Semaine du 30 Novembre au 6 Décembre 2005

 

Processus de Barcelone

Un projet décevant

France-Algérie

Le déminage continue

Application de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale

Un retard parfaitement logique

Terrorisme et réconciliation nationale

Les paradoxes et les limites d’une offre généreuse

 

 
 
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Processus de Barcelone

Un projet décevant

Les spécialistes des relations Nord-Sud sont unanimes à l'affirmer : lancé en grande pompe, il y a dix ans de cela, le processus de Barcelone peine à concrétiser son principal objectif, qui est de faire de la région méditerranéenne un espace prospère et développé. Des lacunes et des contradictions sont enregistrées depuis son lancement ; l'on ajoute à cela une conjoncture internationale peu favorable à ce projet qui a pris naissance dans l'euphorie de la chute du mur de Berlin.

Quand la conférence euroméditerranéenne des ministres des Affaires étrangères eut lieu les 27 et 28 novembre 1995 à Barcelone, les participants avaient décidé d'en faire le point de départ du partenariat euroméditerranéen. Autrement dit, un cadre élargi de relations politiques, économiques et sociales entre les quinze Etats membres de l'Union européenne et les douze partenaires de la rive sud de la Méditerranée (Algérie, Palestine, Egypte, Jordanie, Maroc, Tunisie, Malte, Syrie, Chypre, Liban, Israël, Turquie).

Ce partenariat, unique et ambitieux à la fois, devait englober trois aspects essentiels, à savoir le volet politique et de sécurité, le volet économique et financier et le volet social, culturel et humain. A travers ces trois volets, ceux qui ont lancé le processus de Barcelone espéraient arriver à définir un espace commun de paix, construire une zone de prospérité et de libre-échange et enfin rapprocher les peuples pour qu'ils aboutissent à une réelle compréhension entre les cultures.

Dix après, qu'en est-il de ce projet qui, en réalité, est le seul forum qui réunit tous les acteurs de la région ? Pour preuve, il rassemble 38 membres, parmi lesquels les 25 pays de l'UE, les trois candidats à l'entrée dans l'Union et les dix partenaires méditerranéens.

Pour certains observateurs, le processus de Barcelone a pu réaliser un grand nombre d'objectifs, à commencer par la stabilité économique dans la rive sud de la Méditerranée. L'UE a contribué avec presque 9 000 millions d'euros pour les programmes de coopération MEDA destinés à financer des projets de soutien au processus de paix au Proche-Orient et des infrastructures hydrauliques en Jordanie. Pour sa part, la Banque européenne d'investissements a accordé 3 700 millions  d'euros de crédits entre 2002 et 2003.

Le partenariat euroméditerranéen a favorisé la création d'espaces de dialogue et de délibération, comme "l'assemblée parlementaire euroméditerranéenne", qui réunit à chaque fois 240 parlementaires des deux rives de la Méditerranée.

La création de la Fondation Anna-Lindh pour le dialogue et les cultures, inaugurée en 2005 à Alexandrie, constitue, pour ces observateurs, une grande avancée dans le développement des échanges culturels entre les peuples de la Méditerranée.  D'autres observateurs sont, quant à eux, plus sceptiques. S'ils ne vont pas jusqu'à dire que le processus de Barcelone est un échec, ils n'en pensent pas moins que c'est un projet qui s'est avéré décevant pour les pays de la rive sud de la Méditerranée, et ce, sur ses trois volets de coopération : l'économie, la politique et le socio-culturel.

En effet, dix ans après, les investissements se font toujours attendre, la crise au Moyen-Orient persiste et l'Europe a du mal à s'imposer comme régulateur dans la région. Les problèmes d'immigration et de terrorisme, qui sont une priorité pour l'Union européenne, sont autant d'obstacles qui gênent la concrétisation du processus de Barcelone.

Lors du huitième forum international Réalités à Tunis, les participants n'y sont pas allés par quatre chemins pour expliquer le blocage des politiques prônées à Barcelone. La première raison à ces blocages est la reprise du conflit israélo-palestinien à la faveur d'un contexte où les accords d'Oslo ont fait miroiter des perspectives de paix. Des perspectives qui, en fin de compte, n'ont abouti à rien de pacifique.

