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Partitions, le
nouveau péril ?
Y’a-t-il péril en
la demeure ? Les propos de Ahmed Ouyahia devant les journalistes de
la télévision (1) n’avaient rien d’anodin. L’homme a redit une fois
de plus qu’il parlait en connaisseur pour avoir notamment traiter la
question des touareg Azaouad ou encore d’avoir mener les discussions
avec les arouchs. Dans le premier cas Ahmed Ouyahia nous apprend que
les touaregs maliens évoquaient la carte d’un territoire qui
englobait Aïn Salah, dans le second on sait que sur la vague de
revendications sociales politiques et culturelles des arouchs ont
surfé les idées d’autonomie du MAK et d’autres moins structurées. La
dessus se sont greffés les dernières protestations de rues dans le
sud à Ouargla et à Djanet, des régions réputées pour le calme et la
sérénité et un solide ancrage national.
Les
revendications autonomistes sont elles le nouveau péril auquel doit
faire face l’Algérie ? Ou bien ne faudrait il pas entamer prestement
le débat pour que justement l’autonomie régionale ne se transforme
en revendication d’autonomie politiques ? Petites revue des
velléités d’autonomies et de ce qui les motive.
Le tabou des
tabous est tombé. Mis en avant à chaque fois que s’expriment
justement une protestation violente en Kabylie sous le régime du
parti unique, les velléités autonomistes supposées ou réelles
étaient écrasées par la répression aveugle qui s’abattait sur tout
ceux qui osaient élever le ton. La moindre revendication sociale
devenait suspecte du fait qu’elle portait les germes de la
partition. Aujourd’hui on en parle parce que plus rien ne peut être
caché. Cela dit aucun élément de débat tangible et sérieux ne vient
corroboré les démarches autonomistes. Ces derniers sont relégués aux
rubrique folklore politique bon à servir un tant sois peu des
reportages de télévisions enclin à user de raccourcis faciles.
La réalité est
tout autre. L’autonomie de la Kabylie fait certainement un des
débats les plus riches même s’il a tendance à aller dans tout les
sens, sur Internet, dans les rassemblements, la question taraude les
esprits même si elle ne se conceptualise pas. On parle du Mouvement
pour l’Autonomie de la Kabylie de Ferhat Mehenni mais ce dernier est
loin de constituer un élément unique dans le débat. Dans le conteste
des protestations des arouchs en Kabylie Le World Amazigh Action
Coalition a relayé les appels pour l’autonomie de la Kabylie mais
sans leur donner corps. Dans le même temps on a vu le FFS pointer un
doigt accusateur sur Ferhat Mehenni et son MAK comme étant une pièce
du complot ourdi par les autorités pour mieux justifier la
répression en Kabylie.
En est on toujours
là ? Depuis le rapport Missoum Sbih on sait qu’au sein de l’Eta on
veut anticiper sur les revendications afin qu’elles ne se
transforment pas en danger menaçant l’unité nationale d’autant que
celle-ci est toujours un des éléments fondateur de la constitution
algérienne. On évoque la régionalisation (sorte de fédéralisme à
l’Algérienne) pour mieux cerner les concepts d’autonomie, mais cela
reste souvent des spéculations alors que le système du pouvoir
centralisé est le seul en vigueur et que les code de la commune et
de la wilaya attendent toujours d’être dépoussiérés.
Mais la Kabylie
n’est pas la seule région à donner des nuits blanches aux tenants de
la sacro sainte unité nationale. La question des touaregs évoquée
par Ahmed Ouyahia rappelle aussi le peu de connaissance et aussi et
le peu d’intérêt que l’on porte à l’histoire de cette région et de
son appartenance politique et culturelle à l’Algérie. On ne se
souvient même pas de Moussa Ag Nestan parmi les héros nationaux de
la guerre de libération alors que certains croient que Badji Mokhtar
est le libérateur du grand sud algérien (2).
A titre de
rappelle les manifestations de Djanet et de Ouargla ont fait les
unes affriolantes de journaux marocains en mettent directement en
avant une revendication d’autonomie voire d’indépendance. La réalité
actuelle est toute autre mais le manque de prise en charge des
populations du sud et surtout l’absence d’un débat sérieux sur le
futur de la forme de gouvernance et des institutions algériennes
donne en tous les cas matière à écrire à des militants autonomistes
qui font des touregs un de leurs sujet de prédilection. Ainsi Jean
Louis Veyrac à l’érudition certaine mais au militantisme autonomiste
doctrinaire tout aussi certain indique dans sa « Lettre Ethniste »
en 1994 à propos de la crise qui secoue l’Algérie « la perpétuation
du mythe de la guerre d'indépendance, le refus d'assumer la profonde
berbérité historique et sociologique, l'incapacité à définir une
identité bi-, voire tri-culturelle pour le français, ont conduit à
la crise actuelle, le seul problème devenant celui du maintien de
l'ordre. » La crise étant culturelle pour lui. Là-dessus il évoque
les Touaregs. «si la situation devait s'aggraver, (nous étions en
plein dans le problème Azaouad) on pourrait envisager des pressions
internationales pour régler au moins le problème targui au Sahara,
qui est dramatique et concerne plusieurs états. Une solution
d'autonomie saharienne doit être mise en oeuvre. Elle obligerait les
quatre états se partageant le domaine targui, à accorder à leurs
ressortissants touaregs l'autonomie personnelle et collective.
