Semaine du 29 Mars au 04 Avril 2006

USA - Israël

Le lobby disséqué par deux universitaires américains

Argentine

Trente ans après, la dictature militaire a laissé sa marque

Un an après

La révolution du Kirghizistan débordée par l'instabilité et la criminalité

 

 
 
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USA - Israël

Le lobby disséqué par deux universitaires américains

Une étude académique très approfondie, réalisée par deux universitaires américains et publiée dans la London Review of Books, critique l’alignement systématique de la politique internationale américaine sur les intérêts du lobby israélien aux Etats-Unis au point de mettre en péril l’intérêt US. Cette analyse, qui illustre «l’influence décisive exercée par le lobby pro israélien sur la politique étrangère et la stratégie des Etats-Unis», risque de ne jamais être publiée par un éditeur américain. Un bel exemple de la «liberté d’expression» quand cela déroge à la règle d’or, à savoir ménager Israël dans n’importe quelle circonstance, même au prix de geler toute réflexion sérieuse.

L’étude, intitulée Le poids du lobby israélien aux Etats-Unis («The Israël Lobby and US Foreign Policy), a été publiée le 10 mars dernier par John Mearsheimer et Stephen Walt, et traduite vers le français par M. G. pour l’International Solidarity Movement.

John Mearsheimer est professeur émérite de sciences politiques à l’université de Chicago, et Stephen Walt est professeur émérite de relations internationales à la Kennedy School of Government d’Harvard. Leur étude se base sur des faits documentés remontant à la création de l’Etat d’Israël.

En guise d’introduction à leur analyse, les auteurs affirment qu’au moins «depuis la guerre des Six Jours en 1967, la pièce maîtresse de la politique moyen-orientale des Etats-Unis a été sa relation avec Israël». «La combinaison du soutien constant à Israël et de l’effort lié pour répandre la ‘démocratie’ dans toute la région a enflammé l’opinion arabe et musulmane et a compromis non seulement la sécurité des Etats-Unis mais aussi celle d’une grande partie du reste du monde. Cette situation n’a pas d’équivalent dans l’histoire politique américaine». Ils s’interrogent sur les raisons qui ont poussé les Etats-Unis «à mettre de côté leur propre sécurité et celle de plusieurs de leurs alliés pour soutenir les intérêts d’un autre Etat». «On pourrait supposer, ajoutent-ils, que la relation entre les deux pays est fondée sur des intérêts stratégiques communs ou des impératifs moraux irrésistibles, mais aucune de ces interprétations ne peut expliquer le niveau remarquable du soutien matériel et diplomatique que fournissent les Etats-Unis.»

Israël, un «fardeau» stratégique

Chiffres à l’appui, ils affirment que de 1976 à 2004, Israël a bénéficié de plus de 140 milliards de dollars d’aide économique directe et d’assistance militaire. Annuellement, l’Etat hébreu reçoit un cinquième du budget de l’aide (directe) étrangère américaine, soit environ 3 milliards de dollars. «C’est le seul bénéficiaire qui n’a pas à expliquer comment l’aide est dépensée, ce qui rend pratiquement impossible d’empêcher l’argent d’être utilisé pour des besoins auxquels les Etats-Unis s’opposent, comme la construction de colonies en Cisjordanie», lit-on dans l’étude.

Dans le domaine militaire, Israël reçoit toute l’aide qu’elle désire. Les USA lui ont même permis de d’accéder à des armements top niveau comme les hélicoptères Blackhawk et les jets F-16. «En conclusion, les Etats-Unis donnent à Israël l’accès aux renseignements qu’ils refusent à leurs alliés de l’OTAN et ferment les yeux sur l’acquisition par Israël de l’arme nucléaire.»

Les auteurs passent également en revue le soutien diplomatique indéfectible des USA à Israël. Ils ont dénombré 32 vetos opposés par les Etats-Unis à des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU critiquant Israël, sans compter «le blocage des efforts des Etats arabes pour mettre l’arsenal nucléaire israélien sur l’agenda de l’AIEA».

La politique actuelle de l’administration américaine de transformer le Moyen-Orient a pour but «l’amélioration de la situation stratégique d’Israël».

