Semaine du 29 Mars au 04 Avril 2006

L'éditorial : Par Abderrahmane Mahmoudi

Moins royalistes que le roi ?

 

 
 
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Moins royalistes que le roi ?

Il aura suffit qu’un grand industriel français, le baron Antoine Seillières en l’occurrence, décide samedi dernier de faire son intervention en anglais devant l’une des nombreuses instances de l’Union européenne, pour que le Président Jaques Chirac et l’ensemble de la délégation qui l’accompagne quitte aussitôt le lieu de la rencontre. Le fait est suffisamment paradoxal pour mériter qu’on s’y attarde, parce qu’au contraire de ce que nous pourrions, imaginer le baron Seillières n’est pas à proprement parler un ennemi politique du Président français. Il en a même toujours été l’un des plus fervents soutiens et leur présence commune à cette réunion spéciale du Conseil de l’Europe n’est pas le fait du hasard.

Pourtant, si l’un considère  que l’anglais est la langue des affaires et du commerce et qu’il n’y a aucune raison de se priver de l’utiliser lors d’un événement où sont majoritaires les délégations anglophones, l’autre considère qu’il est très dangereux  d’aller vers un monde où n’est pratiquée qu’une seule langue et ou ne prédominera donc fatalement qu’une seule culture. Nous l’aurons compris, nous nous retrouvons là face à l’un des nombreux aléas d’une mondialisation qui n’est pas toujours perçue de la même façon selon que l’on se situe d’un côté ou de l’autre du manche et de… la Manche. Pourtant, ce qui nous intéresse dans cet événement sans précédent dans la vie politique française qui voit une même famille idéologique se déchirer publiquement autour d’un point somme toute secondaire, ce n’est pas la France. Ce qui nous interpelle est sa projection inversée sur notre propre vie politique où sont souvent très mal perçues certaines des attitudes de nos gouvernants  concernant précisément les mêmes sujets. C’est ainsi que sont souvent très mal interprétées les prises de position de notre président de la République lorsqu’il intervient trop pesamment sur la question de la langue, de la culture ou de la religion et qu’il semble en faire un cheval de bataille de  politique interne, alors que les enjeux sont, de toute évidence, ailleurs. Le fait est que Abdelaziz Bouteflika a eu tendance, ces derniers mois, et surtout depuis le début de son second mandat, à multiplier quant à lui les mises en garde sur une trop grande prédominance de la langue française et sur les risques d’influence occidentale sur la société algérienne. Il n’ira pas jusqu’à quitter une salle où se ferait une intervention en français ni même à prendre ombrage de l’accoutrement un peu trop occidentalisé d’une dame, mais la préoccupation est là, qui consiste à craindre de voir notre pays mal résister à une mondialisation qui se déclinerait, pour l’Algérie, en une fusion inégale sous le parapluie culturel et civilisationnel français lui-même assez précaire. Seulement, ce qui rend la position de Abdelaziz Bouteflika moins confortable que celle de son collègue français est l’existence, en Algérie, de renchérisseurs politiques potentiellement dangereux qui peuvent être, si nous n’y prenons garde, les principaux bénéficiaires d’une politique de repli identitaire mal comprise. L’arabisation étant le fonds de commerce préféré des baathistes de tout crin, le retour à l’islam celui des islamistes et la culture celui des régionalistes et des autonomistes de tout poil, il est relativement difficile dans un pays tel que l’Algérie, qui vient de passer par une crise de valeurs très aigue, d’adopter la même démarche qu’un pays aux traditions démocratiques bien établies. Bien qu’il ne faille pas se cacher que la réaction quasi épidermique de Jacques Chirac face à la défense de sa langue nationale en aura choqué plus d’un et mis à nu des sentiments et des stratégies politiques pas si mondialisées qu’il n’y paraît à première vue. Cela dit, il faut donc bien finir par admettre que les préoccupations identitaires de Abdelaziz Bouteflika qui,  faut-il le rappeler, sont les mêmes depuis le président Liamine Zeroual qui avait pesé de tout son poids pour l’adoption et la promulgation d’une loi sur l’arabisation totale du pays, ne sont pas de simples effets de manche d’un homme en quête de sujets de mobilisation. L’Algérie se doit, plus que jamais aujourd’hui, de veiller à ne pas se laisser entraîner dans un tourbillon mondialisateur où elle risque de laisser plus de plumes que d’en gagner dans la mesure où une perte de ses repères identitaires entraînerait irrémédiablement  la perte de beaucoup de chances de survie sur tous les autres plans, et d’abord le plan économique. Le seul problème à éviter étant celui d’une mauvaise communication sur le sujet qui nous entraînerait bêtement dans des querelles idéologiques dont nous n’avons que faire.

A. M.

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