Celle-ci leur permettrait d'assumer au mieux leur identité en
définissant par eux-mêmes les voies de leur développement économique
et culturel, dans un cadre de libre association et de libre
circulation transfrontalières. Leur centre pourrait être fixé à
Tamanrasset (Algérie). Cette population jouirait ainsi de la
reconnaissance internationale, sans constitution étatique. » Une
configuration du monde (Veyrac s’intéresse au monde entier) comme
une sorte de maître du monde de roman qui redessine les cartes
géopolitiques selon ses propres conceptions et imaginations qui
n’est pas si caricatural puisqu’il se fonde souvent sur des faits
historiques et ethnologiques avérés et on peut retrouver les
raccourcis dont il use chez certains tenants de l’autonomie en quête
de références bibliographiques (3).Un des concepts qui guide Veyrca
est la division de l’Algérie en pas moins de 11 ethnies dont les
français et assimilés, estimés à 8000 personnes seuls pratiquant la
langue française, et autres anglophones ! Vision fantaisiste mais
qui a voix au chapitre quand le débat réel est reporté (4).
Amine Essgheir
1- Emission Liqaa
Ettahrir du jeudi 22 septembre diffusée simultanément sur les trois
chaînes de la télévision algérienne.
2 – Badji Mokhtar,
dont le bordj situé à l’extrême sud algérien porte le nom, est mort
au champs d’honneur à la bataille de Medjez près de la frontière
tunisienne.
3- En 2000
toujours dans sa lettre Ethniste Veyrac écrit : « Au coeur du
Sahara, I'espace touareg apparaît comme une entité compacte,
homogène au contraire de bien d'autres régions berbérophones.
L'existence d'un Etat souverain ou autonome semble aller de soi. »
Pour plus de détails http://ethnisme.ben-vautier.com
4- Si on reproduit
dans le débats éventuel sur le régionalisme les mêmes principes de
discours à sens unique que l’on a observé dans le contexte de la
campagne pour la charte pour la réconciliation nationale il ne
faudra pas s’étonner de le voir échouer avant d’être sujet aux
interprétations et aux manipulations porteuses de réels dangers pour
l’unité nationale.
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Un second
souffle pour les aârouchs
L’annonce faite
par Bouteflika a ceci de particulier qu’elle intervient au pic de la
campagne en faveur de son projet de la charte pour la paix et la
réconciliation nationale. Peu d’observateurs s’attendaient, en
effet, à ce que celui qui avait pris soin de ne pas mettre les pieds
dans le plat lors de son meeting à Tizi-Ouzou, évoquant la demi
vérité que c’est de son mandat que tamazight a été promue langue
nationale, finisse par lâcher le morceau quelques jours plus tard à
Constantine : tamazight ne sera pas langue officielle. Cette
reconduction du statut très controversé de deuxième langue du pays
est intervenue à un moment où, non seulement rien ne lui donnait un
caractère d’urgence, mais c’est surtout le fait que la partie la
plus médiatisée, les aarouch en l’occurrence, s’acheminaient, sans
trop de tapage, vers un «soutien passif» à la charte sur la paix et
la réconciliation nationale. Il est vrai, en effet, que Belaïd
Abrika et compagnons, encore bien imprégnés d’une série de rounds de
dialogue à garanties multiples avec Ahmed Ouyahia, étaient loin de
la première ligne du boycott, voire de la critique du texte sujet à
référendum le 29 septembre. On peut donc dire que, de ce point de
vue, le fait que le chef de l’Etat ait cru utile de s’exprimer sur
une question qui, non seulement ne faisait pas partie de l’objet de
sa campagne (la charte), ait une explication similaire à celle des
nombreux autres sujets qui ont suscité plus d’une digression de la
part de Bouteflika, comme ce fut le cas pour la loi du 23 févier,
les pieds noirs, les harkis, les fils de harkis, etc.
Mais, il est une
particularité pour la question tamazight, précisément parce que le
«déni» commis par Bouteflika ne saurait être vu autrement que comme
une provocation par les aarouch que l’opinion commençait à mettre à
la case des alliés du pouvoir. D’autant plus que la question de
l’officialisation de tamazight, pour ainsi dire, ne semblait plus
qu’une question de procédure technique, à la limite une affaire de
taghenent pour savoir s’il fallait y aller avec ou sans référendum.
Comment,
dirions-nous, ce dialogue si laborieusement construit entre les
délégués du «mouvement citoyen» et un chef du gouvernement en grande
symbiose avec le chef de l’Etat, dialogue où l’on est allé jusqu’à
épuiser toute la symbolique possible et imaginable juste pour que le
fil ne soit pas rompu, comme ce fut le cas des excuses d’Ouyahia au
nom de l’Etat, en attendant que quelque chose d’inattendu (l’usure
peut-être ?), vienne faire en sorte que cette affaire de tamazight
finisse par se régler d’elle-même. Et voilà que c’est Bouteflika
lui-même qui tranche dans le vif, à un moment où c’était tout autre
chose qui constituait la priorité de l’heure pour débarrasser les
deux parties d’un enlisement duquel personne, parce que chacun est
allé trop loin, ne pouvait reculer. Ni avancer.