L'une des autres raisons qui ont fait que ce projet n'est pas une réussite réside, selon les participants au forum, dans l'absence d'institutions à même d'assurer le suivi des politiques adoptées à la conférence, mais aussi et surtout dans l'incohérence des pays du Sud qui se sont avérés incapables de se concerter et de formuler des projets communs. L'UMA qui, seize ans après sa création, est toujours incapable de s'imposer comme interlocuteur valable, illustre parfaitement cette incohérence.

Tout ceci fait que, dix ans après la déclaration de Barcelone, les réalités économiques de la régions sont on ne peut plus asymétriques. "L'écart des niveaux de développement entre les deux rives augmente, le déficit commercial est chronique et les échanges insuffisants : seuls 6 à 8% des échanges de l'Europe s'effectuent avec les pays du sud de la Méditerranée". Cette affirmation du ministre tunisien du Commerce et de l'Artisanat démontre que la Tunisie aurait espéré un soutien plus important pour l'accord "multifibre" et la création d'une zone de libre-échange. Le ministre marocain du Commerce abonde dans le même sens. Pour cet éminent spécialiste des relations euro-maghrébines, "le décalage entre les objectifs et les moyens mis en œuvres est flagrant". Les engagements financiers du MEDA, le principal instrument de coopération de l'Union européenne, n'ont pas été respectés. En effet, de 1999 à 2003, le MEDA a décaissé 1,5 milliard d'euros alors qu'au départ, on avait promis la somme de 2,3 milliards. Certes, l'apport de l'Union européenne n'est pas négligeable puisqu'en 2002, il a été plus important que celui de la Banque mondiale, mais cela reste, selon ce spécialiste, insuffisant pour réaliser les objectifs du processus de Barcelone.

L'universitaire français Jean Reiffers, de l'Institut de la Méditerranée, plus tempéré dans ses propos, qualifie le processus de Barcelone d'"échec relatif" et se base pour expliquer cela sur les spécificités de ce partenariat  et la complexité de sa mise en œuvre par rapport à ce qui se fait de l'autre côté de l'Atlantique. L'Europe, explique-t-il, tente de concilier les logiques marchandes grâce aux fonds d'aide, aux compensations, etc., tandis que pour le NAFTA (Etats-Unis, Canada et Mexique) c'est carrément le libre-échange et bien sûr toutes les inégalités qui en découlent et qui seront aggravées.

Le volet sécuritaire est toujours aussi présent parmi les préoccupations de l'Europe qui, après avoir créé, en 2003, la notion de "sécurité compréhensive" où les facteurs économique, politique, social, écologique et militaire sont interdépendants, a lancé en juin 2004 un partenariat stratégique avec la Méditerranée et le Moyen-Orient qui met en avant les impératifs de l'Europe et qui s'appliquent à tous ses voisins (contrôle des flux migratoires, etc.).

En décembre 2004, les premiers plans d'action pour sept pays  (Ukraine, Moldavie, Maroc, Tunisie, Jordanie, Israël et Palestine) sont adoptés. Pour les pays du Maghreb, des projets qui portent sur la réforme de la justice et la modernisation de la police, pour un montant de 127 millions d'euros, sont déjà lancés. Il s'agit aussi d'améliorer le climat des affaires et la sécurité juridique des investissements pour relancer ce projet.

Une étude réalisée par la Commission européenne montre que la priorité, pour relancer le processus de Barcelone, est la lutte contre le chômage qui touche la plupart des pays du sud de la Méditerranée. Selon cette étude, cela ne saurait se faire sans une croissance annuelle de 6 à 7% pour les économies de ces pays.

En 2004, la Banque européenne d'investissements (BEI) a accordé, par le biais de la Facilité euroméditerranéenne d'investissements et de partenariat (FEMIP), des prêts d’une valeur de 2,2 milliards d'euros aux pays partenaires du sud de la Méditerranée. Ces prêts ont servi à financer des projets de développement économique dans les secteurs de l'énergie, des transports, des télécommunications et des services. En plus des prêts accordés, le vice-président de la BEI encourage les entreprises européennes à investir au sud.

Il reste à dire que les 25 pays de l'UE n'arrivent toujours pas à se mettre d'accord sur le budget 2007-2013, ce qui dénote éventuellement d’une volonté de ne pas financer les projets dans le cadre de l'Euro-Med et peut-être de les reléguer aux oubliettes.

