Semaine du 29 décembre 2004 au 4 janvier 2005

 

Afrique des Grands Lacs

Crainte d’une nouvelle guerre

Les problèmes fonciers à l’origine de tensions dans plusieurs pays africains

 

 
 
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Afrique des Grands Lacs

Crainte d’une nouvelle guerre

Plusieurs conflits africains qui semblaient résolus ces dernières années menacent de refaire surface, comme c’est le cas en République Démocratique du Congo, alors que dans d’autres pays comme le Zimbabwe, les problèmes fonciers hérités du colonialisme sont à l’origine de graves tensions.

L’Afrique des Grands Lacs, ravagée depuis une décennie par des conflits qui ont fait cinq millions de morts, tremble à nouveau devant les menaces d’une nouvelle guerre en République démocratique du Congo (RDC), même si de fragiles espoirs de paix subsistent au Burundi et en Ouganda.

Cette région, l’une des plus instables du monde, véritable poudrière du continent, termine l’année 2004 sur une note pessimiste : le risque d’une troisième guerre en huit ans dans l’ex-Zaïre. Depuis plusieurs jours, à l’est du pays, des combats opposent l’armée régulière à des soldats mutins issus d’une ancienne rébellion soutenue par le Rwanda. Les autorités de Kinshasa affirment mener dans la zone (Kanyabayonga) une guerre contre le Rwanda. Ce n’est pas l’avis de Kigali qui a évidemment démenti.

Lors des deux dernières guerres régionales (1996-1997 et 1998-2003), le régime du président tutsi Paul Kagamé avait envoyé des troupes en RDC, pour y soutenir des rebelles contre les forces de Kinshasa.

Le Rwanda, comme d’autres protagonistes, a été accusé par l’ONU, dans plusieurs rapports très détaillés, d’avoir pillé les ressources, notamment minières, de la RDC, pays grand comme presque cent fois le Rwanda, qui est lui surpeuplé et essentiellement agricole.

Le Rwanda, doté d’une armée de 40 000 à 60 000 hommes, considérés comme une des plus puissantes du continent et en situation de guerre quasi permanente depuis le génocide de 1994 (800 000 morts), a souvent été accusé de jouer un rôle déstabilisateur dans la région.

Fin mai-juin dernier, la communauté internationale avait ainsi pointé un doigt accusateur vers Kigali, pour avoir soutenu un violent mouvement de dissidence au sein de l’armée congolaise dans la région de Bukavu à l’est du pays.

Premières victimes de ces violences, directes ou indirectes : les civils. Depuis 1998, quelque 3,8 millions de personnes ont trouvé la mort en RDC, essentiellement en raison de malnutrition et de maladies. Jamais un conflit n’a été aussi meurtrier depuis la Seconde Guerre mondiale.

Pays voisin du Rwanda, à la même composition ethnique, le Burundi tente de son côté de sortir difficilement de onze années de guerre civile qui ont fait 300 000 morts, essentiellement des civils là encore. A l’exception d’un petit mouvement qui ne compte plus que quelques centaines de combattants, les groupes rebelles hutus ont progressivement rejoint les institutions de transition. Seize des 17 provinces du pays vivent désormais en paix.

Mais la perspective d’élections générales en 2005 échauffe les esprits, fait naître de nouvelles ambitions personnelles, notamment de l’actuel président hutu, Domitien Ndayizeye.

Dans ce pays où le pouvoir a été monopolisé quasiment sans interruption par la minorité tutsie depuis l’indépendance en 1962, les périodes électorales ou post-électorales sont toujours à très haut risque.

La guerre actuelle a débuté après l’assassinat par des militaires tutsis en octobre 1993, de Melchior Ndadaye, premier président démocratiquement élu et premier chef d’Etat hutu du pays. Il a été tué seulement quatre mois après son élection triomphale.

Voisin septentrional du Rwanda, l’Ouganda a effectué lui aussi un tout petit pas ces derniers mois pour tenter de mettre un terme à une guerre civile dans le nord du pays qui, depuis 18 ans, a fait quelque 100 000 morts et 1,6 million de déplacés.

