Semaine du 28 Décembre 2005 au 03 janvier 2006

 

L'éditorial : Par Abderrahmane Mahmoudi

En demi-teinte

 

 
 
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En demi-teinte

L’année 2005 est en train de s’achever dans une ambiance en demi-teinte où prédomine malheureusement un étrange sentiment d’inquiétude suscité par une gestion un peu trop rigide de la maladie du président de la République et, disons-le tout net, par sa maladie elle-même. Car au delà des critiques qui ont pu être faites aux secteurs politiques et institutionnels qui ont eu à gérer la communication autour de cet événement inattendu, nous avons un peu trop tendance à oublier que le problème  ne réside pas là, au fond, mais qu’il se situe dans la maladie elle-même qui inquiète à juste titre une opinion publique qui a beaucoup trop souffert des différents coups du sort qui ont fait que jamais un président de la République algérienne n’ait achevé normalement tous ses mandats à la tête de l’Etat. Et, faut-il le préciser, personne ne se serait jamais attendu à ce que notre Président tombe ainsi aussi gravement malade au point qu’il faille l’envoyer de toute urgence se faire soigner à l’étranger.

Alors que nous venions tout juste de sortir d’une longue, trop longue période d’instabilité politique qui a vu le pays secoué comme une barque de pêcheur par une tempête de force 5  et que nous commencions enfin à goûter aux plaisirs jusque-là inaccessibles d’une démocratie en voie de concrétisation, cette subite maladie nous replonge brutalement dans les limbes de l’incertitude, même si cette fois les raisons de s’inquiéter ne sont pas aussi graves que par le passé. Pour une fois, ce ne sont pas les hommes et leurs terribles luttes de pouvoir qui sont la cause de cette situation, mais un impondérable tout ce qu’il y a de naturel. Un impondérable dont nous nous serions tous passés, à commencer par le président de la République lui-même, mais qui s’impose à nous comme une épreuve supplémentaire sur ce qui s’avère être un véritable chemin de croix. Et il n’y a aucune forfanterie à admettre que cette épreuve a été globalement bien passée par l’ensemble des Algériens, quelle que soit leur position, leur condition et leur importance. Les officiels ont fait du mieux qu’ils pouvaient sans verser ni dans la censure de type stalinien ni dans le voyeurisme à l’américaine. Les citoyens n’ont pas succombé à l’effervescence qui aurait pu les saisir en pareille occasion et en profiter pour mettre en difficulté les pouvoirs publics. Et enfin la presse, dans son immense majorité, a fait son travail avec une pudeur et une retenue qu inspirent le respect, même si certaines fois des rédactions n’ont pas su rester totalement imperméables aux  manœuvres des courants revanchards d’une classe politique française qui ne  réussit toujours pas à trouver ses marques dans ses relations avec son ancienne colonie préférée.

Ainsi donc, le chef de l’Etat est apparu à la télévision pour rassurer sur son état de santé et prendre sur lui d’apparaître légèrement diminué pour faire taire de méchantes rumeurs qui, malgré tout, n’ont pas eu le succès auquel elles se croyaient destinées. Un geste hautement apprécié par les Algériens, qui ont alors pris toute la mesure de la gravité du moment et convenu tacitement d’une longue trêve morale qui devrait correspondre au moins à la durée de la convalescence de Abdelaziz Bouteflika. Et de fait, nous aurons noté que même si l’inquiétude est toujours là – et comment se pourrait-il qu’elle ne le soit pas – personne ne songe à exploiter de façon malfaisante un événement suffisamment douloureux en soi pour qu’il ne soit pas besoin d’en rajouter. Même les manœuvres de récupération politicienne de cette maladie, par des cercles qui pensent faire avancer leurs carrières en organisant des couscous sans saveur qui ne cadrent, dans nos traditions, ni avec une guérison définitive ni, à Dieu ne plaise, avec un décès, n’ont réussi à faire long feu face à une sagesse populaire qui a finalement abouti à une conclusion forte : laisser le malade guérir en paix. Et de fait,  c’est cette attitude aussi humaine que rationnelle qui a fini par prévaloir, faisant taire aussi bien les oiseaux de mauvais augure que, les chanteurs de ghaïta itinérants. Une fois encore, une fois depuis bien longtemps, un large consensus se dégage pour laisser  un homme, chef de l’Etat il est vrai, mais homme avant tout, guérir loin des tumultes de la vie politique et des passions inhumaines. A son retour, il sera toujours temps de reprendre les choses là où on les avait laissées.

A. M.  

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