Semaine du 28 septembre au 4 octobre 2005

Nucléaire

La Corée du Nord, un marchandeur à la tactique éprouvée

Bush

Un retrait d'Irak donnerait l'occasion aux terroristes de crier victoire

Katrina sape la politique irakienne de Bush

 

 
 
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La Corée du Nord, un marchandeur à la tactique éprouvée

La Corée du Nord continue de souffler le chaud et le froid. Elle pourrait être jugée imprévisible après son apparent revirement, la semaine dernière, qui menace un accord de dénucléarisation arraché après plus de deux ans de négociations, mais le régime de PyongYang est en réalité fidèle à une tactique de marchandage éprouvée. Les Nord-coréens sont connus pour être des négociateurs durs en affaires et n'hésitant pas à utiliser manoeuvres d'intimidation et menaces. En 1994, ils se sont dits prêts à transformer Séoul, la capitale de la Corée du Sud voisine, en "mer de feu". Une dizaine d'années plus tard, ils ont menacé de pratiquer un essai nucléaire, pour prouver qu'ils possédaient bien la bombe atomique, et même de vendre l'arme.

 L'étranger négocie bon an mal an depuis un demi-siècle avec la Corée du Nord à la suite de la fin de la guerre de Corée (1950-53). Selon ses plus fervents détracteurs, Pyongyang n'a jamais paraphé un accord qu'il n'avait pas l'intention de rompre et n'a jamais accepté une obligation internationale qu'il n'a pas violée par la suite.

 Le nouveau jeu de manche de la Corée du Nord n'a donc pas surpris beaucoup d'experts. Une journée à peine après avoir signé une déclaration commune dans laquelle le régime communiste s'engageait à démanteler son armement atomique, Pyongyang a déclarait mardi dernier qu'il ne le ferait qu'à la condition préalable qu'il obtienne un réacteur à eau légère à usage civil.

Cette déclaration n'est pas sans rappeler le revirement de 2003 : à la fin d'une première série de pourparlers multipartites à Pékin qu'il avait qualifiée d'utile, les autorités nord-coréennes avaient soudainement prononcé leur mort et estimé qu'il ne valait pas la peine de reprendre les discussions. Puis, en septembre 2004, le Nord avait refusé de participer à de nouvelles négociations qu'il avait pourtant dans un premier temps acceptées.

Les hauts responsables américains et sud-coréens ont ainsi vu dans l'apparente volte-face de Pyongyang une fanfaronnade dont le pays est coutumier et destinée en fait à renforcer sa position lors des nouveaux pourparlers prévus en novembre. "Les Coréens du Nord viennent tout simplement de démarrer les négociations", a souligné un responsable du département d'Etat américain à Washington. "Cela va sans dire qu'il ne faut jamais faire confiance à la Corée du Nord", avertissait déjà l'Institut Nautilus, centre de réflexion américain, dans un rapport datant de 2003.

 Ils "conviennent d'un accord, le rompent puis demandent un nouvel accord pour en avoir plus, utilisant la menace jusqu'à ce qu'ils aient ce qu'ils veulent", ajoute dans un commentaire Nicholas Eberstad de l’Américan Enterprise Insitute de Washington.

 

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Bush

Un retrait d'Irak donnerait l'occasion aux terroristes de crier victoire

George W. Bush persiste et signe. Malgré une opinion publique de plus en plus sceptique, le président américain a estimé dans l’une de ses dernières sorties qu'un retrait d'Irak rendrait le monde plus dangereux et permettrait aux terroristes de "revendiquer une victoire historique sur les Etats-Unis". Selon le chef de la Maison-Blanche, les terroristes ont été encouragés dans le passé par la réponse hésitante des Etats-Unis à la crise des otages en Iran sous l'administration Carter, à l'attentat contre une base de Marines au Liban sous l'administration Reagan et à la première action terroriste contre le World Trade Center sous l'administration Clinton. "Les terroristes en ont conclu que nous avons manqué de courage et de caractère pour nous défendre", a déclaré le président Bush. "La seule façon de gagner pour les terroristes, c'est si nous perdons notre sang-froid et abandonnons notre mission."  Il a  néanmoins reconnu qu'il y avait des différences d'opinion sur l'Irak et que certains voulaient que les Etats-Unis se retirent pour éviter davantage de violences. "Je reconnais leurs bonnes intentions, mais leur position est mauvaise", a-t-il déclaré. "Retirer nos troupes rendrait le monde plus dangereux". Il a affirmé qu'un retrait conforterait les adversaires des Etats-Unis et permettrait au terroriste Abou Moussab al-Zarqaoui et à Oussama ben Laden "de dominer le Moyen-Orient et de lancer davantage d'attaques contre l'Amérique et d'autres pays libres". Il a reconnu la perte de nombreuses vies américaines en Irak -plus de 1.900 morts.

