Semaine du 29 décembre 2004 au 4 janvier 2005

 

La trame du mercredi

Le FLN, force de démarchage

 

 

 
 
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La trame du mercredi

Le FLN, force de démarchage

Cela fait déjà un bout de temps que le FLN, le parti-au-pouvoir-sans-y-être, est devenu politiquement inclassable. Depuis quelques années déjà, il ne répond pas vraiment à la définition d’organisation au service d’une cause, ou même seulement d’un homme. Mais c’était comme malgré lui ; il subissait les événements de plein fouet, au lieu de les anticiper tant bien que mal ; il tentait de leur résister, en sachant qu’il y laisserait de toute façon des plumes, l’essentiel étant pour lui de garder son rang en tout état de cause, de rester la force principale. Serait-ce à titre honorifique, vu qu’il n’a plus son mot à dire dans les grandes questions. Mais maintenant l’ex-parti unique semble ne plus avoir d’autre but dans l’existence que celui de mettre en cause jusqu’à la notion de parti politique. D’ailleurs le seul fait qu’il existe encore est déjà un défi au bon sens. C’est volontairement désormais, sciemment, en toute mauvaise foi, qu’il fait le contraire de ce qu’il devrait faire pour espérer réussir sa métamorphose de parti comme un autre, capable de plus de jouer les premiers rôles dans le contexte du pluralisme.

Il y a une semaine, Abdelaziz Belkhadem a mis fin à un conflit acerbe qui dure depuis des mois, et qui manquait de faire imploser le parti, après avoir expliqué à ses pairs qu’une échéance de la plus haute importance était imminente, que le président n’avait pas l’intention de patienter jusqu’à ce que le FLN ait surmonté sa crise pour se mettre à la tâche, et que si par malheur cela arrivait, qui ne voit que le FLN en pâtirait grandement, à supposer que ce ne soit pas un coup à le rayer de la carte ? Abdelaziz Belkhadem, diplomate comme il est, n’a certes pas formulé l’avertissement en des termes aussi crus, mais le sens y était, et tout le monde l’a saisi. Le président, a-t-il en effet insinué, qui a toutes les raisons de croire que la division, dénuée de fondement depuis le verdict sans appel du 8 avril, est entretenue artificiellement pour gêner son action, n’est pas homme à pardonner ce genre de manquement à sa personne, il irait sans nous à la réconciliation nationale, il agirait sans nous, je sais de quoi je parle, et croyez-moi quand je vous dis que le châtiment sera exemplaire.

Avec un tel message à transmettre à un parterre à l’esprit rassis, le chef de file des ci-devant redresseurs savait ne pas avoir à craindre une réaction aussi massive que fracassante. De fait, pour tout désordre dans la salle, il y a eu les simagrées d’une infime minorité, qu’une simple menace d’expulsion a ramenée à de meilleures dispositions. Preuve que le FLN a conservé tout son sens de l’opportunisme, s’il n’a plus de convictions politiques, qu’il appartient résolument à la puissance du moment.

Que les observateurs échouent à le définir, ce n’est pas son affaire après tout, c’est la leur. Si l’on veut être tout à fait juste à son égard, on doit convenir qu’il n’est pas seul dans son cas, que beaucoup de grands partis de par le monde donnent du fil à retordre à qui veut les saisir à l’aune des critères ordinaires. Que lui reproche-t-on vraiment, dans ces conditions. De n’avoir d’autre programme que celui qui consiste à ne pas se laisser doubler par des partis qui lui envient sa position, et qui ne demanderaient pas mieux que de substituer à lui pour rendre les mêmes services conjoncturels. Si, par malheur, un prurit idéologique, ou un sursaut de dignité, s’emparait de lui, ne verrait-on pas le RND et le MSP, et peut-être d’autres encore, s’aligner pour être autorisés à assumer les servitudes du moment ? Il faut être juste à son égard. Il n’est pas le seul responsable de ce mal universel qu’est l’opportunisme. Pour peu qu’on ne recherche pas systématiquement à dire du mal de lui, et on reconnaîtrait que n’est pas opportuniste qui veut et quand on veut, encore faut-il qu’il y ait une demande correspondant à l’offre qu’on représente soi-même, et qu’elle ne vienne pas de n’importe où, mais du pouvoir lui-même. Si celui-ci pouvait se passer aussi facilement du FLN, il se serait tourné vers d’autres offres, le marché politique étant désormais concurrentiel. Mais il sait, dit assez clairement Abdelaziz Belkhadem, que comme force de mobilisation, le meilleur c’est encore lui, le FLN. Le meilleur faiseur d’opinion, c’est lui. Le parti des partis, leur quintescence, leur archétype, la télévision, surtout quand elle est unique, ne pourrait pas démarcher la population aussi bien

que lui.

M. Habili

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