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Front social
Le ras-le-bol
L'année 2005 aura
été, sans conteste, celle où le front social n'a cessé d'être en ébullition. Aux
quatre coins du pays, les citoyens sont sortis dans la rue crier haut et fort
leurs ras-le-bol d'une vie si difficile. On aura aussi remarqué que plusieurs
syndicats sont montés au créneau pour signifier leur malaise quant à la
situation socioprofessionnelle de leurs travailleurs. Mais c'est
incontestablement l'UGTA qui a brillé par son absence lors de ces mouvements de
protestation, elle qui prône la trêve sociale jusqu'au onzième congrès de la
Centrale syndicale qui se tiendra en février 2006, et marquera aussi son
cinquantième anniversaire
Il faut croire
que les Algériens se sont bien démenés durant cette année 2005. Une année où on
leur a promis de meilleures conditions de vie, et cette promesse n'était pas
tout à fait impossible si l'on tient compte du prix sans cesse en hausse du
pétrole, de la croissance économique qui revient souvent dans les discours
officiels et qui, nous dit-on, connaît une vraie embellie. On nous assure aussi
que le chômage a chuté à 15,3% alors qu'il était de l'ordre de 17,7% en 2004 et
de 23,7% en 2003.
Des indices
plutôt rassurants qui font croire que l'Algérien vit mieux. Mais la réalité est
bien différente. Le quotidien est souvent très difficile à gérer pour les pères
et mères de famille qui suent sang et eau – l'expression n'est pas de trop –
pour joindre les deux bouts.
La valse des
augmentations des prix, qui a commencé quand l'Etat a annoncé ne plus pouvoir
subventionner les produits alimentaires, n'en finit plus, au grand dam du
consommateur qui se voit obligé de faire toute une gymnastique pour arriver à
équilibrer un tant soit peu son budget.
Un rappel de ces
augmentations, pour l'année 2005, est à lui seul un indice de la malvie des
Algériens. Selon les chiffres publié par l'Office national des statistiques (ONS),
les loyers ont grimpé de 13,60% entre mai 2004 et le même mois de l'année 2005 ;
les transports et les télécommunications ont connu une hausse de 11,40% ; les
soins de santé ont augmenté de 0,60% ; les prix des produits agricoles ont
augmenté de 2,40% et ceux des produits alimentaires ont connu une hausse de
0,20%, sans oublier les fruits et légumes connaissent périodiquement des hausses
importantes. Les factures d'électricité et de gaz sont, pour leur part, de plus
en plus lourdes. En juin 2005, une augmentation de 5% a été enregistrée pour les
ménages, elle était de 10% pour les industriels et les gros consommateurs. Une
autre augmentation est annoncée pour la fin de l'année par la Commission de
régulation de l'électricité et du gaz (CREG), qui la justifie par les
investissements réalisés par Sonelgaz pour assurer une meilleure gestion et une
bonne qualité de service.
C'est ce marasme
et le manque de perspectives qui font que les gens finissent par se révolter et
crier haut et fort leur ras-le-bol des conditions de vie qui sont leur
quotidien : chômage, pauvreté, crise du logement, absence d'investissements… Il
suffit parfois d'un incident mineur pour que ces citoyens se retrouvent dans la
rue, à saccager tout sur leur passage : sièges de daïra, tribunaux, banques,
sièges d'APC… En un mot, tout ce qui peut représenter à leurs yeux les pouvoirs
publics, qui ne bougent pas le petit doigt pour leur offrir des conditions de
vie meilleures.
En effet, peut-on
s'imaginer qu'en 2005, dans un pays producteur de gaz, beaucoup de familles
continuent à se chauffer avec du bois ? Les privilégiés le font au gaz butane,
quand il est disponible bien entendu, car par les temps de grand froid, trouver
une bonbonne de gaz est un vrai exploit. Parler du prix est une autre paire de
manches, car il atteint facilement les 400 DA.
Les citoyens se
sont aussi révoltés quand ils ont estimé que les pouvoirs publics avaient commis
à leur encontre des injustices, comme ce fut le cas à Arzew, quand on a démoli
des kiosques qui étaient le seul gagne-pain de plusieurs familles habitant le
quartier des Palmiers. Cette révolte, réprimée par les forces de sécurité, a
connu une issue malheureuse. Deux jeunes du quartier ont été assassinés par des
policiers dont la mission était de contenir cette colère et éviter qu'elle ne
dégénère. A Laghouat, un jeune de 26 ans a, lui aussi, été tué par un
représentant de l'ordre. A Aïn-Defla, Chlef, Khenchela… des jeunes ont été
emprisonnés pour avoir détruit des biens publics.
Les issues de ces
mouvements de révolte ne sont pas heureuses, mais cela n'empêche pas les
manifestants de récidiver. C'est, disent-ils, le seul moyen de faire entendre
leurs revendications, en l'absence de toute communication avec les pouvoirs
publics qui se murent dans le silence sans se soucier du bien-être de ces
citoyens.
Plusieurs
syndicats autonomes sont montés au créneau, durant l'année 2005, pour signifier
leur malaise quant aux conditions socioprofessionnelles de leurs travailleurs.
