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La doctrine politique du Président révélée
Une nation
unie, consensus et pérennité du régime
Ne faut-il pas
inscrire tous les actes du président Bouteflika, de la concorde
civile à la réconciliation nationale, dans une démarche plus globale
que dans le cadre de réponses législatives et légales à des
questions sécuritaires ?
Au commencement
était la concorde civile. Cette loi avait vu l'adhésion de
l'ensemble de la classe politique, les plus opposés ayant préféré se
murer dans une abstention à peine symbolique tant les soutiens
s'exprimaient avec force. C'était en fait l'acte politique majeur du
président Bouteflika qui, du même coup, effaçait une mauvaise
élection pour son premier mandat, transformant l'adhésion des
Algériens à son projet de concorde civile pratiquement en
plébiscite. Effectivement, la loi sur la concorde civile n'avait pas
besoin du référendum pour être mise en application. La loi était
passée sans problème devant les députés et même des élus du RCD,
parti qui dénonçait quelques semaines auparavant «la plus grande
fraude du siècle» à propos de l'élection présidentielle, s'associait
finalement à la loi sur la concorde civile. Ce parti, qui s'était
engagé dans ce qu'on appelait la mouvance éradicatrice, acceptait le
deal d'offrir l'extinction de poursuites et quasiment un statut
particulier pour les anciens membres de l'AIS contre le retour de la
paix.
Certes, la paix
totale n'était pas au rendez-vous le lendemain du référendum, mais
on commençait à faire le ménage dans le pays. On indiquait que 6 000
armes s'étaient tues. Cependant, mettre dans la balance la seule
donne sécuritaire par rapport aux implications de la loi, c'est en
oublier toute la dimension politique.
Après des années
de tueries, exiger aux Algériens de pardonner aux criminels était
peut être trop demander ; pourtant, globalement, le rejet ne s'est
pas fait ressentir de manière suffisamment significative pour peser
dans la suite des événements. La dimension politique a sans nul
doute été clairement perçue par les Algériens qui voyaient une
remise en ordre et un nouveau départ, même si elle était empreinte
de non-dits.
On peut
effectivement apposer la même appréciation pour la réconciliation
nationale dont les objectifs sécuritaires sont moins importants, le
nombre de terroristes encore actifs étant trop peu nombreux pour
nécessiter une loi. Le règlement opérationnel des derniers foyers
semble évident aux yeux de tous.
La réconciliation
nationale a également exhumé la question des disparus, un drame
humain qui s'inscrira forcément dans l'écriture de l'histoire
actuelle du pays. Certes, la réconciliation nationale n'a pas
répondu aux questions de fond concernant cette pénible question mais
elle a pu la soustraire aux manipulations politiques.
Quelle doctrine
?
En fait, si on a
beaucoup lu, beaucoup entendu de discours à propos de la concorde
civile ou de la réconciliation nationale, on n'a pas eu connaissance
de l'aspect doctrinal de la démarche du Président. Sur quels
référents s'appuie-t-il pour justement être sûr que les options
proposées aux Algériens ont une implication sur l'avenir du pays
sans l'hypothéquer ?
Concorde civile et
réconciliation nationale instituent d'abord la notion d'impunité
avant de rendre justice. C'est d'ailleurs la critique de fond qui
est émise à l'adresse des deux initiatives dans la mesure où de
nombreux pays où des démarches tendant à réconcilier tout un pays
après une crise ont été prises, elles sont toutes passées avec plus
ou moins de succès, par des phases de catharsis, des systèmes de
justice transitoire tendant à réconcilier psychologiquement les
population avant d'instituer la réconciliation politique.
Mais le président
Bouteflika se fonde sur les actes constitutifs de l'Etat algérien
pour bâtir sa démarche. Probablement que cette référence aurait
effectivement plus vite assuré le consensus recherché. Il a pu le
rappeler pour certains, le signaler pour la première fois pour
d'autres, dans son message adressé lors des festivités marquant le
cinquantième anniversaire du congrès de la Soummam : «Les
Algériennes et les Algériens doivent savoir que cette réconciliation
nationale n'a d'autre objectif que celui d'organiser le consensus
national sans lequel aucun régime, fût-il sorti des armes, n'est
durablement légitime. Cette réconciliation nationale concerne toutes
celles et tous ceux qui se sont marginalisés ou qui ont été
marginalisés du fait des vicissitudes de la vie politique, des
maladresses et de l'entêtement de certains. Seuls ceux qui ont trahi
la nation ou commis des crimes atroces, voire imprescriptibles, en
sont naturellement exclus.»
