Semaine du 30 mars au 5 avril 2005

 

Clôture du 17e Sommet de la Ligue arabe

Un constat partagé

 

 
 
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Clôture du 17e Sommet de la Ligue arabe

Un constat partagé

Une semaine après sa tenue, le 17e Sommet de la Ligue arabe d’Alger donne l’impression qu’il n’a jamais eu lieu. Certes, quelques traces, qui ne résisteront sans doute pas à l’usure du temps, sont encore là pour témoigner que l’évènement, jugé “historique”, a bien eu lieu dans la capitale algérienne. Un évènement auquel la presse nationale a consacré les Unes du jeudi 24 mars.

Le Sommet a-t-il été un échec ?

Le lendemain de sa clôture, “Rendez-vous chez Kadhafi” annonce La Nouvelle République, qui donne ainsi à penser qu’il est préférable de tourner la page du Sommet d’Alger au plus vite et de songer dès à présent au prochain, qui aura lieu en Libye. Du reste, dans un commentaire publié en première page, ce même quotidien affirme que “le véritable évènement” de ce 17e Sommet est “la rencontre, également au sommet”, qui a réuni le souverain chérifien Mohamed VI et le président Bouteflika. Le commentateur estime que cette rencontre “aura finalement été plus importante qu’un sommet qui n’aura pas manqué de ne pas tenir ses promesses, comme attendu”.

C’est également l’avis d’El Djazaïr News qui aura été l’un des seuls quotidiens à consacrer sa Une au sommet Bouteflika- Mohamed VIl. Reste que le commentateur de La Nouvelle République trouve tout de même matière à positiver puisqu’il estime que “le seul bénéfice que l’Algérie aura tiré de ce rendez-vous politique, c’est bien d’avoir donné la preuve de ses capacités à organiser un évènement de portée internationale”.

Ce constat d’échec est également dressé par le quotidien arabophone El Khabar. Son billettiste rappelle que “la déclaration finale d’Alger n’a pas fait trembler la bourse de New York ou celle de Tokyo, n’a pas influé sur le marché de Londres du pétrole et n’a pas réussi à faire égaler le dollar et l’euro qui se raffermit chaque jour grâce à des idées dont sont dépourvues nos dirigeants malheureusement”.

Al Fadjr est également d’avis que le Sommet est passé à côté de l’évènement. Ce quotidien ne manque pas d’affirmer, en Une de son édition du jeudi 24 mars, que “les dirigeants arabes ont occulté les questions essentielles”. Dans un commentaire publié en page 24, la rédactrice souligne, toutefois, que “ce Sommet, qui a failli être, à l’initiative jordanienne (pourtant absent des travaux), celui de la normalisation avec Israël si ce n’est le “djihad” de l’Algérie qui a refusé à ce que son nom soit associé à ce terme abject, a innové en ce qui concerne la question palestinienne”, puisque, est-il affirmé, le concept “du droit au retour des réfugiés palestiniens a été changé par l’expression ‘régler le problème des réfugiés de manière équitable’” .

Pourtant rappelle, l’éditorialiste du Jour d’Algérie, à l’ouverture des travaux de ce 17e Sommet, “le point d’orgue de l’intervention du Président algérien aura été sans conteste la définition d’une position rationnelle et sans arrière-pensées sur la question israélo-palestinienne. Une position lucide et sans haine qui pose clairement les termes de l’échange, sans arrogance, mais sans faiblesse non plus”. Mais il semble que, du côté israélien, on ne l’entend pas de cette oreille, du moins de l’avis du Jeune Indépendant, puisque des Palestiniens, il en a été également été question, même indirectement, dans son édition du 24 mars. Ce quotidien revient sur ce qu’il considère comme “le silence embarrassé de Washington” après que “Israël ait tourné, encore une fois, le dos à la paix avec les Arabes”. Pour Le Jeune Indépendant, il sera “difficile pour l’administration Bush de soutenir la position de son protégé Israël qui a encore une fois dit non à la paix, avec cette fois un argument fallacieux”. C’est celui, est-il rappelé, de dire : “Nous rejetons l’offre de paix des 22 pays arabes parce que nous avons déjà la paix avec deux pays arabes !”

