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Semaine du 29 novembre au 5 décembre 2006

 

Liban

Jeux dangereux

Washington bat le rappel de ses alliés arabes pour «stabiliser» l'Irak

Bush aurait écarté une note de la CIA sur le nucléaire iranien

 

 
 
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Jeux dangereux

Une fois encore, le Liban fait face à une tentative de déstabilisation dont le seul but de le pousser vers le chaos et la guerre civile.

Tout commence après l’adoption de la résolution 1559 par le Conseil de sécurité visant à désarmer le Hezbollah. Puis l’assassinat, en février 2005, de Rafik Hariri, suivi par d’autres attentats politiques visant des personnalités accusant ouvertement la Syrie d’être derrière la mort de Hariri et qui sont, de surcroît, favorables au désarmement du Hezbollah. Et voilà que la série macabre, digne d’organisations terroristes, reprend de plus belle avec l’assassinat, mercredi dernier, en plein jour et devant témoins oculaires et sans voiture piégée, du ministre libanais de l’Industrie, Pierre Gemayel (34 ans) fils de l’ancien président Amine Gemayel et dirigeant de parti des Kataeb.

Mais cette fois, l’assassinat a eu lieu à peine 48 heures après une intervention de Hassan Nasrallah qui annonçait un mouvement de l’opposition pour réclamer le départ du gouvernement franchement proaméricain de Fouad Siniora, ainsi que l’organisation d’élections législatives anticipées, et ce, après le refus de l’élargissement du gouvernement à des forces représentatives de la société libanaise. A la différence de plusieurs pays arabes, l’opposition, au Liban, est vraiment plurielle. Elle est loin d’être composée uniquement de chiites (Hezbollah et Amal de Nabih Berri) ; on y trouve aussi bien les chrétiens maronites du général Michel Aoun, des musulmans sunnites (nationalistes et plusieurs autres tendances dont celle de la Jamâa Islamiya de Fathi Yaken), le parti communiste libanais et d’autres courants de la gauche libanaise qui soutiennent la résistance.

L’assassinat de Pierre Gemayel est donc survenu à un moment où la majorité très relative se trouvait dans une mauvaise passe, non seulement sur le plan gestion des affaires publiques, mais surtout après les informations qui ont fait état du comportement de certains ministres et pôles de cette majorité lors de l’agression israélienne. Le divorce avec le Hezbollah devenait inévitable à partir du moment où beaucoup, parmi la majorité, avaient exprimé leur souhait que les frappes aériennes d’Israël ne cessent pas jusqu’à ce que les troupes de la résistance soient très affaiblies. Cette accusation a été portée officiellement contre certains ténors de la majorité (certains cités nommément) aussi bien par le Hezbollah que par des parties de l’opposition, sans qu’il n’y est un quelconque démenti. La presse américaine a, d’ailleurs, largement contribué à faire éclater certaines de ces vérités.

Provoquer le Hezbollah

La perte de vitesse des républicains aux Etats-Unis ne laisse pas beaucoup de temps à la majorité gouvernante au Liban, totalement soutenue par W. Bush, qui s’est empressé de réclamer un tribunal international avant même que les dossiers des assassinats de Hariri et des autres ne soient ficelés et que les accusés soient connus officiellement. A moins de vouloir profiter des circonstances dues au lâche assassinat du ministre libanais de l’Industrie pour accélérer l’accusation contre la Syrie, même en l’absence de tout élément tangible prouvant la culpabilité de Damas aussi bien dans l’assassinat de Hariri que dans les autres attentats, y compris le dernier en date.

Cette attitude de vouloir faire du régime de Bachar Al-Assad (certes un régime non démocratique, mais la question n’est pas là) un souffre douleur pour les libanais ne trompes plus personne. Et l’on ne peut que s’étonner qu’au sein de la majorité gouvernante au Liban, que parmi une certaine presse libanaise et une majorité de la presse occidentale, la question essentielle, à savoir «à qui profite le crime ?» n’ait jamais été posée après les attentats, et qu’à chaque fois c’est la Syrie qui est désignée.

Si l’objectif de cette démarche n’était pas clair au début, il le devient de plus en plus au fil du temps. En fait, il s’agit surtout de cibler le Hezbollah et le pousser à la faute. C’est vraisemblablement ce que voulaient les commanditaires de l’assassinat de Pierre Gemayel.