Le dialogue
gouvernement-aarouch, vidé de son point sans doute le seul à même de
faire date, est-il désormais impossible ? La réaction tellement
embarrassée des aarouch, d’où émanait une panique des plus évidentes
à en croire la rapidité avec laquelle le boycott du référendum a été
décidé, ce qui contraste violemment avec la «tradition» des
conclaves marathon depuis le printemps noir, pourrait donner à
penser que c’est effet le cas. Mais est-ce uniquement la colère et
la réciprocité qui expliquent le revirement des aarouch ? Leur
réaction ne serait-elle pas dictée, par exemple, par le danger
soudain sur leur propre organisation que représente la position
exprimée par Bouteflika à un moment où tout semblait leur sourire, y
compris cette belle perspective du week-end dominical qu’ils ont été
les seuls à annoncer ? Et pour appeler un chat un chat, n’est-ce pas
là un coup qu’ils sont obligés d’encaisser la garde baissée ? A,
l’évidence et quelle que soit la réponse, la situation des aarouch
est plus qu’intenable maintenant. On pourra toujours dire que s’il
était question pour le chef de l’Etat, après que l’activisme des
aarouch ait assis l’idée que les partis sont tous disqualifiés, de
se débarrasser d’Abrika et des autres délégués à leur tour, pour
«pacifier» définitivement la Kabylie, il aurait peut-être du
attendre l’après référendum au lieu du contraire pour donner à ces
dernier un occasion en or de rebondir. Les choses vues sous cet
angle, la mission des aarouch est loin d’être finie puisqu’il reste
encore des revendications à arracher. Obtenir l’officialisation de
Tamazight devient du coup le second souffle du mouvement citoyen. Le
dialogue est donc encore possible. Il le serait doublement si l’on
se souvient que les aarouch ont fait montre d’une grande capacité de
renverser le sens des priorités selon la conjoncture, faisant passer
le départ des «indus-élus» avant les questions identitaires, alors
que le premier point ne figure même pas dans la plate-forme d’El
Kseur, cependant que le second est non seulement le ciment du
mouvement contestataire en Kabylie, mais surtout le levier par
lequel les différents acteurs politiques ont toujours su mobiliser
la population.
Quoi qu’il en
soit, c’est-à-dire quoi que les aarouch décident par rapport à la
prochaine invitation d’Ouyahia, il va sans que leur crédit ne sera
plus le même. On ne peut affronter la population qu’on prétend
défendre les mains vides après avoir montré tellement de quiétude en
clamant haut et fort que, désormais, c’est aux pouvoirs publics
d’appliquer ce qu’ils ont promis. On peut encore moins le faire
quand quelques jours avant que la mise à nu, la nouvelle
aristocratie de la lutte citoyenne était affairée à tapisser pour sa
participation aux partielle du 24 novembre prochain. Voilà le
premier effet de l’annonce de Bouteflika. Ouvrons une parenthèse ici
pour dire, au cas où un doute subsiste sur la mort du mouvement,
qu’aucune démonstration de représentativité n’a été faite par ce
dernier depuis plus de deux ans au moins. Depuis que Belaïd Abrika
était en grève de la faim en prison alors que la population kabyle
avait totalement cessé de répondre aux mots d’ordre d’un mouvement
incompréhensible à qui elle donnait sa force pour qu’il n’accepte ni
de dialoguer, ni de pardonner. Cela, d’autant qu’il s’agit d’un
mouvement sans base légale ou organique, contrairement aux partis
qui peuvent survivre parce que s’appuyant sur leur appareil.
Le deuxième effet
se fera quant à lui par ricochet sur les autres parties en
compétition pour la reprise en main de la Kabylie, ambition qui ne
manquera pas de s’aiguiser avec la solitude des aarouch, ce
mouvement mort et qui ne tenait que parce que la porte du Palais du
gouvernement lui était encore ouverte. Bien entendu,
l’affaiblissement de l’aile des aarouch qui avait le vent en poupe
signifie l’échec de tout le mouvement. Et pour ce qui est des
perspectives immédiates, celui du RND dont le secrétaire général
avait l’air de compter avec aarouch lors des partielles. En tous
cas, le parti d’Ouyahia ne saurait être certain aujourd’hui que
s’entendre avec les délégués du mouvement citoyen soit une garantie
d’influence en Kabylie. De prime abord, cette évolution peut faire
les affaires du RCD et du FFS qui ne n’en rateront pas une pour
dénigrer ces dindons de la farce qui ont fait perdre autant de temps
à la cause démocratique et amazighe. Seront-ils les seuls à tirer
les dividendes de la dure chute des aarouch ? La question se pose
car le coup dur asséné par Abdelaziz Bouteflika et aux aarouch et au
RND, bien qu’il faille se garder de croire que cela aura des
conséquences sur Ahmed Ouyahia (qui représente le président auprès
du RND et non l’inverse) épouse parfaitement les idées du FLN.
Abdelaziz Belkhadem n’a jamais manqué l’occasion pour dénoncer le
contenu de ce dialogue contraire aux constantes, mais surtout que si
dialogue il devait y avoir, ce serait avec les partis et non avec un
mouvement qui n’a aucune base légale. Le refus de Bouteflika
d’officialiser tamazight, exprimé avec force au beau milieu de la
campagne ne peut pas être perçu autrement que comme un cadeau par le
FLN. Mieux encore, une vengeance contre le RND et les aarouch qui
ont réveillé la grande querelle interne du parti par cette
trouvaille impromptue de départ des élus locaux.
