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Remaniement
gouvernemental
Pas de fumée sans feu
Difficile de ne pas voir dans la conjonction de déclarations et de
rumeurs insistantes les prémices d'un remaniement gouvernemental. A
supposer qu'effectivement il n’y ait aucun projet de remaniement, il
semble en tous les cas qu'il est espéré et attendu par beaucoup.
La dernière à avoir parlé de départ de ministres, c'est Louisa
Hanoune, député et porte-parole du Parti des travailleurs, le PT.
Cette femme politique qui a des idées précises sur tout et sur la
manière de faire de la politique, insiste pour que l'on opère un
"assainissement" du climat politique avant les élections
législatives et locales de 2007. Cet assainissement serait mené par
le président de la République et son chef du gouvernement et elle
est prête à y apporter son soutien. En quoi consisterait cet
assainissement ? Pour Louisa Hanoune, il serait cantonné au départ
de deux ministres : celui de l'Energie Chakib Khelil et celui de la
Participation et de la Promotion des investissements, Hamid Temmar.
Au-delà des considérations qui font faire ces choix à Mme Hanoune,
la manière avec laquelle elle analyse la situation politique, si
tant est qu'elle doit dissiper les confusions qu'elle constate, elle
ne fait qu'en ajouter en définitive. La manière de présenter deux
ministres "expiatoires" semble plus être une réponse de la
porte-parole du PT quant à l'éventualité, apparemment certaine, d'un
prochain remaniement gouvernemental. Deux ministres dont les options
économiques sont diamétralement opposées de ceux de Louisa Hanoune,
pour préserver justement l'essentiel. Préserver notamment un chef
du gouvernement qui partage avec elle beaucoup d'idées politiques.
Car si elle explique les raisons idéologiques du choix de ces deux
ministres elle met en évidence, une Charte de réconciliation plus
tard, "la persistance du terrorisme et de la crise politique". Car
en définitive, l'échec des options économiques – un peu trop
libérales à ses yeux dans une situation d'embellie financière – ne
sont rien à côté de ce qu'elle dénonce comme crimes et recrudescence
de l'insécurité.
D'ailleurs, n'est-ce pas là les termes d'un troc : deux ministres
libéraux contre un chef du gouvernement dont on se demande quelle
utilité politique il peut encore avoir ?
Abdelaziz Belkhadem a été un fervent défenseur de la Charte pour la
réconciliation nationale et un artisan majeur de la remise sur
rails du FLN. Il était l'homme à suivre pour comprendre le
fonctionnement du système politique algérien jusqu'au moment où tout
a basculé. C'est effectivement le même Belkhadem qui, après avoir
laissé entendre clairement que les anciens du FIS pourraient
reprendre leurs activités politiques, annonce devant les hommes
d'affaires arabes, alors que rien ne l'y obligeait, que les anciens
du FIS – certainement ceux qui s'apprêtaient à rentrer après le
retour triomphal de Kébir – qu'ils n'auront plus jamais le droit
d'exercer des activités politiques. A croire donc que les promesses
supposées ou réelles faites à Kébir sont caduques.
Cette déclaration, ou ce revirement, qui intervient dans une
situation de flou, de report sine die du projet de nouvelle
Constitution, donne à penser qu'il n’y a plus rien à attendre de
Belkhadem. Du moins ceux qui attendaient – les anciens du FIS,
notamment à l'étranger, qui étaient tentés de préparer des
initiatives politiques – des gestes, un soutien ou une aide de
Belkhadem doivent regretter d'avoir cru que l'homme pouvait changer
radicalement une situation au départ en totale défaveur pour eux à
leur avantage.
Cela confirme-t-il que Belkhadem s'en va, comme croient le savoir
certains journaux ? Il est vrai que les remaniements ont toujours
été précédés de bruits et de folles rumeurs, parfois de long mois
avant qu'ils n'aient lieu, mais ce que l'on constate cette fois,
c'est cette conjonction de déclarations qui tendent à confirmer
cette éventualité. Reste bien sûr à avoir la configuration de ce
futur gouvernement, si tant est que nous sommes à quelques semaines
de ce remaniement possible.
Pures spéculations ?
En fait, depuis le début du mois, des déclarations de responsables
politiques, et pas des moindres, sont plus ou moins allés dans le
sens de ce possible remaniement. Bouguerra Soltani, ministre d'Etat,
avait indiqué que des ministres allaient partir. En visite à Aïn
Témouchent le 11 novembre, Soltani avait déclaré, lors d'une
conférence de presse, qu'"au cours des prochaines semaines, il y
aura certainement des ministres qui seront remerciés et de nouveaux
qui seront nommés", ajoutant qu’"il faut changer certains ministres
qui ont beaucoup travaillé et sont fatigués, et faire appel à de
nouvelles énergies et compétences".
