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La
vérité est dans les maquis
L'arrivée à
forclusion du délai accordé aux groupes armés pour déposer les armes
et bénéficier des dispositions de la Charte pour la paix et la
réconciliation nationale est très loin de nous fournir des résultats
aussi probants que ceux officiellement communiqués par le
gouvernement, qui a fait état de 6 000 terroristes rédditionnaires
dans le cadre de la concorde civile. De plus, cet été a été bien
employé par le GSPC et les groupuscules restant du GIA pour
multiplier les attentats qui, certes ont eu une portée limitée, mais
suffisante pour dire encore une fois leur refus total de la
politique de la main tendue. En revanche, c'est le caractère
endémique du phénomène terroriste qu'ils semblent avoir revigoré,
cela à l’heure où les voix favorables aux islamistes radicaux
menaient et mènent campagne pour la prorogation des délais pourtant
expressément limités par l'ordonnance 01-06 signée par Abdelaziz
Bouteflika. Dans ce contexte où le chef de l'Etat observe un retrait
historique par rapport à la situation politique qui dépend fortement
de sa propre décision, le suspense semble entier, à moins que la
réponse ne vienne d'en dehors du pré carré qui oppose les
protagonistes dans cette affaire. Il n'est nullement fait allusion
ici au chimérique cercle cité par Mouloud Hamrouche, mais à quelque
chose de nettement plus concret.
Si l'on estime
que le blocage actuel – appelons un chat un chat – découle de
l'égalité des forces des partisans d'une réconciliation nationale
ouverte ad vitam æternam et de ceux qui pensent qu'il est temps d’en
découdre une bonne fois pour toutes après avoir suffisamment concédé
sous la pression internationale, alors la solution ne saurait venir
que de l'affaiblissement de l'un ou de l'autre des deux camps qui
trahissent déjà l'impossibilité du compromis recherché par la Charte
pour la paix et la réconciliation nationale.
Ainsi, autant
dire que la vérité est dans les maquis. Il est d'autant plus motivé
de le soutenir que c'est bel et bien la réalité du terrain au plan
militaire qui a façonné chèrement, mais progressivement, un rapport
de force moins en faveur du projet islamiste qu'à l'avantage des
forces républicaines qui avaient sérieusement vacillé aux premiers
assauts de l'insurrection armée lancée en 1992. Et, éliminé ou
désarmé, chaque terroriste en moins ne pouvait que signifier un pas
de plus vers la restauration de l’Etat républicain.
Face à l'instance
des partisans d'une nouvelle offre aux groupes armés, qui ne
demandent à vrai dire rien d'autre que le retour du Fis, les forces
républicaines au sommet de l'Etat n'aurait-elles pas, eu définitive,
plutôt intérêt à affaiblir davantage ce qui représente objectivement
leur unique moyen de négociation et de manœuvre plutôt que de
laisser en l’état ou encore lui accorder un répit préjudiciable ? La
réponse à cette question est on ne peut plus claire, bien qu’il ne
faille aucunement perdre de vue que les institutions en charge de la
préservation de l’Etat et de la République n’ont plus cette
possibilité de faire de la politique au grand jour et encore moins
de s’ériger en initiatrices de la direction politique du pays. Voilà
un débat intéressant dans l’absolu, mais qui dans le cas qui nous
préoccupe, nous renvoie à examiner de plus près ce qui se passe
présentement en Kabylie et dans d’autres zones où les groupes
terroristes ont choisi d’élire retraite. Que, par exemple, les
unités de l’ANP aient décidé de descendre avec des moyens
manifestement conséquents sur le terrain en ne faisant rien
d’ailleurs pour éviter qu’un tapage médiatique naisse autour, voilà
qui annonce bien une action des plus sérieuses. Mais quel est son
objectif ? Certes, jamais l’Etat n’a relâché sa lutte contre le
terrorisme et les plus hauts responsables de l’Etat, à commencer par
le président de la République, n’ont eu de cesse de proclamer une
lutte interminable contre les terroristes. Sauf que dans cette
situation, qui se place après une phase d’attentisme et surtout de
mansuétude extrême et à la veille d’une probable prorogation des
délais à accorder aux groupes armés (ce qu’il ne faut pas exclure
trop vite), le ferme encerclement des derniers maquis terroristes
peut soit signifier que les terroristes vivent vraiment leurs
dernières heures et qu’alors le pays est dans une phase nouvelle qui
admet les limites de la politique de la main tendue, soit être, plus
simplement, une opération qui vise par la pression à fragiliser la
cohésion des groupes (obtenue par une féroce répression des émirs)
et à obtenir, en fin de compte, une accélération des redditions qui
n’ont pu avoir lieu jusque-là. Ce qui nous éloigne de la possibilité
du retour au tout sécuritaire et signifie que l’ANP épouse
totalement la démarche du Président. Elle ne ferait, en vérité, que
ce qu’elle a toujours fait depuis le début de la crise : négocier
pour mieux combattre, combattre pour mieux négocier. Dans tous les
cas de figure, au lendemain d’une étape importante de tout ce
processus, tout se joue encore dans les maquis. Quel bilan faut-il
en tirer ?
N. B.
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