Semaine du 29 juin au 5 juillet 2005

 

Unique conflit armé direct entre l’Algérie et le Maroc

Il était une fois la guerre des sables

Nouvellement élu président du CALP

Pr Brahim Brahimi : “Nous une fonction sommes là pour assurer de veille”

ANSEJ

Au secours du jeune investisseur

 

 
 
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Unique conflit armé direct entre l’Algérie et le Maroc

Il était une fois la guerre des sables

Dans l’histoire récente des deux jeunes pays, aux fondements historiques et socioculturels quasiment liés, il aura fallu qu’une guerre jalonne leur parcours commun.

Au cœur du problème, la question lancinante des frontières.

La guerre des sables fait partie de ces escarmouches qui n’ont heureusement ni fait beaucoup de morts ou de blessés ni occasionné de dégâts importants (a contrario des guerres sanglantes que se sont livrés le long de leur histoire les pays européens) mais qui sont comme des points de repères sur les limites des crises que vivent deux pays de manière cyclique.

Les combats avaient débuté le 8 octobre 1963. Des troupes de la jeune Armée nationale populaire issue de la glorieuse Armée de Libération nationale – longtemps soutenue par le royaume du Maroc – avaient attaqué des détachements des Forces armées royales (elles aussi héritières directes de l’Armée de Libération du Maroc). Avant cela, au mois de septembre, le roi Hassan II avait déployé des troupes en plusieurs points de la zone désertique qui s’étendait entre le Hamada du Draâ et Béchar. Les forces marocaines n’avaient eu aucun mal à occuper ces lieux, l’armée algérienne étant absente de ces endroits, ses troupes les mieux équipées étant occupées en Kabylie face aux militants du FFS.

En apprenant  que les troupes marocaines occupaient une partie du territoire national, le président Ben Bella lança son fameux “hagrouna”.

Dès le début des combats, l’armée algérienne, qui avait excellé dans la guérilla face à l’armée d’occupation française, a du mal à faire face à des troupes marocaines entraînées à la guerre des axes. Les combats sont acharnés durant trois jours alors que des renforts arrivent du nord pour renforcer l’armée algérienne et que la France envoie du matériel au Maroc (des véhicules, du plasma, des rations de combats, des casques et quelques mitrailleuses ainsi que des mortiers). L’armée marocaine aurait pu pénétrer plus avant sur territoire algérien sans rencontrer de résistance importante.

Mais les bons offices sont engagés ; que ce soit ceux de la Ligue arabe, refusés par le Maroc, et ceux de l’ONU, mais sans obtenir l’aval des deux parties.

Ce sera l’OUA qui réunira Algériens et Marocains autour d’une table, à Bamako, le 29 octobre, moins de vingt jours après le début des combats. La conférence convoquée d’urgence par Haïlé Sélassié, l’empereur d’Ethiopie, agissant en tant que président de l’Organisation de l’unité africaine, regroupe le roi du Maroc, le président Ben Bella et Modibo Keita, président de la République du Mali.

Un accord de cessez-le-feu sera signé le 2 novembre et les combats cesseront réellement le 4 novembre. L’accord aboutit aussi à un modus vivendi soulignant qu’il n’y avait ni vainqueur ni vaincu.

Une guerre non voulue

S’il ne fait aucun doute que cette guerre n’était pas voulue par l’Algérie et d’ailleurs même pas attendue, elle est née à l’instigation du roi du Maroc. Mais le souverain marocain pariait plus sur les pressions qu’il pouvait ainsi exercer sur le gouvernement algérien que sur l’issue du conflit lui-même. Car de toute évidence, l’affrontement armé ne pouvait être à l’avantage d’aucune des deux parties, d’autant que le roi Hassan II savait que la prise de territoires sur l’Algérie équivaudrait à un conflit permanent. D’ailleurs, il le reconnaissait lui-même dans Le Défi : “La première attitude (se raidir et continuer la guerre, ndlr) faisait courir au Maghreb tout entier le risque d’une immense guerre civile. Nous n’eûmes pas une minute d’hésitation, préférant un voisin fort et amical à un voisinage hostile et rancunier.”

