Semaine du 29 novembre au 5 décembre 2006

 

L'éditorial : Par Nadia Kerraz

Demain sera meilleur

 

 
 
 Editorial

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Demain sera meilleur

Bien que donnant l’impression de reculer, l’Algérie, mine de rien, est un pays qui avance. Certes, le commun des Algériens n’est pas d’accord avec ce constat. Ce qui est dans une certaine mesure compréhensible. Mieux, pouvons-nous dire, c’est légitime. Et pour cause, il est difficile de convaincre les citoyens de la véracité de ce constat si au quotidien, des preuves sont données attestant du contraire de ce qui est avancé.

En effet, il est difficile, très difficile même de croire que les 33 millions d’Algériens que nous sommes vivons dans un pays normal si, en 2006 et après tant d’efforts déployés et tant de dépenses consenties depuis le recouvrement de notre Indépendance, on se retrouve avec le retour de maladies que l’on croyait irrémédiablement éradiquées ; que les plus nantis  d’entre nous soient obligés d’aller se soigner à l’étranger pour s’épargner une erreur de diagnostic qui ne ferait que compliquer leur état de santé ; que des milliers de nos enfants dont les parents ne peuvent s’acquitter des frais d’un enseignement privé, synonyme d’une meilleure prise en charge scolaire, sont exclus annuellement du circuit sans qu’aucun débouché – nonobstant un secteur de la formation  professionnelle qui tente de récupérer le maximum d’exclus – ne s’offre à la majorité d’entre eux ; qu’il faille attendre des années, parfois en vain, en vue d’obtenir un logement alors que tout le foncier agricole du pays a été détourné de sa vocation initiale pour être  urbanisé ; que des signes ostentatoires de richesse viennent agresser quotidiennement les centaines de milliers de travailleurs dont les mieux lotis ne savent pas si l’année prochaine, ils continueront à percevoir leurs salaires car peut-être leur entreprise a été proposée à la privatisation dans l’opacité la plus totale… On peut  continuer à l’infini cette énumération de situations qui témoignent du paradoxe tant la liste des exemples cités est loin d’être exhaustive. Pourtant, n’en déplaise au lecteur, l’Algérie avance. Péniblement, sommes-nous obligés de convenir. Mais elle avance.  Car en réalité, elle n’a d’autre choix que d’accompagner les mutations  politico-socio-économiques qui surviennent de par le monde. Contre son gré dans certains cas, elle n’aura pu faire autrement que de se conformer à ce qui est en vigueur ailleurs. Le premier exemple est d’ordre politique. Il s’agit de la Charte pour la réconciliation nationale et de la révision constitutionnelle. Ainsi, ces deux cas d’espèce auront démontré que désormais, l’Algérie ne peut plus faire comme bon lui semble. C’est pour cette raison que l’idée est de faire bénéficier ceux qui sont impliqués dans des actes terroristes et ceux qui sont responsables de la tragédie nationale d’une amnistie générale. On ne peut prendre une telle décision sans risquer de se faire montrer du doigt. Pour ce qui du second exemple,  il est désormais permis de déduire que le report intervenu dans la tenue du référendum relève du souci d’épargner au pays un retour en arrière en lui évitant le piège tendu par une Constitution revue et corrigée par le FLN de Belkhadem. D’autant que le danger que le projet politique et sociétal véhiculé par le clan islamo-conservateur auquel appartient le secrétaire général de la formation FLNiste  est double. Il consiste en le retour vers l’ère du parti et de la pensée uniques, doublé d’une islamisation rampante de la société.  Un tel projet, s’il venait à être concrétisé, éradiquerait à jamais tout espoir de démocratisation du pays. Le difficile processus initié au lendemain des évènements d’octobre 1988 aurait été anéanti. D’aucuns peuvent à juste titre affirmer qu’au point  où nous en sommes aujourd’hui, la société n’aura pas perdu grand-chose dans l’histoire. Mais les partisans du proverbe populaire qui affirme «aâmech ouala aâma» ne seront pas d’accord. Et ils ne seront pas les seuls. En effet, pour peu palpables qu’ils soient, les prémices d’un changement sont là. A charge pour toutes ces forces qui aspirent à contribuer à l’ancrage de l’Algérie dans la voie démocratique de faire pression pour que l’on ne change pas de cap. La médiatisation d’affaires scabreuses et de scandales financiers, inimaginable il y a de cela quelques années seulement – quand bien même pour certains dossiers, n’échappe pas au souci des uns d’en découdre avec les autres – relève aussi de cette démocratisation au forceps qui est en train de s’opérer. En prenant à témoin l’opinion publique à travers quelques titres de la presse écrite, on cherche aussi à se protéger contre l’effet boomerang qui ne manquera pas d’en résulter. C’est pourquoi aussi il faut savoir rester vigilant. L’enjeu en vaut la chandelle.

Nadia Kerraz

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