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Unique conflit
armé direct entre l’Algérie et le Maroc
Il était une
fois la guerre des sables
Dans l’histoire
récente des deux jeunes pays, aux fondements historiques et
socioculturels quasiment liés, il aura fallu qu’une guerre jalonne
leur parcours commun.
Au cœur du
problème, la question lancinante des frontières.
La guerre des
sables fait partie de ces escarmouches qui n’ont heureusement ni
fait beaucoup de morts ou de blessés ni occasionné de dégâts
importants (a contrario des guerres sanglantes que se sont livrés le
long de leur histoire les pays européens) mais qui sont comme des
points de repères sur les limites des crises que vivent deux pays de
manière cyclique.
Les combats
avaient débuté le 8 octobre 1963. Des troupes de la jeune Armée
nationale populaire issue de la glorieuse Armée de Libération
nationale – longtemps soutenue par le royaume du Maroc – avaient
attaqué des détachements des Forces armées royales (elles aussi
héritières directes de l’Armée de Libération du Maroc). Avant cela,
au mois de septembre, le roi Hassan II avait déployé des troupes en
plusieurs points de la zone désertique qui s’étendait entre le
Hamada du Draâ et Béchar. Les forces marocaines n’avaient eu aucun
mal à occuper ces lieux, l’armée algérienne étant absente de ces
endroits, ses troupes les mieux équipées étant occupées en Kabylie
face aux militants du FFS.
En apprenant que
les troupes marocaines occupaient une partie du territoire national,
le président Ben Bella lança son fameux “hagrouna”.
Dès le début des
combats, l’armée algérienne, qui avait excellé dans la guérilla face
à l’armée d’occupation française, a du mal à faire face à des
troupes marocaines entraînées à la guerre des axes. Les combats sont
acharnés durant trois jours alors que des renforts arrivent du nord
pour renforcer l’armée algérienne et que la France envoie du
matériel au Maroc (des véhicules, du plasma, des rations de combats,
des casques et quelques mitrailleuses ainsi que des mortiers).
L’armée marocaine aurait pu pénétrer plus avant sur territoire
algérien sans rencontrer de résistance importante.
Mais les bons
offices sont engagés ; que ce soit ceux de la Ligue arabe, refusés
par le Maroc, et ceux de l’ONU, mais sans obtenir l’aval des deux
parties.
Ce sera l’OUA qui
réunira Algériens et Marocains autour d’une table, à Bamako, le 29
octobre, moins de vingt jours après le début des combats. La
conférence convoquée d’urgence par Haïlé Sélassié, l’empereur
d’Ethiopie, agissant en tant que président de l’Organisation de
l’unité africaine, regroupe le roi du Maroc, le président Ben Bella
et Modibo Keita, président de la République du Mali.
Un accord de
cessez-le-feu sera signé le 2 novembre et les combats cesseront
réellement le 4 novembre. L’accord aboutit aussi à un modus vivendi
soulignant qu’il n’y avait ni vainqueur ni vaincu.
Une guerre non
voulue
S’il ne fait aucun
doute que cette guerre n’était pas voulue par l’Algérie et
d’ailleurs même pas attendue, elle est née à l’instigation du roi du
Maroc. Mais le souverain marocain pariait plus sur les pressions
qu’il pouvait ainsi exercer sur le gouvernement algérien que sur
l’issue du conflit lui-même. Car de toute évidence, l’affrontement
armé ne pouvait être à l’avantage d’aucune des deux parties,
d’autant que le roi Hassan II savait que la prise de territoires sur
l’Algérie équivaudrait à un conflit permanent. D’ailleurs, il le
reconnaissait lui-même dans Le Défi : “La première attitude (se
raidir et continuer la guerre, ndlr) faisait courir au Maghreb tout
entier le risque d’une immense guerre civile. Nous n’eûmes pas une
minute d’hésitation, préférant un voisin fort et amical à un
voisinage hostile et rancunier.”
