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Un nouveau statut pour les militaires
En ordre serré
Quel sens doit-on
donner au nouveau texte régissant les personnels militaires signé le
28 février par le président Bouteflika ? Un texte qui a été
promulgué par ordonnance, entre deux sessions du Parlement, mais qui
a été également signé au moment où était mise en application la
Charte pour la paix et la réconciliation. Simple conjonction
d’agenda ou bien faut-il absolument faire le lien entre les deux
ordonnances ?
Mise à niveau pour
l’armée, cohésion du dispositif légal, actualisation, les raisons ne
manquent pas pour expliquer l’urgence d’un nouveau texte spécifique.
On indique aussi que certaines dispositions liées aux droits et aux
libertés fondamentales tels qu’énoncés par la Constitution et aux
relations de travail ont nécessité cette révision des textes.
Certes, les textes
avaient besoin d’un lifting, mais on doit aussi signaler que
l’Algérie sort d’une guerre dans laquelle hommes et institutions ont
été sérieusement malmenés et probablement plus que jamais, ces
institutions n’étaient pas préparées à affronter le drame algérien
des années 1990. L’armée, engagée corps et biens dans la guerre,
s’est retrouvée aux premières lignes pour combattre puis pour
justifier les actes de ses hommes. L’ordonnance portant statut
militaire porte l’empreinte de tout ce que nous vécu durant les
années 1990 des épisodes Souadia, Tigha et autres ou des tentatives
de dépôt de plaintes devant les juridictions internationales contre
toute la hiérarchie militaire.
Que dit le texte ?
L’article 39 ne peut en aucune manière être vu sous un autre angle
que celui de l’expérience de la guerre contre le terrorisme dans
laquelle était engagée l’armée. Ainsi, on rappelle que «le militaire
doit obéissance aux ordres de ses supérieurs». Mais dans le même
temps «il ne peut lui être ordonné et il ne doit pas accomplir des
actes qui sont contraires aux lois et aux coutumes de la guerre et
aux conventions internationales ratifiées par l’Algérie ou qui
constituent des crimes ou des délits contre la sûreté de l’Etat.»
La
responsabilité
Ce qui a été
appelé dérapages ou cas isolés de violation des droits de l’homme,
et nous ne révélons en aucune manière un secret militaire à ce
propos, sont passés pour des actes institutionnalisés du fait de
l’exécution par des subordonnés d’ordres émanant de la hiérarchie
directe, même si dans ce cas, certains chefs ont agi en dehors des
consignes émanant du haut commandement.
Dans le même
temps, certains cas de transgression des lois émanaient de
subordonnés et impliquaient la hiérarchie parce que celle-ci n’avait
pas réagi de la façon la plus adéquate à ces manquements. Ainsi,
l’article 40 indique que «les chefs ne sont pas personnellement
responsables des transgressions de la loi et des règlements
militaires commises par leurs subordonnés, sauf lorsqu’il y a
dissimulation de leur part de faits ou de manquements relatifs à la
prise de mesures contre ces infractions ou à la poursuite de leurs
auteurs».
Le secret
militaire, qui a fait les minutes de procès même à l’étranger ou qui
a permis à certains de chercher refuge ailleurs, n’est plus
monnayable. Selon cette ordonnance, «il est interdit au militaire de
diffuser ou de laisser connaître tout fait, écrit ou information de
nature à porter préjudice aux intérêts de la défense nationale ou à
l’image de marque de l’institution militaire. La dissimulation, la
destruction, le détournement ou la communication de dossier, pièce
ou document de service ou d’information autres que ceux destinés au
grand public, par un militaire à des tiers, exposent son auteur à
des sanctions disciplinaires, sans préjudice des poursuites
pénales».
On peut supposer
que certains ne se feront plus briefer par des militaires.
Cette interdiction
de divulgation de ce qu’on a connu dans les casernes vaut par la
suite puisque «le militaire est tenu, y compris après avoir été
remis à la vie civile, au secret professionnel. Il a le devoir et
l’obligation de protéger et ne pas divulguer, en dehors des cas
prévus par la loi, les secrets dont il a ou a eu connaissance dans
le cadre ou à l’occasion de l’exercice de ses activités».
De l’ordre dans
les rangs
Le texte met en
lumière certains aspects organisationnels du travail de militaire.
