Semaine du 30 Novembre au 6 Décembre 2005

 

L’ethnie ou la vogue d’un mot

 

 
 
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 L’ethnie ou la vogue d’un mot

Après avoir montré les origines intellectuelles d’une vogue, tenant au positivisme au XIXe siècle puis au relativisme de la fin du XXe, l’article note que le mot ethnie ne reçoit pas de définition unanimement partagée et que cette imprécision est à la source de sa popularité. Après avoir critiqué l’usage radical du critère linguistique proposé par le courant de l’ethnisme, l’article permet de s’apercevoir que l’ethnie, expliquant tout, n’explique rien et surtout pas les données politiques d’une situation. Elle est un élément du discours plus qu’une réalité objective et elle rend le même service qu’un mot polymorphe autrefois très courant et aujourd’hui quasiment disparu : la classe sociale.

Pour les lecteurs algériens, cette étude tombe à pic aussi bien pour recadrer la compréhension du phénomène des banlieues en France que pour relativiser les problèmes liés à la région de Kabylie.

Un des mots les plus fréquents du vocabulaire des relations internationales, voire de la géopolitique, est "ethnie". Pourtant, ce mot est mal défini. Un examen attentif suggère qu’il cache non seulement les obsessions de notre époque, mais aussi des tendances néfastes. Ainsi révèle-t-il plus de choses sur l’observateur que sur les réalités prétendument décrites.

Les origines intellectuelles d’une vogue

Dans Le Monde du 4 octobre 2004, le romancier israélien Amos Oz constatait que l’âge moderne, à partir du XIXe siècle, avait "balayé le mal : on a appelé sciences sociales cette innovation intellectuelle. Pour les nouveaux praticiens (...) de la psychologie, de la sociologie, de l’anthropologie et de l’économie, le mal n’était pas une question".

Ce positivisme appliqué aux sciences humaines a de longtemps été décrit. D’une certaine façon, le positivisme s’appliquait d’abord aux sciences humaines, les plus sujettes au subjectivisme, les plus marquées par le discours ambiant des églises et des morales. La science dure pouvait facilement prendre ses distances, grâce à ses résultats objectifs, facilement décrits par une raison «pratique». S’agissant des sciences humaines, la partie était moins évidente. Marx, Darwin, Durkheim, Freud furent autant d’étapes de cette libération. On trouve de même les origines de la géopolitique chez Kjellen qui, en 1916, crée le mot et définit l’Etat comme "un organisme géographique" : ce naturalisme est le dernier avatar d’une évolution intellectuelle commencée au siècle précédent. La description scientifique, objective, permet de s’affranchir du mal. On sait ce que Ratzel, et les nazis à sa suite, firent de cette objectivité amorale et nietzschéenne.

Oz rappelle qu’encore aujourd’hui, certains spécialistes des sciences sociales considèrent que "tous les actes et les motivations de l’homme découlent des circonstances, qui sont souvent hors du contrôle des individus. Ainsi, nous sommes régis par notre environnement social". D’une certaine façon, nous ne sommes plus des individus rationnels, et il y a une certaine illusion à croire au choix démocratique. "Et cela fait un siècle que l’on nous explique que nous ne sommes que les produits de nos cultures ethniques... " Le mot est lâché, et en poussant le raisonnement à ses conséquences, on peut affirmer : l’environnement social qui nous détermine peut, à l’extrême, être réduit à l’ethnie.

"Aujourd’hui, nous sommes sortis du fléau de la règle totalitaire et nous avons un immense respect pour les cultures. Pour la diversité. Pour le pluralisme. " Le lien logique paraît alors évident : pour ne pas retomber dans le nazisme et le conditionnement politique, il faut ériger en règle absolue le respect de toute cohésion sociale qui se revendique comme telle, valable pour tous ceux qui n’ont pas la chance de s’être libérés de ces contingences : en un mot, accepter l’ethnie, conditionnement culturel à tout prendre moins néfaste que l’embrigadement nazi.