Une nation, un
consensus et pérennité du régime, ce sont les trois axes de la
doctrine politique du Président. C'est beaucoup de le dire quand on
a navigué trop longtemps dans des considérations approximatives
faute de visibilité. Certes, ce sont aussi des options qui peuvent
être sujettes à débat et ne pas emporter l'adhésion de tous. Il
reste que par rapport à la donne sécuritaire, la réponse se prolonge
dans le temps, faisant que la question du terrorisme devient
conjoncturelle.
D'ailleurs, on ne
peut confiner les démarches présidentielles que dans le strict
aspect politique et dans la recherche du consensus à même de
stabiliser la fonction politique. La question du terrorisme pose
quant à elle le problème de l'éradication du terreau du terrorisme,
et finalement du vivier de la révolte contre le système et le pays.
Cette doctrine politique, déclinée en programme, devrait prendre
aussi en charge cet aspect.
Amine Esseghir
Haut
Université d’été
Les partis se
préparent aux élections
Est-ce une pure
coïncidence que des partis politiques et autres mouvements
organisent, presque en même temps, c’est-à-dire entre les mois de
juillet et août, leur université d’été ? Si coïncidence il y a, elle
ne peut être fortuite car, tout le monde le sait, en politique tout
est minutieusement calculé à l’avance. Même si parfois
l’improvisation s’impose pour faire face à une situation imprévue,
le reste du temps tout est organisé comme du papier à musique. Il ne
faut donc pas s’étonner de voir les ârouch, le MDS, le FLN, le MSP…
choisir des dates rapprochées pour leur université d’été.
Le choix de cette
période signifie, sans aucun doute, que la rentrée sociale risque
d’être chargée. En effet, les élections sénatoriales sont annoncées
pour la fin de l’année en cours, tandis que les élections
législatives et locales sont attendues pour l’année 2007. C’est
peut-être l’annonce, par le ministre de l’Intérieur, de ces deux
importantes échéances qui a poussé la classe politique à affûter
leurs armes pour ces deux événements.
Resserrer les
rangs des adhérents, trouver des solutions aux problèmes qui
traînent, mais aussi et surtout se préparer pour la rentrée sociale
semblent être les objectifs que chaque parti essaye d’atteindre à
travers l’université d’été.
Ainsi, pour le
mouvement citoyen des ârouch, l’université d’été de cette année,
dont la tenue coïncide avec le cinquantenaire du Congrès de la
Soummam, est à la fois une commémoration folklorique mais aussi
l’occasion de débattre de plusieurs questions politiques,
démocratiques, culturelle et identitaires.
"La situation
politique et enjeux", "droits et libertés", "la question
linguistique en Algérie", "la démocratie dans les régimes
constitutionnalistes"… autant de sujets qui permettent au mouvement
des ârouch de mieux préciser ses objectifs et surtout d’identifier
les outils qui seront utilisés. Un autre sujet, peut-être plus
important, "le combat pour la citoyenneté : état des lieux et
perspectives", est sans doute la raison pour laquelle le mouvement a
tenu son université d’été. Pour savoir ce qu’a pu réaliser ce
mouvement et ce qui lui reste à atteindre dans la lutte qu’il mène
depuis quelques années.
Les choses ne sont
pas très différentes pour le MDS, qui a organisé son université
d’été du 25 juillet au 25 août. Lors de cette rencontre, organisée,
comme à l’accoutumée, au camp de toile Oued Agrioune, à Melbou,
l’occasion était propice pour essayer de comprendre la nature de la
crise qu’a connu le parti et qui est, d’après son secrétaire général
par intérim, "une suite logique et directe à la crise que vit le
pays depuis deux décennies". Une fois le mal diagnostiqué, la suite,
c’est-à-dire les solutions à trouver pour sortir le parti de la
crise, ne sera normalement que plus facile.
L’université d’été
du MDS, à laquelle ont pris part des cadres du parti et des
personnalités étrangères d’obédience socialiste, a été une aubaine
pour annoncer la prochaine tenue du congrès du MDS, les 21 et 22
décembre 2006.
On croit savoir
que les fédérations du parti, à travers le territoire, sont déjà à
pied d’œuvre pour que le rendez-vous du mois de décembre soit
réussi. Cela semble on ne peut plus important pour un parti qui a
durement été frappé par la crise. Ce congrès sera donc une forme de
réhabilitation. Si les choses se passent bien, le parti renaîtra de
ses cendres.
