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En demi-teinte
L’année 2005 est
en train de s’achever dans une ambiance en demi-teinte où prédomine
malheureusement un étrange sentiment d’inquiétude suscité par une gestion un peu
trop rigide de la maladie du président de la République et, disons-le tout net,
par sa maladie elle-même. Car au delà des critiques qui ont pu être faites aux
secteurs politiques et institutionnels qui ont eu à gérer la communication
autour de cet événement inattendu, nous avons un peu trop tendance à oublier que
le problème ne réside pas là, au fond, mais qu’il se situe dans la maladie
elle-même qui inquiète à juste titre une opinion publique qui a beaucoup trop
souffert des différents coups du sort qui ont fait que jamais un président de la
République algérienne n’ait achevé normalement tous ses mandats à la tête de
l’Etat. Et, faut-il le préciser, personne ne se serait jamais attendu à ce que
notre Président tombe ainsi aussi gravement malade au point qu’il faille
l’envoyer de toute urgence se faire soigner à l’étranger.
Alors que nous
venions tout juste de sortir d’une longue, trop longue période d’instabilité
politique qui a vu le pays secoué comme une barque de pêcheur par une tempête de
force 5 et que nous commencions enfin à goûter aux plaisirs jusque-là
inaccessibles d’une démocratie en voie de concrétisation, cette subite maladie
nous replonge brutalement dans les limbes de l’incertitude, même si cette fois
les raisons de s’inquiéter ne sont pas aussi graves que par le passé. Pour une
fois, ce ne sont pas les hommes et leurs terribles luttes de pouvoir qui sont la
cause de cette situation, mais un impondérable tout ce qu’il y a de naturel. Un
impondérable dont nous nous serions tous passés, à commencer par le président de
la République lui-même, mais qui s’impose à nous comme une épreuve
supplémentaire sur ce qui s’avère être un véritable chemin de croix. Et il n’y a
aucune forfanterie à admettre que cette épreuve a été globalement bien passée
par l’ensemble des Algériens, quelle que soit leur position, leur condition et
leur importance. Les officiels ont fait du mieux qu’ils pouvaient sans verser ni
dans la censure de type stalinien ni dans le voyeurisme à l’américaine. Les
citoyens n’ont pas succombé à l’effervescence qui aurait pu les saisir en
pareille occasion et en profiter pour mettre en difficulté les pouvoirs publics.
Et enfin la presse, dans son immense majorité, a fait son travail avec une
pudeur et une retenue qu inspirent le respect, même si certaines fois des
rédactions n’ont pas su rester totalement imperméables aux manœuvres des
courants revanchards d’une classe politique française qui ne réussit toujours
pas à trouver ses marques dans ses relations avec son ancienne colonie préférée.
Ainsi donc, le
chef de l’Etat est apparu à la télévision pour rassurer sur son état de santé et
prendre sur lui d’apparaître légèrement diminué pour faire taire de méchantes
rumeurs qui, malgré tout, n’ont pas eu le succès auquel elles se croyaient
destinées. Un geste hautement apprécié par les Algériens, qui ont alors pris
toute la mesure de la gravité du moment et convenu tacitement d’une longue trêve
morale qui devrait correspondre au moins à la durée de la convalescence de
Abdelaziz Bouteflika. Et de fait, nous aurons noté que même si l’inquiétude est
toujours là – et comment se pourrait-il qu’elle ne le soit pas – personne ne
songe à exploiter de façon malfaisante un événement suffisamment douloureux en
soi pour qu’il ne soit pas besoin d’en rajouter. Même les manœuvres de
récupération politicienne de cette maladie, par des cercles qui pensent faire
avancer leurs carrières en organisant des couscous sans saveur qui ne cadrent,
dans nos traditions, ni avec une guérison définitive ni, à Dieu ne plaise, avec
un décès, n’ont réussi à faire long feu face à une sagesse populaire qui a
finalement abouti à une conclusion forte : laisser le malade guérir en paix. Et
de fait, c’est cette attitude aussi humaine que rationnelle qui a fini par
prévaloir, faisant taire aussi bien les oiseaux de mauvais augure que, les
chanteurs de ghaïta itinérants. Une fois encore, une fois depuis bien
longtemps, un large consensus se dégage pour laisser un homme, chef de l’Etat
il est vrai, mais homme avant tout, guérir loin des tumultes de la vie politique
et des passions inhumaines. A son retour, il sera toujours temps de reprendre
les choses là où on les avait laissées.
A. M.
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