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Un traité à la
mer, un !
Il ne fait plus
aucun doute à présent, que le président de la République a
définitivement choisi son camp en mettant les autorités françaises
en demeure de demander pardon pour les crimes commis par la
colonisation avant d'espérer la signature du fameux traité d'amitié.
Si la demande peut paraître normale dans un contexte normal, il est
par contre assez étonnant d'aller vers un traité d'amitié avec une
exigence qui tient lieu de condition sine qua non. On imagine mal,
dans ces conditions, le gouvernement français en train de rédiger
une demande de pardon sur papier 21/27 et de la soumettre à
l'attention du président de la République algérienne démocratique et
populaire. L'exercice paraît pour le moins irréaliste et il faudrait
évidemment beaucoup se forcer pour se l'imaginer, même dans les
délires les plus fous. Nous l'aurons donc compris, le traité
d'amitié, c'est fini !
Il faut maintenant
essayer de comprendre pourquoi et si possible comment. Pour ce qui
est du pourquoi, la piste la plus sérieuse, celle que nous avons
déjà explorée il y a de cela quelques mois, au moment où a éclaté
l'affaire de la loi glorifiant la colonisation française, est que
nous sommes face à une puissante poussée américaine dans la région
maghrébine avec un effort particulier vers l'Algérie. La perspective
de la signature du traité d'amitié avec la France étant bien entendu
le genre d'initiative qui n'est pas pour faciliter les projets
américains dans la région, alors que le problème numéro un de
l'administration US a été, depuis 1990, précisément de réduire
l'influence française dans la région avant d'espérer y prendre pied
sérieusement. Si pendant de longues années, Abdelaziz Bouteflika a
tenté de jouer l'équilibre entre Paris et Washington, il est clair
que depuis le début de son second mandat, il a définitivement
tranché en faveur de nouveaux rapports stratégiques au plan
international. Ce qui est par ailleurs tout à fait juste dans le
cadre d'un meilleur recadrage de notre place dans le concert des
nations. Mais il est tout aussi juste qu'il faille éviter de se
libérer d'une influence française trop pesante pour subir une
influence américaine encore plus pesante. Tout est affaire de mesure
en pareil cas, et le sens de la mesure commande de prendre en compte
les efforts sincères déployés par le gouvernement français depuis le
mois de mai 2005 dans le sens d'une reconnaissance de ses crimes en
Algérie. Aussi bien par la bouche de l'ambassadeur de France à Alger
que par les propos du précédent ministre des Affaires étrangères.
Pour ce qui est du
comment, maintenant, il faut bien sûr regarder du côté de cet
étrange petit groupe de députés, proche de l'extrême droite, qui est
allé faire passer au Parlement français une loi complètement
anachronique au milieu de l'indifférence générale et, disons-le tout
net, sans qu'aucun haut responsable français n'ait perçu l'extrême
dangerosité d'une pareille loi, à supposer qu'ils en aient été
seulement informés.
Il faut d'ailleurs
se demander pourquoi il aura fallu quatre mois aux gens du FLN pour
réagir à un texte dont ils devaient complètement ignorer
l'existence, n'eut été l'obligeance de ceux qui ont attiré leur
attention. Lorsque nous saurons qui a informé l'entourage de
Abdelaziz Belkhadem sur un simple alinéa noyé au milieu d'un
galimatias juridique par ailleurs sans aucun intérêt, nous serons
définitivement fixé sur les parties qui ont manipulé cette
gigantesque partie de billard. Car il faut bien reconnaître qu'hors
cette provocation, il n'y a aucune raison sérieuse qui peut pousser
l'Algérie à adopter une attitude aussi agressive envers un pays
qu'il s'agit certes de remettre à sa place pour aboutir à des
relations de respect et d'avantages mutuels, mais sans en faire un
ennemi pour autant. Sachant que les dernières déclarations du
président de la République faites à Sétif et à Béchar ne sont guère
de nature à laisser la moindre possibilité de rétablissement du
courant avec une France ouvertement accusée d'avoir procédé à des
essais nucléaires, chimiques et bactériologiques au mépris de la
légalité internationale.
Ce regain
d'animosité ne s'explique pourtant pas seulement par la simple
rivalité franco-américaine autour du Maghreb, elle trouve aussi sa
source dans les luttes politiques féroces qui opposent, au sein du
pouvoir algérien, les tenants d'une coopération privilégiée avec la
France à ceux qui œuvrent à tourner franchement le gouvernail vers
Washington. En désignant publiquement du doigt le fameux hizb frança,
après avoir écarté de la présidence de la République Larbi Belkheir,
le chef de l'Etat ne cache plus ses préférences et semble décidé à
lancer toutes ses forces dans l'affrontement final.
A. M.
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