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Liban
Jeux dangereux
Une fois encore,
le Liban fait face à une tentative de déstabilisation dont le seul
but de le pousser vers le chaos et la guerre civile.
Tout commence
après l’adoption de la résolution 1559 par le Conseil de sécurité
visant à désarmer le Hezbollah. Puis l’assassinat, en février 2005,
de Rafik Hariri, suivi par d’autres attentats politiques visant des
personnalités accusant ouvertement la Syrie d’être derrière la mort
de Hariri et qui sont, de surcroît, favorables au désarmement du
Hezbollah. Et voilà que la série macabre, digne d’organisations
terroristes, reprend de plus belle avec l’assassinat, mercredi
dernier, en plein jour et devant témoins oculaires et sans voiture
piégée, du ministre libanais de l’Industrie, Pierre Gemayel (34 ans)
fils de l’ancien président Amine Gemayel et dirigeant de parti des
Kataeb.
Mais cette fois,
l’assassinat a eu lieu à peine 48 heures après une intervention de
Hassan Nasrallah qui annonçait un mouvement de l’opposition pour
réclamer le départ du gouvernement franchement proaméricain de Fouad
Siniora, ainsi que l’organisation d’élections législatives
anticipées, et ce, après le refus de l’élargissement du gouvernement
à des forces représentatives de la société libanaise. A la
différence de plusieurs pays arabes, l’opposition, au Liban, est
vraiment plurielle. Elle est loin d’être composée uniquement de
chiites (Hezbollah et Amal de Nabih Berri) ; on y trouve aussi bien
les chrétiens maronites du général Michel Aoun, des musulmans
sunnites (nationalistes et plusieurs autres tendances dont celle de
la Jamâa Islamiya de Fathi Yaken), le parti communiste libanais et
d’autres courants de la gauche libanaise qui soutiennent la
résistance.
L’assassinat de
Pierre Gemayel est donc survenu à un moment où la majorité très
relative se trouvait dans une mauvaise passe, non seulement sur le
plan gestion des affaires publiques, mais surtout après les
informations qui ont fait état du comportement de certains ministres
et pôles de cette majorité lors de l’agression israélienne. Le
divorce avec le Hezbollah devenait inévitable à partir du moment où
beaucoup, parmi la majorité, avaient exprimé leur souhait que les
frappes aériennes d’Israël ne cessent pas jusqu’à ce que les troupes
de la résistance soient très affaiblies. Cette accusation a été
portée officiellement contre certains ténors de la majorité
(certains cités nommément) aussi bien par le Hezbollah que par des
parties de l’opposition, sans qu’il n’y est un quelconque démenti.
La presse américaine a, d’ailleurs, largement contribué à faire
éclater certaines de ces vérités.
Provoquer le
Hezbollah
La perte de
vitesse des républicains aux Etats-Unis ne laisse pas beaucoup de
temps à la majorité gouvernante au Liban, totalement soutenue par W.
Bush, qui s’est empressé de réclamer un tribunal international avant
même que les dossiers des assassinats de Hariri et des autres ne
soient ficelés et que les accusés soient connus officiellement. A
moins de vouloir profiter des circonstances dues au lâche assassinat
du ministre libanais de l’Industrie pour accélérer l’accusation
contre la Syrie, même en l’absence de tout élément tangible prouvant
la culpabilité de Damas aussi bien dans l’assassinat de Hariri que
dans les autres attentats, y compris le dernier en date.
Cette attitude de
vouloir faire du régime de Bachar Al-Assad (certes un régime non
démocratique, mais la question n’est pas là) un souffre douleur pour
les libanais ne trompes plus personne. Et l’on ne peut que s’étonner
qu’au sein de la majorité gouvernante au Liban, que parmi une
certaine presse libanaise et une majorité de la presse occidentale,
la question essentielle, à savoir «à qui profite le crime ?» n’ait
jamais été posée après les attentats, et qu’à chaque fois c’est la
Syrie qui est désignée.
Si l’objectif de
cette démarche n’était pas clair au début, il le devient de plus en
plus au fil du temps. En fait, il s’agit surtout de cibler le
Hezbollah et le pousser à la faute. C’est vraisemblablement ce que
voulaient les commanditaires de l’assassinat de Pierre Gemayel.