L’ethnie devient alors une catégorie fourre-tout à la commodité inusable. Est-ce un hasard si journalistes et "leaders d’opinion" en abusent ? Les revendications "ethniques" sont jugées estimables et surtout permettent de décrire toutes les situations infra-étatiques de populations en recherche d’autonomie, voire d’indépendance, en tout état de cause exigeant une reconnaissance politique de la communauté des nations. Le mot devient un artifice commun qui permet de "comprendre" toutes ces situations malaisées du monde contemporain : des Palestiniens aux Tchétchènes, des Bosniaques aux Chiapas, des Corses aux Pachtounes, tous les conflits d’aujourd’hui sont l’occasion de resservir ce concept mal défini, et pour cela si prisé : l’ethnie. Expliquant tout, il n’explique rien.

Mais comment caractériser une ethnie ?

Un détour par l’ethnologie paraît nécessaire pour y voir un peu plus clair. Selon L’Encyclopedia Universalis, elle a pour objet principal les sociétés "primitives", "sans histoire" ou "sans écriture", cette qualification permettant de la distinguer de la sociologie qui étudie les "sociétés industrielles occidentales". Cette classification, reconnue comme arbitraire, illustre notre propos en ce que l’ethnie apparaît comme "non occidentale" : ce n’est guère plus éclairant, mais cela indique une tonalité, une subjectivité qu’il faut noter.

Par ailleurs, alors que la sociologie use principalement de données quantifiables et de traitements statistiques, l’ethnologie se fonde sur une observation directe d’une société par un individu qui ne peut lui être totalement extérieur. Le rapport entre le sujet et l’objet est à l’évidence ambivalent et impose à l’ethnologue de se raconter en même temps qu’il décrit l’ethnie observée.

Au fond, l’ethnie n’existerait pas sans observateur : mais un tel caractère est courant dans la réflexion épistémologique de nombreuses disciplines, ce qui ne les empêche pas d’atteindre un niveau scientifique satisfaisant. Il reste pourtant que tout à leurs observations (rapports de lignage et de parenté, conception du monde, rites de passage, normes), les dits anthropologues dédaignent souvent de définir l’ethnie étudiée, et d’une façon plus générale d’analyser ce que recouvre le mot. Le mot "ethnie" est marqué par cette imprécision, même pour les ethnologues qui en font profession.

Vacher Lapouge invente le mot en 1896, afin de rendre compte de groupes homogènes pour lesquels les mots "race", "peuple" ou "nation" lui semblent impropres. Le terme est repris au cours des années 1930 (Saussure, Regnault) mais reste l’objet de controverse. Au fond, il s’agissait de classer à part certaines sociétés en leur niant une histoire. L’ethnie est décrite comme une population ayant un ancêtre commun, ou un passé de caractère plus ou moins mythique, ou une culture partagée. Toujours selon L’Universalis, on discerne "un certain nombre de critères communs tels que : la langue, un espace, des coutumes, des valeurs, un nom, une même ascendance et la conscience qu’ont les acteurs sociaux d’appartenir à un même groupe". "Le dénominateur commun correspond en définitive à l’idée d’un Etat-nation à caractère territorial, d’un Etat-nation au rabais. "

Une certaine évolution se cache derrière cette dernière assertion : au lieu des tribus primitives proches, en quelque sorte, du paradis terrestre, on touche maintenant à des états sociaux intermédiaires, à mi-chemin de l’innocence rousseauiste et de la société développée industrielle. L’ethnie serait alors une étape sur le chemin de l’évolution sociale dont l’aboutissement serait l’Etat-nation. Cette vision est très prégnante dans nombre des commentaires journalistiques déjà évoquées. C’est une manière de voir crypto colonialiste, qui affirme une hiérarchie des sociétés. Elle est d’autant plus cachée – "crypto" – qu’elle pose simultanément l’égalité des dites cultures. Mais il y a une incohérence évidente à reconnaître cette égalité et à affirmer en même temps le juste combat des dites ethnies pour leur libération. Car qui dit libération dit que la situation est inachevée et que son aboutissement réside (de façon sous-entendue) dans la construction d’un Etat.

