Semaine du 28 septembre au 4 octobre 2005

 

Partitions, le nouveau péril ?

Un second souffle pour les aârouchs

Référendum du 29 septembre
Les dits et les non-dits d'une campagne

Réconciliation nationale

Entre rejet et indifférence

Le FLN dans ses œuvres  (3° partie)

 

 
 
Nation

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Partitions, le nouveau péril ?

Y’a-t-il péril en la demeure ? Les propos de Ahmed Ouyahia devant les journalistes de la télévision (1) n’avaient rien d’anodin. L’homme a redit une fois de plus qu’il parlait en connaisseur pour avoir notamment traiter la question des touareg Azaouad ou encore d’avoir mener les discussions avec les arouchs. Dans le premier cas Ahmed Ouyahia nous apprend que les touaregs maliens évoquaient la carte d’un territoire qui englobait Aïn Salah, dans le second on sait que sur la vague de revendications sociales politiques et culturelles des arouchs ont surfé les idées d’autonomie du MAK et d’autres moins structurées. La dessus se sont greffés les dernières protestations de rues dans le sud à Ouargla et à Djanet, des régions réputées pour le calme et la sérénité et un solide ancrage national.

Les revendications  autonomistes sont elles le nouveau péril auquel doit faire face l’Algérie ? Ou bien ne faudrait il pas entamer prestement le débat pour que justement l’autonomie régionale ne se transforme en revendication d’autonomie politiques ? Petites revue des velléités d’autonomies et de ce qui les motive.

Le tabou des tabous est tombé. Mis en avant à chaque fois que s’expriment justement une protestation violente en Kabylie sous le régime du parti unique, les velléités autonomistes supposées ou réelles étaient écrasées par la répression aveugle qui s’abattait sur tout ceux qui osaient élever le ton. La moindre revendication sociale devenait suspecte du fait qu’elle portait les germes de la partition. Aujourd’hui on en parle parce que plus rien ne peut être caché. Cela dit aucun élément de débat tangible et sérieux ne vient corroboré les démarches autonomistes. Ces derniers sont relégués aux rubrique folklore politique bon à servir un tant sois peu des reportages de télévisions enclin à user de raccourcis faciles.

La réalité est tout autre. L’autonomie de la Kabylie fait certainement un des débats les plus riches même s’il a tendance à aller dans tout les sens, sur Internet, dans les rassemblements, la question taraude les esprits même si elle ne se conceptualise pas. On parle du Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie de Ferhat Mehenni mais ce dernier est loin de constituer un élément unique dans le débat. Dans le conteste des protestations des arouchs en Kabylie Le World  Amazigh Action Coalition a relayé les appels pour l’autonomie de la Kabylie mais sans leur donner corps. Dans le même temps on a vu le FFS pointer un doigt accusateur sur Ferhat Mehenni et son MAK comme étant une pièce du complot ourdi par les autorités pour mieux justifier la répression en Kabylie.

En est on toujours là ? Depuis le rapport Missoum Sbih on sait qu’au sein de l’Eta on veut anticiper sur les revendications afin qu’elles ne se transforment pas en danger menaçant l’unité nationale d’autant que celle-ci est toujours un des éléments fondateur de la constitution algérienne. On évoque la régionalisation (sorte de fédéralisme à l’Algérienne) pour mieux cerner les concepts d’autonomie, mais cela reste souvent des spéculations alors que le système du pouvoir centralisé est le seul en vigueur et que les code de la commune et de la wilaya attendent toujours d’être dépoussiérés.

Mais la Kabylie n’est pas la seule région à donner des nuits blanches aux tenants de la sacro sainte unité nationale. La question des touaregs évoquée par Ahmed Ouyahia rappelle aussi le peu de connaissance et aussi et le peu d’intérêt que l’on porte à l’histoire de cette région et de son appartenance politique et culturelle à l’Algérie. On ne se souvient même pas de Moussa Ag Nestan parmi les héros nationaux de la guerre de libération alors que certains croient que Badji Mokhtar est le libérateur du grand sud algérien (2).