C’est l’une des catastrophes humanitaires les plus méconnues au monde : le régime du président Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986, préfère rappeler à la communauté internationale son soutien indéfectible aux Etats-Unis, son libéralisme économique et ses succès contre le sida.

Depuis novembre, Kampala et les rebelles de l’Armée de résistance du seigneur (LRA), tristement célèbre pour ses exactions contre des civils, ont conclu des trêves limitées géographiquement et tout récemment émaillées de combats avant, peut-être, d’entamer de réelles négociations de paix.

Leïla Heraoua

 

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Les problèmes fonciers à l’origine de tensions dans plusieurs pays africains

La question de l’inégale répartition des terres est à l’origine de tensions ou de violences dans plusieurs pays africains, principalement en Afrique australe. Elle est avant tout révélatrice des inégalités dans le continent.

Au Zimbabwe, les autorités ont mis en place en 2000 une réforme agraire, visant à redistribuer à la majorité noire la quasi-totalité des terres de la minorité blanche, avec la volonté affichée de corriger les déséquilibres engendrés par la colonisation. Celle-ci avait laissé les blancs propriétaires de 70% des meilleures terres.

La réforme agraire, imposée par la force par le président Mugabe 20 ans après l’indépendance, s’est accompagnée de violences et d’occupation de fermes de Blancs par des anciens combattants de la guerre d’indépendance.

Depuis, le gouvernement a acquis les terres de 4 000 des 5 000 fermiers blancs qui ne possèdent plus que 3% des terres. Cette réforme, combinée à d’autres facteurs comme la sécheresse, a entraîné une chute sensible de la production agricole. Elle a surtout mis en exergue que l’inégale répartition des terres était un phénomène commun aux grands pays de la région, Afrique du Sud et Namibie, où les fermiers blancs craignent plus que tout un scénario à la zimbabwéenne.

L’Afrique du Sud a hérité de la colonisation puis de l’apartheid d’une distribution inégale du sol avec une grande majorité de la terre aux mains d’une minorité blanche. La fin officielle de l’apartheid n’a pas résolu le problème et la minorité blanche possède toujours 80% des surfaces cultivables. Le premier gouvernement démocratique de Nelson Mandela a mis en place en 1995 une double politique : restitution des terres prises sous l’apartheid à des Noirs ou métis, et redistribution globale du sol pour corriger les inégalités historiques.

Le gouvernement n’a acquis que 3% des terres cultivables, selon le principe «vendeur-acquéreur-consentants», redistribuées à environ 700 000 Noirs.

En juillet 2004, les autorités ont présenté les grandes lignes d’une nouvelle politique visant à faciliter l’accès des fermiers noirs aux terres cultivables. L’objectif est que 30% des terres cultivables appartiennent aux Noirs d’ici 2014. Mais cette politique suscite nombre de critiques de tous bords, certains (parmi les alliés du président Mbeki) fustigeant la lenteur du processus, d’autres craignant un “dérapage”  comme au Zimbabwe.

Le gouvernement sud-africain a assuré que la réforme respecterait la légalité et qu’il ne tolérerait aucune violence des sans-terres. Ce respect de la légalité a également été promis par le président namibien, Sam Nujoma, qui a lui aussi entamé l’accélération du processus de redistribution des terres dont la plupart appartiennent à 3 000 fermiers blancs en Namibie, ancienne colonie allemande. Son gouvernement a demandé en mai dernier à une quinzaine de ces fermiers de lui proposer un prix pour la cession de leurs terres, mais pour l’instant aucune expropriation n’a eu lieu.

Toutefois comme en Afrique du Sud, l’impatience est grande en Namibie.

Au Kenya, les Masaïs, une des principales tribus du pays, exercent une pression croissante sur le pouvoir pour récupérer leurs terres ancestrales, confisquées en 1904 par les colons britanniques.

La terre reste un sujet explosif dans plusieurs pays africains, la structure foncière profondément inégalitaire ayant survécu à la colonisation…

L. H.

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