Les débats ethnologiques contemporains critiquent cette vision liée à la colonisation. L’ethnie apparaît alors comme "une construction identitaire". "De ce point de vue, il n’existe pas d’ethnie au sens où ce terme désignerait des entités homogènes racialement, culturellement et linguistiquement : au contraire, ce qui prévaut toujours, ce sont des unités sociales inégales et hétérogènes quant à leur composition. " Ainsi, l’ethnie est propre à celui qui use de la notion, qu’il soit extérieur (l’observateur, c’est-à-dire l’ethnologue) ou intérieur (clerc, intellectuel ou leader politique, en tout cas partie prenante de la société qu’il révèle en la nommant). L’ethnie est profondément subjective, elle est toujours un discours, elle ne peut être une réalité. Du tribalisme tiers-mondiste au régionalisme post-industriel, il s’agit toujours d’une projection "citadine" sur une réalité rurale et passée purement imaginaire, ou plus exactement reconstruite.

L’ethnisme ou le faux critère linguistique

Certains se sont bien rendu compte de ces imperfections et ont voulu simplifier le problème en identifiant l’ethnie à une communauté linguistique. Ils s’appuient sur ce que donnent les dictionnaires : "Ethnie : nom féminin (grec ethnos, peuple), groupement humain qui possède une structure familiale, économique et sociale homogène et dont l'unité repose sur une communauté de langue et de culture." Le critère culturel étant délicat à établir, ils fondent alors leur discours sur le seul critère linguistique. Est une ethnie toute communauté partageant une langue en commun.

Certains prônent une lecture radicale et donnent une théorie politique globale qu’ils nomment "l’ethnisme". A nos yeux excessive, cette doctrine présente au moins l’avantage de montrer à quel point l’assimilation de l’ethnie au seul critère linguistique peut être dangereuse. Ainsi, François Fontan explique que "l’ethnisme proprement dit étudie la ‘question nationale’, les nations, les rapports entre nations". Assimilant l’ethnie à la nation (ce qui suggère déjà la compréhension néo-coloniale que nous évoquions ci-dessus), il affirme ensuite : "Nous en venons à la théorie de la nation qui considère que le seul critère utilisable pratiquement pour déterminer quand et jusqu’où il y a nation est celui de la langue indigène. " "Nous ne disons pas du tout que la nation se résume à la langue, nous disons que la langue est le seul indice utilisable pratiquement, mais que, en effet, c’est un indice synthétique, et qu’il correspond en plus à des situations de composé racial, d’économie, de psychologie, de caractère national qui ne sont pas très aisément délimitables géographiquement. "

Dès lors, les "nations" basque, catalane, provençale, bretonne, corse, savoyarde, alsacienne, flamande, pour ne prendre que celles se trouvant sur le territoire français, ont droit à leur autonomie et même à leur indépendance.

L’utilisation de la langue comme critère d’organisation politique laisse toutefois de mauvais souvenirs : ne sont-ce pas les nazis qui, utilisant la notion de Lebensraum élaborée par les géopoliticiens allemands, ont voulu étendre la grande Allemagne à toutes les contrées germanophones ?

Surtout, la validité du critère est sujette à caution. La diversité linguistique va de pair avec des Etats unifiés, comme par exemple en Suisse où quatre langues coexistent harmonieusement. Et nombreux sont les cas où deux langues officielles sont admises dans le pays, pas seulement pour rendre compte "d’ethnies" différentes, mais parfois parce qu’une langue commune permet justement au pays de communiquer, quand de nombreux patois, dialectes et autres variantes linguistiques cohabitent sur le territoire. C’est souvent le cas des pays autrefois colonisés, qui utilisent cette méthode pour trouver un langage en commun. On rétorquera qu’il s’agit justement d’une procédure artificielle, l’Etat constituant alors une superstructure imposée aux peuples qui s’organiseraient différemment sinon. Pourtant, on ne connaît pas d’Etat qui coïncide absolument avec une population unifiée linguistiquement. L’Etat, même le plus ancien et le plus achevé, est toujours une construction. Mais une construction "naturelle" car permettant une organisation plus complexe de la société. L’artificialisation est une donnée de la nature humaine.