Qui sont ces ministres fatigués ? Le ministre de l'Intérieur, qui a
été souffrant en 2005, presque au même moment que le président
Bouteflika. Des ministres qui sont là depuis plus d'une dizaine
d'années, résistant à tous les remaniements successifs. Soltani
précise tout de même que le changement de gouvernement ou de
ministres est une des prérogatives du seul président de la
République et que c'est à lui de décider de la manière et des
modalités.
Belkhadem également n'avait pas éludé l'éventualité d'un
remaniement, considérant qu'il s'agit là d'une des attributions du
président de la République.
Quant aux raisons qui doivent présider à un changement de l'équipe
gouvernementale, il y a cette situation de mollesse apparente dans
laquelle semble baigner l'actuel Exécutif. Ce qui est ressenti,
c'est surtout cette propension à faire du surplace.
Et puis, il y a les engagements internationaux de l'Algérie,
notamment la future adhésion à l'OMC, alors qu'il est demandé au
pays plus de volontarisme dans son action de libéralisation. On
parle des banques, des transports et des services et la rapidité
d'action passerait donc par un remaniement ministériel.
Mais il va sans dire que ce ne sont pas les seules réserves de l'OMC
qui obligeraient l'Algérie à changer de gouvernement. Plus que
jamais, la situation interne est marquée par des incertitudes et des
hésitations alors qu'il semblait que le temps des atermoiements
était fini et que les choix stratégiques avaient été définitivement
faits. Outre les dispositions de la Charte sur la réconciliation
nationale, une réhabilitation politique des anciens dirigeants du
FIS, l'adoption d'une nouvelle Constitution et une mainmise complète
du FLN sur la scène politique. Il semble que tout soit à revoir.
Amine Esseghir
Haut
Alliance présidentielle
Vidée de sa substance
Notre scène politique fait peine à voir. Pour qui prend la peine de
scruter ce qui s’y passe, il n’y a aucun doute que le résultat n’est
pas reluisant. En effet, malgré le multipartisme qui existe depuis
l’explosion de 1988, les acteurs politiques pataugent. Signe que
nous somme encore loin d’atteindre la maturité politique nécessaire
pour provoquer de vrais changements. L’exemple le plus simple est
celui de l’alliance présidentielle qui a fini par n’être plus que
l’ombre d’elle-même. Ceux qui, au départ, devaient s’allier pour
défendre et soutenir le programme du président de la République
n’arrivent pas à surmonter les divergences qui les divisent.
Tout le monde s’était imaginé que l’alliance présidentielle avait un
bel avenir et de beaux jours devant elle. D’autant que c’était la
première fois où l’on voyait des partis politiques, dont la tendance
n’est pas forcément la même, s’allier pour soutenir le programme du
président Bouteflika, et par la même, faire bloc contre les autres
partis qui essayeraient de faire opposition.
L’expérience était intéressante de par sa nouveauté, car on l’a vu
sur le terrain, chaque parti ambitionne de réussir par lui-même et
pour son propre compte.
La campagne électorale menée par chacun des partis peut à elle seule
signifier cette rage de vaincre et d’arriver, même aux dépens des
autres. L’agressivité affichée par chacun, lors des campagnes, n’a
d’égale que la volonté de réussir et d’arriver. Alors quand, pour la
première fois, des partis se sont réunis et ont décidé de constituer
une alliance avec le président de la République, tout le monde était
un peu surpris par cette manœuvre. Car ces partis ne s’entendent pas
sur beaucoup de points et parfois l’essence même de leur politique
est différente, mais ils ont décidé de dépasser ces différences et
faire front commun. Cela veut sûrement dire que les responsables de
ces formations ont pris conscience de l’importance qu’il y avait à
dépasser leurs divergences pour l’intérêt de tout le monde.
Le président de la République a donc trouvé en cette alliance une
force et un soutien appréciables. Il était surtout assuré de la voir
soutenir la plupart de ses démarches. C’était autant de temps et
d’efforts gagnés face à une opposition, il faut le dire, pas
toujours très présente, même si de temps à autre elle trouve la
force de se manifester avant de retourner à son hibernation.
Mais au fil du temps, l’alliance présidentielle a perdu de sa force
et a été gangrenée par des divergences qui font qu’elle n’est plus,
par les temps qui courent, que l’ombre d’elle-même. Ceux qui, un
jour, ont décidé d’être présents jusqu’au bout pour soutenir toutes
les démarches du Président, n’arrivent désormais plus à s’entendre.
Il y a déjà un moment que les observateurs ont remarqué que les
partis de l’alliance présidentielle ne sont plus sur la même
longueur d’ondes. Cette attitude était plus visible déjà dès cet
été, quand chacun s’est mis à affûter ses armes et àse préparer à la
rentrée sociale.
En effet, si le FLN et le MSP ont fait comme les autres et organisé
leur université d’été presque en même temps, le RND, lui, a choisi,
cette année, d’adopter une autre approche. Ainsi, au lieu de faire
comme les autres "alliés", le RND a préféré, pour être prêt pour les
échéances électorales, mobiliser ses troupes dans toutes les
localités, et ce, pour établir une liste de tous les problèmes que
vivent les citoyens. Ce choix différent était peut-être une façon
pour les partis d’approfondir un peu plus le fossé qui s’est creusé.