Le 5 janvier, le Conseil national des professeurs de l'enseignement secondaire
et technique protestait pour établir une communication efficace avec la tutelle
pour améliorer les conditions des enseignants. Le 22 mars, le Syndicat des
vétérinaires de la Fonction publique menaçait de faire grève si leurs
revendications n'étaient pas écoutées. Il s'agissait pour eux d'augmenter le
salaire des vétérinaires, qui était de 14.000 DA. Le 16 avril, le Conseil des
professeurs de l'enseignement moyen et technique déclenchait une grève
générale ; le 25 avril c'était au tour du Conseil des lycées d'Alger de
commencer un mouvement de protestation devant le ministère de l'Education. Le 3
octobre, l'Union nationale des travailleurs de l'éducation engageait un
mouvement de protestation à travers plusieurs wilayas, (Constantine, Ghardaïa,
Sidi Bel-Abbès, Béchar) pour revendiquer principalement l'amélioration des
conditions plus que déplorables des travailleurs. Le 5 octobre, 300 travailleurs
du complexe laitier d'Oran sortaient dans la rue pour manifester haut et fort et
faire connaître à l'opinion publique qu'ils n'ont pas touché leurs salaires
depuis cinq mois. Le 11 octobre, des employés du ministère de l'Enseignement
supérieur se regroupaient au sein du ministère. Pour les séparer, les forces
anti-émeutes ont usé de la force, faisant plusieurs blessés.
Les mouvements de
protestation n'arrêtent pas et touchent tous les corps. Le 12 octobre, le
syndicat des pilotes d'Air Algérie déclenchait un mouvement de protestation qui
a duré une semaine entière. Le 23 novembre, la Coordination des syndicats
autonomes – constituée des syndicats des douanes, des transports maritimes, des
dockers, de la CNAN, de Nashco et des syndicats d'entreprise des secteurs des
finances et de la santé – a appelé à une grève générale pour exiger le départ du
chargé de l'organique de l'UGTA dont la gestion est jugée "catastrophique" et
"impérialiste". Les syndicalistes diront en substance que la politique du chargé
de l'organique a fait de l'UGTA une organisation discréditée et affaiblie et
c'est aussi pour cette raison qu'il faudrait envisager une réforme de l'UGTA
pour qu'elle arrive à faire face à l'économie libérale sauvage pratiquée depuis
des années.
Côté UGTA,
silence total. La politique suivie ces derniers temps est celle de la trêve
sociale jusqu'à ce que l'organisation des travailleurs tienne son onzième
congrès, qui coïncidera aussi avec son cinquantième anniversaire. Les syndicats
autonomes exigent que lors de ce congrès soit enfin abordé le sujet du pacte
social. Il sera aussi question, disent-ils, de reformer la Centrale syndicale
pour lui donner la force et la légitimité qui ont été siennes quand elle pesait
de tout son poids. Ce congrès tant attendu par les syndicalistes redonnera-t-il
vie à une organisation qui donne l'impression d'être devenue, au fil des temps,
une coquille vide ?
Alors que le
monde du travail est en pleine ébullition et connaît de plus en plus de
problèmes : privatisation sauvage des entreprises, conditions de travail
déplorables, licenciements… la Centrale syndicale arrivera-t-elle à annuler
l'article 87 bis qui gèle toute augmentation de salaires ? L'après-congrès
verra-t-il une organisation au mieux de sa forme, ou bien ne sera-t-elle que
l'ombre d'elle-même ?
Khadidja
Mohamed Bouziane
Haut
Son accélération
est attendue dans les prochains mois
La
privatisation n’est plus au cœur des réformes
Le ton,
semble-t-il, a déjà été donné par Ahmed Ouyahia lorsqu’il avait déclaré, en
2003, que la privatisation n’avait plus besoin de débat et que le temps était
aux actes. Depuis, le processus enclenché a concrétisé ses premiers véritables
et irréversibles transfert de propriété. La privatisation n’a pas dérogé, non
plus, à deux nouvelles règles qui la caractérisent depuis. Celles qui l’ont
orientée vers la discrétion la plus hermétique possible et une hiérarchie
sectorielle des priorités. Ce n’est pas pour autant que la privatisation est
déjà un succès retentissant. Mais ses résultats sont-ils aussi décisifs qu’on a
eu tendance à le croire ?
Le choix du
gouvernement pour des actions ciblées vise avant toute chose l’efficacité et le
résultat palpable sur le terrain. On recense près de 200 entreprises publiques
économiques (EPE) qui ont changé de mains depuis le début 2004. A l’origine de
cette tendance nouvelle (la discrétion et l’échelle de priorité) contrastant
avec les innombrables tentatives d’obtention de l’adhésion du partenaire social,
la marge de manœuvre permise par le nouveau cadre juridique régissant les
capitaux marchands de l’Etat. Il est vrai que les critiques avaient campé sur le
fait que l’ordonnance d’août 2001a reconduit le même schéma de prise de
décision, en constatant le simple remplacement des holdings par les SGP, c’est
parce que les analyses de l’échec de la privatisation de 1995 à 2001 s’en
tenaient aux aspects institutionnels et donc structurels dans la conduite des
privatisations. Au plan fonctionnel, il aurait plutôt fallu garder l’œil sur la
possibilité offerte de passer outre la rigidité de l’appel d’offres et la
susceptibilité entourant le gré à gré par l’affirmation d’une méthode nouvelle
dénommée "manifestation d’intérêt" non prévue par la loi, mais qui n’est pas non
plus contradictoire avec cette dernière. A vrai dire, la loi mentionne que
l’organe de privatisation est habilité, entre autres procédés, à recourir à tout
moyen à même de favoriser le transfert de propriété des actifs des EPE, du
moment que telle est l’orientation de la politique de l’Etat dans le domaine des
capitaux marchands qu’il détient.