L’exemple Yougoslave devrait par ailleurs inciter à une certaine prudence : la Yougoslavie a été fondée au lendemain de la première guerre mondiale précisément autour du critère linguistique. On a longtemps parlé là-bas le "serbo-croate" et hormis l’alphabet utilisé, latin dans un cas, cyrillique dans l’autre, les différences entre le serbe et le croate tenaient seulement à des particularités dialectales. L’éclatement de la Yougoslavie a conduit les deux Etats principaux à affirmer ce particularisme de la langue, et les experts de chaque pays publient dorénavant des travaux dans ce sens montrant que, "de toute éternité", il y avait deux langues, une serbe l’autre croate. Mais il s’agit alors plus de reconstruction identitaire que d’un critère "objectif". Ce sont les clercs  évoqués plus hauts, au service d’une cause identitaire et donc politique. La langue devient un outil de propagande plutôt qu’un fondement ; au lieu d’être une cause, elle devient un enjeu. C’est d’autant plus évident que la Bosnie-Herzégovine reproduit en miniature le cas yougoslave : il y a des bosno-serbes, des bosno-croates et des bosno-musulmans. Que croyez-vous que parlent ces derniers ? Comme il ne peuvent choisir entre les deux autres "langues", ils expliquent maintenant qu’il y a une langue bosnienne, elle aussi avec ses particularités, etc. : là encore, nous assistons à une construction identitaire dont les justifications pseudo-objectives (la "donnée" de la langue) ne tiennent pas à l’examen.

Prenons enfin le réveil des nationalités du XIXe siècle : on a expliqué l’unification allemande par le facteur linguistique. Pourtant, les particularismes perdurent, des villes hanséatiques à la Bavière qui se proclame toujours libre (frei Staat Bayern), de la catholique Rhénanie à la Saxe protestante. Et qui expliquera l’indépendance autrichienne ? Ou alors faut-il prôner un nouvel Anschluss ? La langue suffit-elle ?

Plus au sud, l’unité italienne s’est faite autour de la langue, mais le calabrais, le napolitain, le sicilien, le sarde demeurent vivants. L’Etat italien existe pourtant, résultat de la volonté politique du Piémont. Et puisque nous évoquons la volonté politique, comment expliquer Israël, Etat qui réutilise une langue qui n’était plus parlée depuis deux mille ans : la langue n’est-elle pas, ici aussi, la conséquence des décisions politiques, et non pas leur cause ?

Cela ne veut pas dire que la langue n’est pas un facteur politique, seulement que c’est un facteur parmi d’autres. Elle ne peut être l’unique déterminant, ce qui témoignerait d’une vision trop simpliste de l’histoire, propre à l’esprit de système. Or, cet esprit de système est souvent à l’origine des dérapages totalitaires où il s’agit de faire plier la réalité à l’idéologie. De ce point de vue, par son explication monocausale, l’ethnisme n’est pas seulement désuet, il est dangereux.

Ethnie et géopolitique

On voit bien ainsi les deux dangers masqués par l’utilisation si courante du mot ethnie. Elle peut révéler un tropisme néo-colonial inconscient : derrière l’ethnie, officiellement respectée par la bonne conscience contemporaine, se cacherait le sauvage non encore libéré, non conscient, qui n’est pas encore parvenu à la libération de nos démocraties post-modernes où le mot "tolérance" a remplacé celui de "respect" de l’autre.

Mais pour peu qu’on veuille préciser le mot, et donc lui faire recouvrir une équivalence linguistique, on verse dans un simplisme dangereux qui tente d’expliquer toutes les situations par un seul critère "objectif" : on oublie alors que toutes les luttes sont d’abord des conflits politiques, et que l’analyse ne doit jamais oublier cette dimension.

