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La Trame
Ainsi va le
monde
Dans moins d’une
semaine, le 31 de ce mois plus exactement, l’Iran aura répondu
formellement à la demande faite il y a un mois par le Conseil de
sécurité, où celui-ci lui enjoignait de suspendre les opérations
d’enrichissement de l’uranium sous peine de sanctions économiques et
diplomatiques. Mais si l’on ignore à ce jour les termes exacts
employés par les officiels iraniens dans leur courrier du 22 août,
pour la bonne raison qu’ils ne sont pas encore rendus publiques, on
en connaît néanmoins la teneur : la République islamique ne se
pliera pas à une résolution qu’elle considère comme « politique et
illégale ». On peut penser, comme en font foi d’ailleurs certaines
« fuites » venant des sources les mieux autorisées, que le style de
cette réponse n’est pas du tout tranchant, qu’il en appelle au
contraire à la négociation bien plus qu’il ne lui ferme la porte
d’un coup. Mais, de toute évidence, cela ne changera rien quant au
fond. Les Américains, qui s’efforcent depuis longtemps de convaincre
les autres membres du Conseil de sécurité de la volonté de l’Iran de
fabriquer la bombe atomique, vont faire fonds sur cette réponse
négative pour isoler ce dernier encore plus sur la scène
internationale. En attendant de pouvoir l’attaquer militairement.
Il ne semble pas
de plus que l’Iran soit en mesure d’éviter ce qui se prépare contre
lui. Le précédent irakien n’incite guère à l’optimisme à cet égard.
Pas plus dans son cas que dans celui de son voisin, il n’existe de
preuves formelles qu’il détient des armes de destruction massive, ou
qu’il s’emploie clandestinement à en fabriquer. Le sort en est
pourtant jeté. C‘est bien Donald Rumsfeld qui disait, commentant un
rapport d’EL Baradei combien décevant pour lui, que « l’absence de
preuves n’était nullement une preuve d’absence. »
Il faut dire que
l’Iran, de son côté, ne fait pas grand-chose pour établir un climat
de confiance entre lui et des puissances de taille à lui nuire, et
pour certaines assez désireuses de passer à l’acte. On dirait que
les signes qu’il envoie en leur direction sont étudiés soigneusement
pour accroître sentiments d’hostilités qu’ils lui vouent. Faire
coïncider l’envoi de sa réponse avec le démarrage de l’usine de
production d’eau lourde d’Arak, le lancement de manœuvres militaires
à travers le pays, et autres tests de missiles, n’est certainement
pas ce qu’il y a de mieux à faire pour détendre une atmosphère à
l’orage depuis quelque temps déjà.
Il est sans doute
révoltant que ce soit le pays même qui ait eu recours, cela par deux
fois, à la bombe atomique, contre des civils de surcroît, qui
cherche maintenant à en attaquer un autre, afin de l’empêcher
d’acquérir un des attributs de la puissance dans le monde tel qu’il
est. Mais ainsi va le monde. Il n’y a là-dedans rien qui relève de
cette chose fort mystérieuse qu’est le choc des civilisations. La
très banale volonté des Etats d’imposer leur hégémonie et
d’accaparer les richesses du monde, suffit amplement pour
comprendre de quoi il retourne dans ce cas, comme dans d’autres
d’ailleurs.
Néanmoins, il n’y
a pas que les Américains, ou les Israéliens, pour vouloir à tout
prix mettre fin au programme nucléaire iranien, ou à tout le moins
le contrôler étroitement pour qu’il ne débouche pas sur la
fabrication de bombes atomiques. Les pays arabes voisins sont eux
aussi éminemment intéressés à voir la République islamique
contrainte d’abandonner son ambition de se doter d’une arme dont ils
seraient eux aussi menacés, et qui de toute façon créerait une
situation nouvelle dans la région, qui ne serait pas du tout à leur
avantage. L’Arabie Saoudite en particulier en serait la grande
perdante. D’ailleurs si ce cas de figure devait se produire, ce ne
sont pas les Américains qui en pâtiraient le plus, étant donné
qu’ils ont largement de quoi faire face, ni même Israël, lui-même
suffisamment pourvu en moyens de dissuasion, mais bien leurs alliés
arabes, et en premier lieu ceux d’entre eux qui sont à le fois
majoritairement sunnites et proaméricains. Dans l’état actuel des
choses, seuls la Syrie et le Hezbollah se féliciteraient de ce que
l’Iran ait pu se jouer de la vigilance de tous pour se procurer la
Bombe.
L’Iran, ou plutôt
ses dirigeants, auraient du mal à faire marche arrière pour une
autre raison, qui ne tient pas elle à la malveillance dont il est
pour son malheur environné de toutes parts. Ils ne pourraient pas se
plier aux injonctions qui lui sont faites sans perdre la face…et
ouvrir à l’intérieur du pays la boite de Pandore.
M. Habili
e-mail :contact@lesdebats.com
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