Pour les auteurs, «cette générosité extraordinaire pourrait être compréhensible si Israël possédait des atouts stratégiques vitaux ou s’il y avait une raison morale irrésistible pour un soutien américain. Mais aucune de ces explications ne convainc».

Ils estiment que «les Etats-Unis ont un problème de terrorisme en grande partie parce qu’ils sont de si proches alliés d’Israël, et non le sens inverse».

John Mearsheimer et Stephen Walt considèrent que la création d’Israël «était assurément une réponse appropriée au long registre des crimes contre les Juifs», mais estiment que «cela a également provoqué des nouveaux crimes contre un tiers en grande partie innocent : les Palestiniens». Ils rapportent une déclaration de David Ben-Gourion, qui avait indiqué à Nahum Goldmann, le président du Congrès juif mondial, « si j’étais un leader arabe, je ne signerais jamais un accord avec Israël. C’est normal, nous avons pris leur pays… Nous venons d’Israël, mais il y a deux mille ans, et qu’est-ce que c’est pour eux ? Il y a eu l’antisémitisme, les nazis, Hitler, Auschwitz, mais quelle est leur faute ? Ils voient seulement une chose : nous sommes venus ici et nous avons volé leur pays. Pourquoi devraient-ils accepter cela ?».

Dans une partie de leur étude, les auteurs passent également en revue les crimes commis par l’armée israélienne en particulier contre les femmes, les enfants et des Palestiniens sans armes.

Pour eux, «le recours des Palestiniens au terrorisme est mauvais mais n’est pas étonnant» car ces derniers pensent qu’ils n’ont «aucun autre moyen de forcer les Israéliens à faire des concessions». D’ailleurs, il rapportent des propos de Ehud Barak, qui a un jour admis que «s’il était né Palestinien, il aurait rejoint une organisation terroriste».

La plus grande partie de cette étude est réservée au poids du lobby israélien aux Etats-Unis. «Si ni les arguments stratégiques ni les arguments moraux ne peuvent expliquer le soutien de l’Amérique à Israël, comment allons-nous l’expliquer ? L’explication est le pouvoir inégalé du lobby israélien.». Par lobby, les auteurs pointent du doigt «la coalition lâche d’individus et d’organisations qui travaille activement pour orienter la politique étrangère des Etats-Unis dans une direction pro-israélienne».

Les analystes considèrent d’abord que «tous les Américains juifs ne font pas partie du lobby, parce que Israël n’est pas un sujet proéminent pour bon nombre d’entre eux». Ils révèlent les résultats d’une enquête menée en 2004, dans laquelle il apparaît qu’environ «36% des Juifs américains ont déclaré qu’ils étaient "pas très" ou "pas du tout" émotionnellement attachés à Israël».

Parmi les organisations du lobby, il y a le très puissant Comité aux affaires publiques américano-israélienne (AIPAC) et la Conférence des présidents des principales organisations juives américaines. «Sans surprise, les leaders juifs américains consultent souvent les responsables israéliens pour s’assurer que leurs actions font avancer les objectifs israéliens», révèlent-ils en citant des sources au sein même de ces organisations.

Les deux stratégies du lobby

Selon Mearsheimer et Walt, le lobby «utilise son influence significative à Washington» pour faire pression «sur le Congrès et le bureau exécutif » afin d’obtenir toujours un soutien à Israël «quelle que soit l’opinion d’un législateur ou d’un politicien». D’un autre côté, il œuvre à ce que «le discours public dépeigne Israël sous un jour positif» en empêchant que «des commentaires critiques puissent obtenir une audience équitable dans l’arène politique».

Plus grave encore, dans pays où la liberté d’expression est garantie par la Constitution américaine, le lobby pro-israélien veut «un contrôle de la discussion» car cela «est essentiel pour garantir le soutien américain, parce qu’une discussion sincère sur les relations américano-israéliennes pourrait mener les Américains à favoriser une politique différente». Cela se passe particulièrement au Congrès. «Une des raisons est que certains principaux membres sont des sionistes chrétiens, comme Dick Armey» dont «la priorité n°1 est de protéger Israël»,  ainsi que «des sénateurs et des membres du Congrès juifs qui travaillent pour s’assurer que la politique étrangère des Etats-Unis soutienne les intérêts d’Israël».

