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Charte pour la paix et la réconciliation nationale
La semaine des
spéculations
Cette fin de mois
d’août est politique. Ceux qui auraient espéré le contraire ont
certainement oublié que c’est à la fin de ce mois qu’expire le délai
imparti aux terroristes pour se rendre dans le cadre de la loi sur
la paix et la réconciliation nationale. En effet, c’est ce 31 août
qu’arrive à échéance le délai fixé pour l’application des mesures
contenues dans cette loi, adoptée par référendum le 29 septembre
2005. Et force est de souligner que plus on se rapproche de cette
date, plus les déclarations se font pressante. Et c’est comme à
l’accoutumée le SG du FLN qui fait le pressing. Une situation que
les titres de la presse nationale n’ont pas manqué de relever. «Belkhadem
en éclaireur» est le titre retenu par Le Soir d’Algérie
(édition du 24 août). Le rédacteur précise que Belkhadem «remet ça»
en soulignant que le patron de l’ex-parti unique «a repris
d’entonner le refrain cher au réconciliateur qu’il fut et qu’il
demeure toujours, en l’occurrence repousser les délais de vigueur
de la Charte pour la réconciliation nationale». Toutefois,
estime le rédacteur de ce quotidien, la question qu’il y a lieu de
poser est celle qui consiste à savoir si une telle initiative relève
de «la surenchère partisane» ou si elle est à considérer
comme «une entreprise de défrichement de terrain à une décision
hautement politique à venir» ?
Echec avéré
En faisant le
bilan de la Charte pour la paix, El Watan, dans son édition
du 24, se demande «pourquoi donc cette politique n’a pas réussi
là où la concorde avait échoué six années plus tôt». Il rappelle
que «pourtant, Bouteflika a fait preuve d’une extrême générosité
à l’égard des groupes armés au point de froisser terriblement les
familles des victimes qui ont brandi, à juste titre, le
slogan de ’prime à l’impunité’». Ainsi le rédacteur de ce
quotidien en arrive à la conclusion que le message qu’on a voulu
faire parvenir «est clair». Il consiste à affirmer que
«les irréductibles n’ont pas renoncé à leur projet politique qui ne
pourrait se suffire, à leurs yeux, d’une réhabilitation sociale».
Et de déduire au regard de cette analyse que «la réconciliation
nationale se présente aujourd’hui comme un échec recommencé de la
concorde civile» avec cependant
«quelques sacrifices de trop».
La Nouvelle
République, à quelques
nuances près, partage le point de vue développé par El Watan,
du moins s’agissant de l’échec de la démarche politique. Pour preuve
c’est ce même jeudi 24 août que son commentateur indique que «si
absolument rien ne peut être reproché aux forces de sécurité pour ce
qui concerne la survie active des groupes armés, il conviendrait de
se demander si réellement la politique mise en œuvre par la
‘politique’ ou alors les contradictions au sein de la classe
politique n’ont-elles pas d’influence sur les motivations des
terroristes ou alors sur le refus de groupe armés en activité à
rejoindre la réconciliation nationale ?». Et au commentateur de
suggérer une seconde interrogation : «Au niveau des institutions
de souveraineté, où est la réflexion stratégique concernant la lutte
antiterroriste si toutefois celle-ci existe vraiment ?» En guise
de conclusion, le rédacteur rappelle qu’«il n’y a pas que les
forces de sécurité à endosser la responsabilité des résultats de la
lutte antiterroriste». Pourtant ; est-il indiqué par El Youm
dans son édition du 22 août, «Bouteflika s’acheminerait vers la
prolongation des délai de la Charte pour la paix». Ce quotidien
affirme détenir son information «d’une source partisane». Pour
donner plus de crédibilité à son information, la «source partisane»
relève les propos tenus par le président Bouteflika dans son message
du 20 août dernier, indiquant que la réconciliation nationale doit
concerner ceux qui ont été ou se sont marginalisés. Cette source
serait-elle un cadre du FLN ? Tout porte à le croire, car au
lendemain de l’ouverture de l’université d’été du FLN, il a été
rapporté par la presse nationale, La Tribune entre autres qui
en a fait sa Une, les déclarations de Belkhadem selon lesquelles ce
dernier «refuse de fixer un délai pour la réconciliation
nationale». Plus nuancé, Le Jeune Indépendant en fera
part sous forme de souhait. Ainsi, à en croire ce quotidien,
Belkhadem a indiqué la position de son parti, qui serait «favorable».
El Fadjr
explicite ce penchant par le fait que, pour Belkhadem,
«la réconciliation nationale ne peut
être limitée par des délais».
Bouderies
El Khabar,
dans son édition du 26 août, s’interroge sur «le sens à donner
au silence du Président» et ce, cinq jours avant l’expiration
des délais. «L’absence énigmatique du président de la République
ouvre la voie à de nombreuses interrogations sur la prorogation ou
non des délais» impartis à la reddition des terroristes, est-il
indiqué, alors que partis et organisations font le pressing.
La réponse à cette
interrogation avait été donnée pourtant quatre jours auparavant.
Elle a été livrée sous la forme d’un éditorial publié par Le Jour
d’Algérie sous le titre éloquent de «Nous ne sommes pas des
enfants !». Les raisons de cette «disparition» sont à chercher,
estime l’éditorialiste, dans les «véritables intentions», les
«motivations profondes» et aussi l’«ancrage de plus en
plus prononcé dans le peloton de tête du courant islamo-
conservateur» du président Bouteflika. Que cherche-t-il ? Selon
le rédacteur, le but de cette manœuvre serait «d’ouvrir une
brèche à la réhabilitation des anciens du FIS dissous et leur
permettre de venir à la rescousse d’un FLN en panne d’énergies et de
perspectives». C’est en réalité «le projet politique
véritable». Ainsi, souligne l’éditorialiste, à chaque fois que
la réalisation de ce projet a été contrariée, le Président a gelé
son activité présidentielle. Il rappelle qu’il a eu recours à cette
méthode une première fois en 2005, «pour tenter de peser sur le
contenu jugé trop favorable aux forces de sécurité et à l’ANP des
textes portant paix et réconciliation nationale» ; la deuxième
fois depuis le 15 juillet de cette année, puisqu’il s’est éclipsé
«de la scène sans aucune explication et mettant (…) l’Etat
dans une situation de flottement (…)». Mais ce qui semble le
plus gêner l’éditorialiste du Jour d’Algérie est que cette
façon d’agir signifie que «l’on continue à prendre les Algériens
pour des enfants incapables de comprendre les problèmes des adultes
et à qui on essaye constamment de dissimuler la vérité». D’où la
question qu’il se pose : «Jusqu’à quand» continuera-t-on à
agir de la sorte ?
Nadia Kerraz
Haut
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