|
Accueil
One man show
Kadhafi a fait un
tabac l’autre jour, à son tour de parole, lors du sommet de la Ligue
arabe. Les lieux publics pourvus de postes de télévision, comme les
cafés, ont affiché complet à ce moment-là. On se prend à penser aux
proportions phénoménales qu’aurait pu prendre ce franc succès si le
passage à la tribune du leader libyen avait été programmé à une
heure connue du grand public. On se dit que les rues auraient été
désertées, comme seul parvient à les vider un match décisif de
l’équipe nationale, ou une finale de coupe du monde.
Quel homme
politique algérien est en mesure de faire exploser l’audimat à
domicile, devant son public ? Personne, hélas ! Mais il est vrai que
par les temps qui courent, la politique est interdite de
télévision ; toutefois ce n’est pas une excuse, car les occasions
n’ont pas manqué par le passé aux politiques d’imposer leur talent
d’amuseurs, s’ils en avaient.
Je ne sais si
Kadhafi dispose dans le pays de quelques personnes à sa solde.
Toujours est-il qu’il a décidé de prolonger son séjour, chose qui
tend à témoigner d’une popularité dormante sur laquelle il sait
pouvoir compter, qui ne lui fera pas défaut quand il lui plaira de
faire son numéro. Pari gagné ! Pour preuve le mal fou que se donnent
les happy few, disposant d’un billet d’entrée, à rallier la salle où
l’artiste compte se produire. C’est qu’on ignore, sécurité oblige,
ainsi que la peur d’être débordé par la foule des aficionados, où
aura lieu le one man show.
En fait de
sécurité, il s’agit surtout de semer les journalistes, quand
d’aventure ils savent à quel public le numéro est réservé. L’autre
jour, justement, c’était au tour de l’UGTA d’écouter le penseur
libyen. La bureaucratie syndicale traînait derrière elle une cohorte
de journalistes, passant de la Maison du Peuple, où était censé se
tenir le spectacle, aux réceptions des grands hôtels algérois, pour
s’entendre dire chaque fois que le lieu avait été changé et qu’il ne
fallait pas se décourager cependant, mais patienter, attendre, en se
tenant sur le qui-vive, d’être orienté à nouveau sur une destination
tout aussi précise que celles qui se sont révélées fausses. A se
demander si, par hasard, ce n’était pas Sidi Saïd, revenu exprès
d’une mission à l’étranger, en compagnie de ses amis, qui se
produisaient sans le savoir, en croyant se rendre à un spectacle en
ce moment très couru. De fait, ils étaient là, se délectant par
avance de ce dernier, les oreilles déjà tout dressées pour n’en
perdre pas une, sûrs de pouvoir confectionner un chapelet de perles
d’autant plus précieuses qu’ils en ont eu la primeur.
L’idée ne leur a
donc même pas traversé l’esprit de décliner l’invitation de Kadhafi,
pourtant incongrue. Si peu conforme aux usages que ce sont les plus
hautes autorités qui auraient dû intervenir pour faire comprendre
gentiment au leader libyen qu’il avait des homologues à qui
s’adresser s’il avait un message spécial à faire parvenir au peuple
algérien, et qu’il n’est pas habituel que le dirigeant d’un pays
voisin prêche directement à des secteurs choisis de l’opinion
nationale, que la méthode revient peut-être à abuser de
l’hospitalité offerte.
L’UGTA, comme les
partis de la coalition, a l’air de se moquer de toutes ces
considérations. On lui donne l’occasion de s’amuser un peu, elle la
saisit fermement, même dans l’hypothèse ou c’est finalement elle qui
ferait les frais du spectacle. Car, en fait, il n’est pas bien
difficile de deviner dans ses grandes lignes le discours que
tiendrait à son public Kadhafi. Il serait sans doute de la même
veine que celui qu’il a prononcé devant ses pairs de la Ligue arabe.
Ils s’entendront donc traiter d’idiots, et tout comme Mahmoud Abbas,
ils riront de bon cœur avant d’en redemander.
Idiots ils seront,
bien sûr parce qu’ils s’imaginent que la démocratie à l’occidentale
est une bonne chose pour nos pays, alors qu’elle n’est ni possible
ni même souhaitable. L’incroyable, l’incommensurable, la monumentale
idiotie que celle de prétendre l’instaurer en Algérie par imitation
du modèle occidental, quand la Djamahiria en est l’exemple le plus
pur, qui ne demande qu’à se propager dans son espace naturel, dont
fait partie l’Algérie. Quand, pouvant jouir de la démocratie
directe ; quand, pouvant établir le règne du peuple par le peuple,
on s’en détourne cependant pour s’acharner à mettre sur pied quelque
chose d’aussi étranger à nos valeurs qu’une démocratie
représentative.
Est-il permis, en
effet, d’être à ce point aliéné ? Quelle idiotie, quel istighrab !
Et ça vous fait rire, en plus.
M. Habili
e-mail :contact@lesdebats.com |