La manifestation
d’intérêt est une forme juridiquement médiane entre l’appel d’offre et le gré à
gré ; elle recèle beaucoup de souplesse, certes, mais n’est aucunement prévue
par le code des marchés publics ni par le code de commerce ni par aucun texte
ayant lien de près ou de loin avec le droit privé. Mais les textes encadrant la
privatisation ont, par contre, laissé cette possibilité qui permet aux ministres
– dont celui chargé des participations – et aux organes sociaux des entreprises
de négocier directement avec les éventuels repreneurs les termes de la cession.
On doit
évidemment lier cette avancée du processus à la résignation du partenaire
social, l’UGTA en l’occurrence, non seulement pour la proximité de sa direction
avec le chef du gouvernement, mais aussi en raison de la confirmation du régime
présidentiel qui ne laisse aucune marge à la contestation du programme sur
la base duquel le chef de l’Etat a été élu et qu’il se doit, vaille que vaille,
de mettre en œuvre.
Dans ce contexte
de la voie libre, l’unique obstacle à la privatisation des entreprises publiques
provient de ce qu’il y a d’intrinsèque aux entreprises publiques elles-mêmes ou
encore ce qui caractérise le marché dans lequel elles ont évolué jusqu’à
présent. Lequel, dans le meilleur des cas, doit être sinon monopolistique, à
tout le moins largement favorable parce que fermé et donc à concurrence
conjoncturellement minime.
L’ensemble de ces
facteurs a éloigné peu à peu, mais sûrement, comme il est donné de le constater,
la privatisation de la zone des turbulences syndicales et des enjeux politiciens
qui en avaient fait un thème de campagne majeur.
Mais ce n’est pas
seulement l’effritement de la résistance de l’UGTA qui explique le passage de la
privatisation au second plan du débat sur la politique économique du pays. Le
fait est que l’Algérie tout entière a déjà basculé dans le capitalisme, bien
qu’il en est encore qui trouvent matière à défendre la thèse que le pays soit
encore en transition. Bien au contraire, toutes les caractéristiques d’un mode
de production capitaliste sont aujourd’hui en place et expliquent en grande
partie pourquoi la question de la mainmise de l’Etat propriétaire n’est pas
aussi centrale, comme elle fut appréhendée par le passé.
Aujourd’hui, la
prédominance du privé dans la production de la richesse hors hydrocarbures et
dans la création de l’emploi n’est pas uniquement le produit du privé à lui
seul, mais tient à la volonté de l’Etat de créer une nouvelle économie centrée
sur le privé. Tous les dispositifs de création d’emploi, d’accompagnement des
PME, de politique du crédit et de mise à niveau, quoi que périclite, vont dans
ce même sens. La direction politique du pays a décidé de libéraliser et de
privatiser et ce n’est que symptomatique du rapport de force qui lui est
favorable que la privatisation soit une conséquence logique qui ne peut échapper
au mouvement d’ensemble qui anime le tout.
En 2006, nul
doute que cette démarche ira crescendo et chaque entreprise cédée au privé sera
capitalisée en bilan de confiance pour vendre encore d’autres entreprises à un
capital privé qui se fera, à terme, de moins en moins frileux pour ne s’attarder
que sur l’efficacité pure et oublier les variantes environnementales.
Signe des temps,
on admet sans peine aujourd’hui que le privé national représente la majeure
partie des repreneurs. Pour autant, il faut garder à l’esprit que l’ensemble de
ces éléments concourent à dire que quel que soit le succès de la privatisation,
elle ne saurait révolutionner économique actuel. Ce n’est plus par elle qu’il
est attendu l’ancrage de l’économie de marché, même si elle peut encore y
participer dans une certaine mesure. Il est vrai également que la
désindustrialisation a pris une avance trop marquée pour faire de la nature
juridique des EPE une question secondaire par rapport aux performances dont ces
dernières font preuve. Cela, d’autant que la privatisation concerne les pans
hors hydrocarbures alors que ce sont le pétrole et le gaz qui fournissent à
l’Algérie la quasi-totalité de ses ressources.
On comprend, par
exemple, la différence qui existe entre la privatisation des 1200 EPE et celle
qui cible les banques de l’Etat, précisément parce que ces établissements
financiers sont étroitement liés aux hydrocarbures dont elles détiennent le
produit et puisent le gros des ressources.
Nabil Benali
Haut
Perspectives
diplomatiques pour 2006
Quelles
relations avec la France et le Maroc ?
L’année 2005 a,
sans nul doute, apporté son lot de complications dans les relations de l’Algérie
avec la France et le Maroc. De brouille en brouille, les objectifs déclarés ou
souhaités n’ont pas été atteints. Qu’en sera-t-il pour l’année 2006 ? Le flou
persistant ne permet de dégager des perspectives nettes dans les relations entre
l’Algérie avec son voisin maghrébin et l’ancien colonisateur. Néanmoins,
l’absence d’indices "positifs" n’annonce pas, en soi, de "beaux" jours à venir.