Les partis de
l’alliance présidentielle ne sont pas sur la même longueur d’ondes.
En effet, si le FLN et le MSP ont procédé comme d’habitude et
organisé leur université d’été presque en même temps, une
manifestation qui se veut "grandiose" par les cadres du FLN et les
organisateurs aussi bien du point de vue du nombre des participants
(plus de 1 000 militants) que de la qualité des invités.
L’université d’été du FLN est importante de par les objectifs
qu’elle veut atteindre et des sujets qu’elle doit aborder et qui
sont liés aux salaires, à la retraite, au pouvoir d’achat, à la
sécurité sociale, au développement, à la solidarité nationale, à
l’efficacité économique, au chômage, à l’emploi… en fait, tout ce
qui touche aux préoccupations du citoyen. Ce n’est pas tout, puisque
les participants à cette rencontre doivent aussi approfondir la
doctrine du FLN et enrichir sa pensée politique.
L’université d’été
du MSP a été ouverte à l’INH de Boumerdès sous le signe "la
direction politique et les enjeux sociaux". Cette rencontre est
intimement liée à la situation économique du pays. Même si l’aspect
politique n’est pas mis en évidence, il va de soi que la
préoccupation des cadres du parti reste la préparation pour les
élections, et c’est certainement pour cela que la situation
économique et sociale du pays a été longuement débattue. La couche
sociale moyenne, qui est un élément premier dans la société, n’a pas
été oubliée. "Cette couche constitue un repère et un indicateur de
la bonne ou mauvaise santé de notre société", a affirmé Abou Djerra
Soltani. Ce qu’il ne dit pas tout haut, c’est que cette couche
constitue surtout un poids électoral à ne pas négliger et à séduire.
A travers toute
cette activité et ces préparatifs en vue de la rentrée sociale et
des échéances électorales, le RND a choisi, cette année, une autre
approche. Ainsi, au lieu de faire comme ses deux "alliés" qui ont
mis le paquet pour réussir leur université d’été, le parti d’Ahmed
Ouyahia a préféré, pour être d’attaque pour les deux échéances
électorales, mobiliser ses troupes à travers les localités et ce,
pour établir une expertise de tous les problèmes que vivent les
Algériens. Transport, éducation, environnement, logement… tout sera
passé au peigne fin, ainsi que les solutions proposées par les
citoyens. Donc les cadres locaux du parti auront pour mission
principale d’établir une liste des problèmes, qui sera par la suite
transmise à la direction du parti. Cette nouvelle stratégie,
appliquée depuis huit mois, est le résultat du dernier conseil
national du RND. Elle permet ainsi à ce parti d’avoir une longueur
d’avance sur les autres et d’être déjà en pleine campagne
préélectorale.
L’université d’été
est donc perçue par ce parti comme étant une activité
conjoncturelle, à laquelle il préfère la mobilisation au quotidien.
Ceci ne semble pas être l’avis des autres, ceux pour qui
l’université d’été joint l’utile à l’agréable et permet de mettre de
l’ordre au sein des partis et d’établir de nouvelles orientations,
comme c’est le cas pour le FLN qui n’a pas dérogé à cette règle
depuis 1990. Elle est aussi une bonne occasion pour la formation
politique des adhérents.
Khadidja
Mohamed Bouziane
Haut
Trafic de carburant à la frontière ouest
Le règne des « hellaba »
Faire le plein de
carburant (de gasoil en particulier) est un gros problème dans les
communes frontalières de la wilaya de Tlemcen. En période de grandes
vacances caractérisée par une hausse de la demande, c’est même
devenu un sacré souci devant le règne des hellaba (laitiers,
appellation attribuée par la population aux trafiquants de carburant
destiné à la revente au Maroc) dont la très forte activité (à
laquelle il faut également ajouter des perturbations dues à la
distribution) crée une situation de crise quasi quotidienne qui
s’accentue au fur et à mesure qu’on se rapproche de la frontière.
La scène qui suit
s’est déroulée dans une station d’essence très prisée par les
hellaba. En fait, «très prisée» ne suffit pas pour décrire
correctement la situation qui règne dans cette station. Cette
dernière, comme plusieurs autres dans la région, est monopolisée
par les trafiquants qui «exportent» clandestinement du gasoil et de
l’essence pour approvisionner le marché marocain.
