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USA - Israël
Le lobby disséqué par deux universitaires américains
Une étude
académique très approfondie, réalisée par deux universitaires
américains et publiée dans la London Review of Books, critique
l’alignement systématique de la politique internationale américaine
sur les intérêts du lobby israélien aux Etats-Unis au point de
mettre en péril l’intérêt US. Cette analyse, qui illustre
«l’influence décisive exercée par le lobby pro israélien sur la
politique étrangère et la stratégie des Etats-Unis», risque de ne
jamais être publiée par un éditeur américain. Un bel exemple de la
«liberté d’expression» quand cela déroge à la règle d’or, à savoir
ménager Israël dans n’importe quelle circonstance, même au prix de
geler toute réflexion sérieuse.
L’étude, intitulée
Le poids du lobby israélien aux Etats-Unis («The Israël Lobby and US
Foreign Policy), a été publiée le 10 mars dernier par John
Mearsheimer et Stephen Walt, et traduite vers le français par M. G.
pour l’International Solidarity Movement.
John Mearsheimer
est professeur émérite de sciences politiques à l’université de
Chicago, et Stephen Walt est professeur émérite de relations
internationales à la Kennedy School of Government d’Harvard. Leur
étude se base sur des faits documentés remontant à la création de
l’Etat d’Israël.
En guise
d’introduction à leur analyse, les auteurs affirment qu’au moins
«depuis la guerre des Six Jours en 1967, la pièce maîtresse de la
politique moyen-orientale des Etats-Unis a été sa relation avec
Israël». «La combinaison du soutien constant à Israël et de l’effort
lié pour répandre la ‘démocratie’ dans toute la région a enflammé
l’opinion arabe et musulmane et a compromis non seulement la
sécurité des Etats-Unis mais aussi celle d’une grande partie du
reste du monde. Cette situation n’a pas d’équivalent dans l’histoire
politique américaine». Ils s’interrogent sur les raisons qui ont
poussé les Etats-Unis «à mettre de côté leur propre sécurité et
celle de plusieurs de leurs alliés pour soutenir les intérêts d’un
autre Etat». «On pourrait supposer, ajoutent-ils, que la relation
entre les deux pays est fondée sur des intérêts stratégiques communs
ou des impératifs moraux irrésistibles, mais aucune de ces
interprétations ne peut expliquer le niveau remarquable du soutien
matériel et diplomatique que fournissent les Etats-Unis.»
Israël, un
«fardeau» stratégique
Chiffres à
l’appui, ils affirment que de 1976 à 2004, Israël a bénéficié de
plus de 140 milliards de dollars d’aide économique directe et
d’assistance militaire. Annuellement, l’Etat hébreu reçoit un
cinquième du budget de l’aide (directe) étrangère américaine, soit
environ 3 milliards de dollars. «C’est le seul bénéficiaire qui n’a
pas à expliquer comment l’aide est dépensée, ce qui rend
pratiquement impossible d’empêcher l’argent d’être utilisé pour des
besoins auxquels les Etats-Unis s’opposent, comme la construction de
colonies en Cisjordanie», lit-on dans l’étude.
Dans le domaine
militaire, Israël reçoit toute l’aide qu’elle désire. Les USA lui
ont même permis de d’accéder à des armements top niveau comme les
hélicoptères Blackhawk et les jets F-16. «En conclusion, les
Etats-Unis donnent à Israël l’accès aux renseignements qu’ils
refusent à leurs alliés de l’OTAN et ferment les yeux sur
l’acquisition par Israël de l’arme nucléaire.»
Les auteurs
passent également en revue le soutien diplomatique indéfectible des
USA à Israël. Ils ont dénombré 32 vetos opposés par les Etats-Unis à
des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU critiquant Israël,
sans compter «le blocage des efforts des Etats arabes pour mettre
l’arsenal nucléaire israélien sur l’agenda de l’AIEA».
La politique
actuelle de l’administration américaine de transformer le
Moyen-Orient a pour but «l’amélioration de la situation stratégique
d’Israël».
Pour les auteurs,
«cette générosité extraordinaire pourrait être compréhensible si
Israël possédait des atouts stratégiques vitaux ou s’il y avait une
raison morale irrésistible pour un soutien américain. Mais aucune de
ces explications ne convainc».