Car souvent ce sont de petits détails, parfois insignifiants, qui
signifient que la discorde est déjà là, que le ver est dans le
fruit.
La suite finira, bien sûr, par éclater au grand jour. Et si
jusque-là les partis de l’alliance présidentielle n’ont pas étalé
toutes leurs divergences, il est clair que beaucoup de points les
divisent. La révision de la Constitution illustre, on ne peut mieux,
cette division. En effet, si ces partis ne s’opposent pas à cette
révision, il faut croire qu’ils n’arrivent pas du tout à trouver un
terrain d’entente quant à la nature du régime qu’il faudrait
désormais instaurer.
Si le RND estime que le régime semi-présidentiel est le meilleur
système valable pour l’Algérie, comme l’a confirmé le secrétaire
général du RND, Ahmed Ouyahia, sur les ondes de la Chaîne II,
Aboudjerra Soltani et Abdelaziz Belkhadem appuient fortement l’idée
de l’institution d’un régime présidentiel. Il faut croire qu’arrivée
à ce stade, la divergence touche le fond, car ce n’est pas tellement
la forme que prendra le système politique chez nous, mais surtout
sur la configuration que véhiculera ce système.
Ce qui revient à dire que les partis de l’alliance présidentielle
sont en réel déphasage et qu’au lieu de soutenir les démarches du
président de la République, ils passent leur temps à signifier leurs
différends.
Une interrogation s’impose tout de même. Pourquoi cette alliance qui
avait si bien démarré se retrouve-t-elle presque dans l’impasse ?
Comment se fait-il que ces partis, qui auraient pu devenir un pôle
politique important, se retrouvent à œuvrer chacun de son côté ?
Pourquoi cette force qui aurait dû donner l’exemple aux autres
tendances qui existent sur la scène politique afin qu’ils se
regroupent et unissent leurs efforts pour atteindre leurs objectifs
se déchire ?
Faut-il voir dans cet échec un manque de maturité de nos acteurs
politiques qui, comme chacun le sait, manœuvrent pour avoir plus de
poids et plus d’influence sur la scène politique, ou bien faut-il
croire que le projet de l’alliance présidentielle était voué à
l’échec dès le départ, car l’essence politique de chacun des partis
est aux antipodes de celle des autres ? La réalité du terrain nous
force à croire qu’il y a un peu des deux, mais surtout de la
première hypothèse. Car, quoi qu’on dise, notre expérience du
multipartisme est encore toute récente, ce qui fait de nous des
novices en matière de démocratie, la vraie, celle où les avis
contraires sont écoutés, pas celle de façade qui fait croire à ceux
qui voient de l’extérieur que les règles du jeu sont claires et
transparentes alors que la réalité, celle de tous ne peuvent pas
voir, est en fait tout autre.
Ce clivage entre les partis qui se sont entendus pour œuvrer dans la
même voie et pour le même but, a pour origine les intérêts de chaque
parti qui calcule ce qu’il peut tirer des législatives et de la
révision de la Constitution… Autant de projets qui peuvent donner
plus de poids et d’influence à un parti ou, au contraire, le réduire
à moins que rien.
Khadidja Mohamed Bouziane
Haut
Révision de la Constitution
Le brouillard s’estompe
Ce mois de novembre aura été riche en rebondissements politiques.
Mieux est-il permis de déduire, il aura été celui des
clarifications. Faut-il s’en étonner ? Non dans la mesure où cette
navigation à vue n’était pas sans danger sur la stabilité du pays.
Certes le danger est exagéré. Mais c’est par souci de souligner la
dangerosité de la situation à laquelle était exposé le pays.
Pourquoi ? Pour la simple raison que les deux points sur lesquels de
profondes divergences sont apparues entre les principaux
protagonistes politiques du pays portaient sur la révision
constitutionnelle et le retour des anciens dirigeants du FIS dissous
à la vie politique. Cette deuxième question semblait avoir été
définitivement réglée avec l’adoption, le 29 septembre 2005, de la
Charte pour la paix et la réconciliation nationale. En effet l’une
des dispositions contenues dans cette Charte, résultat des
"équilibres nationaux" comme avait tenu à le souligner le président
de la République dans son discours de présentation du contenu du
document, signifiait l’interdiction pour les responsables de la
tragédie nationale de revenir à l’exercice de la politique.