Il est presque
midi d’une journée de juillet lorsqu’un véhicule immatriculé dans
une autre wilaya du pays prend place dans un immense cortège de
voitures (bizarrement toutes de même gabarit) pour remplir du
gasoil. Un silence s’installe presque instantanément parmi ces
clients «très spéciaux». Leurs regards se dirigent vers le nouveau
venu comme s’il s’agissait d’un extraterrestre. Quelques secondes
plus tard, une voix s’élève parmi les trafiquants : «Hé les gars,
voici un émigré !» Eclat de rire général, au grand étonnement de
l’intrus qui a vite compris qu’il était indésirable dans cette
station d’essence, avant d’être rassuré par une autre voix qui lui
suggérait d’avancer son véhicule au premier rang pour faire le
plein. «Il n’est pas de la région, en plus il est en famille,
laissons-le passer les gars», lance l’un d’eux en direction de ses
camarades.
Ce genre de
situations, surtout pour les vacanciers qui ne connaissent pas la
région, n’est malheureusement pas rare dans une grande partie des
stations d’essence des localités proches des frontières ouest de la
wilaya de Tlemcen où les hellaba s’arrogent un droit «naturel» de
monopole sur les carburants.
En période
estivale et devant la forte influence des vacanciers en général et
des émigrés en particulier qui viennent véhiculés depuis l’ouverture
de la ligne maritime Almeria (Espagne) – Ghazaouet, les conditions
d’approvisionnement en carburant deviennent très difficiles et
prennent énormément de temps dans des chaînes interminables. La
complicité évidente de certains responsables de stations
d’essence donne plus de force aux trafiquants, leur permettant
d’imposer leur loi en matière de distribution dans plusieurs
localités de la wilaya de Tlemcen, en particulier dans les stations
situées dans les communes frontalières. Dans certaines d’entre
elles, il est carrément impossible de s’approvisionner pour de
simples automobilistes.
Des centaines
de véhicules pour la contrebande
Le trafic de
carburant vers le Maroc existe depuis plus de deux décennies. Source
d’existence pour des familles démunies au début, il est vite devenu,
avec le temps, un véritable filon pour des trafiquants plus
«professionnels». Même en l’absence d’une enquête sérieuse sur le
phénomène, on peut aisément penser que la filière est habillement
organisée puisque rares sont ses membres qui se font attraper. En
supposant, bien sûr, qu’il existe une stratégie de lutte contre ce
genre de trafic.
L’autre forme
d’organisation consiste à privilégier des véhicules de types Renault
21 et 25 et en particulier les anciens modèles de Mercedes 200, 240
et 300 D. Pour le transport de grandes quantités de gasoil et
d’essence vers la frontière algéro-marocaine, tous les véhicules
sont équipés de réservoirs supplémentaires portant leur capacité
totale à 200, voire à 300 litres par voyage.
Le parc de
voitures servant dans ce trafic est assez impressionnant. Elles sont
vraisemblablement des centaines, voire des milliers de voitures de
ce type dont certaines gardent encore les matricules de leur wilaya
d’origine. La diversité géographique de leur provenance montre bien
qu’il existe une parfaite organisation qui ne ménage aucun effort à
la recherche de ce genre de véhicules en allant jusqu’à des wilayas
lointaines comme Sétif, Jijel, Alger, Constantine, Médéa, Bouira,
Tizi-Ouzou et Béchar.
Une visite dans
une station d’essence, à n’importe quel moment de la journée ou
n’importe quel jour de semaine, montre que les contrebandiers
constituent l’écrasante majorité des clients. Dans certaines pompes,
situées dans des localités plus proches de la frontière (à quelque
25 ou 30 kilomètres du chef=lieu de la wilaya de Tlemcen) on ne
trouve exclusivement que des hellaba qui étendent de plus en plus
leur champ d’action au point d’investir systématiquement toute
nouvelle station, comme celle de la commune de Yaghmourassen, entrée
en service depuis deux semaines.
La plupart des
automobilistes qui s’approvisionnent dans les stations frontalières
subissent comme une fatalité le diktat des trafiquants, à
l’exception des conducteurs de tracteurs dont l’utilité sociale
n’est plus à démontrer (transport de citernes d’eau et de matériaux
de construction). Excédés par les interminables problèmes
d’approvisionnement en gasoil, les conducteurs de tracteurs ont pu
s’imposer dans les stations d’essence des communes de Ghazaouet et
Tounane (distante de 10 km) en exigeant qu’un couloir spécial leur
soit attribué pour s’approvisionner sans attendre des heures. Pour
le reste, les trafiquants règnent sans partage.
