Semaine du 30 août au 5 septembre 2006

La doctrine politique du Président révélée

Une nation unie, consensus et pérennité du régime

Université d’été

Les partis se préparent aux élections

Trafic de carburant à la frontière ouest

Le règne des « hellaba »

Haddam, Kebir et les autres

Le chantage par l’exil

 

 
 
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La doctrine politique du Président révélée

Une nation unie, consensus et pérennité du régime

Ne faut-il pas inscrire tous les actes du président Bouteflika, de la concorde civile à la réconciliation nationale, dans une démarche plus globale que dans le cadre de réponses législatives et légales à des questions sécuritaires ?

Au commencement était la concorde civile. Cette loi avait vu l'adhésion de l'ensemble de la classe politique, les plus opposés ayant préféré se murer dans une abstention à peine symbolique tant les soutiens s'exprimaient avec force. C'était en fait l'acte politique majeur du président Bouteflika qui, du même coup, effaçait une mauvaise élection pour son premier mandat, transformant l'adhésion des Algériens à son projet de concorde civile pratiquement en plébiscite. Effectivement, la loi sur la concorde civile n'avait pas besoin du référendum pour être mise en application. La loi était passée sans problème devant les députés et même des élus du RCD, parti qui dénonçait quelques semaines auparavant «la plus grande fraude du siècle» à propos de l'élection présidentielle, s'associait finalement à la loi sur la concorde civile. Ce parti, qui s'était engagé dans ce qu'on appelait la mouvance éradicatrice, acceptait le deal d'offrir l'extinction de poursuites et quasiment un statut particulier pour les anciens membres de l'AIS contre le retour de la paix.

Certes, la paix totale n'était pas au rendez-vous le lendemain du référendum, mais on commençait à faire le ménage dans le pays. On indiquait que 6 000 armes s'étaient tues. Cependant, mettre dans la balance la seule donne sécuritaire par rapport aux implications de la loi, c'est en oublier toute la dimension politique.

Après des années de tueries, exiger aux Algériens de pardonner aux criminels était peut être trop demander ; pourtant, globalement, le rejet ne s'est pas fait ressentir de manière suffisamment significative pour peser dans la suite des événements. La dimension politique a sans nul doute été clairement perçue par les Algériens qui voyaient une remise en ordre et un nouveau départ, même si elle était empreinte de non-dits.

On peut effectivement apposer la même appréciation pour la réconciliation nationale dont les objectifs sécuritaires sont moins importants, le nombre de terroristes encore actifs étant trop peu nombreux pour nécessiter une loi. Le règlement opérationnel des derniers foyers semble évident aux yeux de tous.

La réconciliation nationale a également exhumé la question des disparus, un drame humain qui s'inscrira forcément dans l'écriture de l'histoire actuelle du pays. Certes, la réconciliation nationale n'a pas répondu aux questions de fond concernant cette pénible question mais elle a pu la soustraire aux manipulations politiques.

Quelle doctrine ?

En fait, si on a beaucoup lu, beaucoup entendu de discours à propos de la concorde civile ou de la réconciliation nationale, on n'a pas eu connaissance de l'aspect doctrinal de la démarche du Président. Sur quels référents s'appuie-t-il pour justement être sûr que les options proposées aux Algériens ont une implication sur l'avenir du pays sans l'hypothéquer ?

Concorde civile et réconciliation nationale instituent d'abord la notion d'impunité avant de rendre justice. C'est d'ailleurs la critique de fond qui est émise à l'adresse des deux initiatives dans la mesure où de nombreux pays où des démarches tendant à réconcilier tout un pays après une crise ont été prises, elles sont toutes passées avec plus ou moins de succès, par des phases de catharsis, des systèmes de justice transitoire tendant à réconcilier psychologiquement les population avant d'instituer la réconciliation politique.

Mais le président Bouteflika se fonde sur les actes constitutifs de l'Etat algérien pour bâtir sa démarche. Probablement que cette référence aurait effectivement plus vite assuré le consensus recherché. Il a pu le rappeler pour certains, le signaler pour la première fois pour d'autres, dans son message adressé lors des festivités marquant le cinquantième anniversaire du congrès de la Soummam : «Les Algériennes et les Algériens doivent savoir que cette réconciliation nationale n'a d'autre objectif que celui d'organiser le consensus national sans lequel aucun régime, fût-il sorti des armes, n'est durablement légitime. Cette réconciliation nationale concerne toutes celles et tous ceux qui se sont marginalisés ou qui ont été marginalisés du fait des vicissitudes de la vie politique, des maladresses et de l'entêtement de certains. Seuls ceux qui ont trahi la nation ou commis des crimes atroces, voire imprescriptibles, en sont naturellement exclus.» 