Pourquoi le Hezbollah ? Parce qu’il est tout simplement la pierre angulaire l’opposition aux desseins des USA et d’Israël dans la région, et qu’en plus il est arrivé à fédérer plusieurs tendances libanaises autour de cette mission. Il se trouve que, par la force des choses, s’opposer au gouvernement de Siniora devient un acte de résistance contre les Etats-Unis.

Qui accuse qui ?

La provocation du parti de Nasrallah devient plus évidente lorsqu’un ancien chef de milice, Samir Gégé, impliqué dans plusieurs assassinats (dont celui de Rachid Karamé, ancien Premier ministre) lors de la guerre civile libanaise (années 1980), ose parler de  «terrorisme» en évoquant le Hezbollah. Drôle d’époque !

Alors que, depuis sa création en 1982, le Hezbollah n’a jamais été impliqué dans des assassinats interlibanais, certains veulent l’attirer vers ce terrain.

D’autres assassinats n’ont pourtant pas ébranlé cette classe politique qui se revendique de la «liberté et de l’indépendance» du Liban. La mort d’Elie Hobeika, l'ancien chef chrétien libanais de milice, par l’explosion d’une voiture piégée devant son domicile, le 24 janvier 2002 dans une banlieue de Beyrouth, ne mérite-t-elle pas une commission d’enquête ? Surtout lorsqu’on sait que Hobeika s’était déclaré prêt à témoigner devant un tribunal belge lors du procès (avorté à causes des pressions internationales et du lobby pro-israélien) intenté contre l’ex-Premier ministre israélien, Ariel Sharon, par des parents de victimes des massacres du camps de réfugiés palestiniens de Sabra et de Chatila en 1982. Bizarrement, la mort, dans des conditions atroces, de Hobeika n’a suscité aucune interrogation. Certains n’hésitent pas à penser que le témoignage d’Elie Hobeika aurait pu être particulièrement plus gênant pour certaines parties libanaises connues pour leur sympathie à Israël que pour Sharon dont personne ne doute de la responsabilité, au moins passive, du massacre qui a coûté la vie à plusieurs milliers de civils (femmes et enfants surtout) à Sabra et Chatila.

Quant à l’assassinat de Pierre Gemayel, personne ne s’est interrogé sur les circonstances de cet assassinat. Qui parmi ses proches était au courant du déplacement du ministre (dans un cadre personnel) et dans une voiture banalisée qu’il venait de recevoir depuis quatre jours, comme l’indiquent certaines sources ? Qui pouvait savoir que c’est le ministre lui-même qui allait conduire cette voiture?

Son assassinat avait-il un lien avec le fait que son père (considéré comme le plus modéré du groupe du «14 février») avait rencontré, quelques jours auparavant et pendant plusieurs heures, l’ambassadeur iranien à Beyrouth ? Toutes ces questions et d’autres n’ont, malheureusement, pas été posées.

Où va le Liban ?

La tentative de démonstration de force par la majorité gouvernementale, à l’occasion de l’enterrement de Pierre Gemayel, ne semble pas avoir donné ses fruits. Même la presse acquise à Hariri et à Gégé n’a pas osé donner un grand chiffre de la modeste participation populaire de jeudi dernier, se contentant de citer les agences de presse qui, comme Reuters, annonçaient «quelque dizaines de milliers» de manifestants ou comme l’AFP, qui faisait état de «plusieurs centaines de milliers». Le gouvernement libanais sait que l’utilisation politicienne de la mort du ministre de l’Industrie n’est plus porteuse et que la fin de la trêve d’une semaine, annoncée par le Hezbollah, va remettre l’initiative entre les mains de l’opposition. D’autant que la création du tribunal international ne gêne nullement cette dernière, qui n’a jamais refusé le principe mais qui a juste estimé qu’il fallait attendre que la commission d’enquête de l’ONU termine son travail et que soient désignés le ou les coupables de l’assassinat de Hariri.

Le gouvernement libanais va donc vivre des semaines difficiles. L’opposition semble en mesure de lui mener la vie dure. Et si le gouvernement de Omar Karamé est tombé en février 2005, sous la pression populaire (dénommée la «révolution orange»), à la suite de l’assassinat de Rafik Hariri, celui de Fouad Siniora ne va pas pouvoir résister longtemps. Sauf si ses alliés américains tentent de le sauver… par un bain de sang. Tout est possible.