Les méfaits des
hellaba ne s’arrêtent pas à ce seul aspect. Ces trafiquants ne
passent pas inaperçus aussi bien dans les stations d’essence que sur
les routes. Plusieurs ont, d’ailleurs, trouvé la mort dans des
accidents pour cause d’excès de vitesse dans une course à qui ferait
le plus d’aller-retour durant une même journée. Sur la route, en
particulier dans les virages menant à Ghazaouet ou à Tounane, il est
préférable de ne pas rouler devant un de ces véhicules de
trafiquants au risque de se voir percuter le pare-choc arrière au
moindre ralentissement. De tous les fous du volant qui peuplent nos
routes, ces chauffards, souvent des jeunes de moins de 30 ans,
méritent bien la palme d’or.
Problèmes de
distribution
A la décharge des
hellaba, il faut dire que les difficultés d’approvisionnement en
carburant sont à mettre également sur le compte d’une mauvaise
distribution que connaît Tlemcen. Rouler à l’essence sans plomb ou
au GPL (carburants moins polluants) est encore plus problématique
dans cette wilaya. Il s’agit là de gros problèmes
d’approvisionnement qui durent tout au long de l’année et n’ont,
vraisemblablement, rien à voir avec la saison estivale. C’est le cas
notamment des carburants comme le GPL que les chauffeurs de taxi de
Ghazaouet (à 70 km de Tlemcen), par exemple, doivent aller chercher
jusqu’à Nedroma ou Bab El-Assa, voire même jusqu’aux portes de la
capitale de Zianides, à Remchi ou à Chetouan, distantes
respectivement de 10 et 4 km de Tlemcen. Avec le risque de revenir
bredouille, sauf à la centrale de Chetouan où il est certain de
pouvoir s’approvisionner en faisant, parfois, la chaîne dans une
file de plus de 35 véhicules (des taxis pour la plupart).
Si les chauffeurs
de taxi qui font quotidiennement la ligne Ghazaouet-Tlemcen
considèrent que c’est un demi-mal d’aller jusqu’à Chetouan, cela
s’apparente plutôt à un calvaire pour les autres automobilistes
équipés de kits GPL, obligés de faire des dizaines de kilomètres
pour faire le plein de gaz. A partir de Ghazaouet, par exemple, il
n’y a pas beaucoup de stations où l’on peut s’approvisionner en GPL
en dehors du carrefour d’El-Gouassem (50 km en direction de
Tlemcen), Remchi (60 km) ou Chetouan (75 km). La situation est
encore plus critique pour les automobilistes dont les véhicules
roulent à l’essence sans plomb (il s’agit généralement de véhicules
neufs pour lesquels il est conseillé d’utiliser ce carburant). C’est
le cas de ce médecin spécialiste qui doit faire au moins un
aller-retour par semaine (environ 150 km) entre Ghazaouet et Remchi
pour être sûr de trouver de l’essence sans plomb.
Avec la fin des
vacances, la crise va certainement s’atténuer, mais le problème de
la distribution du carburant dans la wilaya de Tlemcen reste entier
et nécessite certainement de grandes améliorations. En attendant de
nouvelles stations d’essence, il y a lieu d’augmenter les fréquences
d’approvisionnement des pompes déjà existantes et d’imposer des
limites aux hellaba, à défaut de réduire leur activité à néant. Du
boulot en perspective pour Naftal, les douanes et autres services de
sécurité.
Abdelkader
Djalil
Haut
Haddam, Kebir et les autres
Le chantage par
l’exil
A présent que le
délai accordé aux éléments des groupes armés est arrivé à
forclusion, c’est une nouvelle étape qui commence pour les
islamistes radicaux dans la mesure où ils estiment qu’à moins d’une
prorogation de ce délai par le chef de l’Etat, le peu d’espoir né de
la Charte pour la paix et la réconciliation nationale sera très vite
enterré, dévoilant l’impossibilité du compromis recherché. De là,
les dirigeants de l’ex-Fis en exil refusent de rentrer au pays ce
qui représente, au vrai, un bien étrange moyen de pression.
C’est qu’il est, à
ce jour, deux traits évidents qui sont constamment brandis pour
démontrer que rien n’est encore réglé s’agissant de la crise
politique et sécuritaire qui a éclaté en 1992 : la persistance du
terrorisme et l’existence d’une diaspora islamiste qui poursuit son
activité à l’extérieur, les deux éléments se rejoignant non
seulement dans l’idéologie et les objectifs, mais aussi dans la
situation de non-assujettis à l’Etat algérien. Et ce lien entre les
deux plus importants éléments est clairement exprimé à partir de
Washington par Anouar Haddam lorsqu’il avertit qu’il n’y aura pas de
paix en Algérie tant que les autorités ne permettront pas le retour
sous une forme ou une autre du parti dissous.
