Semaine du 23 au 29 août 2006

 

La trame du mercredi

Ainsi va le monde

 

 
 
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Ainsi va le monde

Dans moins d’une semaine, le 31 de ce mois plus  exactement, l’Iran aura répondu formellement à la demande faite il y a un mois par le Conseil de sécurité, où celui-ci lui enjoignait de suspendre les opérations d’enrichissement de l’uranium sous peine de sanctions économiques et diplomatiques. Mais si l’on ignore  à ce jour les termes exacts employés par les officiels iraniens dans leur courrier du 22 août, pour la bonne raison qu’ils ne sont  pas encore rendus publiques, on en connaît néanmoins la teneur : la République islamique ne se pliera pas à une résolution qu’elle considère comme « politique et illégale ». On peut penser, comme en font foi d’ailleurs certaines « fuites » venant des sources les mieux autorisées, que le style de cette réponse n’est pas du tout tranchant, qu’il en appelle au contraire  à la négociation bien plus qu’il ne lui ferme la porte d’un coup. Mais, de toute évidence, cela ne changera rien quant au fond. Les Américains, qui s’efforcent depuis longtemps de convaincre les autres membres du Conseil de sécurité de la volonté de l’Iran de fabriquer la bombe atomique, vont faire fonds sur cette réponse négative pour isoler ce dernier  encore plus  sur la scène internationale. En attendant de pouvoir l’attaquer militairement.

Il ne semble pas de plus que l’Iran soit  en mesure d’éviter ce qui se prépare contre lui. Le précédent irakien n’incite guère à l’optimisme à cet égard. Pas plus dans son cas que dans celui de son voisin, il n’existe de preuves formelles qu’il détient des armes de destruction massive, ou qu’il s’emploie clandestinement à en fabriquer. Le sort en est pourtant jeté. C‘est bien Donald Rumsfeld qui disait, commentant un rapport d’EL Baradei combien décevant pour lui, que « l’absence de preuves n’était nullement une preuve d’absence. »

Il faut dire que l’Iran, de son côté, ne fait pas grand-chose pour établir un climat de confiance entre lui et des puissances de taille à lui nuire, et pour certaines assez désireuses de passer à l’acte. On dirait que  les signes qu’il envoie en leur direction sont étudiés soigneusement pour accroître  sentiments d’hostilités qu’ils lui vouent. Faire coïncider l’envoi de sa réponse avec le démarrage de l’usine de production d’eau lourde d’Arak, le lancement de manœuvres militaires à travers le pays, et autres tests de missiles, n’est certainement pas ce qu’il y a de mieux à faire pour détendre une atmosphère à l’orage depuis quelque temps déjà.

Il est sans doute révoltant que ce soit le pays même qui ait eu recours, cela par deux fois,  à la bombe atomique, contre des civils de surcroît, qui  cherche maintenant à en attaquer un autre, afin de l’empêcher d’acquérir un des attributs de la puissance dans le monde tel qu’il est. Mais ainsi va le monde. Il n’y a là-dedans rien qui relève de cette chose fort mystérieuse qu’est le  choc des civilisations. La très banale volonté des Etats d’imposer leur hégémonie et d’accaparer les richesses du monde,  suffit amplement pour comprendre de quoi il retourne dans ce cas, comme dans d’autres d’ailleurs.

Néanmoins, il n’y a pas que les Américains, ou les Israéliens, pour vouloir à tout prix mettre fin au programme nucléaire iranien, ou à tout le moins le contrôler étroitement pour qu’il ne débouche pas sur la fabrication de bombes atomiques. Les pays arabes voisins sont eux aussi éminemment intéressés à voir la République islamique contrainte d’abandonner son ambition de se doter d’une arme dont ils seraient eux aussi menacés, et qui de toute façon créerait une situation nouvelle dans la région, qui ne serait pas du tout à leur avantage. L’Arabie Saoudite en particulier en serait la grande perdante. D’ailleurs si ce  cas de figure devait se produire, ce ne sont pas les Américains qui en pâtiraient le plus, étant donné qu’ils ont largement de quoi faire face, ni même Israël, lui-même suffisamment pourvu en moyens de dissuasion, mais bien leurs alliés arabes, et en premier lieu ceux d’entre eux qui sont à le fois majoritairement sunnites et proaméricains. Dans l’état actuel des choses, seuls la Syrie et le Hezbollah se féliciteraient de ce que l’Iran ait pu se jouer de la vigilance de tous pour se procurer la Bombe.

L’Iran, ou plutôt ses dirigeants,  auraient du mal à faire marche arrière pour une autre raison, qui ne tient pas  elle à la malveillance dont il est pour son malheur environné de toutes parts. Ils ne pourraient pas se plier aux injonctions qui lui sont faites sans perdre la face…et ouvrir à l’intérieur du pays la boite de Pandore.

M. Habili 

 

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