Une nation, un consensus et pérennité du régime, ce sont les trois axes de la doctrine politique du Président. C'est beaucoup de le dire quand on a navigué trop longtemps dans des considérations approximatives faute de visibilité. Certes, ce sont aussi des options qui peuvent être sujettes à débat et ne pas emporter l'adhésion de tous. Il reste que par rapport à la donne sécuritaire, la réponse se prolonge dans le temps, faisant que la question du terrorisme devient conjoncturelle.

D'ailleurs, on ne peut confiner les démarches présidentielles que dans le strict aspect politique et dans la recherche du consensus à même de stabiliser la fonction politique. La question du terrorisme pose quant à elle  le problème de l'éradication du terreau du terrorisme, et finalement du vivier de la révolte contre le système et le pays. Cette doctrine politique, déclinée en programme, devrait prendre aussi en charge cet aspect.

Amine Esseghir

 

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Université d’été

Les partis se préparent aux élections

Est-ce une pure coïncidence que des partis politiques et autres mouvements organisent, presque en même temps, c’est-à-dire entre les mois de juillet et août, leur université d’été ? Si coïncidence il y a, elle ne peut être fortuite car, tout le monde le sait, en politique tout est minutieusement calculé à l’avance. Même si parfois l’improvisation s’impose pour faire face à une situation imprévue, le reste du temps tout est organisé comme du papier à musique. Il ne faut donc pas s’étonner de voir les ârouch, le MDS, le FLN, le MSP… choisir des dates rapprochées pour leur université d’été.

Le choix de cette période signifie, sans aucun doute, que la rentrée sociale risque d’être chargée. En effet, les élections sénatoriales sont annoncées pour la fin de l’année en cours, tandis que les élections législatives et locales sont attendues pour l’année 2007. C’est peut-être l’annonce, par le ministre de l’Intérieur, de ces deux importantes échéances qui a poussé la classe politique à affûter leurs armes pour ces deux événements.

Resserrer les rangs des adhérents, trouver des solutions aux problèmes qui traînent, mais aussi et surtout se préparer pour la rentrée sociale semblent être les objectifs que chaque parti essaye d’atteindre à travers l’université d’été.

Ainsi, pour le mouvement citoyen des ârouch, l’université d’été de cette année, dont la tenue coïncide avec le cinquantenaire du Congrès de la Soummam, est à la fois une commémoration folklorique mais aussi l’occasion de débattre de plusieurs questions politiques, démocratiques, culturelle et identitaires.

"La situation politique et enjeux", "droits et libertés", "la question linguistique en Algérie", "la démocratie dans les régimes constitutionnalistes"… autant de sujets qui permettent au mouvement des ârouch de mieux préciser ses objectifs et surtout d’identifier les outils qui seront utilisés. Un autre sujet, peut-être plus important, "le combat pour la citoyenneté : état des lieux et perspectives", est sans doute la raison pour laquelle le mouvement a tenu son université d’été. Pour savoir ce qu’a pu réaliser ce mouvement et ce qui lui reste à atteindre dans la lutte qu’il mène depuis quelques années.

Les choses ne sont pas très différentes pour le MDS, qui a organisé son université d’été du 25 juillet au 25 août. Lors de cette rencontre, organisée, comme à l’accoutumée, au camp de toile Oued Agrioune, à Melbou, l’occasion était propice pour essayer de comprendre la nature de la crise qu’a connu le parti et qui est, d’après son secrétaire général par intérim, "une suite logique et directe à la crise que vit le pays depuis deux décennies". Une fois le mal diagnostiqué, la suite, c’est-à-dire les solutions à trouver pour sortir le parti de la crise, ne sera normalement que plus facile.

L’université d’été du MDS, à laquelle ont pris part des cadres du parti et des personnalités étrangères d’obédience socialiste, a été une aubaine pour annoncer la prochaine tenue du congrès du MDS, les 21 et 22 décembre 2006.