Pourquoi le
Hezbollah ? Parce qu’il est tout simplement la pierre angulaire
l’opposition aux desseins des USA et d’Israël dans la région, et
qu’en plus il est arrivé à fédérer plusieurs tendances libanaises
autour de cette mission. Il se trouve que, par la force des choses,
s’opposer au gouvernement de Siniora devient un acte de résistance
contre les Etats-Unis.
Qui accuse qui
?
La provocation du
parti de Nasrallah devient plus évidente lorsqu’un ancien chef de
milice, Samir Gégé, impliqué dans plusieurs assassinats (dont celui
de Rachid Karamé, ancien Premier ministre) lors de la guerre civile
libanaise (années 1980), ose parler de «terrorisme» en évoquant le
Hezbollah. Drôle d’époque !
Alors que, depuis
sa création en 1982, le Hezbollah n’a jamais été impliqué dans des
assassinats interlibanais, certains veulent l’attirer vers ce
terrain.
D’autres
assassinats n’ont pourtant pas ébranlé cette classe politique qui se
revendique de la «liberté et de l’indépendance» du Liban. La mort
d’Elie Hobeika, l'ancien chef chrétien libanais de milice, par
l’explosion d’une voiture piégée devant son domicile, le 24 janvier
2002 dans une banlieue de Beyrouth, ne mérite-t-elle pas une
commission d’enquête ? Surtout lorsqu’on sait que Hobeika s’était
déclaré prêt à témoigner devant un tribunal belge lors du procès
(avorté à causes des pressions internationales et du lobby
pro-israélien) intenté contre l’ex-Premier ministre israélien, Ariel
Sharon, par des parents de victimes des massacres du camps de
réfugiés palestiniens de Sabra et de Chatila en 1982. Bizarrement,
la mort, dans des conditions atroces, de Hobeika n’a suscité aucune
interrogation. Certains n’hésitent pas à penser que le témoignage
d’Elie Hobeika aurait pu être particulièrement plus gênant pour
certaines parties libanaises connues pour leur sympathie à Israël
que pour Sharon dont personne ne doute de la responsabilité, au
moins passive, du massacre qui a coûté la vie à plusieurs milliers
de civils (femmes et enfants surtout) à Sabra et Chatila.
Quant à
l’assassinat de Pierre Gemayel, personne ne s’est interrogé sur les
circonstances de cet assassinat. Qui parmi ses proches était au
courant du déplacement du ministre (dans un cadre personnel) et dans
une voiture banalisée qu’il venait de recevoir depuis quatre jours,
comme l’indiquent certaines sources ? Qui pouvait savoir que c’est
le ministre lui-même qui allait conduire cette voiture?
Son assassinat
avait-il un lien avec le fait que son père (considéré comme le plus
modéré du groupe du «14 février») avait rencontré, quelques jours
auparavant et pendant plusieurs heures, l’ambassadeur iranien à
Beyrouth ? Toutes ces questions et d’autres n’ont, malheureusement,
pas été posées.
Où va le Liban
?
La tentative de
démonstration de force par la majorité gouvernementale, à l’occasion
de l’enterrement de Pierre Gemayel, ne semble pas avoir donné ses
fruits. Même la presse acquise à Hariri et à Gégé n’a pas osé donner
un grand chiffre de la modeste participation populaire de jeudi
dernier, se contentant de citer les agences de presse qui, comme
Reuters, annonçaient «quelque dizaines de milliers» de manifestants
ou comme l’AFP, qui faisait état de «plusieurs centaines de
milliers». Le gouvernement libanais sait que l’utilisation
politicienne de la mort du ministre de l’Industrie n’est plus
porteuse et que la fin de la trêve d’une semaine, annoncée par le
Hezbollah, va remettre l’initiative entre les mains de l’opposition.
D’autant que la création du tribunal international ne gêne nullement
cette dernière, qui n’a jamais refusé le principe mais qui a juste
estimé qu’il fallait attendre que la commission d’enquête de l’ONU
termine son travail et que soient désignés le ou les coupables de
l’assassinat de Hariri.
Le gouvernement
libanais va donc vivre des semaines difficiles. L’opposition semble
en mesure de lui mener la vie dure. Et si le gouvernement de Omar
Karamé est tombé en février 2005, sous la pression populaire
(dénommée la «révolution orange»), à la suite de l’assassinat de
Rafik Hariri, celui de Fouad Siniora ne va pas pouvoir résister
longtemps. Sauf si ses alliés américains tentent de le sauver… par
un bain de sang. Tout est possible.