Ainsi, l’article 21 stipule qu’en temps de paix, «nul n’est autorisé
à exercer au-delà de l’âge limite du grade». Une précision qui
protège la progression normale de carrière des militaires, même si
on prévoit une dérogation d’âge pour «les généraux-majors et
officiers supérieurs occupant de hautes fonctions dans la hiérarchie
militaire».
L’article 22 met
en évidence les particularités de l’état de militaire : «Discipline,
loyalisme, esprit de sacrifice, abnégation, sujétion et
désintéressement.» Mais l’article suivant souligne que «le militaire
jouit de tous ses droits et libertés fondamentales reconnus aux
citoyens algériens dans la Constitution».
Dans un pays
ouvert où la liberté d’expression et d’opinion rythme la vie, les
militaires sont avant tout des citoyens.
On rappelle
l’obligation de réserve et on interdit explicitement «de faire du
prosélytisme et de glorifier les idées contraires aux lois de la
République et aux valeurs de la Nation». On interdit aussi au
militaire «d’adhérer à un parti politique, à une association ou un
groupe à caractère syndical ou religieux» comme on lui interdit de
se faire élire, de recourir à la grève et d’assister en tant
qu’assesseur public dans les procès.
La loi reconnaît
au militaire le droit d’avoir ses opinions et sa liberté de
conscience. Des dispositions qui n’étaient pas clairement stipulées
dans les anciens statuts, même s’ils allaient de soi.
Ces interdictions
sont aussi appliquées aux appelés qui doivent «rompre leur adhésion»
aux associations, partis et autres et se conformer au statut
militaire.
La loi protège
également les militaires contre les tentatives de corruption en
soulignant des interdictions précises et des dispositions étanches
pour éviter les accusations de corruption.
Au-delà, «le
militaire bénéficie de la protection de l’Etat contre les menaces,
outrages, injures, diffamations ou attaques, de quelque nature que
ce soit, dont il peut faire l’objet contre sa personne, sa famille
ou ses biens du fait de son état». Et c’est l’Etat qui est tenu
d’obtenir réparation et de défendre ses militaires devant les
juridictions compétentes.
Amine Esseghir
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Tripartite
Une rencontre
et des interrogations
Quand la
rencontre de la tripartite aura-t-elle lieu ? Personne ne semble le
savoir avec précision. Après le discours du président de la
République, lors de la commémoration du 50e anniversaire
de la création de l’UGTA, Sidi Saïd était on ne peut plus d’accord
pour tenir une tripartite dans «les plus brefs délais». Interrogé
récemment sur la tenue de la tripartite, le chef du gouvernement a
répondu qu’il serait «indélicat» que le gouvernement prenne une
décision d’une manière unilatérale.
A ce jour, aucune
date n’a été fixée pour cette rencontre tant attendue par les
travailleurs. Une rencontre qui, cette fois-ci, revêt une importance
particulière dans la mesure où le président de la République,
Abdelaziz Bouteflika, a décidé que le dossier des salaires y sera
traité. C’est donc dans l’espoir d’une issue positive à cette
question qui traîne depuis quelque temps que travailleurs et
syndicalistes attendent de voir se réunir gouvernement, patronat et
UGTA pour délibérer du dossier des salaires. Un dossier qui a fait
beaucoup de mécontents depuis que le gouvernement refuse d’annuler
l’article 87 bis relatif aux relations du travail. Toutes les
rencontres qui ont eu lieu entre le chef du gouvernement et
l’organisation syndicale se sont soldées par le même résultat : il
n’en est pas question de toucher à l’article 87 bis.
Autant dire que
c’est presque l’impasse. D’un côté, une classe ouvrière qui réclame
à cor et à cri une augmentation de salaires, d’ailleurs légitimée
par le coût de plus en plus élevé de la vie, et par toutes les
augmentations qui ne préviennent même pas et grèvent sérieusement
des budgets familiaux de plus en plus déséquilibrés, et d’une autre
côté, un gouvernement qui voit qu’il ne peut y avoir une
augmentation de salaires que si les travailleurs produisent plus et
mieux. Cette impasse était à l’origine de plusieurs protestations de
travailleurs "courroucés" de voir leur revendication essentielle
rejetée. Tous ont donc attendu et espéré le discours du président de
la République pour la commémoration du 50e anniversaire
de la naissance de l’Union générale des travailleurs algériens, pour
avoir enfin une réponse définitive sur le dossier des salaires. Mais
le Président a lui aussi affirmé qu’"une augmentation des revenus du
travail sans contrepartie d’une amélioration du niveau réel de
productivité menacerait la stabilité macroéconomique rétablie aux
prix de longues années d’efforts et de souffrances, ainsi que la
viabilité de nombreuses entreprises".
