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Afrique des Grands Lacs
Crainte d’une
nouvelle guerre
Plusieurs conflits
africains qui semblaient résolus ces dernières années menacent de
refaire surface, comme c’est le cas en République Démocratique du
Congo, alors que dans d’autres pays comme le Zimbabwe, les problèmes
fonciers hérités du colonialisme sont à l’origine de graves
tensions.
L’Afrique des
Grands Lacs, ravagée depuis une décennie par des conflits qui ont
fait cinq millions de morts, tremble à nouveau devant les menaces
d’une nouvelle guerre en République démocratique du Congo (RDC),
même si de fragiles espoirs de paix subsistent au Burundi et en
Ouganda.
Cette région,
l’une des plus instables du monde, véritable poudrière du continent,
termine l’année 2004 sur une note pessimiste : le risque d’une
troisième guerre en huit ans dans l’ex-Zaïre. Depuis plusieurs
jours, à l’est du pays, des combats opposent l’armée régulière à des
soldats mutins issus d’une ancienne rébellion soutenue par le
Rwanda. Les autorités de Kinshasa affirment mener dans la zone (Kanyabayonga)
une guerre contre le Rwanda. Ce n’est pas l’avis de Kigali qui a
évidemment démenti.
Lors des deux
dernières guerres régionales (1996-1997 et 1998-2003), le régime du
président tutsi Paul Kagamé avait envoyé des troupes en RDC, pour y
soutenir des rebelles contre les forces de Kinshasa.
Le Rwanda, comme
d’autres protagonistes, a été accusé par l’ONU, dans plusieurs
rapports très détaillés, d’avoir pillé les ressources, notamment
minières, de la RDC, pays grand comme presque cent fois le Rwanda,
qui est lui surpeuplé et essentiellement agricole.
Le Rwanda, doté
d’une armée de 40 000 à 60 000 hommes, considérés comme une des plus
puissantes du continent et en situation de guerre quasi permanente
depuis le génocide de 1994 (800 000 morts), a souvent été accusé de
jouer un rôle déstabilisateur dans la région.
Fin mai-juin
dernier, la communauté internationale avait ainsi pointé un doigt
accusateur vers Kigali, pour avoir soutenu un violent mouvement de
dissidence au sein de l’armée congolaise dans la région de Bukavu à
l’est du pays.
Premières victimes
de ces violences, directes ou indirectes : les civils. Depuis 1998,
quelque 3,8 millions de personnes ont trouvé la mort en RDC,
essentiellement en raison de malnutrition et de maladies. Jamais un
conflit n’a été aussi meurtrier depuis la Seconde Guerre mondiale.
Pays voisin du
Rwanda, à la même composition ethnique, le Burundi tente de son côté
de sortir difficilement de onze années de guerre civile qui ont fait
300 000 morts, essentiellement des civils là encore. A l’exception
d’un petit mouvement qui ne compte plus que quelques centaines de
combattants, les groupes rebelles hutus ont progressivement rejoint
les institutions de transition. Seize des 17 provinces du pays
vivent désormais en paix.
Mais la
perspective d’élections générales en 2005 échauffe les esprits, fait
naître de nouvelles ambitions personnelles, notamment de l’actuel
président hutu, Domitien Ndayizeye.
Dans ce pays où le
pouvoir a été monopolisé quasiment sans interruption par la minorité
tutsie depuis l’indépendance en 1962, les périodes électorales ou
post-électorales sont toujours à très haut risque.
La guerre actuelle
a débuté après l’assassinat par des militaires tutsis en octobre
1993, de Melchior Ndadaye, premier président démocratiquement élu et
premier chef d’Etat hutu du pays. Il a été tué seulement quatre mois
après son élection triomphale.
Voisin
septentrional du Rwanda, l’Ouganda a effectué lui aussi un tout
petit pas ces derniers mois pour tenter de mettre un terme à une
guerre civile dans le nord du pays qui, depuis 18 ans, a fait
quelque 100 000 morts et 1,6 million de déplacés.