A titre de rappelle les manifestations de Djanet et de Ouargla ont fait les unes affriolantes de journaux marocains en mettent directement en avant une revendication d’autonomie voire d’indépendance. La réalité actuelle est toute autre mais le manque de prise en charge des populations du sud  et surtout l’absence d’un débat sérieux sur le futur de la forme de gouvernance et des institutions algériennes  donne en tous les cas matière à écrire à des militants autonomistes qui font des touregs un de leurs sujet de prédilection. Ainsi Jean Louis Veyrac à l’érudition certaine mais au militantisme autonomiste doctrinaire tout aussi  certain indique dans sa « Lettre Ethniste » en 1994 à propos de la crise qui secoue l’Algérie « la perpétuation du mythe de la guerre d'indépendance, le refus d'assumer la profonde berbérité  historique et sociologique, l'incapacité à définir une identité bi-, voire tri-culturelle pour le français, ont conduit à la crise actuelle, le seul problème devenant celui du maintien de l'ordre. » La crise étant culturelle pour lui. Là-dessus il évoque les Touaregs. «si la situation devait s'aggraver, (nous étions en plein dans le problème Azaouad) on pourrait envisager des pressions internationales pour  régler au moins le problème targui au Sahara, qui est dramatique et concerne plusieurs états. Une solution d'autonomie saharienne doit être mise en oeuvre. Elle obligerait les quatre états se partageant le domaine targui, à accorder à leurs ressortissants touaregs l'autonomie personnelle et collective.  Celle-ci leur permettrait d'assumer au mieux leur identité en définissant par eux-mêmes les voies de leur développement économique et culturel, dans un cadre de libre association et de libre circulation transfrontalières. Leur centre pourrait être fixé à Tamanrasset (Algérie). Cette population jouirait ainsi de la reconnaissance internationale, sans constitution étatique. » Une configuration du monde (Veyrac s’intéresse au monde entier)  comme une sorte de maître du monde de roman qui redessine les cartes géopolitiques selon ses propres conceptions et imaginations qui n’est pas si caricatural puisqu’il se fonde souvent sur des faits historiques et ethnologiques avérés et on peut retrouver les raccourcis dont il use chez certains tenants de l’autonomie en quête de références bibliographiques (3).Un des concepts qui guide Veyrca est la division de l’Algérie en pas moins de 11 ethnies dont les français et assimilés, estimés à 8000 personnes seuls pratiquant la langue française, et autres anglophones ! Vision fantaisiste mais qui a voix au chapitre quand le débat réel est reporté (4).

Amine Essgheir

1- Emission Liqaa Ettahrir du jeudi 22 septembre diffusée simultanément sur les trois chaînes de la télévision algérienne.

2 – Badji Mokhtar, dont le bordj situé à l’extrême sud algérien porte le nom, est mort au champs d’honneur à la bataille de Medjez près de la frontière tunisienne.

3- En 2000 toujours dans sa  lettre Ethniste Veyrac écrit : « Au coeur du Sahara, I'espace touareg apparaît comme une entité compacte, homogène au contraire de bien d'autres régions berbérophones. L'existence d'un Etat souverain ou autonome semble aller de soi. »  Pour plus de détails http://ethnisme.ben-vautier.com

4- Si on reproduit dans le débats éventuel sur le régionalisme les mêmes principes de discours à sens unique que l’on a observé dans le contexte de la campagne pour la charte pour la réconciliation nationale il ne faudra pas s’étonner de le voir échouer avant d’être sujet aux interprétations et aux manipulations porteuses de réels dangers pour l’unité nationale.

 

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Un second souffle pour les aârouchs

L’annonce faite par Bouteflika a ceci de particulier qu’elle intervient au pic de la campagne en faveur de son projet de la charte pour la paix et la réconciliation nationale. Peu d’observateurs s’attendaient, en effet, à ce que celui qui avait pris soin de ne pas mettre les pieds dans le plat lors de son meeting à Tizi-Ouzou, évoquant la demi vérité que c’est de son mandat que tamazight a été promue langue nationale, finisse par lâcher le morceau quelques jours plus tard à Constantine : tamazight ne sera pas langue officielle. Cette reconduction du statut très controversé de deuxième langue du pays est intervenue à un moment où, non seulement rien ne lui donnait un caractère d’urgence, mais c’est surtout le fait que la partie la plus médiatisée, les aarouch en l’occurrence, s’acheminaient, sans trop de tapage, vers un «soutien passif» à la charte sur la paix et la réconciliation nationale. Il est vrai, en effet, que Belaïd Abrika et compagnons, encore bien imprégnés d’une série de rounds de dialogue à garanties multiples avec Ahmed Ouyahia, étaient loin de la première ligne du boycott, voire de la critique du texte sujet à référendum le 29 septembre. On peut donc dire que, de ce point de vue, le fait que le chef de l’Etat ait cru utile de s’exprimer sur une question qui, non seulement ne faisait pas partie de l’objet de sa campagne (la charte), ait une explication similaire à celle des nombreux autres sujets qui ont suscité plus d’une digression de la part de Bouteflika, comme ce fut le cas pour la loi du 23 févier, les pieds noirs, les harkis, les fils de harkis, etc.

Mais, il est une particularité pour la question tamazight, précisément parce que le «déni» commis par Bouteflika ne saurait être vu autrement que comme une provocation par les  aarouch que l’opinion commençait à mettre à la case des alliés du pouvoir. D’autant plus que la question de l’officialisation de tamazight, pour ainsi dire, ne semblait plus qu’une question de procédure technique, à la limite une affaire de taghenent pour savoir s’il fallait y aller avec ou sans référendum.

Comment, dirions-nous, ce dialogue si laborieusement construit entre les délégués du «mouvement citoyen» et un chef du gouvernement en grande symbiose avec le chef de l’Etat, dialogue où l’on est allé jusqu’à épuiser toute la symbolique possible et imaginable juste pour que le fil ne soit pas rompu, comme ce fut le cas des excuses d’Ouyahia au nom de l’Etat, en attendant que quelque chose d’inattendu (l’usure peut-être ?), vienne faire en sorte que cette affaire de tamazight finisse par se régler d’elle-même. Et voilà que c’est Bouteflika lui-même qui tranche dans le vif, à un moment où c’était tout autre chose qui constituait la priorité de l’heure pour débarrasser les deux parties d’un enlisement duquel personne, parce que chacun est allé trop loin, ne pouvait reculer. Ni avancer.

