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La
trame du mercredi
Le FLN, force
de démarchage
Cela fait déjà un
bout de temps que le FLN, le parti-au-pouvoir-sans-y-être, est
devenu politiquement inclassable. Depuis quelques années déjà, il ne
répond pas vraiment à la définition d’organisation au service d’une
cause, ou même seulement d’un homme. Mais c’était comme malgré lui ;
il subissait les événements de plein fouet, au lieu de les anticiper
tant bien que mal ; il tentait de leur résister, en sachant qu’il y
laisserait de toute façon des plumes, l’essentiel étant pour lui de
garder son rang en tout état de cause, de rester la force
principale. Serait-ce à titre honorifique, vu qu’il n’a plus son mot
à dire dans les grandes questions. Mais maintenant l’ex-parti unique
semble ne plus avoir d’autre but dans l’existence que celui de
mettre en cause jusqu’à la notion de parti politique. D’ailleurs le
seul fait qu’il existe encore est déjà un défi au bon sens. C’est
volontairement désormais, sciemment, en toute mauvaise foi, qu’il
fait le contraire de ce qu’il devrait faire pour espérer réussir sa
métamorphose de parti comme un autre, capable de plus de jouer les
premiers rôles dans le contexte du pluralisme.
Il y a une
semaine, Abdelaziz Belkhadem a mis fin à un conflit acerbe qui dure
depuis des mois, et qui manquait de faire imploser le parti, après
avoir expliqué à ses pairs qu’une échéance de la plus haute
importance était imminente, que le président n’avait pas l’intention
de patienter jusqu’à ce que le FLN ait surmonté sa crise pour se
mettre à la tâche, et que si par malheur cela arrivait, qui ne voit
que le FLN en pâtirait grandement, à supposer que ce ne soit pas un
coup à le rayer de la carte ? Abdelaziz Belkhadem, diplomate comme
il est, n’a certes pas formulé l’avertissement en des termes aussi
crus, mais le sens y était, et tout le monde l’a saisi. Le
président, a-t-il en effet insinué, qui a toutes les raisons de
croire que la division, dénuée de fondement depuis le verdict sans
appel du 8 avril, est entretenue artificiellement pour gêner son
action, n’est pas homme à pardonner ce genre de manquement à sa
personne, il irait sans nous à la réconciliation nationale, il
agirait sans nous, je sais de quoi je parle, et croyez-moi quand je
vous dis que le châtiment sera exemplaire.
Avec un tel
message à transmettre à un parterre à l’esprit rassis, le chef de
file des ci-devant redresseurs savait ne pas avoir à craindre une
réaction aussi massive que fracassante. De fait, pour tout désordre
dans la salle, il y a eu les simagrées d’une infime minorité, qu’une
simple menace d’expulsion a ramenée à de meilleures dispositions.
Preuve que le FLN a conservé tout son sens de l’opportunisme, s’il
n’a plus de convictions politiques, qu’il appartient résolument à la
puissance du moment.
Que les
observateurs échouent à le définir, ce n’est pas son affaire après
tout, c’est la leur. Si l’on veut être tout à fait juste à son
égard, on doit convenir qu’il n’est pas seul dans son cas, que
beaucoup de grands partis de par le monde donnent du fil à retordre
à qui veut les saisir à l’aune des critères ordinaires. Que lui
reproche-t-on vraiment, dans ces conditions. De n’avoir d’autre
programme que celui qui consiste à ne pas se laisser doubler par des
partis qui lui envient sa position, et qui ne demanderaient pas
mieux que de substituer à lui pour rendre les mêmes services
conjoncturels. Si, par malheur, un prurit idéologique, ou un sursaut
de dignité, s’emparait de lui, ne verrait-on pas le RND et le MSP,
et peut-être d’autres encore, s’aligner pour être autorisés à
assumer les servitudes du moment ? Il faut être juste à son égard.
Il n’est pas le seul responsable de ce mal universel qu’est
l’opportunisme. Pour peu qu’on ne recherche pas systématiquement à
dire du mal de lui, et on reconnaîtrait que n’est pas opportuniste
qui veut et quand on veut, encore faut-il qu’il y ait une demande
correspondant à l’offre qu’on représente soi-même, et qu’elle ne
vienne pas de n’importe où, mais du pouvoir lui-même. Si celui-ci
pouvait se passer aussi facilement du FLN, il se serait tourné vers
d’autres offres, le marché politique étant désormais concurrentiel.
Mais il sait, dit assez clairement Abdelaziz Belkhadem, que comme
force de mobilisation, le meilleur c’est encore lui, le FLN. Le
meilleur faiseur d’opinion, c’est lui. Le parti des partis, leur
quintescence, leur archétype, la télévision, surtout quand elle est
unique, ne pourrait pas démarcher la population aussi bien
que lui.
M. Habili
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