Les relations
algéro-françaises devaient bénéficier d’une rampe de lancement "turbo" en 2005,
année qui devait être celle de la signature d’un traité d’amitié entre les deux
pays, annoncé dès 2003 lors du voyage de Chirac à Alger. Les choses allaient
dans ce sens lorsqu'une provocation française vient freiner, pour ne pas dire
stopper, le processus de ratification de cet accord. L’adoption de la loi du 23
février 2005, et en particulier son article 4 qui consacre un "rôle positif" à
la colonisation, était un signe évident que la France, du moins la majorité
gouvernante, ne souhaitait pas la signature du traité d’amitié. Ou alors
voulait-elle imposer un ordre de supériorité favorable à la France ?
Mais la question
qui devrait être posée est : pourquoi un traité d’amitié entre les deux pays
après 43 ans d’indépendance de l’Algérie ? Quelle en serait l’utilité pour la
suite de nos relations ? A ce jour, les promoteurs de l’idée d’un tel traité, y
compris du côté algérien, n’ont pas avancé plus d’explications pour en faire la
promotion.
Qu’apportera de
plus un tel accord dans le renforcement des relations entre les deux pays ? Il
faut dire que l’essentiel des relations entre l’Algérie et la France est d’ordre
économique, et plus exactement commercial. La France est, de loin, le premier
fournisseur de l’Algérie avec près du quart de nos importations et à peine en
troisième place dans le classement de nos clients. Par contre, côté
investissements, les entreprises françaises se font désirer. En effet, mis à
part quelques investissements (comme le cas de Michelin), les entreprises
françaises hésitent toujours à franchir le pas. Malgré les innombrables visites
de délégations d’hommes d’affaires français membre du MEDEF, la concrétisation a
toujours manqué le rendez-vous. Des promesses, uniquement des promesses.
Alors, un traité
d’amitié pour quoi faire ? S’agit-il uniquement de sceller une "alliance
virtuelle" avec l’ancienne puissance colonisatrice sans que cela n’ait des
retombées économiques bénéfiques pour l’Algérie ? Il est vrai que les Français
(ils ne sont pas les seuls, loin s’en faut) sont intéressés par la manne
financière que l’Algérie a décidé de consacrer au second programme de relance
économique. Et qu’en ce sens, les entreprises françaises souhaitent décrocher
quelques-uns des appels d’offres qui seront lancés pour la réalisation de
certains projets de grande envergure. Par ailleurs, il semble de plus en plus
évident que des entreprises françaises, à l’instar de Suez qui s’est vu accorder
la gestion de l’eau potable dans la capitale, seront sélectionnées pour la
gestion de l’aéroport d’Alger et pour équiper le métro. Mais tout cela n’a rien
à voir avec l’investissement proprement dit. C’est ce qui est, d’ailleurs,
reproché à la France.
Sur le plan
politique et sécuritaire, les relations entre les deux pays se font à travers
des cadres régionaux et internationaux comme celui de l’OTAN et, globalement,
dans le cadre de la "coopération internationale pour la lutte contre le
terrorisme". D’ailleurs, dans les grandes lignes de la diplomatie algérienne,
comme l’a récemment déclaré Mohamed Bedjaoui, ministre des Affaires étrangères,
à la sortie de promotion de jeunes diplomates stagiaires, l’Algérie compte
renforcer ses liens d’amitiés et de coopération "avec l’ensemble des pays amis
et partenaires". Si, bien évidemment, la France figure dans cet ensemble, elle
ne peut prétendre à un traitement particulier à partir du moment où l’Algérie ne
bénéficie de rien de particulier en retour. Bien au contraire, sur le plan
diplomatique l’Algérie pourrait s’opposer à la France (mais aussi Etats-Unis et
à l’Union européenne) sur le dossier nucléaire iranien (si ce dernier est
transmis au Conseil de sécurité de l’ONU), comme elle l’a déjà fait récemment
(en compagnie de la Russie et de la Chine) en s’opposant à une accusation sans
preuve de la Syrie dans le dossier de l’assassinat de Rafic Hariri.
Donc, à supposer
que la fameuse loi du 23 février 2005 soit abrogée (ce qui est loin d’être
évident pour des considérations liées à l’échéance électorale présidentielle de
2007), le renforcement des liens d’amitié entre la France et l’Algérie ne peut
se baser sur du vide, sur des sentiments exprimés ici et là-bas, mais sur du
concret. Attendons donc de voir ce que Temmar va pouvoir décrocher lors de la
tournée qu’il prévoit de faire en France pour convaincre les investisseurs de
l’Hexagone de prendre part au processus de privatisation. Mais, à croire le
récent communiqué de la mission économique de l’ambassade de France à Alger,
l’année 2006 sera celle de la "poursuite des 'road show' de M. Temmar" à travers
des "journées Algérie" et des visites du MEDEF à Alger puis Oran. Ces
"événements" seront complétés par des… "manifestations plus sectorielles" et
d’autres "consacrées plus particulièrement aux relations entre les PME". On ne
parle pas d’investissements pour le moment !