Le dialogue gouvernement-aarouch, vidé de son point sans doute le seul à même de faire date, est-il désormais impossible ? La réaction tellement embarrassée des aarouch, d’où émanait une panique des plus évidentes à en croire la rapidité avec laquelle le boycott du référendum a été décidé, ce qui contraste violemment avec la «tradition» des conclaves marathon depuis le printemps noir, pourrait donner à penser que c’est effet le cas. Mais est-ce uniquement la colère et la réciprocité qui expliquent le revirement des aarouch ? Leur réaction ne serait-elle pas dictée, par exemple, par le danger soudain sur leur propre organisation que représente la position exprimée par Bouteflika à un moment où tout semblait leur sourire, y compris cette belle perspective du week-end dominical qu’ils ont été les seuls à annoncer ? Et pour appeler un chat un chat, n’est-ce pas là un coup qu’ils sont obligés d’encaisser la garde baissée ? A, l’évidence et quelle que soit la réponse, la situation des aarouch est plus qu’intenable maintenant. On pourra toujours dire que s’il était question pour le chef de l’Etat, après que l’activisme des aarouch ait assis l’idée que les partis sont tous disqualifiés, de se débarrasser d’Abrika et des autres délégués à leur tour, pour «pacifier» définitivement la Kabylie, il aurait peut-être du attendre l’après référendum au lieu du contraire pour donner à ces dernier un occasion en or de rebondir. Les choses vues sous cet angle, la mission des aarouch est loin d’être finie puisqu’il reste encore des revendications à arracher. Obtenir l’officialisation de Tamazight devient du coup le second souffle du mouvement citoyen. Le dialogue est donc encore possible. Il le serait doublement si l’on se souvient que les aarouch ont fait montre d’une grande capacité de renverser le sens des priorités selon la conjoncture, faisant passer le départ des «indus-élus» avant les questions identitaires, alors que le premier point ne figure même pas dans la plate-forme d’El Kseur, cependant que le second est non seulement le ciment du mouvement contestataire en Kabylie, mais surtout le levier par lequel les différents acteurs politiques ont toujours su mobiliser la population.

Quoi qu’il en soit, c’est-à-dire quoi que les aarouch décident par rapport à la prochaine invitation d’Ouyahia, il va sans que leur crédit ne sera plus le même. On ne peut affronter la population qu’on prétend défendre les mains vides après avoir montré tellement de quiétude en clamant haut et fort que, désormais, c’est aux pouvoirs publics d’appliquer ce qu’ils ont promis. On peut encore moins le faire quand quelques jours avant que la mise à nu, la nouvelle aristocratie de la lutte citoyenne était affairée à tapisser pour sa participation aux partielle du 24 novembre prochain.  Voilà le premier effet de l’annonce de Bouteflika. Ouvrons une parenthèse ici pour dire, au cas où un doute subsiste sur la mort du mouvement, qu’aucune démonstration de représentativité n’a été faite par ce dernier depuis plus de deux ans au moins. Depuis que Belaïd Abrika était en grève de la faim en prison alors que la population kabyle avait totalement cessé de répondre aux mots d’ordre d’un mouvement incompréhensible à qui elle donnait sa force pour qu’il n’accepte ni de dialoguer, ni de pardonner. Cela, d’autant qu’il s’agit d’un mouvement sans base légale ou organique, contrairement aux partis qui peuvent survivre parce que s’appuyant sur leur appareil.

Le deuxième effet se fera quant à lui par ricochet sur les autres parties en compétition pour la reprise en main de la Kabylie, ambition qui ne manquera pas de s’aiguiser avec la solitude des aarouch, ce mouvement mort et qui ne tenait que parce que la porte du Palais du gouvernement lui était encore ouverte. Bien entendu, l’affaiblissement de l’aile des aarouch qui avait le vent en poupe signifie l’échec de tout le mouvement. Et pour ce qui est des perspectives immédiates, celui du RND dont le secrétaire général avait l’air de compter avec aarouch lors des partielles. En tous cas, le parti d’Ouyahia ne saurait être certain aujourd’hui que s’entendre avec les délégués du mouvement citoyen soit une garantie d’influence en Kabylie. De prime abord, cette évolution peut faire les affaires du RCD et du FFS qui ne n’en rateront pas une pour dénigrer ces dindons de la farce qui ont fait perdre autant de temps à la cause démocratique et amazighe. Seront-ils les seuls à tirer les dividendes de la dure chute des aarouch ? La question se pose car le coup dur asséné par Abdelaziz Bouteflika et aux aarouch et au RND, bien qu’il faille se garder de croire que cela aura des conséquences sur Ahmed Ouyahia (qui représente le président auprès du RND et non l’inverse) épouse parfaitement les idées du FLN. Abdelaziz Belkhadem n’a jamais manqué l’occasion pour dénoncer le contenu de ce dialogue contraire aux constantes, mais surtout que si dialogue il devait y avoir, ce serait avec les partis et non avec un mouvement qui n’a aucune base légale. Le refus de Bouteflika d’officialiser tamazight, exprimé avec force au beau milieu de la campagne ne peut pas être perçu autrement que comme un cadeau par le FLN. Mieux encore, une vengeance contre le RND et les aarouch qui ont réveillé la grande querelle interne du parti par cette trouvaille impromptue de départ des élus locaux.