Ils estiment que
«les Etats-Unis ont un problème de terrorisme en grande partie parce
qu’ils sont de si proches alliés d’Israël, et non le sens inverse».
John Mearsheimer
et Stephen Walt considèrent que la création d’Israël «était
assurément une réponse appropriée au long registre des crimes contre
les Juifs», mais estiment que «cela a également provoqué des
nouveaux crimes contre un tiers en grande partie innocent : les
Palestiniens». Ils rapportent une déclaration de David Ben-Gourion,
qui avait indiqué à Nahum Goldmann, le président du Congrès juif
mondial, « si j’étais un leader arabe, je ne signerais jamais un
accord avec Israël. C’est normal, nous avons pris leur pays… Nous
venons d’Israël, mais il y a deux mille ans, et qu’est-ce que c’est
pour eux ? Il y a eu l’antisémitisme, les nazis, Hitler, Auschwitz,
mais quelle est leur faute ? Ils voient seulement une chose : nous
sommes venus ici et nous avons volé leur pays. Pourquoi
devraient-ils accepter cela ?».
Dans une partie de
leur étude, les auteurs passent également en revue les crimes commis
par l’armée israélienne en particulier contre les femmes, les
enfants et des Palestiniens sans armes.
Pour eux, «le
recours des Palestiniens au terrorisme est mauvais mais n’est pas
étonnant» car ces derniers pensent qu’ils n’ont «aucun autre moyen
de forcer les Israéliens à faire des concessions». D’ailleurs, il
rapportent des propos de Ehud Barak, qui a un jour admis que «s’il
était né Palestinien, il aurait rejoint une organisation
terroriste».
La plus grande
partie de cette étude est réservée au poids du lobby israélien aux
Etats-Unis. «Si ni les arguments stratégiques ni les arguments
moraux ne peuvent expliquer le soutien de l’Amérique à Israël,
comment allons-nous l’expliquer ? L’explication est le pouvoir
inégalé du lobby israélien.». Par lobby, les auteurs pointent du
doigt «la coalition lâche d’individus et d’organisations qui
travaille activement pour orienter la politique étrangère des
Etats-Unis dans une direction pro-israélienne».
Les analystes
considèrent d’abord que «tous les Américains juifs ne font pas
partie du lobby, parce que Israël n’est pas un sujet proéminent pour
bon nombre d’entre eux». Ils révèlent les résultats d’une enquête
menée en 2004, dans laquelle il apparaît qu’environ «36% des Juifs
américains ont déclaré qu’ils étaient "pas très" ou "pas du tout"
émotionnellement attachés à Israël».
Parmi les
organisations du lobby, il y a le très puissant Comité aux affaires
publiques américano-israélienne (AIPAC) et la Conférence des
présidents des principales organisations juives américaines. «Sans
surprise, les leaders juifs américains consultent souvent les
responsables israéliens pour s’assurer que leurs actions font
avancer les objectifs israéliens», révèlent-ils en citant des
sources au sein même de ces organisations.
Les deux
stratégies du lobby
Selon Mearsheimer
et Walt, le lobby «utilise son influence significative à Washington»
pour faire pression «sur le Congrès et le bureau exécutif » afin
d’obtenir toujours un soutien à Israël «quelle que soit l’opinion
d’un législateur ou d’un politicien». D’un autre côté, il œuvre à ce
que «le discours public dépeigne Israël sous un jour positif» en
empêchant que «des commentaires critiques puissent obtenir une
audience équitable dans l’arène politique».
Plus grave encore,
dans pays où la liberté d’expression est garantie par la
Constitution américaine, le lobby pro-israélien veut «un contrôle de
la discussion» car cela «est essentiel pour garantir le soutien
américain, parce qu’une discussion sincère sur les relations
américano-israéliennes pourrait mener les Américains à favoriser une
politique différente». Cela se passe particulièrement au Congrès.
«Une des raisons est que certains principaux membres sont des
sionistes chrétiens, comme Dick Armey» dont «la priorité n°1 est de
protéger Israël», ainsi que «des sénateurs et des membres du
Congrès juifs qui travaillent pour s’assurer que la politique
étrangère des Etats-Unis soutienne les intérêts d’Israël».
Selon les auteurs,
c’est l’AIPAC qui est «le coeur de l’influence du Lobby au Congrès».
«Son succès est, disent-ils, dû à sa capacité de récompenser les
législateurs et les candidats au Congrès qui soutiennent son ordre
du jour, et de punir ceux qui le défient.»