"Algérie-Maroc" vu par le Sahara
Pour ce qui est
du voisin marocain, il est à craindre que les relations ne connaissent pas un
grand chamboulement. Rien n’indique, en effet, que l’on soit disposé à Alger ou
à Rabat à relancer un processus de rapprochement sérieux. Et l’on se contentera
vraisemblablement des traditionnels "messages de fraternité" à l’occasion des
fêtes religieuses ou nationales ou tout autre événement à caractère humanitaire,
par exemple.
Il est tout aussi
certain que le dossier du Sahara Occidental continuera à miner les relations
algéro-marocaines. La faute revient certainement au Maroc qui tient à ce que la
normalisation des relations soit accompagnée d’un changement de la position de
l’Algérie qui reste fermement en faveur d’un règlement dans le cadre des Nations
unies.
D’autres
événements, comme l’épisode des émigrés clandestins et l’intensité des
déclarations officielles ainsi que des articles de presse de part et d’autre,
montre que pour le moment le rapprochement entre les deux pays reste très
hypothétique. Rien, dans leurs agendas diplomatiques respectifs, ne présage
d’une détente, encore moins pour l’ouverture des frontières. A moins d’une
décision spectaculaire qui viendrait tout particulièrement de l’Algérie (le
Maroc ne demande que ça pour des raisons économiques évidentes).
Cela étant dit,
bien que fermées aux déplacements des personnes, les frontières terrestres
algéro-marocaines restent néanmoins largement entrouvertes à des échanges
commerciaux informels (trabendo) d’une densité non négligeable qui, d’ailleurs,
fait vivre des centaines de familles de part et d’autre des frontières. Bien
sûr, il est souvent reproché aux Marocains d’avoir la part belle dans cet
échange en nous achetant notre gasoil pour nous vendre leur cannabis. Mais il
faut honnêtement reconnaître que ce sont des Algériens, que rien n’empêche
d’importer autre chose du Maroc, qui introduisent cette drogue pour la fourguer
à leurs compatriotes. Quant au commerce officiel entre les deux voisins, il se
limite à quelques dizaines de millions de dollars par an (il atteint rarement
les 200 millions de dollars) avec une balance commerciale favorable à l’Algérie
qui exporte principalement des hydrocarbures et dérivés.
Rien n’indique,
compte tenu de la platitude diplomatique et économique, que les relations de
l’Algérie avec la France et le Maroc vont connaître un essor particulier durant
l’année 2006. Sauf si les dirigeants de ces pays décident de donner un coup de
fouet inattendu.
Abdelkader
Djalil
Haut
Sahara Occidental
Quand les
officines de sécurité s'intéressent au Polisario !
Après la
publication par l'European strategic intelligence and security Center (ESISC)
d'un rapport consacré au Polisario
(1), M.Claude
Moniquet, son président vient de nous révéler, entre les lignes, à travers une
interview exclusive qu'il a accordée à l'Agence Maghreb Arabe de Presse (MAP)
(2) -
pour ceux et celles qui ne la connaissent que de nom, c'est l'équivalente
marocaine de la défunte agence soviétique Tass - les raisons de l'intérêt subit
de son officine pour le mouvement sahraoui : la solution idéale à la question du
Sahara Occidental est celle proposée par le royaume du Maroc, et si le Polisario
n'en veut pas, il devrait, désormais, s'attendre à ce que notre organisation
fasse tout ce qui est en son pouvoir pour lui en faire payer le prix. Et entre
autres mesures que l'ESISC compte prendre, dans le cas où le Polisario persiste
dans son refus d'accepter l'"offre" marocaine, Claude Moniquet insiste notamment
sur celle de lui accoler l'étiquette d'un mouvement fondamentaliste terroriste,
voire criminel, moribond mais dangereux !
La publication de
ce rapport, faut-il le rappeler, par l'ESISC intervient - calcul prémédité ou
fortuite coïncidence ? - quelques jours après le vote par des institutions
démocratiques européennes, notamment le Parlement européen, de résolutions
historiques et courageuses
(3) qui
rappellent toutes la nature du conflit opposant le royaume du Maroc au Front
Polisario, un conflit de décolonisation, et la manière appropriée de le
résoudre, la mise en œuvre des différentes résolutions des Nations unies
relatives au droit imprescriptible du peuple sahraoui à l'autodétermination et à
la liberté.
Pour ceux et
celles qui ont parcouru le rapport en question et dont le contenu, faut-il y
insister, n'est qu'une prise en compte, les mauvaises langues diront, une
labellisation par "l'Europe de l'ombre" des désirs et souhaits du Makhzen, ce
qui retient avant tout l'attention c'est le ton menaçant et le langage
mystificateur de la publication.
Il faut
souligner, par ailleurs, que le rapport en question, que l'on voudrait
abusivement faire passer pour de l'analyse scientifique et objective, n'est en
fait, à quelques virgules près, qu'une réminiscence, une nouvelle version de ce
discours idéologique, simpliste, rigide et arrogant qui, pendant les trente
dernières années, a essayé, en vain, par le biais de reportages bien sentis et
bien illustrés dans des magasines parisiens à grands tirages, d'accréditer la
farfelue thèse que l'expansionniste royaume du Maroc est un pays démocratique et
modéré, allié loyal et fidèle de l'Occident, et que le Polisario, peint comme un
dangereux mouvement communiste, n'est qu'une dangereuse créature de l'Algérie
socialiste et hégémonique, ennemie déclarée de l'Occident et de ses valeurs !