Chassé-croisé
Une clause interprétée comme étant incluse exclusivement pour les
anciens du FIS dissous. Pourtant, au lendemain de l’expiration des
délais portant cette Charte, l’on a assisté au retour de Rabah
Kebir lequel a déclaré son intention de revenir à la politique en
créant sa propre formation. Et le pire est que cette déclaration
avait le soutien de quelques responsables politiques influents, à
l’image de Belkhadem. Il aura fallu attendre ce mois de novembre
pour qu’enfin l’opinion publique, du moins celle hostile au retour
sur la scène nationale des dirigeants du parti dissous à l’origine
de la tragédie nationale, soit définitivement rassurée. Une
première fois par la déclaration du SG du RND, lequel, devant les
militants et les cadres de son parti réunis à Boumerdès, a déclaré
que l’ancien exilé de Bonn n’aurait pas son parti. Une déclaration
confirmée quelques jours après par celui-là même qui défendait la
thèse de son retour sur la scène politique. En effet, devant les
hommes d’affaires arabes réunis pour leur 10e forum, le patron du
FLN et néanmoins chef du gouvernement a déclaré que les terroristes
et ceux ayant bénéficié des dispositions de la Charte ne pouvaient
revenir à la politique, fermant ainsi la porte devant les ambitions
affichées par Rabah Kebir.
Le deuxième gros sujet de divergence entre les deux parties a trait
au projet de révision constitutionnelle. Là aussi, ce mois de
novembre aura été très révélateur des tendances en jeu. Annoncé pour
cette fin d’année, un référendum devait être organisé pour la
concrétisation de ce projet, défendu ongle et becs par le FLN au
point qu’il n’a eu de cesse d’exercer la pression sur le chef de
l’Etat en vue de l’amener à endosser sa vision du régime politique
algérien, allant pour ce faire jusqu’à élaborer sa propre mouture,
laquelle aurait été remise, selon quelques fuites émanant du siège
de cette formation, au mois d’août. Même les retards constatés dans
la remise des propositions au peuple, comme annoncé par le président
Bouteflika, et dans la convocation du corps électoral ne semblaient
pas influer sur la conviction du plus vieux parti, le FLN en
l’occurrence : le référendum, n’avait-il cessé de clamer haut et
fort, se tiendrait à la date fixée. Il insistera également sur le
bien-fondé de cette révision qui aurait le mérite de clarifier les
prérogatives de chaque pouvoir et de lever toutes les ambiguïtés
dans l’exercice du pouvoir en éliminant définitivement tous les
chevauchements relevés entre le président de la République et le
chef du gouvernement, entre autres.
Pourtant, le 31 octobre dernier, à l’occasion de son passage à la
radio, le patron du FLN a, pour a première fois depuis des semaines,
admis que le référendum connaîtrait un léger report. Le lendemain,
le ministre de l’Intérieur, en marge de la cérémonie de
présentations des vœux à l’occasion du 1er novembre, a confirmé le
report. Mieux, Yazid Zerhouni a expliqué, au sujet de la date du
référendum sur la révision de la Constitution, que la difficulté
résidait dans l’incapacité actuelle "de situer une date compte
tenu des échéances" des législatives et des locales. C’est pourquoi,
a-t-il déclaré, "il sera difficile de le tenir avant la fin de
l'année parce qu'il y a des délais concernant la convocation du
corps électoral qui doit se faire 45 jours avant", précisant qu’"il
lui paraît difficile avant le 31 décembre"
Duel à distance
Par cette déclaration, un premier pas venait d’être franchi
officiellement. Ce n’était plus de simples supputations d’analystes
et de commentateurs de presse. Les deux hommes qui se sont exprimés
sur le sujet à vingt-quatre heures d’intervalle sont les mieux
placés au sein du gouvernement pour savoir de quoi il retourne.
En fait, c’était loin d’être fini. Le feuilleton révision de la
Constitution n’était cependant pas, avec ces déclarations, à son
épilogue. Onze jours après, c’était au tour de Ouyahia de revenir à
la charge. Le secrétaire général du RND a estimé, dans une
conférence de presse animée à l’issue de la réunion des partis de
l’alliance présidentielle, qu'il n'y a pas lieu de faire "un tapage"
concernant le report du référendum sur la révision de la
Constitution et ce, après que le SG du FLN ait annonce qu’il
devrait se tenir dans les trois prochains mois. La réponse à cette
annonce n’a pas tardé puisque Ouyahia a souligné qu' "il appartient
à une personne et une seule, en Algérie, de déterminer la date du
référendum, c'est le président de la République". Soulignant qu’il
s’agit là d’un report et non pas d’un abandon, il affirmera que la
date de la révision sera annoncée "par qui de droit".
Le soir même, le SG du FLN, à l’occasion de son passage au forum de
l’ENTV, confirmait ses propos précédents auxquels il ajoutait de
nouveaux détails. Par exemple, que le président Bouteflika disposait
de deux à trois moutures qu'il serait en train d'étudier ; que le
jour où il opterait pour une mouture donnée, il convoquerait le
corps électoral.
Mais assurément, la déclaration la plus surprenante est celle faite
par un autre membre de l’alliance présidentielle. Le patron du MSP
en l’occurrence, qui a affirmé que la raison du report, objet de
moult spéculations, n’était pas celle avancée par Zerhouni et encore
moins par Belkhadem qui lui a argué un ordre de priorités pour le
Président. Cela peut sembler du cafouillage. Mais à y regarder de
plus près on se demande si, en définitive, quelqu’un sait ce qui est
en train de se passer.