De plus, l’intense émotion soulevée par le conflit rendait le Maroc plus vulnérable puisque isolé. Finalement, à quoi rimait l’incursion ? En fait, le souverain du Maroc s’impatientait de régler les questions frontalières laissées en suspens au moment de la Guerre de Libération, alors que Ben Bella traînait des pieds pour s’asseoir autour d’une table et discuter. L’offre faite par la France de créer quelques départements du Sud au Maroc et en garder d’autres n’avait pas plu au roi Mohamed V, qui préférait régler le problème avec l’Algérie indépendante (1). D’ailleurs, faut-il croire à la grandeur d’âme du monarque ou bien privilégier un calcul froid en prévision de l’avantage qu’aurait un Maroc indépendant depuis plusieurs années face à un pays nouvellement indépendant ? Hassan II en avait touché un mot au président Ben Bella, mais celui-ci lui demandait du temps ; il fallait mettre sur pied les institutions algériennes pour ensuite parler des frontières.

Dans le même temps l’accord secret Hassan II - Ferhat Abbas du temps de la Guerre de Libération (en 1961) devenait caduc alors que Abbas est évincé du système politique algérien.

Le Maroc, après le conflit, gagnait toutefois la mise en place d’une commission spéciale pour trouver une solution au problème frontalier. Il reste que si la solution militaire a été un échec, l’issue diplomatique débouchait sur une impasse.

Dès lors apparaît aux yeux de Hassan II la possibilité de forcer la main aux Algériens en multipliant les possibilités de coopération économique, si bien qu’on en vient aussi à se demander si finalement le but ultime n’était pas l’exploitation du minerai de fer de Ghar Djebilet. Un minerai qui serait très concurrentiel sur le marché mondial s’il était exploité en commun par les Algériens et Marocains. C’était du moins la thèse marocaine. L’exploitation  se ferait en Algérie et l’acheminement par un port marocain (La Gazelle ou Tarfaya). Une démarche qui a abouti sur le néant, la mine étant à ce jour fermée.

Si pour ce qui est des relations bilatérales apaisées, seuls les accords de 1969 ont abouti à une paix régionale qui dure avec beaucoup de tumulte (les deux pays ne se sont plus jamais affronté militairement directement), au plan interne marocain, le roi Hassan II a bénéficié d’une grâce inespérée. La monarchie, bousculée par les idées de gauche prônées notamment à l’époque par l’UNFP (opposition gauche) et que les projets socialisant de l’Algérie séduisaient largement les populations rurales marocaines (2), celle-ci se voyait renforcée alors que le roi avait collaboré directement et de manière étroite avec les militaires. Le conflit a en outre éprouvé largement le sentiment national des Marocains, qui se sont ralliés autour du roi, symbole de l’unité nationale. De même, la monarchie pouvait prétendre tirer ainsi sa légitimité du nationalisme marocain (3) et de ce fait l’opposition se trouvait réduite à une action politique qui ne pouvait aspirer au partage du pouvoir. 

Amine Esseghir

 

(1)- De toute évidence, la Guerre de Libération s’est poursuivie plus longtemps et a coûté plus de morts et de souffrances à cause justement du refus de la France d’inclure tout de suite le Sud algérien dans les territoires en négociations avec le FLN.

 

(2)- Dans un télégramme de l’ambassade de France à Rabat de février 1963, l’ambassadeur De Leusse indique que les autorités marocaines ont  demandé aux autorités algériennes de ne plus émettre sur les ondes de la radio locale de Tlemcen des programmes sur la réforme agraire. Des lettres du Rif demandaient  à ce que ces programmes reprennent.

In Les Trois rois  - Ignace Dalle

 

(3)  - Rémy Leveau et Abdallah Hammoudi : Monarchies arabes, transitions et dérives dynastiques - La documentation française (Paris, 2002)

 

Références :

Ignace Dalle : Les Trois rois – La monarchie marocaine de l’indépendance à nos jours - Fayard (Paris, 2004)

Benoit Méchin : Histoire des Alaouites  Librairie Académique Perrin (Paris,1994)

 

Etranges similitudes

La guerre des sables a été précédée par un réchauffement des relations qui ne présageait aucunement de l’évolution dramatique des événements. Le roi Hassan II était en visite à Alger du 13 au 15 mars 1963. Puis, début mai, devait se tenir à Marrakech un rassemblement des chefs d’Etat dits “du groupe de Casablanca”, un ensemble de chefs d’Etat africains progressistes que le souverain marocain voyait d’un très mauvais œil. Cette conférence sera ajournée.

