Semaine du 29 juin au 5 juillet 2005

 

La trame du mercredi

La nature du régime

 

 
 
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La nature du régime

Depuis que les trois partis formant la coalition prétendument au pouvoir occupent sans interruption le devant de la scène, il s’en passe des choses, de plus en plus osées, de plus en plus burlesques.

Les voici donc ces partis détenant l’écrasante majorité des sièges au Parlement, dont l’un d’eux jouit de l’immense privilège d’être coiffé par le président Bouteflika en personne, mais à qui toutefois ce dernier ne veut pas confier la mise en musique du Grand Œuvre auquel il voudrait que son nom reste attaché – je veux parler du projet d’amnistie générale – ces grosses cylindrées, en somme, ont pris résolument le parti d’amuser la galerie. Non, le président Bouteflika a préféré faire appel pour le travail d’approche aux services du PRA et à une cohorte de “bonnes volontés” électrons libres, pour aller répandre la bonne nouvelle dans tout le pays, annoncer l’ère messianique de la réconciliation, de la fin des hostilités entre ces gens batailleurs entre tous que sont les Algériens…

Enfin, ce manque de confiance pour le moins vexant du président de la République, c’est fini, c’est désormais du passé. De fait, le PRA n’a-t-il pas été mis en demeure de mettre fin à ses activités sur commande, sous peine d’en répondre devant les tribunaux ? On dira peut-être que tout est bien qui finit bien pour la coalition tripartite, qui est toujours là, fidèle aux postes et privilèges afférents, et qui a tout loisir de prendre le relais de la défunte CNAG. Il ne lui reste maintenant qu’à attendre que l’ordre d’aller à la rencontre du peuple lui soit donné. Attendons donc avec elle. Mais armons-nous d’abord de patience. C’est que tout semble indiquer que l’attente générale sera bien plus longue qu’on l’a cru.

Arrêt sur image : la coalition, toutes voiles dehors claquant au vent, est sur la ligne de départ, et attend un signal… qui ne vient pas. Qui risque de ne jamais venir. Mais elle ne le sait pas, et se morfond dans l’attente. Il y a pourtant un moyen simple de connaître la durée de cette posture combien gênante, c’est d’interroger le Président. Ce moyen ne sera cependant pas employé, car il trahira une impatience, une critique envers le rythme imprimé par lui à la succession des événements. Il faut donc continuer à patienter, où plutôt à prendre son président en patience, tout en espérant qu’il finisse par s’aviser que vous êtes là pour le servir, et pour rien d’autre.

La tâche pressante n’étant plus apparemment l’amnistie générale, tout naturellement les directions du FLN et du RND en viennent à mettre sur le tapis une question au moins aussi importante que la première, à savoir  la révision constitutionnelle, leur rivalité ne pouvant se passer d’un motif de confrontation. Mais là, évidemment, il faut en user avec plus de prudence que dans le cas de l’amnistie générale, c’est qu’il s’agit d’une question qui intéresse au premier le chef le président de la République. Qui peut se traduire comme suit. le Président a-t-il le droit de changer de constitution pour se forger celui de prétendre à sa propre succession ? Posée aussi abruptement, la réponse ne se fait guère attendre : non, il n’est pas élégant de faire réviser une constitution rien que pour ce motif. Ça fait trop république-bananière, ça fait provocation, et plus grave encore, ça risque de faire du pays la risée du monde. Mais, justement, dirait le patron du FLN, ou celui du RND, ou quelque cacique de l’un ou l’autre parti, qui vous parle d’un troisième mandat ? Bien sûr qu’il ne convient pas de modifier une constitution pour cette seule raison. Pour nous, il n’a jamais été question de faire une révision juste pour que le président en exercice reste en place au-delà de 2009. La révision dont il s’agit est liée à autre chose, à la nature du régime, qui reste imprécise, et qu’il importe de définir une bonne fois pour toutes.

Ce discours, que l’on commence à instiller dans l’opinion, c’est celui du FLN, et notamment de son secrétaire général, qui travaille, mine de rien, à faire limoger le chef du gouvernement, avec, bien entendu, la surenchère pour arme de prédilection. Le Président, semble-t-il penser, ne peut qu’apprécier le fait que l’on place sous les feux de l’actualité une question qui doit lui tenir particulièrement à cœur, et qu’il voudrait voir tranchée dans le sens qu’il souhaite. Il comprendrait par la même occasion que du FLN et du RND, c’est le premier qui milite avec le plus de détermination pour lui faire passer sans préjudice aucun le tournant fatidique de 2009.

D’où la réaction du second, comme quoi cette question n’est pas encore à l’ordre du jour ; le moment venu, nous saurons mieux comment s’y prendre.

M. Habili

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