Aboudjerra Sotani déclare que l’on a trop politisé la question de la
révision de la Constitution, tout en affirmant qu’aucun des trois
chefs des partis de l’alliance n’est en mesure d’annoncer une date.
Pourtant, ils sont d’accord sur un point : le projet n’est pas
abandonné, mais juste reporté. Ils disent le soutenir, pour peu que
la nouvelle mouture soit l’émanation de la vision du président de la
République et non pas d’un autre parti (le FLN en l’occurrence).
Toutefois, ils sont partagés sur sa nécessité.
Chacun y va de son argument. D’où l’importance de l’instauration
d’un débat sur la question, qui aurait le mérite de permettre à
chacun de défendre son point de vue dans une arène démocratique. En
bout de course, le peuple, qui sera appelé à se prononcer, le fera
en toute connaissance de cause et surtout en ayant à l’esprit les
jeux et les enjeux de cette révision constitutionnelle. Soltani a
raison sur un point : la Constitution appartient à 33 millions
d’Algériens.
Nadia Kerraz
Haut
Réconciliation nationale
Que veulent les
islamistes ?
Avec le report du
référendum sur la révision constitutionnelle et la mise entre
parenthèse (pour toujours ?) de la suite présumée du processus de
réconciliation nationale, l’opinion, prise dans sa globalité, note
une sorte de flottement non pas de la vie nationale, mais plutôt de
l’initiative politique en ce sens que l’agenda immédiat est passé
très rapidement du tout planifié à l’inconnu total.
Il est normal que
la situation actuelle, pondérée, il faut le dire, par le coup
d’arrêt porté par le Président aux rumeurs sur son état de santé,
ouvre tout de même grande la porte aux multiples supputations. Mais
tels ne doivent pas être, en principe, les repères sur lesquels doit
se baser une analyse politique qui se veut rigoureuse. Pour ainsi
dire, la réalité est généralement loin d’être ce qu’elle semble être
a priori.
Il est nécessaire
de dire, en premier chef, que l’un et l’autre des projets avancé par
la direction du pays ne sont pas sans incidence sur sa réalité
politique. Ils doivent donc être porteurs, tout naturellement, d’une
continuité de la démarche de résorption de la crise politique et
sécuritaire. Et pour différents qu’ils paraissent, ils (la révision
de la Constitution et la réconciliation nationale) ont ceci de
commun qu’ils prennent tous deux pour point de départ que la crise
du pays est avant toute chose une crise d’Etat bien plus qu’elle ne
fut une crise du régime.
Dans quel contexte
ce statu quo apparent intervient-il ? Tout d’abord, le report du
référendum sur la révision de la loi fondamentale, si l’on se base
sur le discours officiel et notamment sur l’exposé des motifs
expliquant la nécessité de celui-ci, affirmait que, subséquemment à
la mise en œuvre de la réconciliation nationale déclinée à travers
la Charte soumise à référendum et ses textes d’application,
l’Algérie est entrée dans une phase nouvelle.
En partie, cela
est vrai. Lorsque des personnalités de tous bords s’accordent à en
louer les bienfaits et à dire que cela a contribué à réduire le
nombre des terroristes dans les maquis, a permis de réinsérer la
majorité des «repentis» parmi la société, a cicatrisé par leur prise
en charge par l’Etat des blessures encore béantes de milliers de
familles touchées par «la tragédie nationale» et aussi à faire
sensiblement baisser la pression internationale sur l’Algérie, qui
était à son pic à la fin des années 1990, tout cela tient d’une
certaine vérité.
En revanche, le
terrorisme est toujours là. Non seulement cela, comme a bien réussi
à le rappeler la heureusement très courte série d’attentats aux
portes de la capitale, mais le terrorisme demeure objectivement
soutenu par une partie de la classe politique qui, lorsqu’elle ne
l’attribue pas publiquement aux services de sécurité, fait de son
mieux pour dire qu’après tout, le terrorisme est encore là et durera
encore parce que la réconciliation véritable n’a pas encore eu lieu.
Bien entendu, les partisans, les mêmes ou presque, du Contrat
national de 1994, ont appris à mettre les formes pour maintenir
différemment la pression sur les autorités. Mais leur discours n’a
pas fondamentalement changé et reste dans la continuité d’une
solution réhabilitant le FIS dissous. Les anciens signataires du
document de San’Egidio qui, alors, croyaient sincèrement que le
pouvoir allait effectivement négocier avec le FIS, sont aujourd’hui
totalement dispersés et, aussi, politiquement bien affaiblis. La
LAADH de Ali Yahia Abdennour, lequel a dû passer la main, se
concentre sur sa vocation première et non plus exclusivement sur la
crise. Le PT, qui a bien empoisonné les jours de Liamine Zeroual
avec le dossier des disparus, n’en parle plus que du bout des
lèvres, alors que Louisa Hanoune a été l’architecte de leur
organisation en collectifs et pratiquement leur porte-voix.