L’ethnie est un discours à deux faces. D’un côté, il permet à l’observateur extérieur (l’opinion publique occidentale) d’énoncer une situation difficilement explicable. Le plus souvent, si des facteurs "géographiques" (ressources, particularité topologique, langue, religion) participent à la détermination de la crise, d’autres déterminants politiques interviennent : partage des richesses, exploitation d’un groupe social par un autre, héritage colonial différencié, etc. La géopolitique, qui est d’abord une science politique, peut expliquer les deux aspects, géographiques et politiques, de la situation. Elle se gardera alors d’évoquer l’ethnie, puisque le mot est imprécis. Le géopolitiste est dans ce cas un observateur extérieur conscient de son observation, un peu à la manière de l’ethnologue classique. D’un autre côté, l’ethnie permet à l’acteur interne de simplifier son discours politique. En isolant une population, il trouve une clientèle et, si les choses se passent bien, un électorat. En tout état de cause, son message permet de définir une offre politique qui catalysera des mécontentements d’ordre d’abord politique. Ainsi faut-il analyser l’éclatement yougoslave, fondé d’abord sur le refus d’une solidarité financière entre états riches et états pauvres, et sur un système politique qui n’avait pas su évoluer à la mort de Tito. L’ethnie permet alors de trouver toutes les explications que l’on voudra, linguistiques, religieuses, simili-raciales ; on fera appel à l’histoire, que l’on interprétera d’autant plus qu’elle sera imprécise, et manquera de documents sur lesquels se fonder. L’absence de documents sera d’autant plus probable qu’il s’agira de régions où les Etats n’auront pas exercé de tutelle administrative au cours de l’histoire : régions colonisées, marches d’empire, zones grises.

L’ethnie devient alors une composante essentielle de la construction identitaire. Elle sera d’autant plus utilisée qu’elle s’inscrit dans une tendance supposée de fond, celle de la décolonisation. On se souvient de la remarque prêtée à M. Izetbegovic, qui se confiait au président Mitterrand : "La cause bosnienne ne peut pas être la seule lutte de décolonisation au XXe siècle qui ne toucherait pas au succès."

Et c’est cet argument qui fait accepter ces constructions identitaires à l’opinion publique : on ne peut qu’approuver les luttes de décolonisation, où qu’elles se déroulent. Accepter le terme d’ethnie, c’est d’une certaine façon soutenir la libération de peuples, cause noble qu’on ne saurait condamner.

Une telle approche (et cela d’autant plus qu’elle est inconsciente) a l’inconvénient de négliger les données politiques du conflit. En projetant l’image de la décolonisation, elle introduit un biais qui déforme la réalité locale. Ce n’est pas une affaire simplement sémantique : c’est une prise de position qui soutient de facto la partie qui promeut l’ethnie. Voulant être neutre, elle devient partisane. Et, d’une certaine façon, intervenant dans des affaires locales, elle réintroduit le risque d’un certain néo-colonialisme.

Enfin, l’ethnie devient un concept passe-partout, recyclé dans l’analyse des sociétés industrialisées, bien loin justement de la séparation théorique justifiant le travail des ethnologues. Les sociétés européennes s’interrogent maintenant sur leurs ethnies, et sur la place à leur accorder dans ce monde "post-moderne" et "mondialisé".

L’ethnie est ainsi sortie de son milieu scientifique, cantonné à l’étude des sociétés primitives, pour expliquer la plupart des conflits sur la scène internationale, avant de maintenant servir à l’analyse des sociétés intérieures. L’ethnie est omniprésente.

On en vient alors à penser que l’ethnie a revêtu tous les atours d’un mot aujourd’hui passé de mode, et qui autrefois servait à appréhender le monde, tant à l’extérieur que dans sa propre société nationale : la classe sociale. Il n’y a plus de lutte des classes, seulement des luttes ethniques. Les deux mots ont en commun la détermination collective et le partage d’une culture par le groupe. L’ethnie vient à point nommé remplacer la classe sociale de la grille de lecture marxiste, si rassurante à bien des égards tellement elle était explicative de l’ordre du monde, et de ses désordres. Comme la classe sociale, elle repose sur une part de vérité ; et comme elle, on lui prête plus qu’elle ne peut réellement dire. Comme la classe sociale, expliquant tout, elle n’explique rien.

Olivier Kempf

 

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