Khadidja Mohamed Bouziane

 

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France-Algérie

Le déminage continue

La France n’a pas "daigné nous fournir la cartographie pouvant faciliter le déminage de ces régions", avait lancé le président de la République dans son discours prononcé à Hassi Bahbah, lors de la cérémonie de clôture de l’opération de destruction du dernier lot du stock algérien de mines antipersonnel dans la wilaya de Djelfa. En fait, c’est un secret de Polichinelle que vient de révéler Bouteflika. Le plus étonnant, c’est qu’on continue de parler de "traité d’amitié" entre la France et l’Algérie, sans que du côté français on ne donne la preuve de vouloir de cette amitié. Sur deux dossiers au moins – mines antipersonnel et essais nucléaires en Algérie – la France ne semble pas vouloir céder en affichant un silence, sinon un mépris, incompréhensible sur des questions humanitaires.

Il est connu que les troupes françaises ont posé des mines près de la frontière entre la Tunisie et le Maroc jusqu'en 1962. Depuis l’Indépendance, on compte plusieurs centaines de morts ou de personnes mutilées à cause de ces mines. Sans compter que durant la Guerre de Libération, les victimes sont estimées à plusieurs milliers entre morts et blessés.

L'Association des victimes civiles de la Guerre de Libération nationale avait affirmé que la France a laissé "deux millions de pièges en Algérie" en posant une mine à chaque mètre tout le long des lignes Challe et Morice qui s’étendent sur 2.000 kilomètres. On estime actuellement le nombre de mines encore enfouies à environ 1,3 million particulièrement dans les zones frontalières est et ouest. 913.000 mines sur la frontière Est de Annaba à Chatt El-Ghers aux portes du désert en passant par Ben-M’hidi, Besbes, Dréan, Boukamouza, Bouchegoul, Souk-Ahras, M’daourouche, Tébessa et N’kiren et 42.000 autres à l’ouest de Port-Say, au sud de Béchar, en passant par Tlemcen, El-Haricha, Mecheria, Aïn Sefra, El-Ksour, Mourias et Souari.

Malgré les opérations de déminage entreprises par l’armée, qui a éliminé des centaines de milliers de ces engins, l’on a toujours continué à enregistrer des victimes. Ainsi, selon les différentes statistiques on compte 111 victimes entre 1973 et 1975, puis 35 victimes entre 1981 et 1990.

Trente ans après l’Indépendance, les mines de l’ex-colonisateur continuent de tuer. Ainsi, en 2001, dans la mechta de Feddene (commune de Ouled Driss, wilaya de Souk-Ahras), un enfant ramasse un objet dans le jardin familial qu’il prend pour une boîte de conserve et court le montrer à sa mère. L’objet lui explose entre les mains. Il est tué sur place, ainsi que son frère et sa sœur, tandis que sa mère a la jambe arrachée. Chaque victime blessée perçoit environ 4.500 DA au titre d’indemnité accordée par le législateur algérien. Quant au principal responsable de cette hécatombe, en l’occurrence le colonisateur, il continue d’observer un silence religieux sur cette question.

Plus grave encore, le dossier des essais nucléaires français en Algérie (et en Polynésie française) montre aussi la frilosité de l’ex-puissance colonisatrice à affronter ses méfaits. Entre le 13 février 1960 et le 16 février 1966 (soit près quatre ans après l’Indépendance !), la France a effectué 17 essais nucléaires dans le Sahara algérien, dont 13 souterrains effectués à In Ekker et 4 atmosphériques à Reggane. La première bombe atomique atmosphérique a été testée le 13 février 1960 à Hamoudia, à une quarantaine de kilomètres de Reggane. La puissance de utilisée était trois fois plus grande que la bombe lancée par les américains sur Hiroshima en 1945.

Selon un rapport du Sénat français, la France "ne reconnaît pas les conséquences sanitaires des essais (nucléaires, ndlr) parce qu’ils étaient particulièrement 'propres'". Le même rapport constate que "les quatre essais aériens de Reggane ont été à l’évidence très polluants".