Abdelkader Djalil

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Washington bat le rappel de ses alliés arabes pour «stabiliser» l'Irak

Confrontée à une situation de plus en plus désastreuse en Irak, l'administration Bush, responsable au premier chef de cette situation, s'est lancée dans une offensive diplomatique visant à associer les pays arabes alliés à la «stabilisation» du pays et semble déterminée à peser davantage sur le conflit israélo-palestinien. De quelle façon le peut-elle tant elle est juge et partie dans ce conflit interminable ? La question reste posée. Cette série inhabituelle de déplacements dans la région des plus hauts responsables américains (outre Bush et Cheney, la secrétaire d'Etat Condoleezza Rice) marque la volonté de Washington de battre le rappel de ses alliés en prélude à une révision annoncée de sa politique irakienne. Une nouvelle stratégie qui préserverait bien entendu ses intérêts dans la région.

Quelques jours avant le départ de George Bush pour Amman, où il rencontrera en fin de semaine le chef du gouvernement irakien Nouri al-Maliki, son vice-président était en Arabie saoudite. Dick Cheney a invité le royaume à user de son influence auprès de la communauté sunnite, qui fournit le gros des effectifs de la guérilla irakienne. Cette visite chez l'un des principaux alliés de Washington dans la région intervient à un moment particulièrement troublé qui laisse craindre une aggravation généralisée : crise potentiellement explosive au Liban, blocage israélo-palestinien, persistance du bras de fer sur le nucléaire iranien... La rencontre Bush-Maliki, annoncée par la Maison-Blanche, aura tous les airs d'une réunion de crise après la vague d'attentats, dont celui qui a fait plus de 215 morts dans le quartier chiite de Sadr City, à Bagdad. Ce nouvel épisode sanglant, attribué à la rébellion sunnite, a aggravé la crise. Ces violences, les plus meurtrières depuis l'invasion anglo-américaine du printemps 2003, montrent combien la situation échappe au gouvernement irakien, incapable ne serait-ce que de ralentir le rythme des attentats.

La fragile coalition soutenant le gouvernement de Bagdad menace de s'effondrer : le parti sadriste, proche de l'imam chiite Moqtada al-Sadr, chef de l'Armée du Mahdi, a menacé de retirer son soutien  au chef du gouvernement s'il rencontrait Bush. Les Nations unies estiment que la violence fait en moyenne 120 morts par jour en Irak et que 100 000 personnes fuient chaque mois le pays. L’attentat de Sadr City marque une véritable descente aux enfers qui illustre à quel point l'antagonisme entre chiites et sunnites s'est aggravé ces derniers mois. Les différentes communautés se replient sur elles-mêmes et confient leur protection aux milices, n'ayant aucune confiance en une armée irakienne réduite en force supplétive de l’armée d’occupation US et dont certaines unités sont accusées de collusion avec les "escadrons de la mort". Quelques semaines avant ce développement dramatique de la situation, sans précédent depuis l'invasion de l'armée américaine, la défaite républicaine aux élections de mi-mandat, largement imputée à la situation en Irak, avait d'ores et déjà contraint Washington à entamer un réexamen de sa stratégie. A Londres comme dans la plupart des capitales européennes, on suggère à George Bush de s'investir davantage dans le règlement d'un conflit israélo-palestinien au cœur du conflit dans au Moyen-Orient. Beaucoup plus en retrait que ses prédécesseurs sur ce dossier qu’il a envenimé,  le Président des Etats-Unis, plongé jusqu’au cou dans le bourbier irakien, pourrait, selon certains observateurs optimistes, se montrer sensibles aux conseils de ses partenaires européens ou de membres de l'équipe de son père, tels l'ancien secrétaire d'Etat James Baker qui co-préside un groupe d'étude sur l'Irak, ou Robert Gates, successeur de Donald Rumsfeld à la tête du Pentagone, pour tenter de trouver une sortie sur le dossier irakien ou encore faire pression sur Israël qui a mis en coupe réglée les territoires palestiniens. Mais on en est encore loin…