La presse marocaine menait aussi une campagne virulente contre l’Algérie, mais on ajoutait aussi un certain zèle à malmener les Algériens  de Oujda, Ahfir, Saïdia. Alors que les frontières sont ouvertes, des Algériens sont refoulés et les cafés de Oujda tenus par des Algériens sont fermés. Coté algérien, les autorités interdisent  aux ressortissants des deux pays de se rendre au Maroc.

A. E.

 

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Nouvellement élu président du CALP

Pr Brahim Brahimi : “Nous une fonction sommes là pour assurer de veille”

 

Brahim Brahimi est professeur à l’institut de journalisme. L’ancien journaliste et speaker est auteur de plusieurs ouvrages traitant du journalisme et des médias, en particulier la presse privée, parmi eux Le Pouvoir, la presse et les droits de l’homme.

 

Les Débats : Vous êtes depuis le 3 mai dernier, date de la Journée internationale de la presse, à la tête d’une association connue sous le nom de CALP. Que vise-t-elle ?

Brahim Brahimi : Le Centre algérien pour la défense et la promotion de la liberté de la presse (CALP) est en fait l’aboutissement logique du travail mené depuis une dizaine d’années par des journalistes, des avocats, des universitaires et des intellectuels qui ont accompagné la jeune presse qui a forgé dans la douleur son professionnalisme. Si nous avons décidé de créer une association, c’est parce que nous avons constaté que les comités de défense des libertés disparaissent souvent après quelques semaines ou quelques mois d’existence. Nous ne sommes pas là pour faire de l’agitation politique ni pour représenter uniquement les éditeurs ou les journalistes. Nous ne sommes pas là non plus pour dénoncer les harcèlements administratifs et judiciaires. Nous sommes là pour relever aussi bien les aspects positifs que négatifs, pour assurer une fonction de veille.

 

Qu’est-ce que cela veut dire exactement ?

Nous dénoncerons tous les harcèlements et nous nous élèverons contre toutes les censures. Tout cela doit figurer dans un rapport annuel, qui sera adressé à l’IFEX, un réseau international pour la défense de la liberté de la presse. Le CALP en fait partie, au même titre que la FIJ, le CPJ et Freedom House. Nous voulons donner plus de neutralité à notre association. C’est la raison pour laquelle nous n’avons pas fait appel à des membres du Syndicat des journalistes, à tous les avocats ou à d’anciens ministres connus pour leur engagement aux côtés des journalistes.

Le CALP compte travailler dans la sérénité, en faisant appel bien sûr à tous ceux et à toutes celles qui militent pour la liberté de la presse.

 

Le CALP ne cherche-t-il pas à faire de l’ombre aux organisations et syndicats des journalistes ?

Le Centre travaillera en collaboration avec le SNJ aussi bien qu’avec les associations régionales de journalistes, de même qu’avec le bureau de la FIJ à Alger. Il s’intéressera à la promotion en favorisant des actions de recyclage et de documentation. Il sera présent dans les rencontres internationales qui seront organisées par le réseau IFEX.

 

Votre association se dit attachée au principe de défense de la liberté de la presse et même de la liberté d’expression. Quelle place donnez-vous au professionnalisme, aux questions d’éthique et de déontologie ?

La question de l’éthique n’est pas encore bien assimilée aussi bien par les autorités que par certains journalistes. La journée du 13 avril 2000 a été qualifiée d’historique par la presse parce que les gouvernants avaient fini par admettre que les questions de déontologie devaient être définies par les seuls professionnels. Or, on assiste aujourd’hui à des revirements, parce que le ministère de la Communication veut intégrer l’éthique dans le cadre de la loi. D’un autre côté, certains journalistes se prennent pour des justiciers et ne respectent pas la vie privée des personnes… Il faut dire que la loi ne va pas mettre fin à ces dépassements. Seules l’école et l’université peuvent préparer un terrain favorable à la tolérance et au respect de la vie privée.

 

Quelle place réservez-vous à la formation du journaliste ?