De plus, l’intense
émotion soulevée par le conflit rendait le Maroc plus vulnérable
puisque isolé. Finalement, à quoi rimait l’incursion ? En fait, le
souverain du Maroc s’impatientait de régler les questions
frontalières laissées en suspens au moment de la Guerre de
Libération, alors que Ben Bella traînait des pieds pour s’asseoir
autour d’une table et discuter. L’offre faite par la France de créer
quelques départements du Sud au Maroc et en garder d’autres n’avait
pas plu au roi Mohamed V, qui préférait régler le problème avec
l’Algérie indépendante (1). D’ailleurs, faut-il croire à la grandeur
d’âme du monarque ou bien privilégier un calcul froid en prévision
de l’avantage qu’aurait un Maroc indépendant depuis plusieurs années
face à un pays nouvellement indépendant ? Hassan II en avait touché
un mot au président Ben Bella, mais celui-ci lui demandait du temps
; il fallait mettre sur pied les institutions algériennes pour
ensuite parler des frontières.
Dans le même temps
l’accord secret Hassan II - Ferhat Abbas du temps de la Guerre de
Libération (en 1961) devenait caduc alors que Abbas est évincé du
système politique algérien.
Le Maroc, après le
conflit, gagnait toutefois la mise en place d’une commission
spéciale pour trouver une solution au problème frontalier. Il reste
que si la solution militaire a été un échec, l’issue diplomatique
débouchait sur une impasse.
Dès lors apparaît
aux yeux de Hassan II la possibilité de forcer la main aux Algériens
en multipliant les possibilités de coopération économique, si bien
qu’on en vient aussi à se demander si finalement le but ultime
n’était pas l’exploitation du minerai de fer de Ghar Djebilet. Un
minerai qui serait très concurrentiel sur le marché mondial s’il
était exploité en commun par les Algériens et Marocains. C’était du
moins la thèse marocaine. L’exploitation se ferait en Algérie et
l’acheminement par un port marocain (La Gazelle ou Tarfaya). Une
démarche qui a abouti sur le néant, la mine étant à ce jour fermée.
Si pour ce qui est
des relations bilatérales apaisées, seuls les accords de 1969 ont
abouti à une paix régionale qui dure avec beaucoup de tumulte (les
deux pays ne se sont plus jamais affronté militairement
directement), au plan interne marocain, le roi Hassan II a bénéficié
d’une grâce inespérée. La monarchie, bousculée par les idées de
gauche prônées notamment à l’époque par l’UNFP (opposition gauche)
et que les projets socialisant de l’Algérie séduisaient largement
les populations rurales marocaines (2), celle-ci se voyait renforcée
alors que le roi avait collaboré directement et de manière étroite
avec les militaires. Le conflit a en outre éprouvé largement le
sentiment national des Marocains, qui se sont ralliés autour du roi,
symbole de l’unité nationale. De même, la monarchie pouvait
prétendre tirer ainsi sa légitimité du nationalisme marocain (3) et
de ce fait l’opposition se trouvait réduite à une action politique
qui ne pouvait aspirer au partage du pouvoir.
Amine Esseghir
(1)- De toute
évidence, la Guerre de Libération s’est poursuivie plus longtemps et
a coûté plus de morts et de souffrances à cause justement du refus
de la France d’inclure tout de suite le Sud algérien dans les
territoires en négociations avec le FLN.
(2)- Dans un
télégramme de l’ambassade de France à Rabat de février 1963,
l’ambassadeur De Leusse indique que les autorités marocaines ont
demandé aux autorités algériennes de ne plus émettre sur les ondes
de la radio locale de Tlemcen des programmes sur la réforme agraire.
Des lettres du Rif demandaient à ce que ces programmes reprennent.
In Les Trois
rois - Ignace Dalle
(3) - Rémy
Leveau et Abdallah Hammoudi : Monarchies arabes, transitions et
dérives dynastiques - La documentation française (Paris, 2002)
Références :
Ignace Dalle :
Les Trois rois – La monarchie marocaine de l’indépendance à nos
jours - Fayard (Paris, 2004)
Benoit Méchin :
Histoire des Alaouites Librairie Académique Perrin (Paris,1994)
Etranges
similitudes
La guerre des
sables a été précédée par un réchauffement des relations qui ne
présageait aucunement de l’évolution dramatique des événements. Le
roi Hassan II était en visite à Alger du 13 au 15 mars 1963. Puis,
début mai, devait se tenir à Marrakech un rassemblement des chefs
d’Etat dits “du groupe de Casablanca”, un ensemble de chefs d’Etat
africains progressistes que le souverain marocain voyait d’un très
mauvais œil. Cette conférence sera ajournée.