Nabil Benali
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Référendum du
29 septembre
Les dits et les non-dits d'une campagne
Que faut-il retenir de la
campagne pour le référendum ? Beaucoup de choses ont été dites
durant ces quinze derniers jours. Parfois, là chose et son
contraire. Ici, un patchwork des dits (et des non dits) des
différents intervenants favorables aux projet lors de cette
campagne, mais également ceux des opposants à la Charte.
Bouteflika a été, sans doute, le plus prolixe parmi tous les
partisans du « Oui » au référendum. En sillonnant le pays, il s'est
exprimé non seulement sur le contenu de la Charte mais s'est
également prononcé sur des questions tout aussi importantes que
celles relatives aux harkis, au traité d'amitié avec la France, à la
place de l'Islam et la laïcité.A Tizi-Ouzou, il a déclaré qu'il
savait que la concorde civile « n'allait pas régler tous les
problèmes, mais c'était le vaccin idéal à l'époque ». Mais, il
s'abstient de nous expliquer ce qu'il pense réellement de la Charte
qu'il nous propose actuellement. Va-t-elle ramener la paix ? On le
saura probablement lors de son 3e mandat qui s'annonce
vraisemblablement.Au sein du même meeting, et en contredisant son
chef de gouvernement et, voire certaines de ses précédentes
déclarations, il a affirmé à propos du bilan de la décennie rouge
(nombre de morts ou l'évaluation des dégâts matériels) qu'« il n'y a
aucune structure capable aujourd'hui de donner les chiffres exacts
sur les dégâts du terrorisme ».
Quant au traité
d'amitié avec la France, dont l'utilité reste à démontrer,
Bouteflika a réaffirmé ses précédentes positions à savoir qu'il
était prêt à le signer « pour peu que la France reconnaisse ses
responsabilités dans les dégâts de la guerre de libération ». Par
contre, à propos des harkis, il a déclaré, contre toute attente, à
Oran, que « nous avons commis des erreurs à l'encontre des familles
et des proches des harkis et n'avons pas fait preuve de sagesse.
Nous avons suscité en eux un sentiment de haine et de rancoeur,
portant ainsi un préjudice au pays ».Sur la question des disparus,
les déclarations de Bouteflika, Ouyahia et
Belkhadem se complètent. En l'espace de quelques semaines, l'Etat a
fait un virage à 180° sur ce dossier par rapport aux déclarations de
Farouk Ksentini sur la responsabilité des agents de l'Etat. Le
président de la république affirme son incapacité à « de vous dire
où sont les disparus » et disculpe complètement les agents de l'Etat
: « Nous n'accepterons pas qu'on dise que les disparus sont l'ouvre
des services de sécurités ». Dans le même sens, son chef de
gouvernement a déclaré à Aïn Bénian que « l'Algérie n'est pas le
Chili ». Vous avez sans doute compris que les mauvaises choses
n'arrivent qu'ailleurs mais jamais chez nous ! Cependant, la
trouvaille vient de Si Abdelaziz Belkhadem qui a affirmé à Sidi
Belabbes que « certains disparus vivent en Europe sous de fausses
identités ». Résumons donc, les 6146 disparus (chiffre définitif
arrêté par la CNCPPDH) sont vivants ou morts au maquis, ou bien à
l'étranger. Pas un seul n'a été arrêté par les services de sécurité.
Vous avez pigé ?Après la déclaration de Belkhadem, Me Ksentini a lui
aussi opéré un spectaculaire changement de discours. Il a affirmé au
quotidien Liberté (21 septembre 2005) que « toutes les allégations
des familles de disparus ne sont pas fondées ». « Ce n'est pas,
a-t-il ajouté, parce que leurs familles les déclarent comme étant
des disparus que nous devrions les compter comme de véritables
disparus ». « Il faut, affirme celui qui auparavant avait déclaré
que les agents de l'Etat étaient responsables des disparitions, que
nous procédions à des vérifications minutieuses sur ces disparitions
parce qu'il y a des disparus qui, en vérité, se trouvent quelque
part à l'étranger ». Il cite même le nombre de 120 disparus qui «
ont rejoint par la suite leur famille en regagnant leurs domiciles
respectifs ». Invités, lui et Belkhadem, à donner des noms, les
familles attendent toujours.
Y a-t-il une vie après le référendum ? Il y aura une « amnistie
générale » annoncent Sâadani et Belkhadem. Dans un entretien accordé
à El-Youm, le président de l'APN a affirmé que « l'amnistie générale
est la troisième étape après la charte ». Pour Amar Saâdani il y a
nécessité d'une « continuité » qui doit passer par une « troisième
étape » appelée « amnistie générale ».
Belkhadem, au lendemain de cette déclaration, confirme l'information
en affirmant au Jeune Indépendant (14 septembre) que « la
réconciliation nationale évoluera vers une amnistie générale ».
Précisons que ces déclarations vont à l'encontre de celle du
président de la république qui avait certifié que « La
réconciliation est déjà un lourd fardeau à porter dont seul Dieu
peut connaître le poids qui pèse sur mes épaules [.]. Je n'irai
jamais, jamais, jamais vers une amnistie générale ». Mais, désormais
tout est possible dans ce pays.