Abdelkader
Djalil
Haut
Washington bat le rappel de ses alliés arabes pour «stabiliser»
l'Irak
Confrontée à une
situation de plus en plus désastreuse en Irak, l'administration
Bush, responsable au premier chef de cette situation, s'est lancée
dans une offensive diplomatique visant à associer les pays arabes
alliés à la «stabilisation» du pays et semble déterminée à peser
davantage sur le conflit israélo-palestinien. De quelle façon le
peut-elle tant elle est juge et partie dans ce conflit interminable
? La question reste posée. Cette série inhabituelle de déplacements
dans la région des plus hauts responsables américains (outre Bush et
Cheney, la secrétaire d'Etat Condoleezza Rice) marque la volonté de
Washington de battre le rappel de ses alliés en prélude à une
révision annoncée de sa politique irakienne. Une nouvelle stratégie
qui préserverait bien entendu ses intérêts dans la région.
Quelques jours
avant le départ de George Bush pour Amman, où il rencontrera en fin
de semaine le chef du gouvernement irakien Nouri al-Maliki, son
vice-président était en Arabie saoudite. Dick Cheney a invité le
royaume à user de son influence auprès de la communauté sunnite, qui
fournit le gros des effectifs de la guérilla irakienne. Cette visite
chez l'un des principaux alliés de Washington dans la région
intervient à un moment particulièrement troublé qui laisse craindre
une aggravation généralisée : crise potentiellement explosive au
Liban, blocage israélo-palestinien, persistance du bras de fer sur
le nucléaire iranien... La rencontre Bush-Maliki, annoncée par la
Maison-Blanche, aura tous les airs d'une réunion de crise après la
vague d'attentats, dont celui qui a fait plus de 215 morts dans le
quartier chiite de Sadr City, à Bagdad. Ce nouvel épisode sanglant,
attribué à la rébellion sunnite, a aggravé la crise. Ces violences,
les plus meurtrières depuis l'invasion anglo-américaine du printemps
2003, montrent combien la situation échappe au gouvernement irakien,
incapable ne serait-ce que de ralentir le rythme des attentats.
La fragile
coalition soutenant le gouvernement de Bagdad menace de s'effondrer
: le parti sadriste, proche de l'imam chiite Moqtada al-Sadr, chef
de l'Armée du Mahdi, a menacé de retirer son soutien au chef du
gouvernement s'il rencontrait Bush. Les Nations unies estiment que
la violence fait en moyenne 120 morts par jour en Irak et que 100
000 personnes fuient chaque mois le pays. L’attentat de Sadr City
marque une véritable descente aux enfers qui illustre à quel point
l'antagonisme entre chiites et sunnites s'est aggravé ces derniers
mois. Les différentes communautés se replient sur elles-mêmes et
confient leur protection aux milices, n'ayant aucune confiance en
une armée irakienne réduite en force supplétive de l’armée
d’occupation US et dont certaines unités sont accusées de collusion
avec les "escadrons de la mort". Quelques semaines avant ce
développement dramatique de la situation, sans précédent depuis
l'invasion de l'armée américaine, la défaite républicaine aux
élections de mi-mandat, largement imputée à la situation en Irak,
avait d'ores et déjà contraint Washington à entamer un réexamen de
sa stratégie. A Londres comme dans la plupart des capitales
européennes, on suggère à George Bush de s'investir davantage dans
le règlement d'un conflit israélo-palestinien au cœur du conflit
dans au Moyen-Orient. Beaucoup plus en retrait que ses prédécesseurs
sur ce dossier qu’il a envenimé, le Président des Etats-Unis,
plongé jusqu’au cou dans le bourbier irakien, pourrait, selon
certains observateurs optimistes, se montrer sensibles aux conseils
de ses partenaires européens ou de membres de l'équipe de son père,
tels l'ancien secrétaire d'Etat James Baker qui co-préside un groupe
d'étude sur l'Irak, ou Robert Gates, successeur de Donald Rumsfeld à
la tête du Pentagone, pour tenter de trouver une sortie sur le
dossier irakien ou encore faire pression sur Israël qui a mis en
coupe réglée les territoires palestiniens. Mais on en est encore
loin…
"En se rendant en
Jordanie pour y rencontrer Maliki, Bush s'investit dans un dialogue
multilatéral sur le Proche-Orient", note David Rothkopf, chercheur à
la fondation Carnegie pour la paix, selon lequel la stabilité de
l'Irak dépend de celle de la région tout entière. "Tous les
problèmes du Proche-Orient sont liés et on ne peut en résoudre un
sans régler les autres", confirme un diplomate arabe. Washington a
sollicité récemment l'aide d'Amman, de Ryad ou du Caire pour tenter
de relancer le processus de paix israélo-palestinien et les
partisans d'un dialogue avec la Syrie et l'Iran, puissances
régionales incontournables, se montrent de plus en plus insistants
au Congrès. Mais les membres de l'administration Bush tentent
d’exclure cette option, préférant s'en remettre aux pays arabes
alliés, tant en ce qui concerne l'Irak que le Proche-Orient. "Ils
veulent également dissiper les craintes de voir les Etats-Unis
quitter l'Irak trop tôt. La grande inquiétude dans la région, c'est
la stabilité", affirme un analyste.