Nabil Benali

 

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Référendum du 29 septembre
Les dits et les non-dits d'une campagne
Que faut-il retenir de la campagne pour le référendum ? Beaucoup de choses ont été dites durant ces quinze derniers jours. Parfois, là chose et son contraire. Ici, un patchwork des dits (et des non dits) des différents intervenants favorables aux projet lors de cette campagne, mais également ceux des opposants à la Charte.
Bouteflika a été, sans doute, le plus prolixe parmi tous les partisans du « Oui » au référendum. En sillonnant le pays, il s'est exprimé non seulement sur le contenu de la Charte mais s'est également prononcé sur des questions tout aussi importantes que celles relatives aux harkis, au traité d'amitié avec la France, à la place de l'Islam et la laïcité.A Tizi-Ouzou, il a déclaré qu'il savait que la concorde civile « n'allait pas régler tous les problèmes, mais c'était le vaccin idéal à l'époque ». Mais, il s'abstient de nous expliquer ce qu'il pense réellement de la Charte qu'il nous propose actuellement. Va-t-elle ramener la paix ? On le saura probablement lors de son 3e mandat qui s'annonce vraisemblablement.Au sein du même meeting, et en contredisant son chef de gouvernement et, voire certaines de ses précédentes déclarations, il a affirmé à propos du bilan de la décennie rouge (nombre de morts ou l'évaluation des dégâts matériels) qu'« il n'y a aucune structure capable aujourd'hui de donner les chiffres exacts sur les dégâts du terrorisme ».

