Semaine du 30 Novembre au 6 Décembre 2005

 

L'éditorial : Par Abderrahmane Mahmoudi

Pas de mystère

 

 
 
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Pas de mystère

Deux événements importants se télescopent cette semaine et précisément le même jour, le dimanche 27 novembre. La maladie du Président Abdelaziz Bouteflika d’abord,  contraint de se rendre à Paris pour un bilan médical approfondi et ensuite l’ouverture d’un sommet des chefs d’Etats partie prenante au processus du dialogue euro-méditerranéen auquel il n’assistera donc pas et surtout où il ne rencontrera pas le Président Jaques Chirac en marge des travaux du dit sommet. La conjonction de ces trois événements  est certes malheureuse,  surtout pour le Président de la République qui est obligé d’interrompre son activité à la tête de l’Etat tout en subissant des investigations médicales pas toujours facile à supporter, mais elle est aussi trop parlante. Car la tentation est grande de voir alors dans cette soudaine détérioration de l’état de santé du Président, une manière très diplomatique d’éviter un contact qu’il ne souhaite pas particulièrement à un moment où les relations entre les deux pays sont en train de traverser une assez sérieuse zone de turbulence. Il faut cependant souligner que c’est un peu cher payé la dérobade que de se mettre ainsi sous les feux de la rampe avec le risque démesuré de  frapper sa propre cuirasse en apparaissant comme un Président à la santé fragile  et donc non susceptible de supporter les aléas d’une fonction qui nécessité au contraire la pleine possession de ses facultés tant physiques que mentales.

D’autant qu’un chef d’Etat algérien au contraire d’autres chefs d’Etat  dans le monde n’a guère besoin de trouver des prétexte pour afficher sa volonté de ne pas rencontrer le Président de l’ancienne puissance colonisatrice. Cela est au contraire considèrè de tous les points de vue que l’on se place comme un geste de fierté nationale qui vaut à son auteur un regain de considération auprès d’une opinion toujours à l’affût de rodomontades nationalistes. Il n’est que de se remémorer la rebuffade de Liamine Zeroual  qui a délibérément refusé à New York en septembre 1996 de rencontrer le même Jaques Chirac, pour une obscure histoire de protocole de mise en contact. Cela sans parler de Houari Boumediene qui avait en 1974, provoqué l’écourtement de  la visite officielle de Valérie  Giscard d’Estaing en Algérie en l’obligeant à regagner Paris à partir de Constantine. Nous n’en sommes donc pas à un incident de cet ordre prés avec nos chers voisins de l’autre rive de la Méditerranée et Abdelaziz Bouteflika aurait au contraire pris un malin plaisir à marquer lui aussi sa présidence par  un geste haut en couleur qui ne lui aurait pas coûté grand chose en définitive sachant les trésors de patience et de compréhension que sait déployer la France vis à vis de son ancienne colonie préférée. D’autant plus que depuis la campagne qu’il a mené autour  du projet de charte pour la paix et la réconciliation nationale et son premier meeting le 17 août 2005, il n’a guère été très tendre avec une France qu’il est allé jusqu’à sommer de présenter des excuses officielles pour son passé colonial. Alors de là à refuser de rencontrer le Président de cette même France, il y a qu’un pas qu’il aurait franchi allégrement n’eut été cette malheureuse maladie qui le conduit précisément à Paris. Une ville qui n’est pas spécialement indiquée pour quelqu’un qui souhaite vraiment éviter de rencontrer Jaques Chirac. Il y a d’ailleurs fort à parier que ce dernier ne manquera pas de rendre visite à l’hôte de son pays, surtout lorsque nous savons qu’il est tout à fait impossible pour un chef d’Etat étranger quel qu’il soit de prétendre à se faire soigner à l’hôpital militaire du Val de Grâce sans l’accord explicite du chef des armées en personne. C’est dire qu’il ne faut vraiment voir nulle malice dans une malheureuse  conjonction de facteurs dont le plus  important pour nous est sans conteste l’état de santé de notre propre Président de la République, qui au delà de son aspect nécessairement politique reste d’abord et avant tout humain. Car l’éloignement de Abdelaziz Bouteflika de la gestion des affaires du pays,  pose aux algériens un énorme problème de conscience, celui d’avoir peut-être trop demandé à un homme qui a souvent dit et répété combien il se sentait seul face à des choix douloureux et des décisions difficiles qu’il est le seul à pouvoir faire et prendre.

A. M.

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