On croit savoir que les fédérations du parti, à travers le territoire, sont déjà à pied d’œuvre pour que le rendez-vous du mois de décembre soit réussi. Cela semble on ne peut plus important pour un parti qui a durement été frappé par la crise. Ce congrès sera donc une forme de réhabilitation. Si les choses se passent bien, le parti renaîtra de ses cendres.

Les partis de l’alliance présidentielle ne sont pas sur la même longueur d’ondes. En effet, si le FLN et le MSP ont procédé comme d’habitude et organisé leur université d’été presque en même temps, une manifestation qui se veut "grandiose" par les cadres du FLN et les organisateurs aussi bien du point de vue du nombre des participants (plus de 1 000 militants) que de la qualité des invités. L’université d’été du FLN est importante de par les objectifs qu’elle veut atteindre et des sujets qu’elle doit aborder et qui sont liés aux salaires, à la retraite, au pouvoir d’achat, à la sécurité sociale, au développement, à la solidarité nationale, à l’efficacité économique, au chômage, à l’emploi… en fait, tout ce qui touche aux préoccupations du citoyen. Ce n’est pas tout, puisque les participants à cette rencontre doivent aussi approfondir la doctrine du FLN et enrichir sa pensée politique.

L’université d’été du MSP a été ouverte à l’INH de Boumerdès sous le signe "la direction politique et les enjeux sociaux". Cette rencontre est intimement liée à la situation économique du pays. Même si l’aspect politique n’est pas mis en évidence, il va de soi que la préoccupation des cadres du parti reste la préparation pour les élections, et c’est certainement pour cela que la situation économique et sociale du pays a été longuement débattue. La couche sociale moyenne, qui est un élément premier dans la société, n’a pas été oubliée. "Cette couche constitue un repère et un indicateur de la bonne ou mauvaise santé de notre société", a affirmé Abou Djerra Soltani. Ce qu’il ne dit pas tout haut, c’est que cette couche constitue surtout un poids électoral à ne pas négliger et à séduire.

A travers toute cette activité et ces préparatifs en vue de la rentrée sociale et des échéances électorales, le RND a choisi, cette année, une autre approche. Ainsi, au lieu de faire comme ses deux "alliés" qui ont mis le paquet pour réussir leur université d’été, le parti d’Ahmed Ouyahia a préféré, pour être d’attaque pour les deux échéances électorales, mobiliser ses troupes à travers les localités et ce, pour établir une expertise de tous les problèmes que vivent les Algériens. Transport, éducation, environnement, logement… tout sera passé au peigne fin, ainsi que les solutions proposées par les citoyens. Donc les cadres locaux du parti auront pour mission principale d’établir une liste des problèmes, qui sera par la suite transmise à la direction du parti. Cette nouvelle stratégie, appliquée depuis huit mois, est le résultat du dernier conseil national du RND. Elle permet ainsi à ce parti d’avoir une longueur d’avance sur les autres et d’être déjà en pleine campagne préélectorale.

L’université d’été est donc perçue par ce parti comme étant une activité conjoncturelle, à laquelle il préfère la mobilisation au quotidien. Ceci ne semble pas être l’avis des autres, ceux pour qui l’université d’été joint l’utile à l’agréable et permet de mettre de l’ordre au sein des partis et d’établir de nouvelles orientations, comme c’est le cas pour le FLN qui n’a pas dérogé à cette règle depuis 1990. Elle est aussi une bonne occasion pour la formation politique des adhérents.

Khadidja Mohamed Bouziane

 

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Trafic de carburant à la frontière ouest

Le règne des « hellaba »

Faire le plein de carburant (de gasoil en particulier) est un gros problème dans les communes frontalières de la wilaya de Tlemcen. En période de grandes vacances caractérisée par une hausse de la demande, c’est même devenu un sacré souci devant le règne des hellaba (laitiers, appellation attribuée par la population aux trafiquants de carburant destiné à la revente au Maroc) dont la très forte activité (à laquelle il faut également ajouter des perturbations dues à la distribution) crée une situation de crise quasi quotidienne qui s’accentue au fur et à mesure qu’on se rapproche de la frontière.

La scène qui suit s’est déroulée dans une station d’essence très prisée par les hellaba. En fait, «très prisée» ne suffit pas pour décrire correctement la situation qui règne dans cette station. Cette dernière, comme plusieurs autres dans la région, est  monopolisée par les trafiquants qui «exportent» clandestinement du gasoil et de l’essence pour approvisionner le marché marocain.