Il est important de rapprocher l’université du secteur utilisateur et des universités étrangères. Le CALP va tenter de rapprocher les universitaires avec les éditeurs et les associations de journalistes, surtout que la profession a besoin de spécialisation : chroniqueurs juridiques et économiques, critiques littéraires et cinématographiques, journalistes scientifiques, etc.

 

Comment vous apparaît l’expérience algérienne de la liberté de la presse dans le monde arabe ?

Je continue à croire que l’expérience algérienne est unique, parce qu’on a assisté en 1990 à la naissance d’une presse privée et d’une presse dite “indépendante”, c’est-à-dire échappant au pouvoir de l’argent et au pouvoir politique. En juin 2003, je me posais la question suivante : la presse réussira-t-elle à soutenir une société civile qui n’arrive pas encore à occuper sa véritable place dans le champ politique algérien ? Aujourd’hui, la situation me paraît grave parce que les grands journaux sont menacés, surtout par les amendements du Code pénal, qui prévoient non seulement la prison mais aussi des amendes très élevées pour les journalistes (de 50 000 à 250 000 DA) et pour les entreprises (2,5 millions de dinars) !

 

M. Brahimi, vous vous êtes intéressé particulièrement au problème de harcèlement. Pourriez-vous nous en dire plus là-dessus ?

C’est en publiant mon second livre, Le pouvoir, la presse et les droits de l’homme, que j’ai fait le bilan de tous les harcèlements administratifs et judiciaires, en dénonçant le chantage des imprimeries et de l’ANEP. Ce chantage va durer tant que la loi ne clarifiera pas l’aide de l’Etat à la presse. Le chapitre proposé en 1990 par les universitaires et les journalistes qui avaient collaboré à l’élaboration du projet de loi sur la presse a été supprimé, pour que l’aide ne soit pas accordée aux journaux qui critiqueraient la politique des gouvernants.

 

Vous avez animé des cours et des séminaires au niveau de la filière “Institution et gestion des médias”. Y a-t-il une différence entre les étudiants en graduation et ceux qui préparent leur magister ?

Cette année, j’ai en effet assuré le cours de droit de l’information à 20 étudiants de 2e année, un cours consacré aux rapports systèmes politiques - communication. J’ai également animé trois séminaires qui portent sur la presse et les droits d’auteur, le statut des entreprises de presse et les partis politiques. Autant les étudiants de magister me donnent pleinement satisfaction parce que le concours d’entrée s’est déroulé dans de bonnes conditions, autant je suis déçu par les étudiants de licence, car la majorité d’entre eux ne maîtrisent pas les langues étrangères et se contentent de reproduire de cours au lieu de puiser leurs connaissances dans des ouvrages scientifiques et culturels.

 

Comment en est-on arrivé là ?

Il faut reconnaître que la situation catastrophique de l’université des sciences sociales d’Alger ne pousse pas les étudiants à fournir des efforts pour améliorer leur niveau de connaissances. Il est temps de réfléchir à la création de quatre ou cinq universités pluridisciplinaires au niveau de la capitale. Je pense que la restructuration de l’université est nécessaire, mais pas suffisante… Il faudrait revoir totalement la gestion des universités parce que l’administration constitue un facteur de blocage. Les doyens sont désignés au lieu d’être élus et le corps des professeurs est miné par des enseignants non bacheliers, qui sont entrés par effraction – c’est-à-dire par dérogation – à l’université...

 

Des exemples ?

Je peux vous citer l’exemple d’une étudiante qui a réussi à s’inscrire en 1re année de magister en avril 2005, après avoir échoué au concours organisé en octobre 2004. Le forcing exercé par l’administration a poussé le conseil scientifique à désigner une commission spéciale, qui devait prononcer une “fetwa” alors que l’arrêté n° 90 du 12 avril 2003 est clair : seuls les majors de promotion, un par filière, sont dispensés du concours. Les quatre experts qui se sont réunis le 25 avril dernier ont jugé que l’étudiante en question n’avait pas le droit de s’inscrire en 1re année de magister. Mais l’administration n’avait pas attendu leur fetwa pour l’inscrire. Aucune réforme ne peut réussir si on continue à gérer les universités de façon administrative. Le climat malsain a d’ailleurs fait fuir les chercheurs et il ne faut pas croire que ces derniers vont revenir, même avec des contrats de coopération…

 

Le 9 juin dernier, l’Union européenne a demandé à l’Algérie la libération sans délai des journalistes emprisonnés. Quel est votre commentaire ?

