|
Accueil
La nature du régime
Depuis que les
trois partis formant la coalition prétendument au pouvoir occupent
sans interruption le devant de la scène, il s’en passe des choses,
de plus en plus osées, de plus en plus burlesques.
Les voici donc ces
partis détenant l’écrasante majorité des sièges au Parlement, dont
l’un d’eux jouit de l’immense privilège d’être coiffé par le
président Bouteflika en personne, mais à qui toutefois ce dernier ne
veut pas confier la mise en musique du Grand Œuvre auquel il
voudrait que son nom reste attaché – je veux parler du projet
d’amnistie générale – ces grosses cylindrées, en somme, ont pris
résolument le parti d’amuser la galerie. Non, le président
Bouteflika a préféré faire appel pour le travail d’approche aux
services du PRA et à une cohorte de “bonnes volontés” électrons
libres, pour aller répandre la bonne nouvelle dans tout le pays,
annoncer l’ère messianique de la réconciliation, de la fin des
hostilités entre ces gens batailleurs entre tous que sont les
Algériens…
Enfin, ce manque
de confiance pour le moins vexant du président de la République,
c’est fini, c’est désormais du passé. De fait, le PRA n’a-t-il pas
été mis en demeure de mettre fin à ses activités sur commande, sous
peine d’en répondre devant les tribunaux ? On dira peut-être que
tout est bien qui finit bien pour la coalition tripartite, qui est
toujours là, fidèle aux postes et privilèges afférents, et qui a
tout loisir de prendre le relais de la défunte CNAG. Il ne lui reste
maintenant qu’à attendre que l’ordre d’aller à la rencontre du
peuple lui soit donné. Attendons donc avec elle. Mais armons-nous
d’abord de patience. C’est que tout semble indiquer que l’attente
générale sera bien plus longue qu’on l’a cru.
Arrêt sur image :
la coalition, toutes voiles dehors claquant au vent, est sur la
ligne de départ, et attend un signal… qui ne vient pas. Qui risque
de ne jamais venir. Mais elle ne le sait pas, et se morfond dans
l’attente. Il y a pourtant un moyen simple de connaître la durée de
cette posture combien gênante, c’est d’interroger le Président. Ce
moyen ne sera cependant pas employé, car il trahira une impatience,
une critique envers le rythme imprimé par lui à la succession des
événements. Il faut donc continuer à patienter, où plutôt à prendre
son président en patience, tout en espérant qu’il finisse par
s’aviser que vous êtes là pour le servir, et pour rien d’autre.
La tâche pressante
n’étant plus apparemment l’amnistie générale, tout naturellement les
directions du FLN et du RND en viennent à mettre sur le tapis une
question au moins aussi importante que la première, à savoir la
révision constitutionnelle, leur rivalité ne pouvant se passer d’un
motif de confrontation. Mais là, évidemment, il faut en user avec
plus de prudence que dans le cas de l’amnistie générale, c’est qu’il
s’agit d’une question qui intéresse au premier le chef le président
de la République. Qui peut se traduire comme suit. le Président
a-t-il le droit de changer de constitution pour se forger celui de
prétendre à sa propre succession ? Posée aussi abruptement, la
réponse ne se fait guère attendre : non, il n’est pas élégant de
faire réviser une constitution rien que pour ce motif. Ça fait trop
république-bananière, ça fait provocation, et plus grave encore, ça
risque de faire du pays la risée du monde. Mais, justement, dirait
le patron du FLN, ou celui du RND, ou quelque cacique de l’un ou
l’autre parti, qui vous parle d’un troisième mandat ? Bien sûr qu’il
ne convient pas de modifier une constitution pour cette seule
raison. Pour nous, il n’a jamais été question de faire une révision
juste pour que le président en exercice reste en place au-delà de
2009. La révision dont il s’agit est liée à autre chose, à la nature
du régime, qui reste imprécise, et qu’il importe de définir une
bonne fois pour toutes.
Ce discours, que
l’on commence à instiller dans l’opinion, c’est celui du FLN, et
notamment de son secrétaire général, qui travaille, mine de rien, à
faire limoger le chef du gouvernement, avec, bien entendu, la
surenchère pour arme de prédilection. Le Président, semble-t-il
penser, ne peut qu’apprécier le fait que l’on place sous les feux de
l’actualité une question qui doit lui tenir particulièrement à cœur,
et qu’il voudrait voir tranchée dans le sens qu’il souhaite. Il
comprendrait par la même occasion que du FLN et du RND, c’est le
premier qui milite avec le plus de détermination pour lui faire
passer sans préjudice aucun le tournant fatidique de 2009.
D’où la réaction
du second, comme quoi cette question n’est pas encore à l’ordre du
jour ; le moment venu, nous saurons mieux comment s’y prendre.
M. Habili
e-mail :contact@lesdebats.com |