Il est presque midi d’une journée de juillet lorsqu’un véhicule immatriculé dans une autre wilaya du pays prend place dans un immense cortège de voitures (bizarrement toutes de même gabarit) pour remplir du gasoil. Un silence s’installe presque instantanément parmi ces clients «très spéciaux». Leurs regards se dirigent vers le nouveau venu comme s’il s’agissait d’un extraterrestre. Quelques secondes plus tard, une voix s’élève parmi les trafiquants : «Hé les gars, voici un émigré !» Eclat de rire général, au grand étonnement de l’intrus qui a vite compris qu’il était indésirable dans cette station d’essence, avant d’être rassuré par une autre voix qui lui suggérait d’avancer son véhicule au premier rang pour faire le plein. «Il n’est pas de la région, en plus il est en famille, laissons-le passer les gars», lance l’un d’eux en direction de ses camarades.

Ce genre de situations, surtout pour les vacanciers qui ne connaissent pas la région, n’est malheureusement pas rare dans une grande partie des stations d’essence des localités proches des frontières ouest de la wilaya de Tlemcen où les hellaba s’arrogent un droit «naturel» de monopole sur les carburants.

En période estivale et devant la forte influence des vacanciers en général et des émigrés en particulier qui viennent véhiculés depuis l’ouverture de la ligne maritime Almeria (Espagne) – Ghazaouet, les conditions d’approvisionnement en carburant deviennent très difficiles et prennent énormément de temps dans des chaînes interminables. La complicité évidente de certains responsables de stations d’essence donne plus de force aux trafiquants, leur permettant d’imposer leur loi en matière de distribution dans plusieurs localités de la wilaya de Tlemcen, en particulier dans les stations situées dans les communes frontalières. Dans certaines d’entre elles, il est carrément impossible de s’approvisionner pour de simples automobilistes.

Des centaines de véhicules pour la contrebande

Le trafic de carburant vers le Maroc existe depuis plus de deux décennies. Source d’existence pour des familles démunies au début, il est vite devenu, avec le temps, un véritable filon pour des trafiquants plus «professionnels». Même en l’absence d’une enquête sérieuse sur le phénomène, on peut aisément penser que la filière est habillement organisée puisque rares sont ses membres qui se font attraper. En supposant, bien sûr, qu’il existe une stratégie de lutte contre ce genre de trafic.

L’autre forme d’organisation consiste à privilégier des véhicules de types Renault 21 et 25 et en particulier les anciens modèles de Mercedes 200, 240 et 300 D. Pour le transport de grandes quantités de gasoil et d’essence vers la frontière algéro-marocaine, tous les véhicules sont équipés de réservoirs supplémentaires portant leur capacité totale à 200, voire à 300 litres par voyage.

Le parc de voitures servant dans ce trafic est assez impressionnant. Elles sont vraisemblablement des centaines, voire des milliers de voitures de ce type dont certaines gardent encore les matricules de leur wilaya d’origine. La diversité géographique de leur provenance montre bien qu’il existe une parfaite organisation qui ne ménage aucun effort à la recherche de ce genre de véhicules en allant jusqu’à des wilayas lointaines comme Sétif, Jijel, Alger, Constantine, Médéa, Bouira, Tizi-Ouzou et Béchar.

Une visite dans une station d’essence, à n’importe quel moment de la journée ou n’importe quel jour de semaine, montre que les contrebandiers constituent l’écrasante majorité des clients. Dans certaines pompes, situées dans des localités plus proches de la frontière (à quelque 25 ou 30 kilomètres du chef=lieu de la wilaya de Tlemcen) on ne trouve exclusivement que des hellaba qui étendent de plus en plus leur champ d’action au point d’investir systématiquement toute nouvelle station, comme celle de la commune de Yaghmourassen, entrée en service depuis deux semaines.

La plupart des automobilistes qui s’approvisionnent dans les stations frontalières subissent comme une fatalité le diktat des trafiquants, à l’exception des conducteurs de tracteurs dont l’utilité sociale n’est plus à démontrer (transport de citernes d’eau et de matériaux de construction). Excédés par les interminables problèmes d’approvisionnement en gasoil, les conducteurs de tracteurs ont pu s’imposer dans les stations d’essence des communes de Ghazaouet et Tounane (distante de 10 km) en exigeant qu’un couloir spécial leur soit attribué pour s’approvisionner sans attendre des heures. Pour le reste, les trafiquants règnent sans partage.