La presse
marocaine menait aussi une campagne virulente contre l’Algérie, mais
on ajoutait aussi un certain zèle à malmener les Algériens de
Oujda, Ahfir, Saïdia. Alors que les frontières sont ouvertes, des
Algériens sont refoulés et les cafés de Oujda tenus par des
Algériens sont fermés. Coté algérien, les autorités interdisent aux
ressortissants des deux pays de se rendre au Maroc.
A. E.
Haut
Nouvellement élu président du CALP
Pr Brahim
Brahimi : “Nous une fonction sommes là pour assurer de veille”
Brahim Brahimi est
professeur à l’institut de journalisme. L’ancien journaliste et
speaker est auteur de plusieurs ouvrages traitant du journalisme et
des médias, en particulier la presse privée, parmi eux Le Pouvoir,
la presse et les droits de l’homme.
Les Débats : Vous êtes depuis le 3 mai dernier, date de la Journée
internationale de la presse, à la tête d’une association connue sous
le nom de CALP. Que vise-t-elle ?
Brahim Brahimi
: Le Centre algérien pour la défense et la promotion de la
liberté de la presse (CALP) est en fait l’aboutissement logique du
travail mené depuis une dizaine d’années par des journalistes, des
avocats, des universitaires et des intellectuels qui ont accompagné
la jeune presse qui a forgé dans la douleur son professionnalisme.
Si nous avons décidé de créer une association, c’est parce que nous
avons constaté que les comités de défense des libertés disparaissent
souvent après quelques semaines ou quelques mois d’existence. Nous
ne sommes pas là pour faire de l’agitation politique ni pour
représenter uniquement les éditeurs ou les journalistes. Nous ne
sommes pas là non plus pour dénoncer les harcèlements administratifs
et judiciaires. Nous sommes là pour relever aussi bien les aspects
positifs que négatifs, pour assurer une fonction de veille.
Qu’est-ce que
cela veut dire exactement ?
Nous dénoncerons
tous les harcèlements et nous nous élèverons contre toutes les
censures. Tout cela doit figurer dans un rapport annuel, qui sera
adressé à l’IFEX, un réseau international pour la défense de la
liberté de la presse. Le CALP en fait partie, au même titre que la
FIJ, le CPJ et Freedom House. Nous voulons donner plus de neutralité
à notre association. C’est la raison pour laquelle nous n’avons pas
fait appel à des membres du Syndicat des journalistes, à tous les
avocats ou à d’anciens ministres connus pour leur engagement aux
côtés des journalistes.
Le CALP compte
travailler dans la sérénité, en faisant appel bien sûr à tous ceux
et à toutes celles qui militent pour la liberté de la presse.
Le CALP ne
cherche-t-il pas à faire de l’ombre aux organisations et syndicats
des journalistes ?
Le Centre
travaillera en collaboration avec le SNJ aussi bien qu’avec les
associations régionales de journalistes, de même qu’avec le bureau
de la FIJ à Alger. Il s’intéressera à la promotion en favorisant des
actions de recyclage et de documentation. Il sera présent dans les
rencontres internationales qui seront organisées par le réseau IFEX.
Votre
association se dit attachée au principe de défense de la liberté de
la presse et même de la liberté d’expression. Quelle place
donnez-vous au professionnalisme, aux questions d’éthique et de
déontologie ?
La question de
l’éthique n’est pas encore bien assimilée aussi bien par les
autorités que par certains journalistes. La journée du 13 avril 2000
a été qualifiée d’historique par la presse parce que les gouvernants
avaient fini par admettre que les questions de déontologie devaient
être définies par les seuls professionnels. Or, on assiste
aujourd’hui à des revirements, parce que le ministère de la
Communication veut intégrer l’éthique dans le cadre de la loi. D’un
autre côté, certains journalistes se prennent pour des justiciers et
ne respectent pas la vie privée des personnes… Il faut dire que la
loi ne va pas mettre fin à ces dépassements. Seules l’école et
l’université peuvent préparer un terrain favorable à la tolérance et
au respect de la vie privée.
Quelle place
réservez-vous à la formation du journaliste ?
Il est important
de rapprocher l’université du secteur utilisateur et des universités
étrangères. Le CALP va tenter de rapprocher les universitaires avec
les éditeurs et les associations de journalistes, surtout que la
profession a besoin de spécialisation : chroniqueurs juridiques et
économiques, critiques littéraires et cinématographiques,
journalistes scientifiques, etc.