Il s’agit en fait du Parlement européen, mais je prends acte surtout des 306 signatures d’intellectuels, en France.

En 1987, j’avais assisté à une rencontre à Paris, qui avait regroupé certains “porteurs de valises” qui avaient pris position contre la guerre coloniale. Ces intellectuels avaient dit qu’ils avaient accompli leur devoir et qu’ils ne s’immisçaient plus dans les affaires algériennes depuis 1962. Lorsque je vois des intellectuels comme Pierre Vidal Naquet reprendre son combat pour la liberté en Algérie, j’en conclus que la situation est grave. Et c’est grâce à la mobilisation des intellectuels que le Parlement européen bouge aujourd’hui.

 

Quel est votre point de vue sur l’emprisonnement du directeur du quotidien Le Matin ?

L’emprisonnement de Mohamed Benchicou sert-il l’Algérie ? Pour reprendre une formule célèbre utilisée par l’ex-chef du gouvernement Rédha Malek, lors de l’enterrement de Abdelkader Alloula, il faudrait que le harcèlement change de camp. C’est mon dernier mot.

Propos recueillis

par Z’hor Chérief

  

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ANSEJ

Au secours du jeune investisseur

Depuis le deuxième semestre de l’année 1997, date de son début d’activité effectif, l’Agence nationale de soutien à l’emploi des jeunes (Ansej) a été à l’origine de la création de près de 64 000 micro-entreprises qui ont généré 183 000 emplois.

 

Née en 1997, l’Ansej est venue à point nommé combler le vide créé par le manque d’investissements, ce qui n’était pas sans conséquence sur les conditions de vie et donnait lieu à une situation de chômage, surtout parmi les jeunes qui ne savaient plus à quel saint se vouer pour trouver un emploi.

L’Ansej, créée dans cette conjoncture économique, avait dès le départ pour mission de favoriser la création d’activités de biens et services et d’encourager toute forme d’action visant à promouvoir l’emploi des jeunes. Ceci ne pouvait se faire et réussir sans la mise au point d’un dispositif élaboré qui évite aux jeunes de se retrouver dans des situations compliquées.

Les aides accordées à travers ce dispositif peuvent prendre plusieurs formes, à savoir : des prêts non rémunérés destinés à compléter l’apport personnel requis pour être éligible au prêt bancaire, qui peuvent aller jusqu’à 25% du coût des projets ; une bonification des taux d’intérêts pour les prêts bancaires de 50 à 90% selon la nature et la localisation du projet ; la prise en charge des études et expertises nécessaires pour la confection du dossier du promoteur.

Pour inciter les promoteurs à varier leurs projets, une prime de 10% du coût du projet est accordée au jeune comme une prime de particularité technologique.

Les jeunes ne se le font pas répéter deux fois dès qu’ils entendent parler d’un nouveau dispositif destiné pour aux chômeurs de 19 à 35 ans (la limite d’âge peut atteindre dans certains cas 40 ans).

Possédant des qualifications, diplômes ou certificats de travail qui attestent de leurs compétences professionnelles, mais n’exerçant aucune activité personnelle, ils n’hésitent pas à se rapprocher de cette structure qui leur permet de concrétiser les projets qui leur tiennent à cœur. Diplômés de l’université ou de la formation professionnelle, chacun y trouve son compte.

Une liste indicative des investissements possibles leur permet de s’orienter et de choisir selon leurs qualifications. Les projets touchent plusieurs secteurs d’activité : la maintenance, la réparation et la rénovation, l’agriculture, la petite transformation. Les petits métiers d’artisanat et de services, abandonnés au profit d’autres secteurs plus lucratifs sont repris par les jeunes qui arrivent, par la même occasion, à créer des postes d’emplois durables.