D’ailleurs, le PT ne fait plus sa priorité de l’opposition au
régime, mais la libéralisation, bien que cela ne l’empêche en rien
de formuler sporadiquement sa revendication d’une «conférence
nationale pour la paix». Abdallah Djabbalah en est réduit à sauver
El-Islah de l’éclatement après avoir été joliment excommunié d’Ennahda.
Ahmed Ben Bella, depuis la dissolution du MDA, se consacre surtout
aux questions internationales et s’est converti à l’altermondialisme,
tandis que le FFS est aux prises avec la succession hasardeuse d’Aït
Ahmed qui débouche déjà sur des dissensions internes qui ne sont pas
sans lien avec les appréhensions des militants du parti quant à
l’avenir de celui-ci.
Que dire du FIS ?
Cette entité politique, dont nul ne cerne avec exactitude le poids
réel actuel, a livré au grand jour, récemment, ses divisions entre
son aile radicale et celle modérée (modérée en ce sens qu’elle
renonce pour l’instant aux revendications initiales du mouvement).
Les critiques de Ali Benhadj, soutenu en cela par les autres
chouyoukh tels que Djeddi et Boukhemkhem et même Anouar Haddam,
contre Rabah Kébir et son initiative pour laquelle le tapis rouge
semblait parfaitement déroulé, sont une nouveauté dont il faut tenir
compte. Non pas que l’une et l’autre des ailes représentent chacune
un poids réel dans la société, mais parce que cela dénote d’un fait
important auquel il faut être attentif. Car si la portion des
irréductibles d’entre les islamistes se réduit, c’est la menace
intégriste elle-même qui s’en trouve diminuée. Encore faut-il que la
solution Kébir remplisse quelques conditions implicitement dictées
par le contexte politique actuel. Le comprenant parfaitement,
l’exilé de Bonn a déployé toute son énergie pour faire admettre que
le projet du FIS est dépassé, que le recours à la violence avait été
une erreur et que la seule perspective possible, en conclusion de
l’évolution de la crise, est le combat politique, légal et
pacifique. Comme le laissaient entendre des personnalités au sommet
de l’Etat, comme Abdelaziz Belkhadem ou encore Abou Djerra Soltani
qui ont reçu Kébir, il n’y aurait plus aucun instant à perdre face à
l’offre de celui-ci qui, en suggérant la possibilité de réadmettre
l’ex-FIS dans sa version aseptisée, c’est-à-dire en fait
non-violente, donc désarmée, offre ainsi le parfait aboutissement,
la fin rêvée au processus de réconciliation nationale. Sauf que cet
avis est loin de faire l’unanimité.
Quand Ahmed
Ouyahia refuse de le recevoir (donc de lui reconnaître un quelconque
rôle politique) et rejoint l’adjoint de Yazid Zerhouni, Daho Ould
Kablia, pour promettre que Rabah Kébir ne fait que fantasmer sur son
pseudo retour à la politique, ils agitent tous deux une vieille
formule imputable à… Abdelaziz Bouteflika lui-même qui avait promis,
lors d’un discours, que les «repentis» dans le cadre de la
réconciliation nationale n’auront pas droit à plus que «l’eau et
l’oxygène». Au jour d’aujourd’hui, c’est cette hypothèse qui semble
l’emporter. Dans les faits, Rabah Kébir est reparti en Allemagne
bredouille. On peut même dire qu’à l’issue de son séjour en Algérie,
il a laissé des plumes avec l’inimité qu’il s’est causé de la part
de ses vieux compagnons.
Ouvrons une
parenthèse ici pour dire que ce qu’il y a de pathétique pour les uns
comme dans les autres des personnalités qui se disputent au grand
jour «l’héritage du FIS», c’est qu’aucune d’elle n’a l’emprise
qu’elle promet sur les groupes armés encore en activité. L’appel à
l’arrêt des actions terroristes lancé à l’adresse du GSPC par Rabah
Kébir et la suggestion distillée par Ali Benhadj que c’était plutôt
lui seul qui était en mesure d’amener le groupe affilié à Al-Qaîda à
déserter les maquis ont été sans effet. Bien évidemment, cela les
discrédite aux yeux des autorités dont la préoccupation première est
de régler la situation sécuritaire ; le dialogue, par l’entremise de
personnalités développant des «sympathies» pour le courant radial de
l’islamisme, n’avait dès le départ aucun autre intérêt que celui-là.
Et maintenant ?