Comment vous
apparaît l’expérience algérienne de la liberté de la presse dans le
monde arabe ?
Je continue à
croire que l’expérience algérienne est unique, parce qu’on a assisté
en 1990 à la naissance d’une presse privée et d’une presse dite
“indépendante”, c’est-à-dire échappant au pouvoir de l’argent et au
pouvoir politique. En juin 2003, je me posais la question suivante :
la presse réussira-t-elle à soutenir une société civile qui n’arrive
pas encore à occuper sa véritable place dans le champ politique
algérien ? Aujourd’hui, la situation me paraît grave parce que les
grands journaux sont menacés, surtout par les amendements du Code
pénal, qui prévoient non seulement la prison mais aussi des amendes
très élevées pour les journalistes (de 50 000 à 250 000 DA) et pour
les entreprises (2,5 millions de dinars) !
M. Brahimi,
vous vous êtes intéressé particulièrement au problème de
harcèlement. Pourriez-vous nous en dire plus là-dessus ?
C’est en publiant
mon second livre, Le pouvoir, la presse et les droits de l’homme,
que j’ai fait le bilan de tous les harcèlements administratifs et
judiciaires, en dénonçant le chantage des imprimeries et de l’ANEP.
Ce chantage va durer tant que la loi ne clarifiera pas l’aide de
l’Etat à la presse. Le chapitre proposé en 1990 par les
universitaires et les journalistes qui avaient collaboré à
l’élaboration du projet de loi sur la presse a été supprimé, pour
que l’aide ne soit pas accordée aux journaux qui critiqueraient la
politique des gouvernants.
Vous avez animé
des cours et des séminaires au niveau de la filière “Institution et
gestion des médias”. Y a-t-il une différence entre les étudiants en
graduation et ceux qui préparent leur magister ?
Cette année, j’ai
en effet assuré le cours de droit de l’information à 20 étudiants de
2e année, un cours consacré aux rapports systèmes politiques -
communication. J’ai également animé trois séminaires qui portent sur
la presse et les droits d’auteur, le statut des entreprises de
presse et les partis politiques. Autant les étudiants de magister me
donnent pleinement satisfaction parce que le concours d’entrée s’est
déroulé dans de bonnes conditions, autant je suis déçu par les
étudiants de licence, car la majorité d’entre eux ne maîtrisent pas
les langues étrangères et se contentent de reproduire de cours au
lieu de puiser leurs connaissances dans des ouvrages scientifiques
et culturels.
Comment en
est-on arrivé là ?
Il faut
reconnaître que la situation catastrophique de l’université des
sciences sociales d’Alger ne pousse pas les étudiants à fournir des
efforts pour améliorer leur niveau de connaissances. Il est temps de
réfléchir à la création de quatre ou cinq universités
pluridisciplinaires au niveau de la capitale. Je pense que la
restructuration de l’université est nécessaire, mais pas suffisante…
Il faudrait revoir totalement la gestion des universités parce que
l’administration constitue un facteur de blocage. Les doyens sont
désignés au lieu d’être élus et le corps des professeurs est miné
par des enseignants non bacheliers, qui sont entrés par effraction –
c’est-à-dire par dérogation – à l’université...
Des exemples ?
Je peux vous citer
l’exemple d’une étudiante qui a réussi à s’inscrire en 1re année de
magister en avril 2005, après avoir échoué au concours organisé en
octobre 2004. Le forcing exercé par l’administration a poussé le
conseil scientifique à désigner une commission spéciale, qui devait
prononcer une “fetwa” alors que l’arrêté n° 90 du 12 avril 2003 est
clair : seuls les majors de promotion, un par filière, sont
dispensés du concours. Les quatre experts qui se sont réunis le 25
avril dernier ont jugé que l’étudiante en question n’avait pas le
droit de s’inscrire en 1re année de magister. Mais l’administration
n’avait pas attendu leur fetwa pour l’inscrire. Aucune réforme ne
peut réussir si on continue à gérer les universités de façon
administrative. Le climat malsain a d’ailleurs fait fuir les
chercheurs et il ne faut pas croire que ces derniers vont revenir,
même avec des contrats de coopération…
Le 9 juin
dernier, l’Union européenne a demandé à l’Algérie la libération sans
délai des journalistes emprisonnés. Quel est votre commentaire ?
