Semaine du 30 mars au 5 avril 2005

La trame du mercredi

One man show

 

 
 
 La Trame

Accueil

  One man show

Kadhafi a fait un tabac l’autre jour, à son tour de parole, lors du sommet de la Ligue arabe. Les lieux publics pourvus de postes de télévision, comme les cafés, ont affiché complet à ce moment-là. On se prend à penser aux proportions phénoménales qu’aurait pu prendre ce franc succès si le passage à la tribune du leader libyen avait été programmé à une heure connue du grand public. On se dit que les rues auraient été désertées, comme seul parvient à les vider un match décisif de l’équipe nationale, ou une finale de coupe du monde.

Quel homme politique algérien est en mesure de faire exploser l’audimat à domicile, devant son public ? Personne, hélas ! Mais il est vrai que par les temps qui courent, la politique est interdite de télévision ; toutefois ce n’est pas une excuse, car les occasions n’ont pas manqué par le passé aux politiques d’imposer leur talent d’amuseurs, s’ils en avaient.

Je ne sais si Kadhafi dispose dans le pays de quelques personnes à sa solde. Toujours est-il qu’il a décidé de prolonger son séjour, chose qui tend à témoigner d’une popularité dormante sur laquelle il sait pouvoir compter, qui ne lui fera pas défaut quand il lui plaira de faire son numéro. Pari gagné ! Pour preuve le mal fou que se donnent les happy few, disposant d’un billet d’entrée, à rallier la salle où l’artiste compte se produire. C’est qu’on ignore, sécurité oblige, ainsi que la peur d’être débordé par la foule des aficionados, où aura lieu le one man show.

En fait de sécurité, il s’agit surtout de semer les journalistes, quand d’aventure ils savent à quel public le numéro est réservé. L’autre jour, justement, c’était au tour de l’UGTA d’écouter le penseur libyen. La bureaucratie syndicale traînait derrière elle une cohorte de journalistes, passant de la Maison du Peuple, où était censé se tenir le spectacle, aux réceptions des grands hôtels algérois, pour s’entendre dire chaque fois que le lieu avait été changé et qu’il ne fallait pas se décourager cependant, mais patienter, attendre, en se tenant sur le qui-vive, d’être orienté à nouveau sur une destination tout aussi précise que celles qui se sont révélées fausses. A se demander si, par hasard, ce n’était pas Sidi Saïd, revenu exprès d’une mission à l’étranger, en compagnie de ses amis, qui se produisaient sans le savoir, en croyant se rendre à un spectacle en ce moment très couru. De fait, ils étaient là, se délectant par avance de ce dernier, les oreilles déjà tout dressées pour n’en perdre pas une, sûrs de pouvoir confectionner un chapelet de perles d’autant plus précieuses qu’ils en ont eu la primeur.

L’idée ne leur a donc même pas traversé l’esprit de décliner l’invitation de Kadhafi, pourtant incongrue. Si peu conforme aux usages que ce sont les plus hautes autorités qui auraient dû intervenir pour faire comprendre gentiment au leader libyen qu’il avait des homologues à qui s’adresser s’il avait un message spécial à faire parvenir au peuple algérien, et qu’il n’est pas habituel que le dirigeant d’un pays voisin prêche directement à des secteurs choisis de l’opinion nationale, que la méthode revient peut-être à abuser de l’hospitalité offerte.

L’UGTA, comme les partis de la coalition, a l’air de se moquer de toutes ces considérations. On lui donne l’occasion de s’amuser un peu, elle la saisit fermement, même dans l’hypothèse ou c’est finalement elle qui ferait les frais du spectacle. Car, en fait, il n’est pas bien difficile de deviner dans ses grandes lignes le discours que tiendrait à son public Kadhafi. Il serait sans doute de la même veine que celui qu’il a prononcé devant ses pairs de la Ligue arabe. Ils s’entendront donc traiter d’idiots, et tout comme Mahmoud Abbas, ils riront de bon cœur avant d’en redemander.

Idiots ils seront, bien sûr parce qu’ils s’imaginent que la démocratie à l’occidentale est une bonne chose pour nos pays, alors qu’elle n’est ni possible ni même souhaitable. L’incroyable, l’incommensurable, la monumentale idiotie que celle de prétendre l’instaurer en Algérie par imitation du modèle occidental, quand la Djamahiria en est l’exemple le plus pur, qui ne demande qu’à se propager dans son espace naturel, dont fait partie l’Algérie. Quand, pouvant jouir de la démocratie directe ; quand, pouvant établir le règne du peuple par le peuple, on s’en détourne cependant pour s’acharner à mettre sur pied quelque chose d’aussi étranger à nos valeurs qu’une démocratie représentative.

Est-il permis, en effet, d’être à ce point aliéné ? Quelle idiotie, quel istighrab ! Et ça vous fait rire, en plus.

M. Habili

e-mail :contact@lesdebats.com

 

Copyright © 2001-2002 - MAHMOUDI INFO Sarl - Tous droits réservés.

Conception M.Merkouche