Semaine du 29 juin au 5 juillet 2005

 

L'éditorial : Par Abderrahmane Mahmoudi

Reflux inquiétants

 

 
 
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Reflux inquiétants

A l’ère de la mondialisation triomphante, il faut bien admettre que tout cela finit par faire désordre et il n’y a aucun mystère, par ailleurs, à reconnaître que le nationalisme du XXe siècle a encore de beaux jours devant lui en ce début de XXIe. Chaque Etat s’employant à se barricader derrière ses frontières, et plus si possibilités, comme cela est déjà le cas pour l’Amérique, qui s’obstine à demeurer en Irak malgré les effets désastreux d’une occupation qui n’a contribué ni à y instaurer la démocratie, ni à y assurer la stabilité. 

L’élection, cette semaine, d’un ultra-conservateur, comme nouveau Président iranien confirme, si besoin est, la tendance régressive qui marque d’une façon assez nette la scène internationale.  Avec le vote négatif des Français, puis des Hollandais  par rapport au Traité constitutionnel européen, l’enlisement de l’Amérique dans le bourbier irakien, la menace de guerre civile qui pèse sur le Liban, le recul de la Corée du Nord  sur la question de l’arme nucléaire et la soudaine montée de la tension dans quelques pays d’Amérique Latine, dont Cuba et le Vénézuéla, il est de plus en plus évident que nous assistons à un net reflux des tendances les plus positives d’une mondialisation qui se parait jusque là de ses plus beaux atours. L’heure semble donc être au repli identitaire, si ce n’est à celui de la brutale montée de fièvre nationaliste. Puisqu’au même moment, une stèle à la gloire de l’OAS est érigée en France, tandis que le Maroc  se lance à corps perdu dans une folle course à travers les dunes pour tenter d’annexer le Sahara Occidental et, si possible, deux ou trois wilayas supplémentaires qu’il compte soustraire à l’Algérie.

A l’ère de la mondialisation triomphante, il faut bien admettre que tout cela finit par faire désordre et il n’y a aucun mystère, par ailleurs, à reconnaître que le nationalisme du XXe siècle a encore de beaux jours devant lui en ce début de XXIe. Chaque Etat s’employant à se barricader derrière ses frontières, et plus si possibilités, comme cela est déjà le cas pour l’Amérique, qui s’obstine à demeurer en Irak malgré les effets désastreux d’une occupation qui n’a contribué ni à y instaurer la démocratie, ni à y assurer la stabilité. 

Mais le fait le plus exemplaire de ce phénomène de repli et d’enfermement est assurément l’Iran qui, au lieu de choisir d’aller plus loin dans le processus d’ouverture initié par Mohamed Khatami,  a au contraire décidé de faire machine arrière tout en élisant comme président de la République un authentique Pasdaran.   Le coup est rude et serait susceptible de faire désespérer de l’intelligence des peuples, s’il ne faisait pas que s’inscrire dans une tendance mondiale beaucoup plus large qui n’épargne ni les démocraties dites avancées ni les plus grandes puissances du moment. Toute ouverture sur le monde étant interprétée, aujourd’hui, par une grande majorité d’individus, comme un renoncement  dangereux à une identité bien établie sans qu’ils soient bien sûrs qu’il y gagneraient une meilleure au change. Le saut dans l’inconnu n’est apparemment pas pour demain et bien peu d’Etats sont capables de convaincre leurs citoyens que ce n’en est pas un. 

Pourtant, si cette tendance au repli ne devait se confiner qu’à cela, le problème ne serait en définitive pas si grave. Là où les choses se compliquent, c’est lorsque  ces montées de nationalisme s’accompagnent de comportements plus agressifs, comme c’est le cas de secteurs politiques précis en France par rapport à l’Algérie, ou dans le cas de l’attitude franchement belliqueuse du Maroc contre le Front Polisario et contre… l’Algérie. Une agressivité excessivement nationaliste qui  peut également mener les Iraniens à adopter à nouveau un comportement violent aussi bien vis-à-vis de leurs voisins que par rapport à des pays, comme le nôtre où ils ne désespèrent pas d’exporter leur révolution islamiste. Et lorsque nous savons qu’à présent, l’un de leurs voisins les plus proches n’est autre qu’un pays actuellement occupé par l’armée du “Grand Satan” en personne, il y a franchement de quoi se faire des cheveux. 

Nous en serions presque à regretter que la mondialisation tant décriée n’ait pas réussi à gagner plus d’adeptes et à s’imposer plus facilement dans une communauté internationale qui révèle encore de si grandes lacunes internationalistes. Même s’il est possible de comprendre ces dangereux reculs comme une réaction naturelle par rapport à une nouvelle phase historique pleine d’inquiétantes zones d’ombre, il est tout aussi possible de craindre que cette halte  ultra-nationaliste ne soit la source d’un certain nombre de conflits qui ressembleraient, à Dieu ne plaise, aux deux Guerres mondiales qui ont précédé le début de la mise en route de l’Union européenne. Car s’il a fallu deux horribles guerres pour construire l’Europe, il faut se demander combien il faudra de conflits de grande envergure pour construire le Monde.

A. M.

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