Il s’agit en fait
du Parlement européen, mais je prends acte surtout des 306
signatures d’intellectuels, en France.
En 1987, j’avais
assisté à une rencontre à Paris, qui avait regroupé certains
“porteurs de valises” qui avaient pris position contre la guerre
coloniale. Ces intellectuels avaient dit qu’ils avaient accompli
leur devoir et qu’ils ne s’immisçaient plus dans les affaires
algériennes depuis 1962. Lorsque je vois des intellectuels comme
Pierre Vidal Naquet reprendre son combat pour la liberté en Algérie,
j’en conclus que la situation est grave. Et c’est grâce à la
mobilisation des intellectuels que le Parlement européen bouge
aujourd’hui.
Quel est votre
point de vue sur l’emprisonnement du directeur du quotidien Le Matin
?
L’emprisonnement
de Mohamed Benchicou sert-il l’Algérie ? Pour reprendre une formule
célèbre utilisée par l’ex-chef du gouvernement Rédha Malek, lors de
l’enterrement de Abdelkader Alloula, il faudrait que le harcèlement
change de camp. C’est mon dernier mot.
Propos
recueillis
par Z’hor
Chérief
Haut
ANSEJ
Au secours du
jeune investisseur
Depuis le deuxième
semestre de l’année 1997, date de son début d’activité effectif,
l’Agence nationale de soutien à l’emploi des jeunes (Ansej) a été à
l’origine de la création de près de 64 000 micro-entreprises qui ont
généré 183 000 emplois.
Née en 1997, l’Ansej
est venue à point nommé combler le vide créé par le manque
d’investissements, ce qui n’était pas sans conséquence sur les
conditions de vie et donnait lieu à une situation de chômage,
surtout parmi les jeunes qui ne savaient plus à quel saint se vouer
pour trouver un emploi.
L’Ansej, créée
dans cette conjoncture économique, avait dès le départ pour mission
de favoriser la création d’activités de biens et services et
d’encourager toute forme d’action visant à promouvoir l’emploi des
jeunes. Ceci ne pouvait se faire et réussir sans la mise au point
d’un dispositif élaboré qui évite aux jeunes de se retrouver dans
des situations compliquées.
Les aides
accordées à travers ce dispositif peuvent prendre plusieurs formes,
à savoir : des prêts non rémunérés destinés à compléter l’apport
personnel requis pour être éligible au prêt bancaire, qui peuvent
aller jusqu’à 25% du coût des projets ; une bonification des taux
d’intérêts pour les prêts bancaires de 50 à 90% selon la nature et
la localisation du projet ; la prise en charge des études et
expertises nécessaires pour la confection du dossier du promoteur.
Pour inciter les
promoteurs à varier leurs projets, une prime de 10% du coût du
projet est accordée au jeune comme une prime de particularité
technologique.
Les jeunes ne se
le font pas répéter deux fois dès qu’ils entendent parler d’un
nouveau dispositif destiné pour aux chômeurs de 19 à 35 ans (la
limite d’âge peut atteindre dans certains cas 40 ans).
Possédant des
qualifications, diplômes ou certificats de travail qui attestent de
leurs compétences professionnelles, mais n’exerçant aucune activité
personnelle, ils n’hésitent pas à se rapprocher de cette structure
qui leur permet de concrétiser les projets qui leur tiennent à cœur.
Diplômés de l’université ou de la formation professionnelle, chacun
y trouve son compte.
Une liste
indicative des investissements possibles leur permet de s’orienter
et de choisir selon leurs qualifications. Les projets touchent
plusieurs secteurs d’activité : la maintenance, la réparation et la
rénovation, l’agriculture, la petite transformation. Les petits
métiers d’artisanat et de services, abandonnés au profit d’autres
secteurs plus lucratifs sont repris par les jeunes qui arrivent, par
la même occasion, à créer des postes d’emplois durables.
Au départ,
l’engouement a porté les jeunes vers un créneau lucratif, celui du
transport des voyageurs, qui représente 60% des projets. De
nouvelles lignes voient le jour un peu partout, soulageant on ne
peut mieux, un secteur qui n’arrivait pas à répondre à une demande
sans cesse croissante. Mais il était important que les jeunes
s’orientent vers d’autres projets. De nombreux créneaux furent
investis et c’est ainsi que depuis sa création jusqu’au 31 mars
2005, l’Ansej a financé 7 892 projets en agriculture, 8 427 en
artisanat, 2 043 dans le secteur du bâtiment, 1 418 pour les
professions libérales, 2 952 en industrie, 15 757 pour les services,
11 985 pour le transport des voyageurs et 9 818 pour le transport
des marchandises.