Dans son meeting de Jijel, Ouyahia a accusé les initiateurs du
Contrat National d'avoir « vendu le pays et le peuple », oubliant
que parmi ceux qu'il accuse de cette « trahison » figurent des plus
fervents défenseurs de la Charte : Louisa Hanoune et Abdallah
Djaballah. Mais, aucun des deux « accusés » n'a jugé utile de
réagir. Outre les « arguments » en faveur du « Oui », Louisa Hanoun
s'est plutôt interrogée sur la nature des GIA. « On ne connaît pas
les GIA, on ne sait pas qui les fait bouger et qui est derrière eux
», avait déclaré la porte-parole du Parti des travailleurs (PT),
lors de la conférence de presse qu'elle a animé le 14 septembre au
Centre international de presse (CIP). En précisant « qu'il nous
faudrait du temps pour clarifier les choses, mais que, de toutes les
façons, il faudrait ouvrir un important débat sur ce sujet ». Tout
en défendant une Charte qui situe les responsabilités de la crise,
Louisa Hanoun estime tout de même qu'il « viendra le temps où on
parlera des responsabilités dans la guerre civile ».
L'église catholique s'est, elle aussi, exprimée au sujet de la
Charte. Mgr Teissier estime que « la foi nous engage à considérer
que la démarche de réconciliation va jusqu'au pardon personnellement
consenti ». « Le pardon, ajoute l'archevêque d'Alger, est un acte
personnel exigeant, et qui demande du temps. Il suppose, pour
atteindre sa pleine efficacité, que les
agresseurs reconnaissent leurs fautes et acceptent le pardon offert
». Mais, souligne-t-il, « aucune loi ne peut imposer le pardon et le
pardon ne peut se substituer à la justice ».
Avant de passer aux « voix discordantes », soulignons que M.
Soltani, président du MSP, a fermement menacé de sanctions les
opposants à la charte. Parmi les opposants au texte objet du
référendum, Saïd Sadi (Liberté 10 septembre 2005) voit dans la
charte une « demande de mandat pour un pouvoir absolu », «
l'impunité pour les services de sécurité » et le «musellement
définitif de tout citoyen contestataire de la démarche
présidentielle ». «Le chef de l'État, affirme le président du RCD,
entretient la fitna en alimentant les oppositions entre laïcs et
religieux ». « Ce texte, a-t-il ajouté, en soi est un programme pour
les crises à venir, autant au plan institutionnel, sécuritaire que
politique ».
Quant à Hocine Aït Ahmed à propos de la Charte, il la rejette «
globalement et dans le détail ». De quoi s'agit-il, s'interroge-t-il
? Pour le président du FFS, à travers cette Charte, « le pouvoir
décrète une histoire officielle et définitive qu'aucun n'est en
droit de contester, ni en Algérie ni à l'étranger. Autant dire que
les familles des 15000 disparus deviendront hors la loi à partir du
30 septembre 2005 si elles persistent à réclamer la vérité ou des
nouvelles de leurs proches. Journalistes, historiens et opposants
politiques seront logés à la même enseigne ». Discutant un des
éléments de la Charte, qui exclut du pardon les personnes qui ont
commis des « massacres, des viols ou des attentas sur les lieux
publics », Aït Ahmed considère que « comme on a toujours ignoré qui
ils sont, le pouvoir se réserve la prérogative d'absoudre qui bon
lui semble », arguant que « cela s'est déjà fait avec la loi sur la
concorde civile en 2000, quand des commissions de probation fantômes
ont travaillé dans l'obscurité la plus totale, si tant est qu'elles
aient jamais été mises en place ».Pour Aït Ahmed, « le régime ne
demande pas pardon pour le désastre qu'il a provoqué, il ne se remet
pas en cause mais restaure la machine totalitaire en intégrant les
chefs terroristes dans l'accès à la rente ».
De son côté, l'ancien secrétaire général du FLN, Abdelhamid Mehri,
se dit favorable à la réconciliation nationale, mais il estime
qu'elle doit signifier « unifier la parole de la nation sur une
solution politique globale ». Pour lui, la véritable réconciliation
n'est possible que « sur la
base de l'identification des causes profondes de la crise dans un
esprit de responsabilité, de franchise et de tolérance entre toutes
les parties ». Mehri estime qu'il faut éviter de banaliser ce qui
s'est passé durant la précédente décennie. Il pense que « les
massacres collectifs, l'assassinat de femmes et d'enfants, la
disparition de dizaines de milliers de personnes dans des
circonstances troubles ainsi que les autres drames ne sont pas des
événements ordinaires dans l'histoire des nations. La pire manière
de les traiter est de tenter de les occulter par l'oubli, de dresser
des obstacles pour éviter que soient connues les causes et
circonstances qui ont produits de tels événements ».
Dans un entretien accordé à El Watan, le 20 septembre, Me Mohand
Issad considère que la Charte prévoit belle et bien une amnistie. «
L'amnistie et la grâce. Elles ne sont pas déguisées. L'extinction
des poursuites judiciaires, la grâce et des notions voisines sont
énoncées en toutes
lettres dans le texte ». Allons-nous vers une amnistie générale ? «
Oui », répond-t-il, sauf dans le cas des « individus impliqués dans
les massacres collectifs, les viols et les attentats à l'explosif
dans les lieux publics », précise-t-il en s'interrogeant néanmoins «
à partir de quand commence le massacre collectif ? ». « Est-ce que
le fait d'assassiner deux ou trois personnes est un massacre
collectif ou non ? ».