Les responsables
de l'ESISC, loin de vouloir tirer profit des conséquences catastrophiques des
prophéties mensongères de leurs homologues outre-Atlantique, semblent décidés à
faire leur le discours idéologique en vogue, depuis les tragiques événements du
11 septembre, dans certains milieux de renseignement américains à l'égard de
ceux et celles qui veulent encore, dans différentes contrées du tiers monde
rester attachés à leurs droits. Car ne nous y méprenons pas, la visée du rapport
n'est autre que de montrer, d'une part, la prédisposition systématique du "monde
de l'ombre" européen de voler systématiquement au secours des régimes
tyranniques pris, contrairement à leurs peuples, pour de sûrs alliés de
l'Occident, et de terroriser, d'autre part, les peuples en lutte et leurs
représentants.
Il est à
préciser, enfin, que le rapport qui ne souffle mot sur la nature des multiples
et graves dangers auxquels fait face la monarchie de droit divin de Mohamed VI
(absence de démocratie, analphabétisme, pauvreté, écart de plus en plus
important entre les classes, corruption, chômage…etc.,) emprunte, nous l'avons
mis en exergue, une prose et un langage de bois, dogmatique, carré et abuseur,
et n'hésite pas, en même temps, pour les besoins d'une obscure et hypothétique
"cause sacrée de la sécurité nationale" à tordre les faits et à dénaturer les
événements. Mais après tout, les spécialistes vous le diront, c'est un langage
habituel de ces occultes officines de renseignement, j'allais même dire que
c'est le seul langage qu'elles confectionnent et savent manier pour faire
fléchir les (faibles) volontés, désarmer les esprits et les cœurs !
Cela dit, nous
devons tout de même, par honnêteté intellectuelle et morale, reconnaître que
dans le dit rapport de l'European strategic intelligence and security Center, il
y a quand même d'importants et intéressants éléments nouveaux que nous ne
pouvons ni ignorer ni passer, sous aucun prétexte, sous silence. Les plus
importants de ces éléments sont, sans nul doute, ceux qui se rapportent à
l'incapacité structurelle du Polisario à s'adapter aux exigences du nouvel ordre
international et à favoriser un rajeunissement et un renouvellement de ses
structures, éléments qui ont été largement mis en relief aussi bien par le
rapport du Centre européen stratégique de renseignement et de sécurité que par
notre ami Claude Moniquet dans le cadre de son interview à la MAP.
En effet aussi
bien le rapport du Centre européen que son président, Claude Moniquet, ont
insisté sur le fait, d'une part, que le Polisario n'a pas su s'adapter aux
nouvelles exigences de la configuration internationale de l'après guerre froide
et que, d'autre part, ce même Polisario souffre, et je cite, "d'un déficit
démocratique" réel. (2)
Sous peine de
donner de nouvelles cartes à l'archaïque régime marocain dans son combat contre
eux, de condamner, de manière irrémédiable et définitive, le Polisario à la
désagrégation et à l'éclatement inévitables et les Sahraouis à devenir
irrémédiablement les nouveaux gitans du Maghreb, les dirigeants du Polisario
doivent impérativement, tant qu'il est encore temps, tirer les enseignements et
les leçons qui s'imposent des utiles constats établis par l'European strategic
intelligence and security Center et procéder d'urgence aux réformes
indispensables de leur organisation.
Baba Sayed
(*) Opinion
publiée sur le site d’Arso :
www.arso.org
[1]
Le Front Polisario -
Partenaire crédible de négociants ou séquelle de la guerre froide et obstacle à
une solution politique du Sahara Occidental ? European Strategic
Intelligence and Security Center, ESISC.
[2]
Claude Moniquet : La clé
de la crise du Sahara est fondamentalement à Alger, Le Matin.ma
24.11.05
[3]
Résolution du Parlement
européen sur le Sahara occidental, 26.10.05
Déclaration de l'Union
européenne
Cinquième session du Conseil d'association UE-Maroc (Bruxelles, le 22 novembre
2005)
Haut
Scandales financiers
Le triple préjudice de l'affaire
Khalifa
Khalifa, le Tycoon algérien aura, au
delà du préjudice porté à la réputation de son pays, ruiné dans le sillage
de sa faillite des milliers de personnes, des petits épargnants en Algérie et
des immigrés qui avaient repris espoir en l’Algérie.
Sa banque reflétait cette modernité à
laquelle les Algériens ne croyaient plus et qu’ils voyaient révélée dans les
agences Khalifa.
Il représentait cette efficacité vue
ailleurs et qui tardait à arriver en Algérie. Sa compagnie aérienne représentait
tout ce que les Algériens avaient rêvé de trouver et qu’ils n’ont jamais obtenu
avec leur compagnie nationale (disponibilité, qualité de service, accueil).
Certes, la disponibilité était là avec
Khalifa, les avions étaient plus visibles au sol que dans les airs et les
banques étaient de véritables décors de cinéma. En fait, plus que jamais,
l’écroulement de l'empire Khalifa a confirmé cette escroquerie à l’échelle
internationale dont feront les frais même des vedettes internationales comme
Catherine Deneuve ou Gérard Depardieu, pris au piège de leur avidité. L’empire
était bâti sur l’esbroufe et la corruption à grande échelle.