C’est ce qui explique qu’à ce jour; l’Etat français (quelle que soit la tendance politique au pouvoir) n’a jamais daigné reconnaître aux Algériens touchés par les radiations nucléaires (ni aux français d’ailleurs, puisque des militaires Français ont déposé une plainte contre X) le statut de victimes. D’autres sources font même état d’"acte de génocide" perpétré en 1961 lorsque 150 prisonniers algériens ont été attachés à un kilomètre du lieu d’un essai nucléaire à Reggane. Mohamed Bendjebbar, ancien militaire algérien, avait été chargé en mai 1967 de "liquider" l’ancienne base d’essais nucléaires et de "récupérer les matériels disponibles pour équiper les populations des oasis proches de Reggane", lit-on dans le rapport du Sénat français qui explique également que Bendjebbar (aujourd’hui président de l’Association des victimes algériennes) "a été gravement contaminé aux cours de cette mission" (fin de citation) par du matériel attribué à une "société pétrolière". Dès le début des années 1970, Bendjebbar est atteint de "sigmoïdité chronique avec rectorargie, stéatose micro-vasculaire du foie, stérilité temporaire, raideur de l’épaule gauche, irradiation par métal radioactif n°688". Même ses enfants n’y ont pas échappé puisqu’ils ont contracté des maladies liées à ces contaminations. Un autre militaire algérien, l’adjudant Ahmed Kharout, adjoint de Bendjebbar, en est mort en 1973 à 31 ans.

Des mines antipersonnel aux essais nucléaires en passant par la torture pratiquée contre les Algériens durant la Guerre de Libération, la France n’en assume rien concrètement sauf, peut-être, dans le discours. Pis, elle trouve au colonialisme des vertus "civilisatrices" et voit d’un mauvais œil tout ce qui vient lui rappeler ses crimes en Algérie et dans ses anciennes colonies. La relaxe du général tortionnaire Schmitt dans le procès en diffamation que lui a intenté Louisette Ighilahriz prouve que la France n’est pas pour la vérité historique. C’est le signe, comme le dit Florence Beaugé, journaliste au Monde et auteur du livre Une Guerre sans gloire, dans un entretien accordé au Quotidien d’Oran, que "pour beaucoup de Français 'bien pensants', faire la lumière sur ces années sombres de leur histoire, c’est encore et toujours 'remuer la boue' et 'salir l’honneur' de l’armée française".

Les propos de Jacques Chirac, lors de sa visite d’Etat en Algérie, en mars 2003, sur la nécessité d’"assumer ensemble notre passé commun", un "passé complexe, douloureux (que) nous ne devons ni l’oublier ni le renier", attendent d’êtres mises à exécution. Pour le moment, rien ne semble indiquer que l’on se dirige vers une telle éventualité. Deux ans presque jour pour jour après ce discours du chef de l’Etat français à Alger, l’Assemblée française adopte la fameuse loi du 23 février 2005 qui glorifie la colonisation et interdit même une écriture franche et honnête de l’Histoire.

Il faut dire aussi que les Algériens n’ont pas bien défendu leur mémoire. L’Etat algérien n’a, par exemple, jamais accompagné ou orienté les victimes des mines antipersonnel et des essais nucléaires français à déposer plainte en France ni à réclamer des indemnisations. Alors, quelle place pour un pacte d’amitié algéro-français ?

L’Algérie accorde suffisamment son amitié à la France au point d’en faire sont premier fournisseur avec pas moins de 4 milliards de dollars d’importations en provenance de l’Hexagone. Mais en retour, les investissements français en Algérie se font attendre…

Abdelkader Djalil

 

 

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Application de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale

Un retard parfaitement logique

En affirmant que c’est à la Justice que revenait l’honneur et la lourde charge de la mise en œuvre de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, le chef de l’Etat a prolongé l’incertitude sur la suite qui sera réservée au document adopté par voie référendaire le 29 septembre dernier. S’il faut parler d’incertitude quant aux textes découlant de cette Charte, c’est qu’il y a effectivement deux raisons au moins pour s’étonner du retard pris dans leur promulgation. La première est liée à la teneur de la Charte elle-même qui, pour avoir énoncé en grande partie une série de principes politiques d’ordre général, n’a pas manqué d’être plus ou moins précise s’agissant d’indiquer les catégories de personnes que son application allait concerner ainsi que le devenir de ces dernières. La cessation des poursuites, la réduction des peines et l’abandon des changes précédant la permission du retour pour certaines personnes convaincues jusque-là de terrorisme, de soutien ou d’apologie au terrorisme sont autant de décisions parfaitement claires à qui il ne reste que de simples décrets s’étalant sur quelques articles tout au plus pour les traduire en dispositions concrètes. Tout comme la prise en charge des familles des victimes du terrorisme et de celles des disparus ne devraient pas poser de problème juridique non plus, et la formulation de décrets inhérents à ces deux aspects ne peut en aucun cas exiger une élaboration d’un niveau hors d’atteinte pour les juristes dans les rouages de l’Etat qui ont déjà eu à encadrer les processus d’indemnisation des familles des victimes du terrorisme, de la rahma ou encore de la concorde civile. On peut donc dire que, techniquement, la traduction juridique est loin de présenter une difficulté, quel que soit le circuit que celle-ci est appelée à emprunter. Cela, même si nous ne savons toujours pas à quel niveau de responsabilité est confié l’élaboration des textes. Les sources "officielles" ont divergé pour répondre à cette interrogation. On a parlé d’une commission présidée par le chef du gouvernement, réunissant les ministres de l’Intérieur, de la Justice, de la Solidarité nationale et de la Santé. On a également évoqué que le département de la Justice était seul en charge de la préparation des décrets exécutifs, alors que des sources peu portées sur l’improvisation comme le président de l’APN, Amar Saadani, ou encore le président de la CNPPDH, Me Farouk Ksentini, ont avancé, chacun de son côté, un nombre assez précis de textes, non sans diverger en oscillant entre une trentaine et une vingtaine.

Il reste que le chef de l’Etat, à l’ouverture de l’année judiciaire, a annoncé que c’était à la justice de mettre en œuvre la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, en restant laconique sur tout ce qui entoure le sujet et notamment en se retenant de répondre aux supputations alors très prudentes des commentateurs de la presse.

Ses propos n’en ont pas moins été interprétés de plusieurs façons. La première veut qu’après tout, le président de la République n’est pas tenu de signer autant de textes que cela a été dit, lui-même s’étant réservé les voies et modalités d’intervention en ne s’engageant sur rien de plus que ce que mentionne la Charte, qui stipule que le peuple mandate le président de la République pour traduire le contenu de celle-ci.

A vrai dire, on imagine mal qu’en définitive, aucun texte ne vienne couronner le processus initié par le président Bouteflika et qu’il soit laissé au libre choix de l’institution judiciaire de juger, à elle seule, de la façon dont tout cela serait à mettre en application, considérant par là que la Charte a déjà tout dit.

En revanche, il n’est pas assuré que le retard accusé dans la promulgation des textes soit aussi exagéré que l’on puisse le penser. Au regard du chef de l’Etat, la réconciliation nationale est un long chemin qui reste encore à parcourir, dont la Charte n’est qu’une première étape permise, du reste, par le succès de la politique de la concorde civile. Si les observateurs avertis entrevoient à ce titre une série de portes ouvertes sur des options inconnues, on ne peut néanmoins disconvenir que sous cet angle, les deux mois qui nous séparent déjà du référendum ne représentent pas forcément un ajournement de quoi que ce soit.

Sur un autre versant de la question, lorsqu’on met en comparaison la réconciliation nationale en Algérie et celle engagée par d’autres pays, on se rend compte que la différence de nature entre les démarches d’ici et d’ailleurs implique un constat de retard inexpliqué. Le passage obligé par des comités "vérité" et "justice", l’engagement d’enquête sur des centaines de disparus, les procédures d’aveu et de pardon lors de séances publiques traitant les affaires au cas par cas, l’implication laborieuse de représentants de partis politiques, d’ONG et d’organismes onusiens sinon régionaux, ont été autant d’étapes qu’il fallait minutieusement préparer et coordonner entre les différentes parties concernées, ce qui a par ailleurs consommé le temps d’un débat national aux enjeux multiples avec toutes les tournures prises par les débats internes aux structures protagonistes. Ce fut le cas en Afrique du Sud, en Argentine et au Chili. En ce qui nous concerne, tous ces aspects ayant pu donner au processus une dimension nettement plus complexe sont d’emblée évacués, situant la politique menée entre une réconciliation entre des parties non définies et une amnistie générale qui n’a de général que le fait de prendre en charge l’ensemble des cas prévisibles à traiter dans de cadre de la crise nationale. Et, en tout état de cause, la Charte pour la paix et la réconciliation nationale se résume à une position de principe sur les responsabilités et les mérites de chacun durant cette phase et, à partir de quoi, il ne reste aux vaincus qu’à subir et admettre leur échec politique, tandis qu’il appartient aux vainqueurs de faire dépasser la crise à la société. C’est ce qui donne au prolongement de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale une portée somme toute très limitée, une fois mise en relation avec ce qui reste à traiter sur le terrain.