Qu'en pense un autre juriste comme Me Mokrane Aït Larbi ? Pour lui
les initiatives de la Rahma, la Concorde Civile et la Charte «
visent un même objectif, celui de trouver une solution à la crise
sécuritaire tout en se maintenant au pouvoir ». A propos des
disparus, l'avocat constate que l'Etat, qui « refuse toute
responsabilité sur les disparitions », « doit assumer son devoir de
vérité et de transparence » sur ce dossier. La vérité est, selon
lui, nécessaire « pour que ce drame ne se répète jamais».
Abdelkader
Djalil
Haut
Réconciliation
nationale
Entre rejet et
indifférence
Tandis que le chef
de l'Etat, le chef du gouvernement, les ministres de l'alliance
présidentielle, les responsables des organisations de masse…
sillonnent le pays pour expliquer aux citoyens tous les bienfaits
qui découleront de la paix et de la réconciliation nationale, ces
mêmes citoyens se trouvent à mille lieues de cette réconciliation et
ont des préoccupations plus terre à terre.
L'activité fébrile
déployée par la classe politique depuis l'annonce par le président
de la République du projet de charte pour la réconciliation
nationale, ne semble pas être le point de mire des citoyens qui,
passée la curiosité des premiers jours qui ont suivi l'annonce de ce
projet, se désintéressent tout à fait de cette paix qu'on leur offre
et concentrent toute leur énergie à survivre dans un quotidien pas
très gai entre les augmentations qui touchent tous les produits et
grèvent sérieusement des budgets qu'ils ont un mal fou à équilibrer.
Quoi de plus normal quand on sait que les salaires sont restés les
mêmes depuis des années, alors que tout augmente ; produits
alimentaires, loyers, électricité, transports… sont à chaque fois un
peu plus chers, au détriment du citoyen qui ne sait plus où donner
de la tête. Pour le citoyen qui a du mal à suivre cette courbe
ascendante, ce projet de paix est loin d'être une priorité.
"Pardonner à des
terroristes qui ont plongé le pays entier dans la terreur pendant
des années ne donnera pas du pain à mes enfants. C'est vraiment
berner les gens que de leur assurer que tout ira mieux pour eux
après l'adoption de ce projet de réconciliation nationale", affirme
Ali, la cinquantaine, ambulancier dans le secteur sanitaire de
Zéralda. Ali a pourtant connu des années terribles, lui qui habite
dans une cité dortoir aux Eucalyptus, qui a frôlé le danger plus
d'une fois quand il rentrait chez lui le soir après son travail.
"Souvent, je me suis dit que mon heure était venue, quand dans les
rues et ruelles sombres de mon quartier je rencontrais des barbus,
armés, qui se baladaient en terrain conquis. Je ne comprends
toujours pas comment ils m'ont laissé en vie. Une fois, ils sont
venus dans notre immeuble pour voir si quelqu'un avait installé une
antenne parabolique en cachette. Et si un jour nous avons appris à
ne plus avoir peur, c'est grâce à l'armée et aux forces de sécurité
qui les ont traqués. Il y a eu des accrochages qui ont duré
plusieurs jours. Personne ne sortait, même pour aller au travail.
Les enfants n'allaient pas à l'école. Mais, peu à peu, notre cité
est redevenue calme. Maintenant, ce dont nous avons besoin, c'est
d'améliorer le cadre de vie, d'aménager des routes, d'avoir des
loisirs pour nos enfants."
Ali n'est pas seul
à êtrevde cet avis, ils sont nombreux ceux qui ne comprennent pas
comment leur existence se trouvera amélioré par le seul fait qu'ils
pardonnent à des terroristes qui ont bouleversé leur vie et
transformé un pays paisible en une fournaise où la vie est devenue
tout bonnement impossible. Une fournaise que beaucoup d'Algériens
ont fuie vers des pays où la peur au ventre ne fait pas partie du
quotidien.
Mme F. Z., 55 ans,
a l'air plutôt sereine, elle qui, il y a six ans, a perdu son
benjamin, Djillali, 23 ans, par une soirée pluvieuse du mois de
ramadan. Il venait juste de décocher une licence en sciences
économiques et il en était tout content. Ses parents étaient fiers
de lui car il était le seul de ses frères et sœurs à avoir tenu le
coup et terminé ses études brillamment. La joie de Djillali et de
ses parents a été de courte durée. Des terroristes fous furieux ont
décidé que Djillali n'endosserait pas les nouveaux vêtements qu'il
venait de s'acheter, et n'ira pas à l'université, le lendemain,
récupérer son diplôme. Ses copains et lui, qui se trouvaient dans un
kiosque à siroter du café et à écouter de la musique, ont été
sauvagement égorgés. Mme F. Z. et sa famille pourront-ils un jour
pardonner à ceux qui ont tué leur joie ? "Jamais !", disent-ils en
chœur. "Comment pardonner à ceux qui ont brisé mon cœur et terni ma
vie ? Ces jeunes qu'ils ont tués n'avaient rien fait pour mériter un
tel sort. Ils étaient pleins de vie et il y en avait même qui
faisaient vivre leurs familles. Leur pardonner, c'est insulter la
mémoire de ceux qui sont partis avant même d'avoir commencé à vivre.
