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Demain sera meilleur
Bien que donnant
l’impression de reculer, l’Algérie, mine de rien, est un pays qui
avance. Certes, le commun des Algériens n’est pas d’accord avec ce
constat. Ce qui est dans une certaine mesure compréhensible. Mieux,
pouvons-nous dire, c’est légitime. Et pour cause, il est difficile
de convaincre les citoyens de la véracité de ce constat si au
quotidien, des preuves sont données attestant du contraire de ce qui
est avancé.
En effet, il est
difficile, très difficile même de croire que les 33 millions
d’Algériens que nous sommes vivons dans un pays normal si, en 2006
et après tant d’efforts déployés et tant de dépenses consenties
depuis le recouvrement de notre Indépendance, on se retrouve avec le
retour de maladies que l’on croyait irrémédiablement éradiquées ;
que les plus nantis d’entre nous soient obligés d’aller se soigner
à l’étranger pour s’épargner une erreur de diagnostic qui ne ferait
que compliquer leur état de santé ; que des milliers de nos enfants
dont les parents ne peuvent s’acquitter des frais d’un enseignement
privé, synonyme d’une meilleure prise en charge scolaire, sont
exclus annuellement du circuit sans qu’aucun débouché – nonobstant
un secteur de la formation professionnelle qui tente de récupérer
le maximum d’exclus – ne s’offre à la majorité d’entre eux ; qu’il
faille attendre des années, parfois en vain, en vue d’obtenir un
logement alors que tout le foncier agricole du pays a été détourné
de sa vocation initiale pour être urbanisé ; que des signes
ostentatoires de richesse viennent agresser quotidiennement les
centaines de milliers de travailleurs dont les mieux lotis ne savent
pas si l’année prochaine, ils continueront à percevoir leurs
salaires car peut-être leur entreprise a été proposée à la
privatisation dans l’opacité la plus totale… On peut continuer à
l’infini cette énumération de situations qui témoignent du paradoxe
tant la liste des exemples cités est loin d’être exhaustive.
Pourtant, n’en déplaise au lecteur, l’Algérie avance. Péniblement,
sommes-nous obligés de convenir. Mais elle avance. Car en réalité,
elle n’a d’autre choix que d’accompagner les mutations
politico-socio-économiques qui surviennent de par le monde. Contre
son gré dans certains cas, elle n’aura pu faire autrement que de se
conformer à ce qui est en vigueur ailleurs. Le premier exemple est
d’ordre politique. Il s’agit de la Charte pour la réconciliation
nationale et de la révision constitutionnelle. Ainsi, ces deux cas
d’espèce auront démontré que désormais, l’Algérie ne peut plus faire
comme bon lui semble. C’est pour cette raison que l’idée est de
faire bénéficier ceux qui sont impliqués dans des actes terroristes
et ceux qui sont responsables de la tragédie nationale d’une
amnistie générale. On ne peut prendre une telle décision sans
risquer de se faire montrer du doigt. Pour ce qui du second
exemple, il est désormais permis de déduire que le report intervenu
dans la tenue du référendum relève du souci d’épargner au pays un
retour en arrière en lui évitant le piège tendu par une Constitution
revue et corrigée par le FLN de Belkhadem. D’autant que le danger
que le projet politique et sociétal véhiculé par le clan
islamo-conservateur auquel appartient le secrétaire général de la
formation FLNiste est double. Il consiste en le retour vers l’ère
du parti et de la pensée uniques, doublé d’une islamisation rampante
de la société. Un tel projet, s’il venait à être concrétisé,
éradiquerait à jamais tout espoir de démocratisation du pays. Le
difficile processus initié au lendemain des évènements d’octobre
1988 aurait été anéanti. D’aucuns peuvent à juste titre affirmer
qu’au point où nous en sommes aujourd’hui, la société n’aura pas
perdu grand-chose dans l’histoire. Mais les partisans du proverbe
populaire qui affirme «aâmech ouala aâma» ne seront pas d’accord. Et
ils ne seront pas les seuls. En effet, pour peu palpables qu’ils
soient, les prémices d’un changement sont là. A charge pour toutes
ces forces qui aspirent à contribuer à l’ancrage de l’Algérie dans
la voie démocratique de faire pression pour que l’on ne change pas
de cap. La médiatisation d’affaires scabreuses et de scandales
financiers, inimaginable il y a de cela quelques années seulement –
quand bien même pour certains dossiers, n’échappe pas au souci des
uns d’en découdre avec les autres – relève aussi de cette
démocratisation au forceps qui est en train de s’opérer. En prenant
à témoin l’opinion publique à travers quelques titres de la presse
écrite, on cherche aussi à se protéger contre l’effet boomerang qui
ne manquera pas d’en résulter. C’est pourquoi aussi il faut savoir
rester vigilant. L’enjeu en vaut la chandelle.
Nadia Kerraz
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