Aujourd’hui que l’affaire est entre
les mains de la justice, les magistrats sont obligés d’imaginer une justice de
taille industrielle avec les plus de 3 000 témoins et mis en cause.
Tout le gotha algérien est convoqué
chez le juge : P-DG d’entreprises publiques, chefs d’entreprises, anciens
ministres, anciens hauts responsables de l’administration, journalistes. Khalifa
a joué aussi sur l’entrisme de ses relations et en arrosant à grand jet, mais
finalement tous ceux qui ont approché Khalifa se sont trouvés salis.
Même ce qui semblai être une aubaine
pour l’Algérie qui manquait d’eau s’est trouvé être une mystification. Les
stations de dessalement de l’eau qui faisaient de Khalifa le citoyen le plus
riche du pays qui pensait à ses compatriotes n’étaient finalement que de la
ferraille inutilisable. Arrivées le 18 août 2002, elles finiront par rouiller
sur des barges dans le port de Zemmouri pour finalement être démontées et
vendues à une société de recyclage des métaux ferreux et non ferreux. Les
stations ont été vendues après une vente aux enchères opérée sur saisie et
cédées pour à peine un peu plus de 640 000 dinars quand elles auraient
coûtés 67,5 millions de dollars. Pour de nombreux observateurs, cette opération
civique n'était qu'une énième trouvaille pour le blanchiment d'argent sale. Ces
équipements avaient été rachetés à une société saoudienne et avaient déjà 15 ans
d'âge.
Mais dans tout cela, que devient
Khalifa ? Il coule des jours heureux à Londres, avec la protection des
chinoiseries administratives et judiciaires britanniques qui lui permettent de
rester libre tout en se préservant de toute atteinte par son silence complice et
coupable. Khalifa c'est les protections, la corruption révélée au grand jour
sans que l'on sache qui a fait quoi. C'est aussi la suspicion légitime face à
toute enrichissement rapide et sur le succès. C'est aussi la perte de tout
espoir de pouvoir s'en sortir par le travail et l'effort.
Hormis une condamnation par défaut en
mars 2004, on attend toujours le procès reporté depuis le début de l'année 2005
au moins deux fois.
Amine Esseghir
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Détournements dans
les banques publiques
Des milliards
en fumée
2005
aura-t-elle été l’année des révélations de tous les détournements ? Les services
de sécurité ont indiqué, au début du mois de décembre, que les détournements
cumulés de la Banque nationale d'Algérie (BNA) et de la Banque algérienne de
développement rural (BADR) sont estimés à 4 000 milliards. Une somme
astronomique de laquelle on défalque le scandale des
15
milliards de dinars à la BNA et celui des importants prêts sans garanties
suffisantes accordés à Tonic Emballage par la BADR.
Dans un récent
bilan, la brigade économique et financière avait indiqué avoir résolu 131
affaires de détournement de fonds publics impliquant 514 personnes dont 31
femmes. Présentées devant les tribunaux, 105 ont été placées sous mandat de
dépôt, 158 ont bénéficié de la liberté provisoire et 14 demeurent toujours en
fuite. Ces affaires ont coûté au Trésor public 155,8 milliards de centimes et
260.000 euros. Les détournements au niveau des agences bancaires
impliquent dans tous les cas des clients et des agents de ces mêmes banques, à
l’image de l’affaire de détournement de 12 milliards de dinars impliquant une
SARL dans l’agroalimentaire qui a eu pour seule activité que d’engranger
un crédit d’investissement et des traites avalisées.
Mais si on peut
expliquer comment les détournements se produisent, quels mécanismes et quelles
implications sont révélés à chaque fois, plus que jamais on n’explique pas cette
propension au détournement et au vol impliquant notamment des agents des banques
comme atteints d’une épidémie de malversation au point où un agent de sécurité
chargé des transferts de fonds a voulu effectuer un braquage à main armée dans
la banque où il est chargé d’assurer la sécurité.
Il reste qu’après
l’affaire Khalifa, les pouvoirs publics ne devraient pas se laisser prendre de
nouveau pour laxisme ou pour ne pas avoir constaté les signes avant-coureurs
d’une faillite à grande échelle du système financier.
Dans le
même temps, la mise au jour par les services de sécurité de ces importantes
affaires ne devrait laisser aucun doute quant aux changements qui vont
intervenir sur les banques publiques et sur le système financier en Algérie. Les
justifications ne sont plus à trouver. Les premières mesures ont été annoncées.
Il s’agit
de la modernisation des "moyens
de paiement de masse" et la mise en place d’un système de télécompensation qui
doit entrer en vigueur en janvier 2006. Afin de donner plus d’efficacité des
mécanismes de contrôle afin de couper court aux manœuvres d’escroquerie devenues
monnaie courante au sein des agences bancaires. Une première solution, avant les
inéluctables privatisations.
A. E.
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La réforme Khelil entre
en vigueur
La fin ou le
début de la rente ?
Avec l’appel
d’offres international pour plusieurs gisements pétroliers, le septième du
genre, la loi Khelil entrera effectivement en vigueur au premier trimestre 2006.
Elle sera l’occasion de mettre en œuvre les nouveaux mécanismes de concession et
de régulation dans le contexte d’un débat que l’on pense irréversiblement
épuisé.