Quant au traité d'amitié avec la France, dont l'utilité reste à démontrer, Bouteflika a réaffirmé ses précédentes positions à savoir qu'il était prêt à le signer « pour peu que la France reconnaisse ses responsabilités dans les dégâts de la guerre de libération ». Par contre, à propos des harkis, il a déclaré, contre toute attente, à Oran, que « nous avons commis des erreurs à l'encontre des familles et des proches des harkis et n'avons pas fait preuve de sagesse. Nous avons suscité en eux un sentiment de haine et de rancoeur, portant ainsi un préjudice au pays ».Sur la question des disparus, les déclarations de Bouteflika, Ouyahia et
Belkhadem se complètent. En l'espace de quelques semaines, l'Etat a fait un virage à 180° sur ce dossier par rapport aux déclarations de Farouk Ksentini sur la responsabilité des agents de l'Etat. Le président de la république affirme son incapacité à « de vous dire où sont les disparus » et disculpe complètement les agents de l'Etat : « Nous n'accepterons pas qu'on dise que les disparus sont l'ouvre des services de sécurités ». Dans le même sens, son chef de gouvernement a déclaré à Aïn Bénian que « l'Algérie n'est pas le Chili ». Vous avez sans doute compris que les mauvaises choses n'arrivent qu'ailleurs mais jamais chez nous ! Cependant, la trouvaille vient de Si Abdelaziz Belkhadem qui a affirmé à Sidi Belabbes que « certains disparus vivent en Europe sous de fausses identités ». Résumons donc, les 6146 disparus (chiffre définitif arrêté par la CNCPPDH) sont vivants ou morts au maquis, ou bien à l'étranger. Pas un seul n'a été arrêté par les services de sécurité. Vous avez pigé ?Après la déclaration de Belkhadem, Me Ksentini a lui aussi opéré un spectaculaire changement de discours. Il a affirmé au quotidien Liberté (21 septembre 2005) que « toutes les allégations des familles de disparus ne sont pas fondées ». « Ce n'est pas, a-t-il ajouté, parce que leurs familles les déclarent comme étant des disparus que nous devrions les compter comme de véritables disparus ». « Il faut, affirme celui qui auparavant avait déclaré que les agents de l'Etat étaient responsables des disparitions, que nous procédions à des vérifications minutieuses sur ces disparitions parce qu'il y a des disparus qui, en vérité, se trouvent quelque part à l'étranger ». Il cite même le nombre de 120 disparus qui « ont rejoint par la suite leur famille en regagnant leurs domiciles respectifs ». Invités, lui et Belkhadem, à donner des noms, les familles attendent toujours.
Y a-t-il une vie après le référendum ? Il y aura une « amnistie générale » annoncent Sâadani et Belkhadem. Dans un entretien accordé à El-Youm, le président de l'APN a affirmé que « l'amnistie générale est la troisième étape après la charte ». Pour Amar Saâdani il y a nécessité d'une « continuité » qui doit passer par une « troisième étape » appelée « amnistie générale ».
Belkhadem, au lendemain de cette déclaration, confirme l'information en affirmant au Jeune Indépendant (14 septembre) que « la réconciliation nationale évoluera vers une amnistie générale ». Précisons que ces déclarations vont à l'encontre de celle du président de la république qui avait certifié que « La réconciliation est déjà un lourd fardeau à porter dont seul Dieu peut connaître le poids qui pèse sur mes épaules [.]. Je n'irai jamais, jamais, jamais vers une amnistie générale ». Mais, désormais tout est possible dans ce pays.
Dans son meeting de Jijel, Ouyahia a accusé les initiateurs du Contrat National d'avoir « vendu le pays et le peuple », oubliant que parmi ceux qu'il accuse de cette « trahison » figurent des plus fervents défenseurs de la Charte : Louisa Hanoune et Abdallah Djaballah. Mais, aucun des deux « accusés » n'a jugé utile de réagir. Outre les « arguments » en faveur du « Oui », Louisa Hanoun s'est plutôt interrogée sur la nature des GIA. « On ne connaît pas les GIA, on ne sait pas qui les fait bouger et qui est derrière eux », avait déclaré la porte-parole du Parti des travailleurs (PT), lors de la conférence de presse qu'elle a animé le 14 septembre au Centre international de presse (CIP). En précisant « qu'il nous faudrait du temps pour clarifier les choses, mais que, de toutes les façons, il faudrait ouvrir un important débat sur ce sujet ». Tout en défendant une Charte qui situe les responsabilités de la crise, Louisa Hanoun estime tout de même qu'il « viendra le temps où on parlera des responsabilités dans la guerre civile ».
L'église catholique s'est, elle aussi, exprimée au sujet de la Charte. Mgr Teissier estime que « la foi nous engage à considérer que la démarche de réconciliation va jusqu'au pardon personnellement consenti ». « Le pardon, ajoute l'archevêque d'Alger, est un acte personnel exigeant, et qui demande du temps. Il suppose, pour atteindre sa pleine efficacité, que les
agresseurs reconnaissent leurs fautes et acceptent le pardon offert ». Mais, souligne-t-il, « aucune loi ne peut imposer le pardon et le pardon ne peut se substituer à la justice ».
Avant de passer aux « voix discordantes », soulignons que M. Soltani, président du MSP, a fermement menacé de sanctions les opposants à la charte. Parmi les opposants au texte objet du référendum, Saïd Sadi (Liberté 10 septembre 2005) voit dans la charte une « demande de mandat pour un pouvoir absolu », « l'impunité pour les services de sécurité » et le «musellement définitif de tout citoyen contestataire de la démarche présidentielle ». «Le chef de l'État, affirme le président du RCD, entretient la fitna en alimentant les oppositions entre laïcs et religieux ». « Ce texte, a-t-il ajouté, en soi est un programme pour les crises à venir, autant au plan institutionnel, sécuritaire que politique ».
Quant à Hocine Aït Ahmed à propos de la Charte, il la rejette « globalement et dans le détail ». De quoi s'agit-il, s'interroge-t-il ? Pour le président du FFS, à travers cette Charte, « le pouvoir décrète une histoire officielle et définitive qu'aucun n'est en droit de contester, ni en Algérie ni à l'étranger. Autant dire que les familles des 15000 disparus deviendront hors la loi à partir du 30 septembre 2005 si elles persistent à réclamer la vérité ou des nouvelles de leurs proches. Journalistes, historiens et opposants politiques seront logés à la même enseigne ». Discutant un des éléments de la Charte, qui exclut du pardon les personnes qui ont commis des « massacres, des viols ou des attentas sur les lieux publics », Aït Ahmed considère que « comme on a toujours ignoré qui ils sont, le pouvoir se réserve la prérogative d'absoudre qui bon lui semble », arguant que « cela s'est déjà fait avec la loi sur la concorde civile en 2000, quand des commissions de probation fantômes ont travaillé dans l'obscurité la plus totale, si tant est qu'elles aient jamais été mises en place ».Pour Aït Ahmed, « le régime ne demande pas pardon pour le désastre qu'il a provoqué, il ne se remet pas en cause mais restaure la machine totalitaire en intégrant les chefs terroristes dans l'accès à la rente ».
De son côté, l'ancien secrétaire général du FLN, Abdelhamid Mehri, se dit favorable à la réconciliation nationale, mais il estime qu'elle doit signifier « unifier la parole de la nation sur une solution politique globale ». Pour lui, la véritable réconciliation n'est possible que « sur la
base de l'identification des causes profondes de la crise dans un esprit de responsabilité, de franchise et de tolérance entre toutes les parties ». Mehri estime qu'il faut éviter de banaliser ce qui s'est passé durant la précédente décennie. Il pense que « les massacres collectifs, l'assassinat de femmes et d'enfants, la disparition de dizaines de milliers de personnes dans des circonstances troubles ainsi que les autres drames ne sont pas des événements ordinaires dans l'histoire des nations. La pire manière de les traiter est de tenter de les occulter par l'oubli, de dresser des obstacles pour éviter que soient connues les causes et circonstances qui ont produits de tels événements ».
Dans un entretien accordé à El Watan, le 20 septembre, Me Mohand Issad considère que la Charte prévoit belle et bien une amnistie. « L'amnistie et la grâce. Elles ne sont pas déguisées. L'extinction des poursuites judiciaires, la grâce et des notions voisines sont énoncées en toutes
lettres dans le texte ». Allons-nous vers une amnistie générale ? « Oui », répond-t-il, sauf dans le cas des « individus impliqués dans les massacres collectifs, les viols et les attentats à l'explosif dans les lieux publics », précise-t-il en s'interrogeant néanmoins « à partir de quand commence le massacre collectif ? ». « Est-ce que le fait d'assassiner deux ou trois personnes est un massacre collectif ou non ? ».
Qu'en pense un autre juriste comme Me Mokrane Aït Larbi ? Pour lui les initiatives de la Rahma, la Concorde Civile et la Charte « visent un même objectif, celui de trouver une solution à la crise sécuritaire tout en se maintenant au pouvoir ». A propos des disparus, l'avocat constate que l'Etat, qui « refuse toute responsabilité sur les disparitions », « doit assumer son devoir de vérité et de transparence » sur ce dossier. La vérité est, selon lui, nécessaire « pour que ce drame ne se répète jamais».