Mais il n’a pas
pour autant clos définitivement ce dossier puisqu’il a invité l’UGTA,
les associations patronales et le gouvernement à se réunir en
tripartite pour se concerter sur la question des salaires, mais
aussi et surtout finaliser le pacte national économique et social
qui constituera, selon le président de la République, "une nouvelle
avancée pour notre pays" car "il lui offre incontestablement un
cadre de référence pour l’avenir du développement national".
Tout de suite
après la décision du Président de renvoyer le dossier des salaires à
la tripartite, le secrétaire général de l’UGTA, Sidi Saïd, a fait
une déclaration à l’APS dans laquelle il disait en substance que le
Président a conforté la tripartite en lui octroyant la
responsabilité de régler la question de l’augmentation éventuelle
des salaires. Cette décision a été bien accueillie par le patron de
la Centrale syndicale, qui a affirmé que "l’ambiance des discussions
et des négociations de la tripartite est très sérieuse et sera
porteuse de résultats".
Mais tout ceci ne
dit pas quand la tripartite a enfin décidé de se rencontrer.
Interrogé
récemment à propos de cette rencontre, lors d’une conférence de
presse, le chef du gouvernement n’a donné aucune date, même
approximative, et a précisé que pareille décision revenait à la
tripartite elle-même , c’est-à-dire au patronat, au gouvernement et
à l’UGTA. Rien donc n’a filtré sur une éventuelle tenue de la
tripartite ou sur la tenue de rencontres pour préparer cet événement
attendu avec impatience par les travailleurs qui n’espèrent rien
d’autre qu’une augmentation de salaires qui leur permettra de faire
face aux dépenses de plus en plus grandes tant les augmentations qui
touchent à tous les secteurs ; loyer, gaz et électricité, denrées
alimentaires, articles scolaires, transport, fruits et légumes… sont
de plus en plus lourds à supporter.
Même si aucune
date n’a encore été fixée pour cette rencontre importante, il ne
serait pas superflu pour autant d’essayer de deviner quelle en sera
l’issue, car la tripartite finira certainement par se avoir lieu,
surtout quand on sait que c’est le président de la République qui a
invité à cette rencontre et au règlement de la question des salaires
qui n’a que trop duré. Certains observateurs estiment que la
décision du Président est en elle-même un encouragement à augmenter
enfin les salaires et apaiser les esprits des milliers de
travailleurs. Sidi Saïd lui-même semble pencher vers cette
hypothèse, car à travers sa déclaration à l’APS, il estime que le
discours du Président est lucide, rationnel, mais aussi et surtout
porteur d’espoir ; il affirme aussi que le chef du gouvernement
"n’avait pas rejeté le principe de l’augmentation des salaires et
avait dit que cette question sera traitée par la tripartite".
Pourtant, à
écouter ses déclarations, Ahmed Ouyahia n’a pas changé de cap et
estime que la politique salariale est conditionnée par trois
paramètres, à savoir la croissance économique, la productivité et
l’inflation, et qu’il ne saurait être question d’augmentation de
salaires en dehors des contours de la politique tracée par le
président de la République. Et pour argumenter l’approche du
gouvernement autour de cette question, Ouyahia prend exemple sur les
organisations syndicales internationales qui lient de plus en plus
les revendications sociales aux performances économiques, telle
l’Organisation arabe du travail qui a appelé récemment les syndicats
arabes à encourager d’abord la compétitivité et la productivité pour
mieux répondre aux défis de la mondialisation.
Cela dit, beaucoup
penchent vers la thèse qui dit que le gouvernement trouvera
certainement une solution à la question des salaires et finira même
par accorder ces augmentations tant espérées car la conjoncture
économique le permet.
Khadidja
Mohamed Bouziane
Haut
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