Selon les auteurs, c’est l’AIPAC qui est «le coeur de l’influence du Lobby au Congrès». «Son succès est, disent-ils, dû à sa capacité de récompenser les législateurs et les candidats au Congrès qui soutiennent son ordre du jour, et de punir ceux qui le défient.»

L’importance de l’argent dans les élections américaines fait que l’AIPAC «s’assure que ses amis obtiennent une forte aide financière des nombreux comités d’action politique pro Israéliens», alors que «toute personne qui est vue comme hostile à Israël peut être sûre que l’AIPAC orientera des contributions de campagne vers ses adversaires politiques».

Sur le plan médiatique, «l’AIPAC organise également des campagnes d’écriture de lettres et encourage les rédacteurs de journaux à approuver les candidats pro-israéliens».

 Cette influence va encore plus loin puisque l’AIPAC «est souvent invité à rédiger des discours, à travailler sur la législation, à conseiller sur des stratégies, à effectuer des recherches, à rassembler des co-sponsors et des votes de marshal», selon Douglas Bloomfield, un ancien membre de la direction de l’Organisation, cité dans cette étude, qui conclut que «l’AIPAC est un agent d’un gouvernement étranger».

La conséquence de cette mainmise du lobby sur le Congrès est que «la politique américaine envers Israël n’y est pas discutée, bien que cette politique ait des conséquences importantes pour le monde entier», comme le remarquait un ancien sénateur démocrate, Ernest Hollings, en quittant le bureau : «Vous ne pouvez pas avoir une politique israélienne autre que celle que l’AIPAC vous donne ici.»

Le débat est clos

La mainmise du lobby s’étend aussi à l’Exécutif. Bien que «la situation est bien plus prononcée dans l’administration Bush», les auteurs rappellent aussi que «pendant l’administration Clinton, la politique moyen-orientale était en grande partie façonnée par des responsables ayant des liens étroits avec Israël ou d’importantes organisations pro israéliennes ; parmi eux Martin Indyk, l’ancien directeur adjoint de la recherche à l’AIPAC et le co-fondateur du pro-israélien Washington Institute for Near East Policy (WINEP) ; Dennis Ross, qui a rejoint le WINEP après avoir quitté le gouvernement en 2001 ; et Aaron Miller, qui a habité en Israël et visite souvent le pays».

L’étude consacre plusieurs passages au parti-pris des Américains dans toutes les négociations entre Palestiniens et Israéliens. «Sans surprise, les négociateurs palestiniens se sont plaints qu’ils étaient en pourparlers avec deux équipes israéliennes – l’une affichant un drapeau israélien et l’autre un drapeau américain.»

Les auteurs de cette étude ne contestent pas le droit aux pro-israéliens de défendre leurs idées, mais ils s’élèvent contre la fermeture du débat à d’autres opinions. «Le lobby ne veut pas de débat public, naturellement, parce que cela pourrait mener les Américains à remettre en cause le niveau de soutien qu’ils fournissent. En conséquence, les organisations pro-israéliennes travaillent dur pour influencer les institutions (y compris les médias, ndlr) qui font tout ce qu’elles peuvent pour façonner l’opinion populaire.»

«Pour décourager les reportages défavorables, le lobby organise des campagnes d’écriture de lettres, des manifestations et des boycotts des nouvelles publications dont le contenu est considéré comme anti-israélien ».

Cette politique est appliquée même à l’université. «L’AIPAC, affirment les auteurs de l’étude, a plus que triplé ses dépenses dans des programmes pour surveiller les actions dans les universités (…). Le lobby surveille également ce que les professeurs écrivent et enseignent.»

Un site Internet (Campus Watch) a été créé par Martin Kramer et Daniel Pipes, «deux néo-conservateurs passionnément pro-israéliens, qui affichent des dossiers sur des universitaires suspects et encouragent les étudiants à relater les remarques ou les comportements qui pourraient être considérés comme hostiles à Israël».

Les auteurs racontent aussi comment de prestigieuses universités américaines ont subi des pressions. C’est le cas de l’université de Columbia «en raison de la présence du défunt Edward Saïd dans son corps enseignant». «On pouvait être sûr que toute déclaration publique en soutien aux Palestiniens faite par l’éminent critique littéraire Edward Saïd récolterait des centaines d’e-mails, de lettres et de comptes-rendus journalistiques nous invitant à dénoncer Saïd et soit à le sanctionner ou à lui tirer dessus», rapportait Jonathan Cole, son ancien principal.