Abdelkader Djalil

 

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Réconciliation nationale

Entre rejet et indifférence

Tandis que le chef de l'Etat, le chef du gouvernement, les ministres de l'alliance présidentielle, les responsables des organisations de masse… sillonnent le pays pour expliquer aux citoyens tous les bienfaits qui découleront de la paix et de la réconciliation nationale, ces mêmes citoyens se trouvent à mille lieues de cette réconciliation et ont des préoccupations plus terre à terre.

L'activité fébrile déployée par la classe politique depuis l'annonce par le président de la République du projet de charte pour la réconciliation nationale, ne semble pas être le point de mire des citoyens qui, passée la curiosité des premiers jours qui ont suivi l'annonce de ce projet, se désintéressent tout à fait de cette paix qu'on leur offre et concentrent toute leur énergie à survivre dans un quotidien pas très gai entre les augmentations qui touchent tous les produits et grèvent sérieusement des budgets qu'ils ont un mal fou à équilibrer. Quoi de plus normal quand on sait que les salaires sont restés les mêmes depuis des années, alors que tout augmente ; produits alimentaires, loyers, électricité, transports… sont à chaque fois un peu plus chers, au détriment du citoyen qui ne sait plus où donner de la tête. Pour le citoyen qui a du mal à suivre cette courbe ascendante, ce projet de paix est loin d'être une priorité.

"Pardonner à des terroristes qui ont plongé le pays entier dans la terreur pendant des années ne donnera pas du pain à mes enfants. C'est vraiment berner les gens que de leur assurer que tout ira mieux pour eux après l'adoption de ce projet de réconciliation nationale", affirme Ali, la cinquantaine, ambulancier dans le secteur sanitaire de Zéralda. Ali a pourtant connu des années terribles, lui qui habite dans une cité dortoir aux Eucalyptus, qui a frôlé le danger plus d'une fois quand il rentrait chez lui le soir après son travail. "Souvent, je me suis dit que mon heure était venue, quand dans les rues et ruelles sombres de mon quartier je rencontrais des barbus, armés, qui se baladaient en terrain conquis. Je ne comprends toujours pas comment ils m'ont laissé en vie. Une fois, ils sont venus dans notre immeuble pour voir si quelqu'un avait installé une antenne parabolique en cachette. Et si un jour nous avons appris à ne plus avoir peur, c'est grâce à l'armée et aux forces de sécurité qui les ont traqués. Il y a eu des accrochages qui ont duré plusieurs jours. Personne ne sortait, même pour aller au travail. Les enfants n'allaient pas à l'école. Mais, peu à peu, notre cité est redevenue calme. Maintenant, ce dont nous avons besoin, c'est d'améliorer le cadre de vie, d'aménager des routes, d'avoir des loisirs pour nos enfants."

Ali n'est pas seul à êtrevde cet avis, ils sont nombreux ceux qui ne comprennent pas comment leur existence se trouvera amélioré par le seul fait qu'ils pardonnent à des terroristes qui ont bouleversé leur vie et transformé un pays paisible en une fournaise où la vie est devenue tout bonnement impossible. Une fournaise que beaucoup d'Algériens ont fuie vers des pays où la peur au ventre ne fait pas partie du quotidien.

Mme F. Z., 55 ans, a l'air plutôt sereine, elle qui, il y a six ans, a perdu son benjamin, Djillali, 23 ans, par une soirée pluvieuse du mois de ramadan. Il venait juste de décocher une licence en sciences économiques et il en était tout content. Ses parents étaient fiers de lui car il était le seul de ses frères et sœurs à avoir tenu le coup et terminé ses études brillamment. La joie de Djillali et de ses parents a été de courte durée. Des terroristes fous furieux ont décidé que Djillali n'endosserait pas les nouveaux vêtements qu'il venait de s'acheter, et n'ira pas à l'université, le lendemain, récupérer son diplôme. Ses copains et lui, qui se trouvaient dans un kiosque à siroter du café et à écouter de la musique, ont été sauvagement égorgés. Mme F. Z. et sa famille pourront-ils un jour pardonner à ceux qui ont tué leur joie ? "Jamais !", disent-ils en chœur. "Comment pardonner à ceux qui ont brisé mon cœur et terni ma vie ? Ces jeunes qu'ils ont tués n'avaient rien fait pour mériter un tel sort. Ils étaient pleins de vie et il y en avait même qui faisaient vivre leurs familles. Leur pardonner, c'est insulter la mémoire de ceux qui sont partis avant même d'avoir commencé à vivre. Pour toutes ces raisons, ma famille et moi irons voter le 29 septembre, mais pour dire non. Non, je ne pardonnerai jamais", dit Mme F. Z., avec pour seule émotion apparente une larme au coin de l'œil.