Pour toutes ces raisons, ma famille et moi irons voter le 29
septembre, mais pour dire non. Non, je ne pardonnerai jamais", dit
Mme F. Z., avec pour seule émotion apparente une larme au coin de
l'œil.
Pour d'autres
familles, celles qui n'ont pas eu le malheur de perdre un être cher
du fait des terroristes, la paix qu'offre le chef de l'Etat ne les
concerne ni de près ni de loin. "Comment puis-je savoir s'il est
possible ou non de pardonner à un terroriste ? Dieu merci, aucune
personne de mon entourage immédiat n'a été touchée par des actes de
terrorisme et donc je ne me sens pas capable de trancher une
pareille question. Etre pour ou contre la réconciliation,
franchement, je ne sais pas trop et je préfère que ce soient les
familles victimes du terrorisme qui se prononcent sur cette question
épineuse. Car à mon avis, personne ne peut se substituer aux autres
et répondre à leur place." Celle qui fait cette analyse est Amel,
une jeune femme de 38 ans, gérante d'un cybercafé à Kouba. Amel
n'arrive pas encore à se décider si elle ira voter ou pas, le 29
septembre. Elle estime que cette question s'adresse particulièrement
aux personnes qui ont connu les affres du terrorisme, car elles sont
à même de décider qu'il faut tourner la page et aller de l'avant.
Pour Kader, 40
ans, électrotechnicien, c'est un autre son de cloche. Lui refuse
depuis le départ d'aller voter. "Les jeu sont faits à l'avance,
dit-il, une voix de plus ou de moins ne fera pas le poids."
Il est clair, à
travers les discussions avec des citoyens, que ce qui les préoccupe
le plus, c'est la façon dont ils auront à gérer leur quotidien. Même
si tous espèrent que l'Algérie redevienne un jour le havre de paix
qu'elle a été.
Khadidja
Mohamed Bouziane
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Le FLN dans ses
œuvres (3° partie)
Dans la première
et la seconde partie de cette étude, nous avons essayé de retracer
le parcours d’un parti hégémonique qui ne conçoit l’exercice du
pouvoir que par lui seul et pour toujours et qui après en avoir été
éjecté a appris à ruser avec ses adversaires pour ne plus subir leur
courroux. Nous avons donc évoqué la technique du tapis roulant
usitée pour fatiguer l’ennemi et le pousser à commettre la
faute…Ensuite nous avons suivi les hommes du FLN au sein de l’ANP et
cette semaine nous allons aborder la question du fameux de
redressement dont personne n’a vraiment d’abord compris d’où il
sortait et comment.
Les hommes de
l’ANP dans le FLN
Un parti qui fera
toutefois une nouvelle erreur stratégique, en tous points semblable
à celle commise en juin 1965, en octobre 1988 et en décembre 1992
qui consiste à vouloir doubler l’ANP et à mettre la main sur la
totalité du pouvoir d’Etat. L’opération aura pour cadre le 8°
congrès du FLN et se soldera par l’élimination de tous les cadres
du parti et essentiellement les membres du comité central suspectés
d’entretenir des liens étroits avec la haute hiérarchie militaire.
Le premier à faire les frais d’une pareille opération de nettoyage
étant bien entendu Abdelaziz Bouteflika lui-même qui a été en 1965
l’un des maîtres d’œuvre de la prise du pouvoir par l’armée au
détriment du FLN. Un épisode qui ne sera de toutes les façons jamais
oublié, même si Bouteflika fait tout ce qu’il est possible de faire
pour racheter sa faute originelle. C’est ainsi qu’il sera
froidement exclu du FLN à la mort de Houari Boumediene, dans un
mouvement revanchard qui ne brilla guère par son extrême discrétion.
De fait les chefs du vieux parti unique essayeront carrément
d’envoyer l’homme en prison en lui concoctant un sulfureux dossier
de mauvaise gestion des fonds spéciaux du ministère des affaires
étrangères, en lançant contre lui en même temps la cour des comptes
spécialement mise en place à cet effet et l’appareil judiciaire dans
sa totalité, appuyés par une presse publique (il n’y avait qu’elle à
l’époque) qui ne fera pas non plus dans la dentelle. Bouteflika ne
s’en sortira que grâce à l’intervention de dernière minute du
Président Chadli Bendjedid qui malgré son encerclement politique
rigoureux par un FLN inflexible, réagira tout de même en colonel de
l’ANP et fera en sorte que le règlement de compte n’aille pas trop
loin. L’armée avait une dette envers l’ancien ministre des affaires
étrangères de Boumediene et elle s’arrangea pour la payer rubis sur
l’ongle.
C’est dire que le
FLN l’a toujours attendu au tournant pour l’éliminer politiquement à
la première occasion sérieuse qui se présenterait et le 8° congrès
sera alors un grand moment de vengeance jubilatoire contre un homme
qui n’a jamais réussi à retourner en grâce malgré les louables
efforts déployés à cet effet . Nous n’oublierons pas justement le
rappel absolument incompréhensible de Mohamed Cherif Messaâdia d’une
retraite dont lui-même n’aurait jamais imaginé sortir un jour, pour
être placé à la tête du sénat contre l’avis unanime de l’ensemble
d’une classe politique tétanisée à l’idée de revenir à l’avant
octobre 88. Par ce geste hautement symbolique, le Président de la
République entendait évidemment se racheter aux yeux d’un parti pour
qui il ne serait jamais qu’un militaire déguisé en militant.