Il reste qu’Anouar
Haddam, tout comme Kherabane ou Kebir (qui promettait son retour
pour le mois de juillet écoulé) ne sont toujours pas ici. On ne sait
d’ailleurs s’ils sont pressés à cet effet, car tout indique que non.
Les anciens du Fis ne reviendraient que s’il y aurait la garantie du
retour du Fis lui-même. La forme importe peu, il est clair, mais
seule compte la possibilité de poursuivre l’idéal de l’Etat
islamique. Et ce qu’il n’est encore permis de faire dans son pays,
autant le continuer tout de même à l’étranger. A leur regard, la
concorde civile, tout comme le processus de réconciliation
nationale, ne leur apporte rien, eux qui souhaitent non seulement
recouvrer leurs droits politiques mais surtout que soit dit qu’ils
ne sont responsables de rien. Des victimes en fait.
Notons cette
analyse : "Le mouvement islamiste a tenté de défier l'Etat de front
et il a lamentablement échoué", expliquait récemment Azzedine
Layachi, politologue algérien à l'université St John, à New York,
interrogé par l’agence britannique Reuters. "Mais le sentiment
islamiste n'a pas été vaincu. Les islamistes font désormais partie
de la scène politique et culturelle. C'est une nouvelle réalité de
l'Algérie", affirme-t-il. "Nous avons noté un ralliement des
islamistes au programme (de Bouteflika)", indique aussi Layachi.
Elle peut paraître pertinente, mais elle est d’une limite patente.
Il faut évidement
se dire qu’un dirigeant de l’ex-Fis ne se considère aucunement dans
la même situation qu’un terroriste à qui le choix est offert entre
l’abandon des armes ou une fin plus sinistre. La différence n’est
pas seulement dans ce qu’il est question de reprocher à l’un et
l’autre, mais dans le fait que contrairement au premier, le second
est en droit de considérer que la coûteuse aventure de la voie armée
est désormais sans issue. A l’intérieur du pays, l’élan terroriste
s’est brisé sur la résistance populaire, cependant qu’à l’étranger
les soutiens ne sont plus de la même disponibilité. Par contre, les
figures du parti dissous, qui n’ont aucune raison de se considérer
persona non grata dans leurs pays d’accueil respectifs parce que le
vent a effectivement tourné en Occident (on voit bien qu’ils ne sont
nullement inquiétés, tout au plus surveillés), alors qu’il
constatent par eux-mêmes que les appuis de la première heure sont,
bien qu’affaiblis en discours, quasiment intacts en volonté de
toujours leur venir en aide. Et quelles que soient les raisons qui
pousseraient un Belkhadem, une Hanoun ou un Djaballah à tout faire
pour réunir les conditions de leur retour en Algérie, ce sont autant
de soutiens qu’ils ne peuvent que prendre.
Les dirigeants en
exil, auxquels a été offerte l’extinction de toute poursuite en cas
de retour au pays, ne cessent de dire que la Charte a été un pas
positif, mais qu’elle reste en deçà de leur attente. Une manière de
dire, sans s’opposer frontalement au président Bouteflika avec qui
ils estiment avoir intérêt à ne pas rompre toute possibilité
d’entente au futur, que la Charte a été un échec, une non-solution.
Et ils s’offrent le luxe de présenter l’opinion nationale un
argument qu’ils veulent infaillible : eux ne sont toujours pas
rentrés. Et il n’y aurait que leur retour, qui devra se faire selon
leurs termes, qui garantirait une paix définitive en Algérie.
Il reste difficile
de comprendre, ainsi, de quelle manière quelques personnalités
politiques qui ont totalement perdu la bataille pour le pouvoir
puissent se mettre dans une position égale au vainqueur. Sauf
lorsqu’on prend en ligne de compte qu’ils bénéficient d’une aide que
dans aucun autre pays au monde des individus qui ont été derrière la
plus meurtrière des insurrections armées ne sauraient trouver.
Le Fis est fini et
depuis longtemps. Pas ses soutiens politiques qui ne partagent pas
sa ligne ni ses objectifs, mais en font juste un instrument de
pression permanente sur la République. Le Fis est fini et c’est
contre ses soutiens qu’il reste encore à se battre. Avec ou sans la
présence des exilés du Fis.
Nabil Benali
Haut
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