On voit bien que par n’importe quel bout que l’on prenne la question, rien ne justifie le retard consommé dans la promulgation des textes, si ce n’est des considérations politiques que rien ne pouvait trahir dans la phase qui avait précédé le référendum mais qui, aujourd’hui, semblent avoir grande peine à être dissimulées davantage.

La Charte dont les contours ont été, nous dit-on, façonnés par les équilibres nationaux, avait aussi la capacité implicite de projeter ces mêmes équilibres vers un nouveau rapport de force, qu’il s’agisse d’inverser celui préexistant ou de le renforcer. Dans tous les cas de figures, et parce que se jouant autour des équilibres nationaux, donc au sommet, il ne reste à cette tentative de boucler la transition que l’acte final. Et si les textes tardent, c’est parce qu’il manque encore une dernier élément pour trancher le nouveau rapport de force qui en découle : les mêmes équilibres nationaux ou de nouveaux qui soient d’une nature toute autre. Et cela, la Charte n’a visiblement pas suffit à le trancher.

Nabil Benali

 

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Terrorisme et réconciliation nationale

Les paradoxes et les limites d’une offre généreuse

La concorde civile avait été marquée, on s’en souvient, par des redditions en grand nombre de membres de groupes armés. Pour la réconciliation nationale, peu de repentis et des actions menées par les forces de sécurité se poursuivent.

Le dernier démantèlement d’un  groupe important par la police, à Zemmouri, indique bien que la garde n’a pas été baissée. Un groupe du GSPC, comprenant 13 terroristes, ainsi que 7 éléments de soutien, a été démantelé dans la région de Boumerdès, il y a à peine une semaine. Dans le même temps, si la réconciliation nationale est censée restaurer la paix et instaurer le pardon entre société et groupes armés, le fait même que des opérations antiterroristes, même à petite échelle, se poursuivent signale que les groupes terroristes sont restés sourds au pardon de la patrie.

La reddition annoncée de Demkir — de son vrai nom Ahmed El Mokhfi — chef du groupe appelé Saryat Al-Farouk  est de celles qui devraient être enregistrées comme un des effets attendus et apparents de la réconciliation nationale. Le groupe, activant dans le sud de Bouira, serait composé d’une vingtaine d’éléments, mais il s’agit encore d’un groupuscule, au regard de l’importance du dispositif juridique supposé par la réconciliation nationale. Car, en face de cette reddition qui reste à confirmer, c’est surtout le rejet violent opposé par ce qu’on appelle le GSPC à l’offre de paix qui prévaut.

En fait, la réponse du GSPC, si c’est de cette seule nébuleuse qu’il faille parler (1)  a été clairement signifiée durant le ramadan. «Non au dialogue, non à la trêve, non à la réconciliation avec les apostats.» Les conditions de reddition posées par le GSPC ont rendu tout contact impossible. Mais si on admet que le groupe est atomisé, il faut croire que certaines phalanges sont prêtes à se rendre, indépendamment de toute orientation nationale.

Cela n’explique en aucune manière comment la réconciliation nationale pourra vider les maquis de ces terroristes (même s’ils sont apparemment peu nombreux) ni comment les actes terroristes même sporadiques s’arrêteront (2).

Car sur le front, il est plus facile de s’avancer sur les bilans des offensives militaires ou de police contres des terroristes retranchés dans des casemates que sur les éventuelles redditions (3). Ainsi, en plus du  coup de filet de Zemmouri, dans la région de Sidi Ghalem, près de Sidi Bel-Abbès, on indique que sept terroristes ont été éliminés. Ces sept éléments armés faisaient partie d’une faction du GSPC et étaient dirigés par le surnommé Charhabil. Le groupe a été éliminé suite aux renseignements fournis par un terroriste, qui s’est rendu du côté de Saïda, il y a quelques semaines. Une reddition, faut-il le noter, qui n’a pas été médiatisée car dans ce cas, son utilité n’est pas de prouver l’efficacité de la réconciliation nationale mais  d’aider les forces de sécurité à débusquer les derniers irréductibles.