Tous les secteurs
sont investis et les jeunes, sans distinction aucune, bénéficient
des avantages prévus ; qu’ils habitent Alger ou l’Extrême-Sud ne
fait aucune différence. Ainsi, 42% des jeunes promoteurs sont
localisés au centre du pays, 25% vivent à l’Est et à l’Ouest et 8%
au Sud.
Les femmes ne sont
pas en reste et participent activement à la vie économique. Elles
sont nombreuses à avoir saisi l’occasion qui se présentait à travers
ce dispositif pour créer leurs projets. Désormais, elles ne se
cantonnent plus dans les activités classiques, couture et coiffure,
où elles se sont longtemps confinées. Libérées de cette idée de ne
choisir que des spécialités “féminines”, elles n’hésitent plus à
investir, avec succès, les secteurs jusque-là réservés aux hommes.
Et c’est ainsi qu’on les retrouve aussi bien dans le transport de
voyageurs ou de marchandises que dans l’agriculture, l’industrie,
les services ou le bâtiment. Au 31 mars 2005, elles sont 12,95% à
avoir tenté l’aventure de la micro-entreprise. Il est vrai que leur
présence dans le secteur des services (24,57%) et les professions
libérales (39,35%) est plus important, mais elles investissent,
petit à petit, d’autres activités comme l’artisanat (21,18%),
l’industrie (17,24%), l’agriculture (5,46%), le BTPH (4,31%), la
maintenance (3,95%), le transport des voyageurs (3,38%) et le
transport de marchandises (2,65%).
Effectivement, les
femmes investissent dans tous les domaines et réussissent très bien.
Fabrication de flexibles hydrauliques, de pâtes alimentaires,
installation de réseaux téléphoniques, laboratoires de contrôle de
qualité, récupération des déchets, confection de vêtements
professionnels, fabrication de produits chimiques, production
audio-visuelle, fabrication de produits cosmétiques, sociétés de
messagerie…
Les jeunes chefs
de micro-entreprises se font remarquer lors des expositions
nationales et internationales. Ne dit-on pas “à cœur vaillant rien
n’est impossible” ?
Depuis quelque
temps, du nouveau a été apporté à ce dispositif. En effet, le
montant de l’investissement, qui ne dépassait pas au départ les
4 millions de dinars, est passé à 10 millions de dinars. Ce
changement a été bien accueilli par les promoteurs, dont l’ambition
était de proposer des projets de plus grande envergure, mais que le
montant fixé freinait dans leur élan. Les promoteurs ayant remboursé
75% du crédit bancaire peuvent désormais prétendre à une extension,
ce qui a permis l’évolution de plusieurs micro-entreprises qui ont
réussi, et d’avoir désormais le statut de petite ou moyenne
entreprise. Il reste que ce dispositif, qui a aidé un grand nombre
de jeunes à sortir du chômage, n’est pas à la portée de tous.
L’obligation de disposer d’un local, soit en bien propre ou en
location, qui est exigé pour l’octroi du crédit, freine beaucoup
d’entre eux. L’apport personnel, même s’il est symbolique – 5% du
montant pour un projet de 2 millions de dinars – ne peut être fourni
par un jeune qui n’a rien. Les lenteurs bureaucratiques enregistrées
au niveau des banques restent un autre point noir que les jeunes
évoquent amèrement.
Il reste à dire
que si beaucoup de jeunes ont réussi, d’autres n’ont malheureusement
pas eu cette chance. L’absence d’une étude de marché avant le
lancement du projet, la méconnaissance des outils modernes de
gestion, une forte concurrence… font que des projets périclitent
très vite et le jeune promoteur se retrouve en difficulté avec la
banque qui lui a octroyé le crédit. Même si le fonds de caution
mutuelle de garantie des risques crédits/jeunes promoteurs couvre
les créances auprès des établissements financiers à hauteur de 70%,
le reste est à la charge du promoteur.
Khadidja
Mohamed Bouziane
Haut
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