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Pas de
mystère
Deux événements
importants se télescopent cette semaine et précisément le même jour,
le dimanche 27 novembre. La maladie du Président Abdelaziz
Bouteflika d’abord, contraint de se rendre à Paris pour un bilan
médical approfondi et ensuite l’ouverture d’un sommet des chefs d’Etats
partie prenante au processus du dialogue euro-méditerranéen auquel
il n’assistera donc pas et surtout où il ne rencontrera pas le
Président Jaques Chirac en marge des travaux du dit sommet. La
conjonction de ces trois événements est certes malheureuse,
surtout pour le Président de la République qui est obligé
d’interrompre son activité à la tête de l’Etat tout en subissant des
investigations médicales pas toujours facile à supporter, mais elle
est aussi trop parlante. Car la tentation est grande de voir alors
dans cette soudaine détérioration de l’état de santé du Président,
une manière très diplomatique d’éviter un contact qu’il ne souhaite
pas particulièrement à un moment où les relations entre les deux
pays sont en train de traverser une assez sérieuse zone de
turbulence. Il faut cependant souligner que c’est un peu cher payé
la dérobade que de se mettre ainsi sous les feux de la rampe avec le
risque démesuré de frapper sa propre cuirasse en apparaissant comme
un Président à la santé fragile et donc non susceptible de
supporter les aléas d’une fonction qui nécessité au contraire la
pleine possession de ses facultés tant physiques que mentales.
D’autant qu’un chef d’Etat
algérien au contraire d’autres chefs d’Etat dans le monde n’a guère
besoin de trouver des prétexte pour afficher sa volonté de ne pas
rencontrer le Président de l’ancienne puissance colonisatrice. Cela
est au contraire considèrè de tous les points de vue que l’on se
place comme un geste de fierté nationale qui vaut à son auteur un
regain de considération auprès d’une opinion toujours à l’affût de
rodomontades nationalistes. Il n’est que de se remémorer la
rebuffade de Liamine Zeroual qui a délibérément refusé à New York
en septembre 1996 de rencontrer le même Jaques Chirac, pour une
obscure histoire de protocole de mise en contact. Cela sans parler
de Houari Boumediene qui avait en 1974, provoqué l’écourtement de
la visite officielle de Valérie Giscard d’Estaing en Algérie en
l’obligeant à regagner Paris à partir de Constantine. Nous n’en
sommes donc pas à un incident de cet ordre prés avec nos chers
voisins de l’autre rive de la Méditerranée et Abdelaziz Bouteflika
aurait au contraire pris un malin plaisir à marquer lui aussi sa
présidence par un geste haut en couleur qui ne lui aurait pas coûté
grand chose en définitive sachant les trésors de patience et de
compréhension que sait déployer la France vis à vis de son ancienne
colonie préférée. D’autant plus que depuis la campagne qu’il a mené
autour du projet de charte pour la paix et la réconciliation
nationale et son premier meeting le 17 août 2005, il n’a guère été
très tendre avec une France qu’il est allé jusqu’à sommer de
présenter des excuses officielles pour son passé colonial. Alors de
là à refuser de rencontrer le Président de cette même France, il y a
qu’un pas qu’il aurait franchi allégrement n’eut été cette
malheureuse maladie qui le conduit précisément à Paris. Une ville
qui n’est pas spécialement indiquée pour quelqu’un qui souhaite
vraiment éviter de rencontrer Jaques Chirac. Il y a d’ailleurs fort
à parier que ce dernier ne manquera pas de rendre visite à l’hôte de
son pays, surtout lorsque nous savons qu’il est tout à fait
impossible pour un chef d’Etat étranger quel qu’il soit de prétendre
à se faire soigner à l’hôpital militaire du Val de Grâce sans
l’accord explicite du chef des armées en personne. C’est dire qu’il
ne faut vraiment voir nulle malice dans une malheureuse conjonction
de facteurs dont le plus important pour nous est sans conteste
l’état de santé de notre propre Président de la République, qui au
delà de son aspect nécessairement politique reste d’abord et avant
tout humain. Car l’éloignement de Abdelaziz Bouteflika de la gestion
des affaires du pays, pose aux algériens un énorme problème de
conscience, celui d’avoir peut-être trop demandé à un homme qui a
souvent dit et répété combien il se sentait seul face à des choix
douloureux et des décisions difficiles qu’il est le seul à pouvoir
faire et prendre.
A. M.
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