Semaine du 30 août au 5 septembre 2006

 

 

L'éditorial : Par Nabil Benali

La vérité est dans les maquis

 

 
 
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La vérité est dans les maquis

L'arrivée à forclusion du délai accordé aux groupes armés pour déposer les armes et bénéficier des dispositions de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale est très loin de nous fournir des résultats aussi probants que ceux officiellement communiqués par le gouvernement, qui a fait état de 6 000 terroristes rédditionnaires dans le cadre de la concorde civile. De plus, cet été a été bien employé par le GSPC et les groupuscules restant du GIA pour multiplier les attentats qui, certes ont eu une portée limitée, mais suffisante pour dire encore une fois leur refus total de la politique de la main tendue. En revanche, c'est le caractère endémique du phénomène terroriste qu'ils semblent avoir revigoré, cela à l’heure où les voix favorables aux islamistes radicaux menaient et mènent campagne pour la prorogation des délais pourtant expressément limités par l'ordonnance 01-06 signée par Abdelaziz Bouteflika. Dans ce contexte où le chef de l'Etat observe un retrait historique par rapport à la situation politique qui dépend fortement de sa propre décision, le suspense semble entier, à moins que la réponse ne vienne d'en dehors du pré carré qui oppose les protagonistes dans cette affaire. Il n'est nullement fait allusion ici au chimérique cercle cité par Mouloud Hamrouche, mais à quelque chose de nettement plus concret.

Si l'on estime que le blocage actuel – appelons un chat un chat – découle de l'égalité des forces des partisans d'une réconciliation nationale ouverte ad vitam æternam et de ceux qui pensent qu'il est temps d’en découdre une bonne fois pour toutes après avoir suffisamment concédé sous la pression internationale, alors la solution ne saurait venir que de l'affaiblissement de l'un ou de l'autre des deux camps qui trahissent déjà l'impossibilité du compromis recherché par la Charte pour la paix et la réconciliation nationale.

Ainsi, autant dire que la vérité est dans les maquis. Il est d'autant plus motivé de le soutenir que c'est bel et bien la réalité du terrain au plan militaire qui a façonné chèrement, mais progressivement, un rapport de force moins en faveur du projet islamiste qu'à l'avantage des forces républicaines qui avaient sérieusement vacillé aux premiers assauts de l'insurrection armée lancée en 1992. Et, éliminé ou désarmé, chaque terroriste en moins ne pouvait que signifier un pas de plus vers la restauration de l’Etat républicain.

Face à l'instance des partisans d'une nouvelle offre aux groupes armés, qui ne demandent à vrai dire rien d'autre que le retour du Fis, les forces républicaines au sommet de l'Etat n'aurait-elles pas, eu définitive, plutôt intérêt à affaiblir davantage ce qui représente objectivement leur unique moyen de négociation et de manœuvre plutôt que de laisser en l’état ou encore lui accorder un répit préjudiciable ? La réponse à cette question est on ne peut plus claire, bien qu’il ne faille aucunement perdre de vue que les institutions en charge de la préservation de l’Etat et de la République n’ont plus cette possibilité de faire de la politique au grand jour et encore moins de s’ériger en initiatrices de la direction politique du pays. Voilà un débat intéressant dans l’absolu, mais qui dans le cas qui nous préoccupe, nous renvoie à examiner de plus près ce qui se passe présentement en Kabylie et dans d’autres zones où les groupes terroristes ont choisi d’élire retraite. Que, par exemple, les unités de l’ANP aient décidé de descendre avec des moyens manifestement conséquents sur le terrain en ne faisant rien d’ailleurs pour éviter qu’un tapage médiatique naisse autour, voilà qui annonce bien une action des plus sérieuses. Mais quel est son objectif ? Certes, jamais l’Etat n’a relâché sa lutte contre le terrorisme et les plus hauts responsables de l’Etat, à commencer par le président de la République, n’ont eu de cesse de proclamer une lutte interminable contre les terroristes. Sauf que dans cette situation, qui se place après une phase d’attentisme et surtout de mansuétude extrême et à la veille d’une probable prorogation des délais à accorder aux groupes armés (ce qu’il ne faut pas exclure trop vite), le ferme encerclement des derniers maquis terroristes peut soit signifier que les terroristes vivent vraiment leurs dernières heures et qu’alors le pays est dans une phase nouvelle qui admet les limites de la politique de la main tendue, soit être, plus simplement, une opération qui vise par la pression à fragiliser la cohésion des groupes (obtenue par une féroce répression des émirs) et à obtenir, en fin de compte, une accélération des redditions qui n’ont pu avoir lieu jusque-là. Ce qui nous éloigne de la possibilité du retour au tout sécuritaire et signifie que l’ANP épouse totalement la démarche du Président. Elle ne ferait, en vérité, que ce qu’elle a toujours fait depuis le début de la crise : négocier pour mieux combattre, combattre pour mieux négocier. Dans tous les cas de figure, au lendemain d’une étape importante de tout ce processus, tout se joue encore dans les maquis. Quel bilan faut-il en tirer ?

N. B.

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