Au départ, l’engouement a porté les jeunes vers un créneau lucratif, celui du transport des voyageurs, qui représente 60% des projets. De nouvelles lignes voient le jour un peu partout, soulageant on ne peut mieux, un secteur qui n’arrivait pas à répondre à une demande sans cesse croissante. Mais il était important que les jeunes s’orientent vers d’autres projets. De nombreux créneaux furent investis et c’est ainsi que depuis sa création jusqu’au 31 mars 2005, l’Ansej a financé 7 892 projets en agriculture, 8 427 en artisanat, 2 043 dans le secteur du bâtiment, 1 418 pour les professions libérales, 2 952 en industrie, 15 757 pour les services, 11 985 pour le transport des voyageurs et 9 818 pour le transport des marchandises.

Tous les secteurs sont investis et les jeunes, sans distinction aucune, bénéficient des avantages prévus ; qu’ils habitent Alger ou l’Extrême-Sud ne fait aucune différence. Ainsi, 42% des jeunes promoteurs sont localisés au centre du pays, 25% vivent à l’Est et à l’Ouest et 8% au Sud.

Les femmes ne sont pas en reste et participent activement à la vie économique. Elles sont nombreuses à avoir saisi l’occasion qui se présentait à travers ce dispositif pour créer leurs projets. Désormais, elles ne se cantonnent plus dans les activités classiques, couture et coiffure, où elles se sont longtemps confinées. Libérées de cette idée de ne choisir que des spécialités “féminines”, elles n’hésitent plus à investir, avec succès, les secteurs jusque-là réservés aux hommes. Et c’est ainsi qu’on les retrouve aussi bien dans le transport de voyageurs ou de marchandises que dans l’agriculture, l’industrie, les services ou le bâtiment. Au 31 mars 2005, elles sont 12,95% à avoir tenté l’aventure de la micro-entreprise. Il est vrai que leur présence dans le secteur des services (24,57%) et les professions libérales (39,35%) est plus important, mais elles investissent, petit à petit, d’autres activités comme l’artisanat (21,18%), l’industrie (17,24%), l’agriculture (5,46%), le BTPH (4,31%), la maintenance (3,95%), le transport des voyageurs (3,38%) et le transport de marchandises (2,65%).

Effectivement, les femmes investissent dans tous les domaines et réussissent très bien. Fabrication de flexibles hydrauliques, de pâtes alimentaires, installation de réseaux téléphoniques, laboratoires de contrôle de qualité, récupération des déchets, confection de vêtements professionnels, fabrication de produits chimiques, production audio-visuelle, fabrication de produits cosmétiques, sociétés de messagerie…

Les jeunes chefs de micro-entreprises se font remarquer lors des expositions nationales et internationales. Ne dit-on pas “à cœur vaillant rien n’est impossible” ?

Depuis quelque temps, du nouveau a été apporté à ce dispositif. En effet, le montant de l’investissement, qui ne dépassait pas au départ les 4 millions de dinars, est passé à 10 millions de dinars. Ce changement a été bien accueilli par les promoteurs, dont l’ambition était de proposer des projets de plus grande envergure, mais que le montant fixé freinait dans leur élan. Les promoteurs ayant remboursé 75% du crédit bancaire peuvent désormais prétendre à une extension, ce qui a permis l’évolution de plusieurs micro-entreprises qui ont réussi, et d’avoir désormais le statut de petite ou moyenne entreprise. Il reste que ce dispositif, qui a aidé un grand nombre de jeunes à sortir du chômage, n’est pas à la portée de tous. L’obligation de disposer d’un local, soit en bien propre ou en location, qui est exigé pour l’octroi du crédit, freine beaucoup d’entre eux. L’apport personnel, même s’il est symbolique – 5% du montant pour un projet de 2 millions de dinars – ne peut être fourni par un jeune qui n’a rien. Les lenteurs bureaucratiques enregistrées au niveau des banques restent un autre point noir que les jeunes évoquent amèrement.

Il reste à dire que si beaucoup de jeunes ont réussi, d’autres n’ont malheureusement pas eu cette chance. L’absence d’une étude de marché avant le lancement du projet, la méconnaissance des outils modernes de gestion, une forte concurrence… font que des projets périclitent très vite et le jeune promoteur se retrouve en difficulté avec la banque qui lui a octroyé le crédit. Même si le fonds de caution mutuelle de garantie des risques crédits/jeunes promoteurs couvre les créances auprès des établissements financiers à hauteur de 70%, le reste est à la charge du promoteur.

Khadidja Mohamed Bouziane

 

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