Les méfaits des hellaba ne s’arrêtent pas à ce seul aspect. Ces trafiquants ne passent pas inaperçus aussi bien dans les stations d’essence que sur les routes. Plusieurs ont, d’ailleurs, trouvé la mort dans des accidents pour cause d’excès de vitesse dans une course à qui ferait le plus d’aller-retour durant une même journée. Sur la route, en particulier dans les virages menant à Ghazaouet ou à Tounane, il est préférable de ne pas rouler devant un de ces véhicules de trafiquants au risque de se voir percuter le pare-choc arrière au moindre ralentissement. De tous les fous du volant qui peuplent nos routes, ces chauffards, souvent des jeunes de moins de 30 ans, méritent bien la palme d’or.

Problèmes de distribution

A la décharge des hellaba, il faut dire que les difficultés d’approvisionnement en carburant sont à mettre également sur le compte d’une mauvaise distribution que connaît Tlemcen. Rouler à l’essence sans plomb ou au GPL (carburants moins polluants) est encore plus problématique dans cette wilaya. Il s’agit là de gros problèmes d’approvisionnement qui durent tout au long de l’année et n’ont, vraisemblablement, rien à voir avec la saison estivale. C’est le cas notamment des carburants comme le GPL que les chauffeurs de taxi de Ghazaouet (à 70 km de Tlemcen), par exemple, doivent aller chercher jusqu’à Nedroma ou Bab El-Assa, voire même jusqu’aux portes de la capitale de Zianides, à Remchi ou à Chetouan, distantes respectivement de 10 et 4 km de Tlemcen. Avec le risque de revenir bredouille, sauf à la centrale de Chetouan où il est certain de pouvoir s’approvisionner en faisant, parfois, la chaîne dans une file de plus de 35 véhicules (des taxis pour la plupart).

Si les chauffeurs de taxi qui font quotidiennement la ligne Ghazaouet-Tlemcen considèrent que c’est un demi-mal d’aller jusqu’à Chetouan, cela s’apparente plutôt à un calvaire pour les autres automobilistes équipés de kits GPL, obligés de faire des dizaines de kilomètres pour faire le plein de gaz. A partir de Ghazaouet, par exemple, il n’y a pas beaucoup de stations où l’on peut s’approvisionner en GPL en dehors du carrefour d’El-Gouassem (50 km en direction de Tlemcen), Remchi (60 km) ou Chetouan (75 km). La situation est encore plus critique pour les automobilistes dont les véhicules roulent à l’essence sans plomb (il s’agit généralement de véhicules neufs pour lesquels il est conseillé d’utiliser ce carburant). C’est le cas de ce médecin spécialiste qui doit faire au moins un aller-retour par semaine (environ 150 km) entre Ghazaouet et Remchi pour être sûr de trouver de l’essence sans plomb.

Avec la fin des vacances, la crise va certainement s’atténuer, mais le problème de la distribution du carburant dans la wilaya de Tlemcen reste entier et nécessite certainement de grandes améliorations. En attendant de nouvelles stations d’essence, il y a lieu d’augmenter les fréquences d’approvisionnement des pompes déjà existantes et d’imposer des limites aux hellaba, à défaut de réduire leur activité à néant. Du boulot en perspective pour Naftal, les douanes et autres services de sécurité.

Abdelkader Djalil

 

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Haddam, Kebir et les autres

Le chantage par l’exil

A présent que le délai accordé aux éléments des groupes armés est arrivé à forclusion, c’est une nouvelle étape qui commence pour les islamistes radicaux dans la mesure où ils estiment qu’à moins d’une prorogation de ce délai par le chef de l’Etat, le peu d’espoir né de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale sera très vite enterré, dévoilant l’impossibilité du compromis recherché. De là, les dirigeants de l’ex-Fis en exil refusent de rentrer au pays ce qui représente, au vrai, un bien étrange moyen de pression.

C’est qu’il est, à ce jour, deux traits évidents qui sont constamment brandis pour démontrer que rien n’est encore réglé s’agissant de la crise politique et sécuritaire qui a éclaté en 1992 : la persistance du terrorisme et l’existence d’une diaspora islamiste qui poursuit son activité à l’extérieur, les deux éléments se rejoignant non seulement dans l’idéologie et les objectifs, mais aussi dans la situation de non-assujettis à l’Etat algérien. Et ce lien entre les deux plus importants éléments est clairement exprimé à partir de Washington par Anouar Haddam lorsqu’il avertit qu’il n’y aura pas de paix en Algérie tant que les autorités ne permettront pas le retour sous une forme ou une autre du parti dissous.