Pour d'autres familles, celles qui n'ont pas eu le malheur de perdre un être cher du fait des terroristes, la paix qu'offre le chef de l'Etat ne les concerne ni de près ni de loin. "Comment puis-je savoir s'il est possible ou non de pardonner à un terroriste ? Dieu merci, aucune personne de mon entourage immédiat n'a été touchée par des actes de terrorisme et donc je ne me sens pas capable de trancher une pareille question. Etre pour ou contre la réconciliation, franchement, je ne sais pas trop et je préfère que ce soient les familles victimes du terrorisme qui se prononcent sur cette question épineuse. Car à mon avis, personne ne peut se substituer aux autres et répondre à leur place."  Celle qui fait cette analyse est Amel, une jeune femme de 38 ans, gérante d'un cybercafé à Kouba. Amel n'arrive pas encore à se décider si elle ira voter ou pas, le 29 septembre. Elle estime que cette question s'adresse particulièrement aux personnes qui ont connu les affres du terrorisme, car elles sont à même de décider qu'il faut tourner la page et aller de l'avant.

Pour Kader, 40 ans, électrotechnicien, c'est un autre son de cloche. Lui refuse depuis le départ d'aller voter. "Les jeu sont faits à l'avance, dit-il, une voix de plus ou de moins ne fera pas le poids."

Il est clair, à travers les discussions avec des citoyens, que ce qui les préoccupe le plus, c'est la façon dont ils auront à gérer leur quotidien. Même si tous espèrent que l'Algérie redevienne un jour le havre de paix qu'elle a été.

Khadidja Mohamed Bouziane

 

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Le FLN dans ses œuvres  (3° partie)

Dans la première et la seconde partie de cette étude, nous avons essayé de retracer le parcours d’un parti hégémonique qui ne conçoit l’exercice du pouvoir que  par lui seul et pour toujours et qui après en avoir été éjecté a appris à ruser avec ses adversaires pour ne plus subir leur courroux. Nous avons donc évoqué la technique du tapis roulant usitée pour fatiguer l’ennemi et le pousser à  commettre la faute…Ensuite nous avons suivi les hommes du FLN au sein de l’ANP et cette semaine nous allons aborder la question du fameux de redressement dont personne n’a vraiment d’abord compris d’où il sortait et comment.

Les hommes de l’ANP dans le FLN

Un parti qui fera toutefois une nouvelle erreur stratégique, en tous points semblable  à celle commise en juin 1965, en octobre 1988 et en décembre 1992 qui consiste à vouloir doubler l’ANP et à mettre la main sur la totalité du pouvoir d’Etat. L’opération aura pour cadre le 8° congrès du FLN  et se soldera par l’élimination de tous les cadres du parti et essentiellement les membres du comité central suspectés  d’entretenir des liens étroits avec la haute hiérarchie militaire. Le premier à faire les frais d’une pareille opération de nettoyage étant bien entendu Abdelaziz Bouteflika lui-même qui a été en 1965 l’un des maîtres d’œuvre de la prise du pouvoir par l’armée au détriment du FLN. Un épisode qui ne sera de toutes les façons jamais oublié, même si Bouteflika fait tout ce qu’il est possible de faire pour racheter sa faute originelle.  C’est ainsi qu’il sera froidement exclu du FLN à la mort de Houari Boumediene, dans un mouvement revanchard qui ne brilla guère par son extrême discrétion. De fait les chefs du  vieux parti unique essayeront carrément d’envoyer l’homme en prison en lui concoctant un sulfureux dossier de mauvaise gestion des fonds spéciaux du ministère des  affaires étrangères, en lançant contre lui en même temps la cour des comptes spécialement mise en place à cet effet et l’appareil judiciaire dans sa totalité, appuyés par une presse publique (il n’y avait qu’elle à l’époque) qui ne fera pas non plus dans la dentelle.  Bouteflika ne s’en sortira que grâce à l’intervention de dernière minute du Président Chadli Bendjedid  qui malgré son encerclement politique rigoureux par un FLN inflexible, réagira tout de même en colonel de l’ANP et fera en sorte que le règlement de compte n’aille pas trop loin. L’armée avait une dette envers l’ancien ministre des affaires étrangères de Boumediene et  elle s’arrangea pour la payer rubis sur l’ongle.