L’une des conséquences de cet échec logique des chefs de file de
l’ex-FIS à se poser en interlocuteur détenant la solution ou une
partie de celle-ci a été leur lâchage par leurs interlocuteurs. Il
n’y a pourtant aucun hasard si Abdelaziz Belkhadem, secrétaire
général du FLN et pourtant tête de pont du dialogue avec l’ex-FIS, a
été l’auteur du plus cinglant revirement dans ce sens. Il n’a fait,
en fait, que se soumettre à un mouvement d’ensemble. Lorsque le
processus de réconciliation nationale été initié par le pouvoir –
détenu idéologiquement rappelons-le, par le courant nationaliste (ou
conservateur, c’est selon) – il était question d’une offre de paix
qui vise, en définitive, à reproduire l’alliance traditionnelle
entre le nationalisme et l’islamisme en tant que matrice historique
du pouvoir depuis l’Indépendance, laquelle ne fut rompue que par
l’échec politique, économique et social du premier (échec avéré à la
fin des années 1980) et la revendication du second à prendre les
rênes à son tour. Cette division historique, qui donnera lieu à la
crise, aura pour point de désaccord l’aspiration des islamistes à un
changement d’Etat et à l’instauration de la dawla islamiya. A
l’issue d’une guerre de plus de dix ans, remportée chèrement contre
l’insurrection armée des islamistes radicaux, et au bout d’une
réconciliation nationale qui ne pouvait que prendre en compte pareil
aboutissement, qui peut affirmer avec certitude que les islamistes
qui disent renoncer aux armes ont fait sincèrement une croix sur
l’avènement d’un Etat islamique ? La volonté de réintégrer le champ
politique n’est-elle pas, en fait, qu’un moyen pour récupérer par
les urnes, ce qui n’a pu être obtenu par les armes ?
Si à cet égard il
y aurait peu de doutes, c’est qu’il n’y a aucune assurance possible.
Aussi, en termes d’enjeux idéologiques et politiques, la phase
actuelle correspond à un stand by, visiblement nécessaire à une
décantation politique qui attend que les réponses prennent tout leur
relief. Les voies du compromis restent ouvertes, certes, mais on ne
peut douter que pour les autorités, il est absolument hors de
question de «revenir aux années 1990». En plus clair, il est
question de s’assurer une bonne fois pour toutes que les islamistes
ont sincèrement et définitivement abandonné tout projet d’édifier
l’Etat théocratique, concept négateur de l’Etat-nation produit par
l’Indépendance et c’est dire aussi tout le caractère décisif, sinon
historique de l’enjeu. Et si les choses n’avancent que si lentement,
c’est que rien n’est moins sûr.
Nabil Benali
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Mutations au sein de la société algérienne
Dilemme entre
identité et modernisme
La société
algérienne a-t-elle évolué depuis l’Indépendance ? La réponse est
évidemment affirmative, bien que toute évolution, comme les deux
faces d’une médaille, comporte des aspects positifs et des aspects
négatifs. Néanmoins, les retombées de la dernière décennie, le
nouveau contexte de globalisation et les défis qu’ils suscitent dans
un pays toujours en transition, l’exercice du pouvoir et les
défaillances en matière de représentativité politique, tout cela
nous interpelle sur les perspectives d’avenir.
L’enquête sur la
santé de la famille algérienne, publiée en 2005 (*), montre à tous
points de vue les changements ayant touché la structure familiale,
qui est devenue plus réduite et plus libérée des pesanteurs
sociologiques traditionnelles. La baisse du taux de mortalité (5,5
pour 1000 en 2000 contre 6,3 pour 1000 en 1990 et 16,4 pour 1000 en
1970), depuis l’Indépendance, est remarquable : la mortalité
infantile a régressé plus de quatre fois. Quant à l’espérance de
vie, qui était de 50 ans pour les deux sexes en 1970, elle dépasse
aujourd’hui la barre des 70 ans. Cette situation nous renvoie donc
au phénomène de la vieillesse auquel sont confrontés les pays
développés, un phénomène porteur de lourdes conséquences qui
affectent, non seulement le groupe de personnes âgées, mais
également la société et ses institutions. La tendance au
vieillissement démographique est désormais "une certitude" dans
notre pays : les plus de 60 ans seront 4,3 millions en 2020 et 6,7
millions en 2030.
Par ailleurs, la
fécondité, considérée comme le principal moteur de la transition
démographique, a emprunté une courbe décroissante depuis la fin des
années 1980, atteignant 2,4 enfants en 2002. Parallèlement, l’âge
moyen au mariage chez la femme et l’homme est passé de 30 ans à 33
ans.
Sur un autre plan,
l’enquête de 2005 indique une certaine évolution des mœurs, puisque
de plus en plus de jeunes (des deux sexes) acceptent mal les
interférences des parents dans le choix du partenaire pour le
mariage. Mais cela ne veut pas dire aussi que ces jeunes reportent
la décision de mariage en raison des difficultés rencontrées en
matière notamment d’emploi et de logement.
