Semaine du 31 août au 6 septembre 2005

 

L'éditorial : Par Abderrahmane Mahmoudi

Un traité à la mer, un !

 

 
 
 Editorial

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Un traité à la mer, un !

Il ne fait plus aucun doute à présent, que le président de la République a définitivement choisi son camp en mettant les autorités françaises en demeure de demander pardon  pour les crimes commis par la colonisation avant d'espérer la signature du fameux traité d'amitié. Si la demande peut paraître normale dans un contexte normal, il est par contre assez étonnant d'aller vers un traité d'amitié avec une exigence qui tient lieu de condition sine qua non. On imagine mal, dans ces conditions, le gouvernement français en train de rédiger une demande de pardon sur papier 21/27 et de la soumettre à l'attention du président de la République algérienne démocratique et populaire. L'exercice paraît pour le moins irréaliste et il faudrait évidemment beaucoup se forcer pour se l'imaginer, même dans les délires les plus fous. Nous l'aurons donc compris, le traité d'amitié, c'est fini !

Il faut maintenant essayer de comprendre pourquoi et si possible comment. Pour ce qui est du pourquoi,  la piste la plus sérieuse, celle que nous avons déjà explorée il y a de cela quelques mois, au moment où a éclaté l'affaire de la loi glorifiant la colonisation française, est que nous sommes face à une puissante poussée américaine dans la région maghrébine avec un effort particulier vers l'Algérie. La perspective de la signature du traité d'amitié avec la France étant bien entendu le genre d'initiative qui n'est pas pour faciliter les projets américains dans la région, alors que le problème numéro un de l'administration US a été, depuis 1990, précisément de réduire l'influence française dans la région avant d'espérer y prendre pied sérieusement. Si pendant de longues années, Abdelaziz Bouteflika a tenté de jouer l'équilibre entre Paris et Washington, il est clair que depuis le début de son second mandat, il a définitivement tranché en faveur de nouveaux rapports stratégiques au plan international. Ce qui est par ailleurs tout à fait juste dans le cadre d'un meilleur recadrage de notre place dans le concert des nations. Mais il est tout aussi juste qu'il faille éviter de se libérer d'une influence française trop pesante pour subir une influence américaine encore plus pesante. Tout est affaire de mesure en pareil cas, et le sens de la mesure commande de prendre en compte les efforts sincères déployés par le gouvernement français depuis le mois de mai 2005 dans le sens d'une reconnaissance de ses crimes en Algérie. Aussi bien par la bouche de l'ambassadeur de France à Alger que par les propos du précédent ministre des Affaires étrangères.

Pour ce qui est du comment, maintenant, il faut bien sûr regarder du côté de cet étrange petit groupe de députés, proche de l'extrême droite, qui est allé faire passer au Parlement français une loi complètement anachronique au milieu de l'indifférence générale et, disons-le tout net, sans qu'aucun haut responsable français n'ait perçu l'extrême dangerosité d'une pareille loi, à supposer qu'ils en aient été seulement informés.

Il faut d'ailleurs se demander pourquoi il aura fallu quatre mois aux gens du FLN pour réagir à un texte dont ils devaient complètement ignorer l'existence, n'eut été l'obligeance de ceux qui ont attiré leur attention. Lorsque nous saurons qui a informé l'entourage de Abdelaziz Belkhadem sur un simple alinéa noyé au milieu d'un galimatias juridique par ailleurs sans aucun intérêt, nous serons définitivement fixé sur les parties qui ont manipulé cette gigantesque partie de billard. Car il faut bien reconnaître qu'hors cette provocation, il n'y a aucune raison sérieuse qui peut pousser l'Algérie à adopter une attitude aussi agressive envers un pays qu'il s'agit certes de remettre à sa place pour aboutir à des relations de respect  et d'avantages mutuels, mais sans en faire un ennemi pour autant. Sachant que les dernières déclarations du président de la République faites à Sétif et à Béchar ne sont guère de nature à laisser la moindre possibilité de rétablissement du courant avec une France ouvertement accusée d'avoir procédé à des essais nucléaires, chimiques et bactériologiques au mépris de la légalité internationale.

Ce regain d'animosité ne s'explique pourtant pas seulement par la simple rivalité franco-américaine autour du Maghreb, elle trouve aussi sa source dans les luttes politiques féroces qui opposent, au sein du pouvoir algérien, les tenants d'une coopération privilégiée avec la France à ceux qui œuvrent à tourner franchement le gouvernail vers Washington. En désignant publiquement du doigt le fameux hizb frança, après avoir écarté de la présidence de la République Larbi Belkheir, le chef de l'Etat ne cache plus ses préférences et semble décidé à lancer toutes ses forces dans l'affrontement final.

A. M.

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