Il reste qu’Anouar Haddam, tout comme Kherabane ou Kebir (qui promettait son retour pour le mois de juillet écoulé) ne sont toujours pas ici. On ne sait d’ailleurs s’ils sont pressés à cet effet, car tout indique que non. Les anciens du Fis ne reviendraient que s’il y aurait la garantie du retour du Fis lui-même. La forme importe peu, il est clair, mais seule compte la possibilité de poursuivre l’idéal de l’Etat islamique. Et ce qu’il n’est encore permis de faire dans son pays, autant le continuer tout de même à l’étranger. A leur regard, la concorde civile, tout comme le processus de réconciliation nationale, ne leur apporte rien, eux qui souhaitent non seulement recouvrer leurs droits politiques mais surtout que soit dit qu’ils ne sont responsables de rien. Des victimes en fait.

Notons cette analyse : "Le mouvement islamiste a tenté de défier l'Etat de front et il a lamentablement échoué", expliquait récemment Azzedine Layachi, politologue algérien à l'université St John, à New York, interrogé par l’agence britannique Reuters. "Mais le sentiment islamiste n'a pas été vaincu. Les islamistes font désormais partie de la scène politique et culturelle. C'est une nouvelle réalité de l'Algérie", affirme-t-il. "Nous avons noté un ralliement des islamistes au programme (de Bouteflika)", indique aussi Layachi. Elle peut paraître pertinente, mais elle est d’une limite patente.

Il faut évidement se dire qu’un dirigeant de l’ex-Fis ne se considère aucunement dans la même situation qu’un terroriste à qui le choix est offert entre l’abandon des armes ou une fin plus sinistre. La différence n’est pas seulement dans ce qu’il est question de reprocher à l’un et l’autre, mais dans le fait que contrairement au premier, le second est en droit de considérer que la coûteuse aventure de la voie armée est désormais sans issue. A l’intérieur du pays, l’élan terroriste s’est brisé sur la résistance populaire, cependant qu’à l’étranger les soutiens ne sont plus de la même disponibilité. Par contre, les figures du parti dissous, qui n’ont aucune raison de se considérer persona non grata dans leurs pays d’accueil respectifs parce que le vent a effectivement tourné en Occident (on voit bien qu’ils ne sont nullement inquiétés, tout au plus surveillés), alors qu’il constatent par eux-mêmes que les appuis de la première heure sont, bien qu’affaiblis en discours, quasiment intacts en volonté de toujours leur venir en aide. Et quelles que soient les raisons qui pousseraient un Belkhadem, une Hanoun ou un Djaballah à tout faire pour réunir les conditions de leur retour en Algérie, ce sont autant de soutiens qu’ils ne peuvent que prendre.

Les dirigeants en exil, auxquels a été offerte l’extinction de toute poursuite en cas de retour au pays, ne cessent de dire que la Charte a été un pas positif, mais qu’elle reste en deçà de leur attente. Une manière de dire, sans s’opposer frontalement au président Bouteflika avec qui ils estiment avoir intérêt à ne pas rompre toute possibilité d’entente au futur, que la Charte a été un échec, une non-solution. Et ils s’offrent le luxe de présenter l’opinion  nationale un argument qu’ils veulent infaillible : eux ne sont toujours pas rentrés. Et il n’y aurait que leur retour, qui devra se faire selon leurs termes, qui garantirait une paix définitive en Algérie.

Il reste difficile de comprendre, ainsi, de quelle manière quelques personnalités politiques qui ont totalement perdu la bataille pour le pouvoir puissent se mettre dans une position égale au vainqueur. Sauf lorsqu’on prend en ligne de compte qu’ils bénéficient d’une aide que dans aucun autre pays au monde des individus qui ont été derrière la plus meurtrière des insurrections armées ne sauraient trouver.

Le Fis est fini et depuis longtemps. Pas ses soutiens politiques qui ne partagent pas sa ligne ni ses objectifs, mais en font juste un instrument de pression permanente sur la République. Le Fis est fini et c’est contre ses soutiens qu’il reste encore à se battre. Avec ou sans la présence des exilés du Fis.

Nabil Benali

 

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