C’est l’une des
catastrophes humanitaires les plus méconnues au monde : le régime du
président Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986, préfère rappeler
à la communauté internationale son soutien indéfectible aux
Etats-Unis, son libéralisme économique et ses succès contre le sida.
Depuis novembre,
Kampala et les rebelles de l’Armée de résistance du seigneur (LRA),
tristement célèbre pour ses exactions contre des civils, ont conclu
des trêves limitées géographiquement et tout récemment émaillées de
combats avant, peut-être, d’entamer de réelles négociations de paix.
Leïla Heraoua
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Les
problèmes fonciers à l’origine de tensions dans plusieurs pays
africains
La question de
l’inégale répartition des terres est à l’origine de tensions ou de
violences dans plusieurs pays africains, principalement en Afrique
australe. Elle est avant tout révélatrice des inégalités dans le
continent.
Au Zimbabwe, les
autorités ont mis en place en 2000 une réforme agraire, visant à
redistribuer à la majorité noire la quasi-totalité des terres de la
minorité blanche, avec la volonté affichée de corriger les
déséquilibres engendrés par la colonisation. Celle-ci avait laissé
les blancs propriétaires de 70% des meilleures terres.
La réforme
agraire, imposée par la force par le président Mugabe 20 ans après
l’indépendance, s’est accompagnée de violences et d’occupation de
fermes de Blancs par des anciens combattants de la guerre
d’indépendance.
Depuis, le
gouvernement a acquis les terres de 4 000 des 5 000 fermiers blancs
qui ne possèdent plus que 3% des terres. Cette réforme, combinée à
d’autres facteurs comme la sécheresse, a entraîné une chute sensible
de la production agricole. Elle a surtout mis en exergue que
l’inégale répartition des terres était un phénomène commun aux
grands pays de la région, Afrique du Sud et Namibie, où les fermiers
blancs craignent plus que tout un scénario à la zimbabwéenne.
L’Afrique du Sud a
hérité de la colonisation puis de l’apartheid d’une distribution
inégale du sol avec une grande majorité de la terre aux mains d’une
minorité blanche. La fin officielle de l’apartheid n’a pas résolu le
problème et la minorité blanche possède toujours 80% des surfaces
cultivables. Le premier gouvernement démocratique de Nelson Mandela
a mis en place en 1995 une double politique : restitution des terres
prises sous l’apartheid à des Noirs ou métis, et redistribution
globale du sol pour corriger les inégalités historiques.
Le gouvernement
n’a acquis que 3% des terres cultivables, selon le principe «vendeur-acquéreur-consentants»,
redistribuées à environ 700 000 Noirs.
En juillet 2004,
les autorités ont présenté les grandes lignes d’une nouvelle
politique visant à faciliter l’accès des fermiers noirs aux terres
cultivables. L’objectif est que 30% des terres cultivables
appartiennent aux Noirs d’ici 2014. Mais cette politique suscite
nombre de critiques de tous bords, certains (parmi les alliés du
président Mbeki) fustigeant la lenteur du processus, d’autres
craignant un “dérapage” comme au Zimbabwe.
Le gouvernement
sud-africain a assuré que la réforme respecterait la légalité et
qu’il ne tolérerait aucune violence des sans-terres. Ce respect de
la légalité a également été promis par le président namibien, Sam
Nujoma, qui a lui aussi entamé l’accélération du processus de
redistribution des terres dont la plupart appartiennent à 3 000
fermiers blancs en Namibie, ancienne colonie allemande. Son
gouvernement a demandé en mai dernier à une quinzaine de ces
fermiers de lui proposer un prix pour la cession de leurs terres,
mais pour l’instant aucune expropriation n’a eu lieu.
Toutefois comme en
Afrique du Sud, l’impatience est grande en Namibie.
Au Kenya, les
Masaïs, une des principales tribus du pays, exercent une pression
croissante sur le pouvoir pour récupérer leurs terres ancestrales,
confisquées en 1904 par les colons britanniques.
La terre reste un
sujet explosif dans plusieurs pays africains, la structure foncière
profondément inégalitaire ayant survécu à la colonisation…
L. H.
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