut-être les meilleurs d’entre les Algériens à tout point de vue, qui croient aux boniments de campagne, et qui, en général, ajoutent foi à tous les bons sentiments qu’on vient simuler devant eux. L’Algérie n’existerait pas sans cette bonne pâte, d’où nous sommes tous issus, mais qui depuis longtemps représente la masse de manœuvre de ces gens pleins de ruse qui nous tiennent dans leurs rets. Ceux-là iront voter, non pas parce qu’ils ont un calcul, mais parce que, justement, ils n’en ont aucun. Ils ont  cru sincèrement les bonimenteurs professionnels qui les ont travaillés au plus près, des jours durant ; ils courront aux urnes, tout à fait persuadés qu’ils voteront pour la paix, et que celle-ci sera effectivement « décrétée » à l’issue du dépouillement. Car dans leur bonté naturelle, ils n’imaginent pas qu’il puisse en être autrement le 30 septembre. Ils sont à mille lieues de se douter que les « responsables » qui les ont harangués sur un tel ton de conviction, avec une telle chaleur humaine, sont en fait des comédiens professionnels qui ne visent à rien d’autre qu’à leur arracher leur assentiment, qu’à s’emparer de leurs voix pour les remettre à qui de droit, qui en fera ce que bon lui semblera.

La deuxième catégorie, celle des pragmatiques sceptiques, voteront non pas parce qu’ils ont la foi, mais justement parce qu’ils n’en ont pas. Ils pensent tout simplement que les gens qui ont fait campagne ne doivent pas être aussi fous que le disent  les boycotteurs, qu’il doit y avoir une part de vérité dans leurs discours, que sûrement il y a eu une négociation avec les terroristes, aux termes de laquelle il a été convenu de donner d’abord la parole au peuple pour se garantir contre toute mauvaise surprise ou remise en cause survenant en traître par la suite. Les sceptiques, qui sont des gens très raisonnables, qui sont d’avis que la paix vaut toujours mieux que la guerre, ont en quelque sorte la naïveté de leur scepticisme, en ce qu’ils prêtent inconsciemment aux politiques venus leur soutirer leur accord par des voies détournées les mêmes valeurs que les leurs, le même bon sens. Ils restent assez naïfs pour être dans l’incapacité de mesurer à quel point le pouvoir rend déraisonnable.

Enfin, il y a les doctrinaires cyniques, qui savent très bien ce que discourir veut dire, qui approuveront, ou qui plutôt s’approuveront le 29 septembre, la charte étant, sinon leur œuvre, du moins l’expression exacte de leurs intérêts, politiques et autres. Ils savent très bien, quant à eux, que la paix n’adviendra ni à l’issue du vote ni plus tard, et que le but recherché à travers elle est autre, qu’il est d’ailleurs si lointain qu’il faut passer par bien des péripéties, des élections, et même des référendums avant de l’atteindre, que l’essentiel est de conserver le pouvoir dans une conjoncture pour longtemps défavorable, imprévisible, dangereuse. Nul doute qu’ils représentent la minorité parmi le nombre de ceux qui approuveront la charte, dont ils savent d’ailleurs qu’elle restera pour l’essentiel lettre morte. Leur représentant, sinon attitré du moins conjoncturel, c’est le représentant personnel du président Bouteflika, qui a cessé de faire campagne pour le référendum de jeudi prochain, qui s’est projeté déjà dans l’étape suivante, la révision constitutionnelle, sans craindre le moins du monde de faire dans un zèle contreproductif en courant deux lièvres à la fois, c’est-à-dire de donner ce faisant l’éveil à nombre de naïfs, qui constituent tout de même la majorité utile, et qui eux , en quelque sorte victimes de leur bonté, ont cru que c’est de paix et seulement de paix qu’il s’agit.

M. Habili

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