Cependant son désir de repentance ne rencontra pas beaucoup d’écho
au sein d’un appareil qui ne goûtait que très modérément le fait
d’avoir été écarté de la réalité du pouvoir de 1965 à 1979, par sa
faute et du pouvoir tout court de 1990 à 1999. Aussi le courant
majoritaire au sein du FLN, fut-il d’avis pour que plus aucun risque
ne soit pris avec un homme qui était à leurs yeux, non seulement pas
sûr à 100% mais dont ils savaient qu’il avait à présent une dette
envers une hiérarchie militaire qui l’aida beaucoup à revenir au
pouvoir. Sachant que le FLN ne pouvait de toutes les façons lui être
d’aucune utilité étant lui-même banni du pouvoir depuis janvier
1992. Aussi n’y a-t-il en réalité aucun mystère dans le fait que le
FLN ait décidé purement et simplement d’ôter à Bouteflika la
possibilité d’être son candidat pour la présidentielle de 2004.
L’ancien parti unique tenait en vérité à se prémunir ainsi de toute
mauvaise surprise et il faut bien admettre que le raisonnement
n’était pas tout à fait faux dans la mesure où sur les questions
stratégiques d’intérêt national, Abdelaziz Bouteflika a toujours
fini par se ranger sur les positions patriotiques de l’ANP plutôt
qu’en faveur des intérêts rentiers et bureaucratiques du FLN. Il
aura de ce point de vue un parcours sans faute malgré des
professions de foi plus flnistes que nature. Le dernier exemple en
date nous venant de l’actualité la plus récente. C’est ainsi qu’il
démarrera le 14 août 2005, la campagne du référendum autour du
projet de charte pour la paix et la réconciliation nationale sur des
positions à 100% FLN, en affichant ostentatoirement ses distances
par rapport au texte et ceux qui l’ont inspiré pour se retrouver à
l’arrivée, à quelques jours du scrutin, totalement en phase avec
l’esprit et la lettre d’un projet portant pourtant fortement
l’empreinte du haut commandement militaire et celle du courant
progressiste du pouvoir et de la société. La courbe de son orbite
intérieure se calculant ainsi d’une façon algorithmique qui lui
fait toujours accomplir les ellipses nécessaires à un meilleur
ancrage dans ses propres convictions intimes. Se rapprocher d’abord
du FLN pour mieux finir par s’en éloigner et s’éloigner de l’ANP
pour se retrouver à la fin sur ses positions les plus stratégiques.
C’est sur ces entrefaites que se produit le shisme de ce qui sera
connu plus tard sous le label de mouvement des redresseurs et qui
n’est rien d’autre que la cristallisation du courant qui au sein du
FLN est l’exact reflet de la trajectoire de Abdelaziz Bouteflika
lui-même, à savoir un courant constitué par des militants qui en
dernière instance sont plus proche de l’ANP que de leur propre
parti. Nous avions eu à connaître dans les précédents chapitres de
la présente étude, de l’existence d’officiers de l’ANP qu’il est
possible de considérer comme d’authentiques militants du FLN à
l’instar de Larbi Belkheir et de Mouloud Hamrouche ou encore Sadek
Hadjerés, mais il faut aussi savoir que quelques dirigeants du FLN,
dont Abdelkader Hadjar, Saïd Bouhadja, et Abdelhamid Si Affif,
restent fondamentalement liés à l’ANP au delà même de leur
appartenance au parti. Et ce sont d’ailleurs ces hommes là qui
s’opposeront frontalement à Ali Benflis et à leur propre appareil
pour infléchir les choix du FLN et conduire à la crise de l’été 2003
qui s’achèvera par la paralysie du FLN du fait de son éclatement en
deux tendances antagoniques. Précisons toutefois que le courant
pro-ANP du FLN n’existe pas et n’a jamais existé en tant que tel et
que ceux qui en font partie ont du être les premiers surpris
lorsqu’ils se sont retrouvés pour la première fois en train de lui
donner sa dénomination de mouvement de redressement. Tout comme
Abdelaziz Bouteflika a du lui aussi être assez agréablement surpris
de voir surgir autour de lui une phalange politique aussi solide au
sein d’un appareil qui pour avoir toujours compté en son sein une
multitude de courants et de sous-courants, ne devait guère suspecter
que l’ANP était ainsi capable de rendre la monnaie de sa pièce à un
FLN qui ne s’est jamais gêné pour chasser sur ses terres. Le fait
est que le mouvement des redresseurs, tout en faisant apparaître sur
la scène politique nationale un courant politique nouveau, bien
qu’ancien en terme d’individualités, allait passablement changer
l’équilibre des forces au sein du pouvoir faisant planer à présent
une très grave menace sur l’ancien parti unique, celle de
l’implosion pure et simple. Sachant ce que signifie le terme
implosion dans un pays qui a vu disparaître quantité de partis du
fait des luttes intestines qui ont conduit à un dédoublement de
leurs directions.
Abderrahmane
Mahmoudi
Haut
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