Semaine du 30 août au 5 septembre 2006

 

  Charte pour la paix et la réconciliation nationale

La semaine des spéculations

 

 
 
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Charte pour la paix et la réconciliation nationale

La semaine des spéculations

Cette fin de mois d’août est politique. Ceux qui auraient espéré le contraire ont certainement oublié que c’est à la fin de ce mois qu’expire le délai imparti aux terroristes pour se rendre dans le cadre de la loi sur la paix et la réconciliation nationale. En effet, c’est ce 31 août qu’arrive à échéance le délai fixé pour l’application des mesures contenues dans cette loi, adoptée par référendum le 29 septembre 2005. Et force est de souligner que plus on se rapproche de cette date, plus les déclarations se font pressante. Et c’est comme à l’accoutumée le SG du FLN qui fait le pressing. Une situation que les titres de la presse nationale n’ont pas manqué de relever.  «Belkhadem en éclaireur» est le titre retenu par Le Soir d’Algérie (édition du 24 août). Le rédacteur précise que Belkhadem «remet ça» en soulignant que le patron de l’ex-parti unique «a repris d’entonner le refrain cher au réconciliateur qu’il fut et qu’il demeure toujours, en l’occurrence repousser les délais de vigueur  de la Charte pour la réconciliation nationale». Toutefois, estime le rédacteur de ce quotidien, la question qu’il y a lieu de poser est celle qui consiste à savoir si une telle initiative relève de «la surenchère partisane» ou si elle est à considérer comme  «une entreprise de défrichement de terrain à une décision hautement politique à venir» ?

Echec avéré

En faisant le bilan de la Charte pour la paix, El Watan, dans son édition du 24, se demande «pourquoi donc cette politique n’a pas réussi là où la concorde avait échoué six années plus tôt». Il rappelle que «pourtant, Bouteflika a fait preuve d’une extrême générosité à l’égard des groupes armés au point de froisser terriblement les familles des victimes qui ont brandi, à juste titre, le slogan de ’prime à l’impunité’». Ainsi le rédacteur de ce quotidien en arrive à la conclusion que le message qu’on a voulu faire parvenir «est clair». Il consiste à  affirmer que «les irréductibles n’ont pas renoncé à leur projet politique qui ne pourrait se suffire, à leurs yeux, d’une réhabilitation sociale». Et de déduire au regard  de cette analyse que «la réconciliation nationale se présente aujourd’hui comme un échec recommencé de la concorde civile»  avec cependant «quelques sacrifices de trop».

La Nouvelle République,  à quelques nuances près, partage le point de vue développé par El Watan, du moins s’agissant de l’échec de la démarche politique. Pour preuve c’est ce même jeudi 24 août  que son commentateur indique que «si absolument rien ne peut être reproché aux forces de sécurité pour ce qui concerne la survie active des groupes armés, il conviendrait de se demander si réellement la politique mise en œuvre par la ‘politique’ ou alors les contradictions au sein de la classe politique n’ont-elles pas d’influence sur les motivations des terroristes ou alors sur le refus de groupe armés en activité à rejoindre la réconciliation nationale ?». Et au commentateur de suggérer une seconde interrogation : «Au niveau des institutions de souveraineté, où est la réflexion stratégique concernant la lutte antiterroriste si toutefois celle-ci existe vraiment ?» En guise de conclusion, le rédacteur rappelle qu’«il n’y a pas que les forces de sécurité à endosser la responsabilité des résultats de la lutte antiterroriste». Pourtant ; est-il indiqué par El Youm dans son édition du 22 août, «Bouteflika s’acheminerait vers la  prolongation des délai de la Charte pour la paix». Ce quotidien affirme détenir son information «d’une source partisane». Pour donner plus de crédibilité à son information, la «source partisane» relève les propos tenus par le président Bouteflika dans son message du 20 août dernier, indiquant que la réconciliation nationale doit concerner ceux qui ont été ou se sont marginalisés.  Cette source serait-elle un cadre du FLN ? Tout porte à le croire, car au lendemain de l’ouverture de l’université d’été du FLN, il a été rapporté par la presse nationale, La Tribune entre autres qui en a fait sa Une, les déclarations de Belkhadem selon lesquelles ce dernier «refuse de fixer un délai pour la réconciliation nationale». Plus nuancé, Le Jeune Indépendant en fera part sous forme de  souhait. Ainsi, à en croire ce quotidien, Belkhadem a indiqué la position de son parti, qui serait «favorable».

El Fadjr explicite ce penchant par le fait que, pour  Belkhadem, «la réconciliation nationale ne peut  être limitée par des délais».

Bouderies

El Khabar, dans son édition du 26 août,  s’interroge sur «le sens à donner au silence du Président» et ce, cinq jours avant l’expiration des délais. «L’absence  énigmatique du président de la République ouvre la voie à de nombreuses interrogations sur la prorogation ou non des délais» impartis à la reddition des terroristes, est-il indiqué, alors que partis et organisations font le pressing.

La réponse à cette interrogation avait été donnée pourtant quatre jours auparavant. Elle a été livrée sous la forme d’un éditorial publié par Le Jour d’Algérie sous le titre éloquent de «Nous ne sommes pas des enfants !». Les raisons de cette «disparition» sont à chercher, estime l’éditorialiste, dans les «véritables intentions», les «motivations profondes» et aussi l’«ancrage de plus en plus prononcé dans le peloton de tête du courant islamo- conservateur» du président Bouteflika. Que cherche-t-il ? Selon le rédacteur, le but de cette manœuvre serait «d’ouvrir une brèche à la réhabilitation des anciens du FIS dissous et leur permettre de venir à la rescousse d’un FLN en panne d’énergies et de perspectives». C’est en réalité «le  projet politique véritable».  Ainsi, souligne l’éditorialiste, à chaque fois que la réalisation de ce projet a été contrariée, le Président a gelé son activité présidentielle. Il rappelle qu’il a eu recours à cette méthode une première fois en 2005, «pour tenter de peser sur le contenu jugé trop favorable aux forces de sécurité et à l’ANP des textes portant paix et réconciliation nationale» ; la deuxième fois depuis le 15 juillet de cette année, puisqu’il s’est éclipsé «de la scène sans aucune explication et mettant (…)  l’Etat dans une situation de flottement (…)». Mais ce qui semble le plus gêner l’éditorialiste du Jour d’Algérie  est que cette façon d’agir signifie que «l’on continue à prendre les Algériens pour des enfants incapables de comprendre les problèmes des adultes et à qui on essaye constamment de dissimuler la vérité». D’où la question qu’il se pose : «Jusqu’à quand» continuera-t-on à agir de la sorte ?

Nadia Kerraz    

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