L’importance de
l’argent dans les élections américaines fait que l’AIPAC «s’assure
que ses amis obtiennent une forte aide financière des nombreux
comités d’action politique pro Israéliens», alors que «toute
personne qui est vue comme hostile à Israël peut être sûre que l’AIPAC
orientera des contributions de campagne vers ses adversaires
politiques».
Sur le plan
médiatique, «l’AIPAC organise également des campagnes d’écriture de
lettres et encourage les rédacteurs de journaux à approuver les
candidats pro-israéliens».
Cette influence
va encore plus loin puisque l’AIPAC «est souvent invité à rédiger
des discours, à travailler sur la législation, à conseiller sur des
stratégies, à effectuer des recherches, à rassembler des co-sponsors
et des votes de marshal», selon Douglas Bloomfield, un ancien membre
de la direction de l’Organisation, cité dans cette étude, qui
conclut que «l’AIPAC est un agent d’un gouvernement étranger».
La conséquence de
cette mainmise du lobby sur le Congrès est que «la politique
américaine envers Israël n’y est pas discutée, bien que cette
politique ait des conséquences importantes pour le monde entier»,
comme le remarquait un ancien sénateur démocrate, Ernest Hollings,
en quittant le bureau : «Vous ne pouvez pas avoir une politique
israélienne autre que celle que l’AIPAC vous donne ici.»
Le débat est
clos
La mainmise du
lobby s’étend aussi à l’Exécutif. Bien que «la situation est bien
plus prononcée dans l’administration Bush», les auteurs rappellent
aussi que «pendant l’administration Clinton, la politique
moyen-orientale était en grande partie façonnée par des responsables
ayant des liens étroits avec Israël ou d’importantes organisations
pro israéliennes ; parmi eux Martin Indyk, l’ancien directeur
adjoint de la recherche à l’AIPAC et le co-fondateur du
pro-israélien Washington Institute for Near East Policy (WINEP) ;
Dennis Ross, qui a rejoint le WINEP après avoir quitté le
gouvernement en 2001 ; et Aaron Miller, qui a habité en Israël et
visite souvent le pays».
L’étude consacre
plusieurs passages au parti-pris des Américains dans toutes les
négociations entre Palestiniens et Israéliens. «Sans surprise, les
négociateurs palestiniens se sont plaints qu’ils étaient en
pourparlers avec deux équipes israéliennes – l’une affichant un
drapeau israélien et l’autre un drapeau américain.»
Les auteurs de
cette étude ne contestent pas le droit aux pro-israéliens de
défendre leurs idées, mais ils s’élèvent contre la fermeture du
débat à d’autres opinions. «Le lobby ne veut pas de débat public,
naturellement, parce que cela pourrait mener les Américains à
remettre en cause le niveau de soutien qu’ils fournissent. En
conséquence, les organisations pro-israéliennes travaillent dur pour
influencer les institutions (y compris les médias, ndlr) qui font
tout ce qu’elles peuvent pour façonner l’opinion populaire.»
«Pour décourager
les reportages défavorables, le lobby organise des campagnes
d’écriture de lettres, des manifestations et des boycotts des
nouvelles publications dont le contenu est considéré comme
anti-israélien ».
Cette politique
est appliquée même à l’université. «L’AIPAC, affirment les auteurs
de l’étude, a plus que triplé ses dépenses dans des programmes pour
surveiller les actions dans les universités (…). Le lobby surveille
également ce que les professeurs écrivent et enseignent.»
Un site Internet
(Campus Watch) a été créé par Martin Kramer et Daniel Pipes, «deux
néo-conservateurs passionnément pro-israéliens, qui affichent des
dossiers sur des universitaires suspects et encouragent les
étudiants à relater les remarques ou les comportements qui
pourraient être considérés comme hostiles à Israël».
Les auteurs
racontent aussi comment de prestigieuses universités américaines ont
subi des pressions. C’est le cas de l’université de Columbia «en
raison de la présence du défunt Edward Saïd dans son corps
enseignant». «On pouvait être sûr que toute déclaration publique en
soutien aux Palestiniens faite par l’éminent critique littéraire
Edward Saïd récolterait des centaines d’e-mails, de lettres et de
comptes-rendus journalistiques nous invitant à dénoncer Saïd et soit
à le sanctionner ou à lui tirer dessus», rapportait Jonathan Cole,
son ancien principal.