C’est dire que le FLN l’a toujours attendu au tournant pour l’éliminer politiquement à la première occasion sérieuse qui se présenterait et le 8° congrès sera alors  un grand moment de vengeance jubilatoire contre un homme qui n’a jamais réussi à retourner en grâce malgré les louables efforts déployés à cet effet . Nous n’oublierons pas justement le rappel absolument incompréhensible de Mohamed Cherif Messaâdia d’une retraite dont lui-même n’aurait jamais imaginé sortir un jour, pour être placé à la tête du sénat contre l’avis unanime de l’ensemble d’une classe politique tétanisée à l’idée de revenir à l’avant octobre 88. Par ce geste hautement symbolique, le Président de la République entendait évidemment se racheter aux yeux d’un parti pour qui il ne serait jamais qu’un militaire déguisé en militant. Cependant son désir de repentance ne rencontra pas beaucoup d’écho au sein d’un appareil qui ne goûtait que très modérément le fait d’avoir été écarté de la réalité du pouvoir de 1965 à 1979, par sa faute et du pouvoir tout court de 1990 à 1999.  Aussi le courant majoritaire au sein du FLN, fut-il d’avis pour que plus aucun risque ne soit pris avec un homme qui était à leurs yeux, non seulement pas sûr à 100% mais dont ils savaient qu’il avait à présent une dette envers une hiérarchie militaire qui l’aida beaucoup à revenir au pouvoir. Sachant que le FLN ne pouvait de toutes les façons lui être d’aucune utilité étant lui-même banni du pouvoir depuis janvier 1992. Aussi n’y a-t-il en réalité aucun mystère dans le fait que le FLN ait décidé purement et simplement d’ôter à Bouteflika la possibilité d’être son candidat pour la présidentielle de 2004. L’ancien parti unique tenait en vérité à se prémunir ainsi de toute mauvaise surprise et il faut bien admettre que le raisonnement n’était pas tout à fait faux  dans la mesure où sur les questions stratégiques d’intérêt national, Abdelaziz Bouteflika a toujours fini par se ranger sur les positions patriotiques de l’ANP plutôt qu’en faveur des intérêts rentiers et bureaucratiques du FLN. Il aura de ce point de vue un parcours sans faute malgré des professions de foi plus flnistes que nature. Le dernier exemple en date nous venant de l’actualité la plus récente. C’est ainsi qu’il démarrera le 14 août 2005, la campagne du référendum autour du projet de charte pour la paix et la réconciliation nationale sur des positions à 100% FLN, en affichant ostentatoirement ses distances par rapport au texte et ceux qui l’ont inspiré pour se retrouver à l’arrivée,  à quelques jours du scrutin, totalement en phase avec l’esprit et la lettre d’un projet portant pourtant fortement l’empreinte  du haut commandement militaire et celle du courant progressiste du pouvoir et de la société. La courbe de son orbite intérieure  se calculant ainsi d’une façon algorithmique qui lui fait toujours accomplir  les ellipses nécessaires à un meilleur ancrage dans ses propres convictions intimes. Se rapprocher d’abord du FLN pour mieux finir par s’en éloigner et s’éloigner de l’ANP pour se retrouver à la fin sur ses positions les plus stratégiques. C’est sur ces entrefaites que se produit le shisme de ce qui sera connu plus tard sous le label de mouvement des redresseurs et qui n’est rien d’autre que la cristallisation  du courant qui au sein du FLN est l’exact reflet de la trajectoire de Abdelaziz Bouteflika lui-même, à savoir un courant constitué par des militants qui en dernière instance sont plus proche de l’ANP que de leur propre parti. Nous avions eu à connaître dans  les précédents chapitres de la présente étude, de l’existence  d’officiers de l’ANP qu’il est possible de considérer comme d’authentiques militants du FLN à l’instar de Larbi Belkheir et de Mouloud Hamrouche ou encore Sadek Hadjerés, mais il faut aussi savoir que quelques dirigeants du FLN, dont Abdelkader Hadjar, Saïd Bouhadja, et Abdelhamid Si Affif, restent fondamentalement liés à l’ANP au delà même de leur appartenance au parti. Et ce sont d’ailleurs ces hommes là qui  s’opposeront frontalement à Ali Benflis et à leur propre appareil pour infléchir les choix du FLN et conduire à la crise de l’été 2003 qui s’achèvera par la paralysie du FLN du fait de son éclatement en deux tendances antagoniques. Précisons toutefois que le courant pro-ANP du FLN  n’existe pas et n’a jamais existé en tant que tel et que ceux qui en font partie ont du être les premiers surpris lorsqu’ils se sont retrouvés pour la première fois en train de lui donner sa dénomination de mouvement de redressement. Tout comme Abdelaziz Bouteflika a du lui aussi être assez agréablement surpris de voir surgir autour de lui une phalange politique aussi solide au sein d’un appareil qui pour avoir toujours compté en son sein une multitude de courants et de sous-courants, ne devait guère suspecter que l’ANP était ainsi capable de rendre la monnaie de sa pièce à un FLN qui ne s’est jamais gêné pour chasser sur ses terres.  Le fait est que le mouvement des redresseurs, tout en faisant apparaître sur la scène politique nationale un courant politique nouveau, bien  qu’ancien en terme d’individualités, allait passablement changer l’équilibre des forces au sein du pouvoir faisant planer à présent une très grave menace sur l’ancien parti unique, celle de l’implosion pure et simple. Sachant ce que signifie le terme implosion dans un pays qui a vu disparaître quantité de partis du fait des luttes intestines qui ont conduit à un dédoublement de leurs directions.  

Abderrahmane Mahmoudi

 

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