C’est assurément
une nouvelle ère qui attend le secteur des hydrocarbures. Avec la mise en place
de deux agences pour le contrôle et la régulation et une autre pour la
valorisation des hydrocarbures, la libéralisation est donc consacrée et les
autorisations de prospection en Algérie peuvent être accordées à toute société
demandant à exécuter des travaux de recherche d'hydrocarbures. Ainsi, dès le
prochain appel d’offres international, Sonatrach se retrouvera en course "au
même titre que les autres" pour défendre ses parts de marché, bénéficiant cela
dit d’un droit de préemption (30% au maximum) que lui confère la loi. Nul besoin
de préciser que, d’emblée, la compagnie nationale, qui ne manquera pas d’être
affublée de l’appellation "opérateur historique" elle aussi, ne pourrait
renoncer tout de suite à ce droit au risque de faire naître la suspicion auprès
de l’opinion nationale quant à la volonté réelle des pouvoirs publics de
préserver Sonatrach. Mais dans le meilleur des cas, elle aura quitté le système
de l’association 50%-50% et ne devra sa survie, à l’avenir, qu'à ses capacités
de concurrence.
Qu’est-ce que
tout cela donnera en termes d’efficience et d’efficacité ? Aucune projection de
la part du ministère de l’Energie et des Mines ne vient éclairer l’opinion sur
les retombées de la réforme du marché. Chakib Khelil s’appuie, pour sa part, sur
deux points essentiels, le premier étant implicitement contenu dans le second
qui, lui, est officiellement exprimé. Le ministre parle de l’ancrage, désormais,
des principes de la libre concurrence et de la plus totale transparence comme
l’exige le marché et les règles des avantages comparatifs, mais c’est surtout
pour nous signifier à sa façon que le temps de la rente et de ses profiteurs est
en passe d'être révolue. C’est d’ailleurs son argument premier et, pour
beaucoup, la loi Khelil frappe au cœur du système rentier lui-même en sortant la
principale richesse du pays de l’unicité de son centre de valorisation. Un
centre qui avait ceci de particulier qu’il conservait toutes les tares de
l’appareil bureaucratique et parasite que l’on peut hériter du modèle antérieur
et que seule sa soumission à de nouvelles règles pouvait permettre sa
neutralisation.
On peut dire
aujourd’hui qu’en dehors de cet "exposé des motifs", peu d’éléments viennent au
secours de la loi Khelil. Le marché pétrolier étant une tendance durable de très
forte demande, la nécessité de disposer d’atouts d’attraction de
l’investissement ne se pose pas le moins du monde.
Si l’on compare
les deux périodes (1970 et 2000), l’on note un doublement de la production. Le
volume des découvertes réalisées par Sonatrach, seule ou en association, dans
les années 1990 a permis la reconstitution des réserves éprouvées 25 ans plus
tôt et le pays est déjà classé comme futur détenteur mondial majeur de réserves
pétrolières.
Au plan
micro-économique, aucune garantie n’est disponible pour nous rassurer sur la
solidité managériale, financière et technologique de Sonatrach face à une
concurrence sans merci.
Mais ce n’est pas
pour cela qu’il faut se garder des probables effets de la nouvelle loi sur les
hydrocarbures. En cherchant à faire voler en éclats les réseaux de la rente et
ceux qui sapent la modernisation du secteur énergétique, c’est malheureusement
le contraire qui risque de se produire. Pour mieux saisir de quoi il retourne,
retenons que l’idée de départ qui veut que l’Algérie monoexportatrice est donc
une économie rentière, n’est pas aussi fondée qu’il n'y paraît.
En effet, le
concept galvaudé de la rente pétrolière fait l’impasse sur le lancement et la
pérennité d’une industrie pétrolière impliquant moyens matériels et humains,
capital financier, savoir-faire, bref un mode de production où la rente n’a pas
droit de cité puisque le propriétaire de la ressource est également celui qui la
fait fructifier. Un peu comme l’agriculture où la disponibilité de la terre ne
suffit pas à elle seule pour qu’il y ait abondance de production agricole. Il
est fallacieux de suggérer l’idée que les recettes pétrolières s’acquièrent sans
le moindre effort, sans l’entrée en fonction de process complexes et coûteux et
où la main-d’œuvre spécifique constitue un apport indispensable.
L’émergence d’une
industrie pétrolière, gazière et pétrochimique s'est traduite, dans le cas de
l’Algérie, par la mise en place d’un conglomérat d’entreprises gravitant autour
de Sonatrach qui, pour rappeler son métier de base, a été créée dans un but
purement commercial. Avant les nationalisations, l’Etat était réduit à la
perception de royalties, des revenus qui n’étaient le fruit de son propre
travail, mais celui des compagnies étrangères, majoritairement françaises.
L’avènement de la
loi Khelil peut effectivement être porteuse de recettes conséquentes, pour l’Etat,
par la combinaison d’une demande historiquement élevée et une multiplication de
l’exploitation des réserves énergétiques. Mais à terme, elle ouvre grand la
porte à une situation de rente qui fera de l’Etat, jusque-là propriétaire et
producteur, un simple percepteur de redevances, appellation pudique des
royalties. A ce moment-là, on pourra à juste titre parler d’économie rentière.
Ce sera cela, l’apport de la loi Khelil.
Nabil Benali
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