Abdelkader
Djalil
Haut
Argentine
Trente ans
après, la dictature militaire a laissé sa marque
Le coup d'Etat
militaire du 24 mars 1976 qui a porté au pouvoir le général Jorge
Videla, a non seulement instauré la dictature la plus féroce de
l'histoire de ce pays, mais il l'a aussi profondément changé et
laissé des traces encore très visibles trente ans après. Pourtant,
au petit matin du 24 mars 1976, bien peu d'Argentins s'opposent au
renversement par les militaires de la présidente Isabel Martinez de
Peron. Le pays est alors en proie à une profonde crise économique et
au désordre engendré par les multiples attentats perpétrés par la
guérilla et les crimes commis en représailles par des paramilitaires
d'extrême droite. Dans un pays où le pouvoir a souvent été occupé
par les militaires, l'arrivée du général Jorge Videla, de l'amiral
Emilio Massera et de quelques autres officiers est alors plutôt bien
accueillie.
"Personne n'a levé
le petit doigt", a rappelé cette semaine le journal Ambito
Financiero dans l'introduction d'un numéro spécial consacré au 30e
anniversaire du coup d'Etat militaire. Sept ans plus tard, avec le
retour de la démocratie, les Argentins découvrent ou redécouvrent le
bilan tragique de ce coup d'Etat: 30.000 "disparus", pour la plupart
torturés et assassinés, 500 bébés "enlevés" à leurs parents
emprisonnés et confiés à des familles d'adoption souvent proches des
militaires, une économie en ruines et une défaite cuisante après une
guerre éclair contre la Grande-Bretagne à propos des îles Falkland,
deux îlots britanniques perdus dans l'Atlantique sud revendiqués par
l'Argentine. Encore faut-il y ajouter l'exil de milliers
d'intellectuels ou la censure de centaines de livres et d'écrits de
toute sorte jusqu'à l'absurde. Les militaires argentins ont ainsi
mis à l'index Le Petit prince d'Antoine Saint-Exupéry, coupable de
"fantaisie illimitée".
L'Argentine a
renoué avec la démocratie en 1983, mais ces années de terreur ne se
laissent pas facilement oublier. Chaque année, des ossements
réapparaissent et le voile se lève enfin pour une famille de
"disparus". Chaque année, aussi des jeunes gens vivent une véritable
tragédie en retrouvant une identité à laquelle ils n'aspiraient même
pas. Des 500 bébés arrachés à leurs parents par la dictature, 82 ont
été identifiés, essentiellement grâce au travail inlassable des
Grand-Mères de la place de Mai. Et c'est à chaque fois un
déchirement pour ces jeunes gens, âgés pour la plupart d'une
trentaine d'années, de découvrir que leurs "parents" ont parfois été
complices des tortionnaires ayant assassiné un père et une mère
qu'ils n'ont jamais connus. L'impunité dont ont bénéficié pendant
des années des centaines de militaires ou policiers accusés
d'atteintes aux droits de l'homme est un autre héritage de la
dictature. "L'impunité a davantage rendu malade notre société que la
dictature. Celle-ci a imposé la peur mais l'impunité l'a renforcée
pendant des années", explique Adriana Calvo, arrêtée enceinte en
1977, et qui a eu la chance d'être relâchée quelques mois plus tard
en gardant auprès d'elle sa fille née en détention.
Les principaux
chefs militaires, dont le général Videla, ont été condamnés dès
1985. Mais ils ont été graciés cinq ans plus tard par l'ex-président
Carlos Menem. Plus grave pour les familles des victimes, l'armée a
obtenu en 1986 et 87 le vote de deux lois d'amnistie, dites loi du
"point final" et de "l'obéissance obligatoire" permettant à des
centaines de militaires et policiers d'échapper à la justice. Il
faudra attendre 2003 pour que ces lois soient annulées, et la
confirmation en 2005 de la validité de cette annulation par la Cour
suprême pour que la justice se mette à nouveau au travail.
Entre-temps, le temps a fait son œuvre et nombre de tortionnaires
sont morts ou séniles, à l'instar de l'amiral Massera, plongé depuis
2003 dans un état végétatif. D'autres attendent leur procès, comme
le capitaine Alfredo Astiz, "l'ange blond de la mort", déjà condamné
en France par contumace à la prison à vie pour l'enlèvement et le
meurtre de deux religieuses françaises.