 

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Katrina sape la politique irakienne de Bush

Depuis Katrina, George W. Bush a de plus en plus de mal à faire passer la pilule irakienne à ses compatriotes. Le passage dévastateur de l'ouragan a ramené l'attention des Américains sur des préoccupations intérieures et accru un sentiment de scepticisme déjà présent à l'égard de la politique de leur président en Irak.   Et le passage de l’autre ouragan de catégorie maximale, Rita, sur le Texas, n’a pu que confirmer cette inversion des priorités chez les Américains.

Cette série de cataclysmes naturels accroît la pression de l'opinion publique et même du Congrès sur l'administration Bush pour une stratégie de sortie d'Irak et pour une limitation des dépenses consacrées à une guerre de plus en plus impopulaire. Une impopularité qui pourrait se traduire dans les urnes l'an prochain, lors des élections de mi-mandat, au détriment des républicains.   "C'est une image brouillée" qui risque encore de se compliquer à l'approche de ces élections, analyse Stephen Cimbala, chercheur en sciences politiques à l'Université d'Etat de Pennsylvanie. "C'est comme si Oussama Ben Laden commandait la météo."  Le noyau dur des partisans inconditionnels de la politique irakienne de Bush semble se réduire comme une peau de chagrin. Pour autant, les opposants à la guerre sont encore loin de disposer d'une majorité suffisante au Congrès pour couper ou amputer les dépenses consacrées à la présence américaine en Irak. 

Alors que les foyers américains s'inquiètent d'une facture de chauffage exponentielle pour cet hiver pour cause d'envolée du prix du pétrole et du gaz depuis le passage de Katrina, un nombre croissant de conservateurs républicains redoutent, eux, le coût fédéral de la reconstruction, estimé à quelque 200 milliards de dollars (163,6 milliards d'euros).  John McCain, sénateur républicain reconnaît toutefois que les préoccupations suscitées par les suites de Katrina ont accéléré le recul de popularité pour la guerre en Irak. Les sondages montrent en effet une érosion continue du soutien à la politique irakienne de Bush, avec une accentuation de la chute depuis le passage de Katrina fin août sur les Etats bordant le Golfe du Mexique. L'ouragan a détourné l'attention de l'opinion publique des sujets de politique étrangère vers les questions domestiques.  Les deux tiers des Américains estiment que Bush dépense trop d'argent en Irak, selon un récent sondage Ipsos pour l'agence Associated Press.

Interrogés sur les moyens de financer la reconstruction, 42 % sont favorables à une réduction des dépenses irakiennes, tandis que 29 % préfèrent retarder, voire annuler, les baisses d'impôts promises par les républicains. Malgré le scepticisme croissant de ses concitoyens, le président Bush n'en démord pas, du moins publiquement. "Peu importe le nombre d'attentats à la voiture piégée, ces terroristes ne pourront pas empêcher la marche de la liberté en Irak", assurait encore récemment le chef de la Maison-Blanche.

Mais la pression risque de s'accentuer sur le président américain et les appels au retrait d'Irak se multiplier à mesure qu'approchent les élections de mi-mandat aux Etats-Unis, en novembre 2006, destinées à renouveler la totalité de la Chambre des représentants et un tiers du Sénat, selon les observateurs politiques. Les pacifistes américains qui ont envahi les rues de New York en début de semaine pour réclamer le retour des boys vont certainement multiplier les actions pour faire entendre leur voix et accroître ainsi le forcing sur la Maison-Blanche.

 

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