Abdelkader Djalil

 

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Argentine

Trente ans après, la dictature militaire a laissé sa marque

Le coup d'Etat militaire du 24 mars 1976 qui a porté au pouvoir le général Jorge Videla, a non seulement instauré la dictature la plus féroce de l'histoire de ce pays, mais il l'a aussi profondément changé et laissé des traces encore très visibles trente ans après. Pourtant, au petit matin du 24 mars 1976, bien peu d'Argentins s'opposent au renversement par les militaires de la présidente Isabel Martinez de Peron. Le pays est alors en proie à une profonde crise économique et au désordre engendré par les multiples attentats perpétrés par la guérilla et les crimes commis en représailles par des paramilitaires d'extrême droite. Dans un pays où le pouvoir a souvent été occupé par les militaires, l'arrivée du général Jorge Videla, de l'amiral Emilio Massera et de quelques autres officiers est alors plutôt bien accueillie.

"Personne n'a levé le petit doigt", a rappelé cette semaine le journal Ambito Financiero dans l'introduction d'un numéro spécial consacré au 30e anniversaire du coup d'Etat militaire. Sept ans plus tard, avec le retour de la démocratie, les Argentins découvrent ou redécouvrent le bilan tragique de ce coup d'Etat: 30.000 "disparus", pour la plupart torturés et assassinés, 500 bébés "enlevés" à leurs parents emprisonnés et confiés à des familles d'adoption souvent proches des militaires, une économie en ruines et une défaite cuisante après une guerre éclair contre la Grande-Bretagne à propos des îles Falkland, deux îlots britanniques perdus dans l'Atlantique sud revendiqués par l'Argentine. Encore faut-il y ajouter l'exil de milliers d'intellectuels ou la censure de centaines de livres et d'écrits de toute sorte jusqu'à l'absurde. Les militaires argentins ont ainsi mis à l'index Le Petit prince d'Antoine Saint-Exupéry, coupable de "fantaisie illimitée".

L'Argentine a renoué avec la démocratie en 1983, mais ces années de terreur ne se laissent pas facilement oublier. Chaque année, des ossements réapparaissent et le voile se lève enfin pour une famille de "disparus". Chaque année, aussi des jeunes gens vivent une véritable tragédie en retrouvant une identité à laquelle ils n'aspiraient même pas. Des 500 bébés arrachés à leurs parents par la dictature, 82 ont été identifiés, essentiellement grâce au travail inlassable des Grand-Mères de la place de Mai. Et c'est à chaque fois un déchirement pour ces jeunes gens, âgés pour la plupart d'une trentaine d'années, de découvrir que leurs "parents" ont parfois été complices des tortionnaires ayant assassiné un père et une mère qu'ils n'ont jamais connus. L'impunité dont ont bénéficié pendant des années des centaines de militaires ou policiers accusés d'atteintes aux droits de l'homme est un autre héritage de la dictature. "L'impunité a davantage rendu malade notre société que la dictature. Celle-ci a imposé la peur mais l'impunité l'a renforcée pendant des années", explique Adriana Calvo, arrêtée enceinte en 1977, et qui a eu la chance d'être relâchée quelques mois plus tard en gardant auprès d'elle sa fille née en détention.

Les principaux chefs militaires, dont le général Videla, ont été condamnés dès 1985. Mais ils ont été graciés cinq ans plus tard par l'ex-président Carlos Menem. Plus grave pour les familles des victimes, l'armée a obtenu en 1986 et 87 le vote de deux lois d'amnistie, dites loi du "point final" et de "l'obéissance obligatoire" permettant à des centaines de militaires et policiers d'échapper à la justice. Il faudra attendre 2003 pour que ces lois soient annulées, et la confirmation en 2005 de la validité de cette annulation par la Cour suprême pour que la justice se mette à nouveau au travail. Entre-temps, le temps a fait son œuvre et nombre de tortionnaires sont morts ou séniles, à l'instar de l'amiral Massera, plongé depuis 2003 dans un état végétatif. D'autres attendent leur procès, comme le capitaine Alfredo Astiz, "l'ange blond de la mort", déjà condamné en France par contumace à la prison à vie pour l'enlèvement et le meurtre de deux religieuses françaises.