Haut
Un an après, la révolution du Kirghizistan débordée par
l'instabilité et la criminalité
Le 24 mars 2005,
le Kirghizistan suivait l'exemple de la Géorgie et de l'Ukraine pour
faire sa "révolution". Un an plus tard, la vie politique dans
l'ancienne république soviétique a pris une tournure inquiétante et
beaucoup craignent de voir les réseaux mafieux profiter de la
faiblesse du nouveau gouvernement pour infiltrer les arcanes du
pouvoir. L'une des figures montantes s'appelle Rispek Akmatbaïev.
Quarante-cinq ans, deux fois incarcéré pour association de
malfaiteurs et possession d'armes illégales, récemment acquitté de
trois meurtres, il brigue un siège au Parlement. Pour le Premier
ministre Felix Koulov, c'est un criminel. "Qu'il vienne me le dire
en face, si c'est un homme. Je lui filerai une raclée", répond
l'intéressé, encadré par ses gardes du corps en vestes de cuir. A la
veille de l'anniversaire de la Révolution des tulipes, le nouveau
président Kourmanbek Bakïev, porté au pouvoir par les manifestations
qui ont poussé son prédécesseur Askar Akaïev à l'exil, a tenté
récemment de défendre son piètre bilan: "Pensez-vous qu'il soit
possible d'éradiquer totalement la corruption, quand elle s'est
propagée à toutes les sphères d'activité ?"
Sa première année
de pouvoir a été marquée par l'instabilité politique, des mutineries
dans les prisons et une série de meurtres retentissants, dont ceux
de trois parlementaires, d'hommes d'affaires et d'un policier.
Bakïev a rompu avec plusieurs des figures clé de la révolution et
repoussé les réformes promises jusqu'en 2009, tentant de renforcer
son pouvoir face à un Parlement frondeur. Le bilan économique n'est
pas très positif, avec un recul de la croissance et une légère
poussée du chômage. La production industrielle a chuté de 12%.
Certes, l'influente journaliste Oksana Malevanaïa, descendue dans la
rue l'an dernier, dirige aujourd'hui NTS, la chaîne la plus regardée
du pays, qui peut désormais se permettre de critiquer le
gouvernement comme jamais elle n'aurait pu le faire sous Bakïev.
Mais la liberté de la presse est loin d'être totalement garantie
dans le nouveau Kirghizistan. En janvier, le procureur Ouchkoune
Karimov a menacé de poursuites deux journaux accusés d'avoir diffamé
le président. Le principal problème reste la criminalité, et le
sentiment que le gouvernement "a largement perdu le contrôle de la
sécurité publique", selon un rapport de l'ONG International Crisis
Group. Rispek Akmatbaïev est sorti de la clandestinité en juillet
dernier après que le procureur général Azimbek Benazarov eut promis
une justice équitable pour tous les suspects en fuite. Jugé pour le
meurtre d'un policier et de deux membres d'un gang rival, il a été
acquitté, à la stupéfaction de tous. Le procureur général a, lui,
été limogé, car trop zélé contre la corruption, selon ses dires. Il
siège aujourd'hui au Parlement. Felix Koulov accuse Akmatbaïev
d'être un parrain de la mafia kirghize.
"Hallucinations",
rétorque son adversaire, jugeant le Premier ministre responsable de
la mort de son frère, Tinichbek, parlementaire tué lors d'une prise
d'otages par des détenus dans une prison qu'il visitait. Akmatbaïev
affirme que le Premier ministre est lié à Aziz Batukaïev, chef
présumé d'un gang rival, incarcéré dans cette même prison. La
criminalisation des institutions a pris "des proportions énormes",
estime le député indépendant Kabaï Karabaïekov. Au moins, dit-il,
l'ancien régime "n'était pas impliqué dans des meurtres".
Quant à Roza
Otunbaïva, nommée ministre des Affaires étrangères après avoir joué
un rôle crucial dans l'organisation des manifestations de l'an
dernier, elle a été écartée par les députés. Aujourd'hui, elle
regrette que les artisans de la révolution n'aient pas eu d'autre
projet que de renverser le régime en place. "On voulait n'importe
qui sauf Akaïev, résume-t-elle. Et 'n'importe qui' a fini par se
présenter."
Haut
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