"En se rendant en Jordanie pour y rencontrer Maliki, Bush s'investit dans un dialogue multilatéral sur le Proche-Orient", note David Rothkopf, chercheur à la fondation Carnegie pour la paix, selon lequel la stabilité de l'Irak dépend de celle de la région tout entière. "Tous les problèmes du Proche-Orient sont liés et on ne peut en résoudre un sans régler les autres", confirme un diplomate arabe. Washington a sollicité récemment l'aide d'Amman, de Ryad ou du Caire pour tenter de relancer le processus de paix israélo-palestinien et les partisans d'un dialogue avec la Syrie et l'Iran, puissances régionales incontournables, se montrent de plus en plus insistants au Congrès. Mais les membres de l'administration Bush tentent d’exclure cette option, préférant s'en remettre aux pays arabes alliés, tant en ce qui concerne l'Irak que le Proche-Orient. "Ils veulent également dissiper les craintes de voir les Etats-Unis quitter l'Irak trop tôt. La grande inquiétude dans la région, c'est la stabilité", affirme un analyste.

A l'occasion de l'assemblée générale annuelle des Nations unies, en septembre, Bush s'est engagé à faire de la relance du processus de paix au Proche-Orient l'une des priorités de la fin de son mandat et a confié ce dossier à Condoleezza Rice. D’où les doutes quant à l’aboutissement à un  résultat concret et durable… La secrétaire d’Etat  assistera ensuite à une conférence régionale sur les rives de la mer Morte. David Welch et Elliot Adams (très proche du lobby sioniste), les deux «spécialistes» du Proche-Orient au sein de l'équipe Bush, ont par ailleurs multiplié les navettes dans la région, ces dernières semaines, pour tenter de donner un tour palpable à l'engagement présidentiel. Tout dépendra en outre de l'issue des négociations interpalestiniennes sur la formation d'un gouvernement d'union, qui pourrait se substituer à l'équipe formée par le Hamas et boycottée par les puissances occidentales, a affirmé un membre de l'administration américaine.

Côté démocrate, on souligne, à l'intention d'un gouvernement désormais privé de l'appui du Congrès, qu'il est plus aisé de négocier en position de force. Mais toutes ces tractations semblent vouées à l’échec du fait que l’administration Bush continue de pointer du doigt la Syrie et l’Iran en leur imputant tous les maux de la région, marginalise le Hamas palestinien et attise les divisions au Liban.

L. H.

 

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Bush aurait écarté une note de la CIA sur le nucléaire iranien

La Maison-Blanche a écarté une note classée de la CIA concluant à l'absence de preuve manifeste sur le développement par l'Iran d'un programme nucléaire militaire secret, écrit le New Yorker. La CIA a procédé à cette analyse des ambitions nucléaires iraniennes en se fondant sur des renseignements techniques obtenus par satellite et sur d'autres éléments tels que des mesures de radioactivité d'échantillons d'eau, affirme le journaliste Seymour Hersh, spécialiste reconnu des affaires de renseignement, dans cet article. "La CIA n'a découvert aucune preuve manifeste, à ce jour, d'un programme secret d'armement nucléaire en Iran développé parallèlement aux opérations civiles que l'Iran a déclaré à l'Agence internationale de l'Energie atomique", est-il écrit dans cet article. "Un responsable actuel des services de renseignement a confirmé l'existence de cette analyse de la CIA et m'a déclaré que la Maison blanche y avait été hostile", poursuit Hersh.

Les Etats-Unis accusent l'Iran de chercher à se doter d'un arsenal nucléaire sous le couvert d'un programme civil, ce que dément Téhéran. La Maison-Blanche n'a pas répliqué directement aux affirmations de Seymour Hersh, mais elle a qualifié son article de "tissu d'erreurs" dans la lignée d'une "série d'articles bourrés d'inexactitudes au sujet de l'administration Bush".

L'article de Seymour Hersh évoque aussi la façon dont le vice-président Dick Cheney envisageait le traitement du cas iranien par l'administration de George Bush au cas où le Parti républicain perdrait le contrôle du Congrès lors des élections du 7 novembre, ce qui a finalement été le cas.

"Le vice-président a dit que si les démocrates gagnaient le 7 novembre, cette victoire n'empêcherait pas l'administration d'envisager une option militaire au sujet de l'Iran", écrit Seymour Hersh.

 

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