 

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Un an après, la révolution du Kirghizistan débordée par l'instabilité et la criminalité

Le 24 mars 2005, le Kirghizistan suivait l'exemple de la Géorgie et de l'Ukraine pour faire sa "révolution". Un an plus tard, la vie politique dans l'ancienne république soviétique a pris une tournure inquiétante et beaucoup craignent de voir les réseaux mafieux profiter de la faiblesse du nouveau gouvernement pour infiltrer les arcanes du pouvoir. L'une des figures montantes s'appelle Rispek Akmatbaïev. Quarante-cinq ans, deux fois incarcéré pour association de malfaiteurs et possession d'armes illégales, récemment acquitté de trois meurtres, il brigue un siège au Parlement. Pour le Premier ministre Felix Koulov, c'est un criminel. "Qu'il vienne me le dire en face, si c'est un homme. Je lui filerai une raclée", répond l'intéressé, encadré par ses gardes du corps en vestes de cuir. A la veille de l'anniversaire de la Révolution des tulipes, le nouveau président Kourmanbek Bakïev, porté au pouvoir par les manifestations qui ont poussé son prédécesseur Askar Akaïev à l'exil, a tenté récemment de défendre son piètre bilan: "Pensez-vous qu'il soit possible d'éradiquer totalement la corruption, quand elle s'est propagée à toutes les sphères d'activité ?"

Sa première année de pouvoir a été marquée par l'instabilité politique, des mutineries dans les prisons et une série de meurtres retentissants, dont ceux de trois parlementaires, d'hommes d'affaires et d'un policier. Bakïev a rompu avec plusieurs des figures clé de la révolution et repoussé les réformes promises jusqu'en 2009, tentant de renforcer son pouvoir face à un Parlement frondeur. Le bilan économique n'est pas très positif, avec un recul de la croissance et une légère poussée du chômage. La production industrielle a chuté de 12%. Certes, l'influente journaliste Oksana Malevanaïa, descendue dans la rue l'an dernier, dirige aujourd'hui NTS, la chaîne la plus regardée du pays, qui peut désormais se permettre de critiquer le gouvernement comme jamais elle n'aurait pu le faire sous Bakïev. Mais la liberté de la presse est loin d'être totalement garantie dans le nouveau Kirghizistan. En janvier, le procureur Ouchkoune Karimov a menacé de poursuites deux journaux accusés d'avoir diffamé le président. Le principal problème reste la criminalité, et le sentiment que le gouvernement "a largement perdu le contrôle de la sécurité publique", selon un rapport de l'ONG International Crisis Group. Rispek Akmatbaïev est sorti de la clandestinité en juillet dernier après que le procureur général Azimbek Benazarov eut promis une justice équitable pour tous les suspects en fuite. Jugé pour le meurtre d'un policier et de deux membres d'un gang rival, il a été acquitté, à la stupéfaction de tous. Le procureur général a, lui, été limogé, car trop zélé contre la corruption, selon ses dires. Il siège aujourd'hui au Parlement. Felix Koulov accuse Akmatbaïev d'être un parrain de la mafia kirghize.

"Hallucinations", rétorque son adversaire, jugeant le Premier ministre responsable de la mort de son frère, Tinichbek, parlementaire tué lors d'une prise d'otages par des détenus dans une prison qu'il visitait. Akmatbaïev affirme que le Premier ministre est lié à Aziz Batukaïev, chef présumé d'un gang rival, incarcéré dans cette même prison. La criminalisation des institutions a pris "des proportions énormes", estime le député indépendant Kabaï Karabaïekov. Au moins, dit-il, l'ancien régime "n'était pas impliqué dans des meurtres".

Quant à Roza Otunbaïva, nommée ministre des Affaires étrangères après avoir joué un rôle crucial dans l'organisation des manifestations de l'an dernier, elle a été écartée par les députés. Aujourd'hui, elle regrette que les artisans de la révolution n'aient pas eu d'autre projet que de renverser le régime en place. "On voulait n'importe qui sauf Akaïev, résume-t-elle. Et 'n'importe qui' a fini par se présenter."

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