Concernant la
communication au sein de la famille, la mère constitue toujours la
pièce maîtresse et occupe une place centrale dans la responsabilité
familiale. Mais on remarque que plus de 80% des jeunes, âgés entre
15 et 29 ans, discutent avec les membres de la famille sur le lycée,
l’université et le travail. Les jeunes filles sont toujours
relativement les plus nombreuses à débattre des événements de la
société. Sur le chapitre de l’autonomie et la prise de décision,
l’enquête précise que les jeunes des deux sexes appartenant au
milieu urbain, ont "beaucoup plus de libertés" dans la prise de
décision. Cependant, le phénomène des jeunes (36,7%) qui sont
attirés par le départ à l’étranger est révélateur du malaise de
cette frange de la population, que l’on soit de sexe féminin (29,1%)
ou de sexe masculin (43,5%), de la ville (40,3%) ou de la campagne
(32%). Les raisons qui poussent les jeunes à fuir le pays sont
principalement liées à leur vie quotidienne et se résument à "la mal
vie, le chômage et l’absence de perspectives". Le désir d’émigrer
est toutefois presque deux fois plus important chez ceux qui sont à
la recherche d’un emploi et ceux ayant un niveau d’instruction
élevé, qui espèrent vivre mieux et s’épanouir sous d’autres cieux.
Les "analyses
approfondies" contenues dans le document du ministère de la Santé,
même si elles nous éclairent sur les transformations qu’a connu la
famille algérienne, ne peuvent pas faire l’impasse sur ce phénomène
de santé publique, le suicide, qui prend de plus en plus
d’importance dans notre société.
Il y a quelques
mois, la Gendarmerie nationale a réalisé une étude abordant
l’évolution de ce phénomène, devenu, selon l’avis des spécialistes,
l’une des causes essentielles de mortalité. L’étude, menée de 1993 à
2005, concerne 3 709 affaires de suicide, dont 75,08% touchent des
hommes et 24,91% des femmes, de même que 1 423 tentatives. Pour la
seule année 2005, 136 suicides ont été enregistrés, dont 112
(82,35%) concernent des hommes et 24 (17,64%) des femmes, pour la
plupart célibataires. D’après les rédacteurs du document, 66 cas ont
été constatés durant l’année 2004 chez les personnes âgées de plus
de 40 ans et 34 pour les seuls huit premiers mois de l’année 2005.
Quant aux moins de 18 ans, ils étaient au nombre de 24 en 2004 et de
10 entre le 1er janvier et le 31 août 2005. Si l’on en croit la
Gendarmerie nationale, les suicidés viennent de couches différentes
de la société, mais il s’agit fréquemment de personnes sans
profession (63% des cas). 70% des suicidés ont eu recours à la
pendaison, l’empoisonnement, les armes à feu ou blanches et les
objets tranchants pour mettre un terme à leur vie.
Autre précision :
le suicide a touché particulièrement les wilayas de Béjaïa,
Tizi-Ouzou, Bouira, Tlemcen, Oran, Skikda et Mila. Les facteurs à
l’origine de ce geste fatal sont d’ordre psychologique (troubles
mentaux ou psychoses).
Selon les
spécialistes, les séquelles enclenchées par l’évolution de la
famille ont été accentuées par "la violence et la barbarie dues au
terrorisme" engendrant alors "la douleur, la souffrance et l’échec
sous toutes ses formes". Mais d’autres problèmes sont venus se
greffer à cet environnement perturbant, qui a hélas influé sur la
personnalité et les comportements des individus, à savoir : la crise
du logement, le chômage, le vide culturel, les problèmes
relationnels, les échecs scolaires, la drogue et l’oisiveté. Cela
dit, la gendarmerie a également noté que pour 49% des suicidés en
2005, les raisons demeurent encore inconnues. Dans ce cas, toutes
les hypothèses sont permises pour comprendre le sens du geste du
suicidé, celles déjà mentionnées et d’autres probablement liées à
une déception sentimentale, à la difficulté de dépasser ses
contradictions, car vécue comme une impossibilité, au
non-apprentissage de ce qu’est la signification de l’effort ou à
cette sensation de "tourner en rond", pour ne pas dire "tourner en
cage", alors que les années passent…
Il faut souligner
que malgré les promesses contenues dans les discours des dirigeants,
la modernisation de l’Algérie tarde à être assumée pour s’affermir.
Pour preuve, le code de la famille, en dépit de certaines
"avancées", entretient le collège de l'infériorisation et traduit
"la peur de la modernité", c’est-à-dire le manque de courage
politique en ce qui concerne la réinvention de la tradition dans le
changement permanent.
Après les années de tourmente et de violence, l’Algérie a renoué
avec la vie.
L’immobilisme a
laissé place à de grands chantiers qui mobilisent aujourd’hui de
grosses sommes d’argent dans l’immobilier, les routes et les
autoroutes. Mais comment expliquer ces mécontentements, ces
inquiétudes, cette amertume et cette tristesse ? Il faut avouer que
l’absence d’institutions stables et reconnues, dans un contexte de
précarisation et d’inégalités, a un sérieux impact sur les libertés.
Comment sortir de l’uniformité de la vie politique si semblable aux
pays maghrébins et arabes ? Il faut croire que l’Algérie n’a pas
fini de concilier son identité avec la voie de la modernisation que
symbolise l’Occident.
Z’hor Chérief
(*) Enquête
algérienne sur la santé de la famille, analyses approfondies 2005
(volume I). Projet panarabe pour la santé de la famille. Ministère
de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière.
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