L’esprit d’Alger a prévalu

D’autres titres, toutefois, ont vu dans ce Sommet la concrétisation des objectifs qui lui ont été assignés avant sa tenue. C’est ainsi que Le Maghreb a vu, dans la déclaration finale adoptée à l’issue des travaux, “un pas vers la refondation de l’action commune”. Pour ce quotidien, “la déclaration d’Alger a jeté les bases d’une réconciliation durable à l’échelle du monde arabe”. Le rédacteur ajoute qu’”on peut dire que, finalement ‘l’esprit d’Alger’ a prévalu et le succès a été l’empreinte laissée par la concertation et la cohésion arabes”. Constat partagé par La Tribune, qui annonce en Une de son édition paraissant au lendemain de la clôture des travaux, qu’”Alger dynamise la ‘réconciliation interarabe’”. Pour le rédacteur, “des positions arabes réitérées dans une déclaration de huit pages, contenant ‘l’esprit d’Alger’, quelques nouveaux pas timides vers la réforme de la Ligue arabe et, surtout, une mise sur rails d’une ‘dynamique de réconciliation interarabe’ à même de concrétiser les vœux des vingt-deux pays membres de cette organisation régionale de s’assurer la construction d’un avenir commun résument l’issue de cette 17e session ordinaire du Conseil des souverains et chefs d’Etat de la Ligue arabe”.

Dans un commentaire, La Tribune estime par ailleurs que “le Sommet arabe d’Alger marquera sans doute une étape et sera une référence quand il sera question d’évaluer le long processus d’une action arabe commune, longtemps handicapée par des divergences à un point tel que les opinions arabes ont fini par faire le deuil d’un ensemble régional à même de peser de son poids sur nombre de questions qui secouent le monde et, plus particulièrement, le Monde arabe en butte à des conflits qui s’éternisent”. De même, estime ce commentateur, “avec la réussite du sommet arabe d’Alger, l’Algérie signe son retour sur la scène internationale avec un rôle déterminant en faveur du processus de paix au Proche-orient et des réformes politiques dans le Monde arabe”. Le Jour d’Algérie n’en pense pas moins.

Evoluer ou disparaître

Ainsi, son éditorialiste, revenant sur le discours d’ouverture prononcé par Bouteflika, un Président algérien qui, est-il souligné, “en avait autant sur le cœur que la majorité des démocrates et progressistes arabes qui souffrent depuis un siècle de voir leurs pays traîner lamentablement en queue de peloton des nations les moins développées de la planète”, ajoute que “cependant, ce qui caractérise le mieux la position algérienne, illustrée avec un rare panache par Abdelaziz Bouteflika, est l’indéniable rationalité de la pensée et le pragmatisme de la démarche”. Pour l’éditorialiste, Bouteflika, “en totale rupture avec l’hypocrisie et la fourberie habituellement en vogue dans les cénacles officiels de l’Orient arabe, assènera vérité sur vérité et évidence sur évidence à un parterre de despotes médusés devant tant d’audace”. Le quotidien explique cette réaction par le fait que “l’enjeu est vital”. Et pour cause, est-il rappelé, “le monde arabe doit évoluer et vite (…), ou alors il est condamné à terme à perdre toute substance et à se retrouver sous les fourches caudines d’une nouvelle forme de domination occidentale dont l’occupation de l’Irak nous donne un avant-goût”.

C’est certainement pourquoi Le Citoyen estime que “ce Sommet est d’abord un succès personnel du président de la République”.

El Bilad, pour sa part, estime que des progrès sont déjà réalisés puisque les dirigeants arabes distinguent désormais le terrorisme de la résistance.

Nadia Kerraz

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