Une approche méthodique qui a toujours prévalu sous la loi de la rahma, dans le cadre de la concorde civile. Finalement, qu’est-ce qui a changé avec la réconciliation nationale ?

Rien, si ce n’est que l’on a confirmé en principe, une fois pour toutes, que ceux qui ne rêvent que d’instaurer leur République islamique ou leur khalifat transnationale n’ont cure des élans de générosité de la société même s’ils sont portés comme le projet de la dernière chance par le président de la République lui-même.

Amine Esseghir

 

 

1- De toute évidence le GSPC en Algérie n’est plus le groupe homogène doté d’une direction unifiée. C’est du moins ce qui est réaffirmé le plus souvent dans les articles de presse traitant de la question terroriste. C’est en fait les décapitations successives subies par la direction du GSPC, qui tendent à confirmer cette analyse. Le GSPC a vu l’élimination en 2004 de Nabil Sahraoui, présenté comme «émir national», de son chef militaire Abi Abdelaziz, la disparition de Hacène Hattab, la capture de Abderrezak El Para (Amari Saïfi). Il serait dirigé par Abdelmalek Deroukdel sans que celui-ci soit maître réellement de tous les éléments qui agissent au nom du GSPC.

De plus, l’absence de redditions spectaculaires à même de confirmer cette thèse ne sont pas d’actualité et les terroristes arrêtés dans des opérations ne sont plus présentés à la presse de même que les informations fournies par les éléments arrêtés rendues publiques.

 

2- Outre les mesures destinées à en finir avec la question des disparus, la réhabilitation des anciens terroristes ou de leurs soutiens arrêtés, la réconciliation nationale est censée mettre le point final à la tragédie nationale en ne laissant plus personne derrière. C’est-à-dire qu’on ne parlerait plus de terrorisme dans le pays.

 

3- Faute de bilans publics et généraux officiels sur l’évolution de la lutte antiterroriste, ne reste que la compilation des informations recueillies un peu partout dans le pays, le plus souvent par des correspondants de presse, pour essayer de se faire une idée de l’action des forces de sécurité sur le terrain et le traitement de la question en fonction des données actualisées.

 

Le GSPC investit à l’international 

L’arrestation de trois Algériens en Italie a confirmé le lien supposé du GSPC avec la nébuleuse Al Qaïda. Seraï, Bouhrama et Larbi, arrêtés à Naples et à Brescia en Italie, il y a quelques jours par les forces spéciales des carabiniers possédaient l’équivalent d’un bateau plus grand que le Titanic chargé d’explosifs. De quoi tuer plus de 10 000 personnes, ont indiqué des sources policières à la presse.

Ce lien devenu opérationnel avait été évoqué plus d’une fois, que ce soit par des responsables de la DST française qui soutenaient publiquement, juste après les attentats du 11 septembre 2001, que Belaouar ou Amari Saïfi seraient les liens réels avec El-Qaïda, excluant que Hassan Hattab (inapte politiquement et analphabète)  puisse réellement constituer des réseaux efficaces et solides à même de se mettre au service d’El-Qaïda.

Souvenons-nous aussi, parmi les organisations citées par les Etats-Unis comme celles liées à El-Qaïda, on trouve le GIA et le GSPC. Juste des sigles sur une liste sans que l’on nous indique comment les raisons sociales, les associations, les groupes ou les personnes censées les financer seront repérés. Il reste que le fait même de la publication de la liste prouvait que des services de renseignements des Etats (plus sûrement les USA que les autres) savaient comment ces organisations étaient financées pour semer la mort dans leur pays, sans que personne ne se décide à aider à les mettre hors d’état de nuire.

Dans le même temps, l’implication d’Algériens dans des réseaux terroristes internationaux fera-t-elle jouer les dispositions de la réconciliation nationale au cas où des connexions avec des groupes ou des individus en Algérie seraient mises au jour ?

La question reste entière dans un contexte mondial où quand on a décidé d’en finir judiciairement avec le terrorisme, l’Algérie veut le réduire en lui offrant le pardon.

A. E.

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