A l'occasion de
l'assemblée générale annuelle des Nations unies, en septembre, Bush
s'est engagé à faire de la relance du processus de paix au
Proche-Orient l'une des priorités de la fin de son mandat et a
confié ce dossier à Condoleezza Rice. D’où les doutes quant à
l’aboutissement à un résultat concret et durable… La secrétaire
d’Etat assistera ensuite à une conférence régionale sur les rives
de la mer Morte. David Welch et Elliot Adams (très proche du lobby
sioniste), les deux «spécialistes» du Proche-Orient au sein de
l'équipe Bush, ont par ailleurs multiplié les navettes dans la
région, ces dernières semaines, pour tenter de donner un tour
palpable à l'engagement présidentiel. Tout dépendra en outre de
l'issue des négociations interpalestiniennes sur la formation d'un
gouvernement d'union, qui pourrait se substituer à l'équipe formée
par le Hamas et boycottée par les puissances occidentales, a affirmé
un membre de l'administration américaine.
Côté démocrate, on
souligne, à l'intention d'un gouvernement désormais privé de l'appui
du Congrès, qu'il est plus aisé de négocier en position de force.
Mais toutes ces tractations semblent vouées à l’échec du fait que
l’administration Bush continue de pointer du doigt la Syrie et
l’Iran en leur imputant tous les maux de la région, marginalise le
Hamas palestinien et attise les divisions au Liban.
L. H.
Haut
Bush aurait écarté une note de la CIA sur le nucléaire iranien
La Maison-Blanche
a écarté une note classée de la CIA concluant à l'absence de preuve
manifeste sur le développement par l'Iran d'un programme nucléaire
militaire secret, écrit le New Yorker. La CIA a procédé à cette
analyse des ambitions nucléaires iraniennes en se fondant sur des
renseignements techniques obtenus par satellite et sur d'autres
éléments tels que des mesures de radioactivité d'échantillons d'eau,
affirme le journaliste Seymour Hersh, spécialiste reconnu des
affaires de renseignement, dans cet article. "La CIA n'a découvert
aucune preuve manifeste, à ce jour, d'un programme secret d'armement
nucléaire en Iran développé parallèlement aux opérations civiles que
l'Iran a déclaré à l'Agence internationale de l'Energie atomique",
est-il écrit dans cet article. "Un responsable actuel des services
de renseignement a confirmé l'existence de cette analyse de la CIA
et m'a déclaré que la Maison blanche y avait été hostile", poursuit
Hersh.
Les Etats-Unis
accusent l'Iran de chercher à se doter d'un arsenal nucléaire sous
le couvert d'un programme civil, ce que dément Téhéran. La
Maison-Blanche n'a pas répliqué directement aux affirmations de
Seymour Hersh, mais elle a qualifié son article de "tissu d'erreurs"
dans la lignée d'une "série d'articles bourrés d'inexactitudes au
sujet de l'administration Bush".
L'article de
Seymour Hersh évoque aussi la façon dont le vice-président Dick
Cheney envisageait le traitement du cas iranien par l'administration
de George Bush au cas où le Parti républicain perdrait le contrôle
du Congrès lors des élections du 7 novembre, ce qui a finalement été
le cas.
"Le vice-président
a dit que si les démocrates gagnaient le 7 novembre, cette victoire
n'empêcherait pas l'administration d'envisager une option militaire
au sujet de l'Iran", écrit Seymour Hersh.
Haut
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