Semaine du 31 août au 6 septembre 2005

 

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Danses et chants dans les Aurès

 

 
 
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Danses et chants dans les Aurès

Dans tout le massif auréssien, et particulièrement dans l'Oued Abdi (Theniet El-Abed, Thleth, Oued Tagga, Tagoust, Hidouss, Bouzina, Menaâ, etc.) une fête familiale, des noces, une circoncision ne peuvent se faire que dans l'allégresse générale, les chants et les danses. C'est, du reste, l'affaire de toute la dechra.

Ces réjouissances se déroulent généralement dans la cour d'une grande maison ou en plein air, sur la place principale de la dechra, pendant la belle saison. Les flûtes commencent à l'unisson sur un mode mineur, le bendir (tambourin) les accompagne ; soudain une danseuse pénètre dans le cercle fait par les femmes. Bien droite, les yeux pudiquement baissés, le visage fermé, énigmatique, la mine grave, altière, le maintien d'une reine, elle avance lentement, à petits pas.

Toujours du pied droit que seul on distingue sous les robes longues, amples et flottantes, avec un léger et imperceptible fléchissement des genoux. Son tajdidh rejeté sur le dos, une main, puis l'autre, ou les deux en même temps, soulèvent lentement les pans du l'haf comme les ailes claires ou sombres d'un grand oiseau, puis l'étoffe retombe dans un léger mouvement des épaules.

Parfois, la danseuse passe le bord du l'haf sur son visage et le rejette d'un geste minutieusement étudié, ou déploie son tajdith sur le côté ; la tête légèrement tournée accompagne le mouvement lent, gracieux et significatif… La femme progresse lentement, par saccades, au rythme assourdissant deu bendir, accompagné par les battements de mains de toute l'assistance. De temps à autre, la danseuse marque un temps d'arrêt, et avec des gestes lents, étudiés, arrange posément, méticuleusement, son akhelkhel, en attendant la mesure sur laquelle elle doit reprendre la danse.

Cette chorégraphie spécifique au massif auréssien, minutieusement étudiée et maîtrisée par la danseuse, est nécessaire pour remettre en place les anneaux (akhelkhel) qui, enchevêtrés les uns dans les autres, ne peuvent plus accompagner la zorna (hautbois) de leurs cliquetis sonores. La danseuse évolue, en effet, à un double rythme : celui du bendir, soutenu par les battements effrénés des mains de l'assistance et celui des flûtes, cadencé par le bruit des anneaux qu'elle porte aux chevilles.

La danseuse avance toujours ; un mouvement du torse, à peine visible, fait parfois trembler son l'haf ; son visage reste de marbre, inexpressif, insondable, le regard perdu dans le lointain. Sciemment, elle frôle les femmes assises d'un signe de défi, laissant derrière elle, un parfum léger et envoûtant, fait de musc et de benjoin ; puis recule du pied gauche, accompagnant sa progression des mêmes gestes à peine ébauchés.

A cette marche singulière, presqu'au ralenti, s'ajoutent de légers renversements du buste en avant ou en arrière.

La zorna et le bendir, instruments traditionnels dans tout le massif, qui ont débuté faiblement, en sourdine, augmentent crescendo.

Les femmes s'exaltent, certaines tendent leurs mains rougies de henné vers la danseuse ; les hommes, un peu à l'écart, font parler éloquemment la poudre ; aux coups de fusils de chasse répondent les claquements des fusils de guerre : Mauser allemand, mousqueton français, garant américain. L'écho de la fusillade est répercuté par les montagnes environnantes, à peine visibles dans la nuit étoilée.

La danse dans les Aurès est un ensemble rythmé, une longue suite d'attitudes, de poses, de gestes minutieusement étudiés dans leurs moindres détails ; c'est une gestuelle ésotérique qui a les caractéristiques d'une danse rituelle sacrée. Deux, trois ou même quatre femmes peuvent danser ensemble ; bien qu'évoluant séparément, elles accomplissent, au même moment, les mêmes gestes, avancent, reculent, font des volte-faces étudiées, se renversent légèrement en arrière, se font face, se tournent le dos, changent de position avec une synchronisation parfaite, un rythme, une maîtrise des mouvements décomposés absolument remarquables, mais toujours avec une affectation de froideur et de détachement inexplicables.

La rahbya est une autre danse ; elle est d'abord chantée. Deux groupes composés chacun de trois ou quatre femmes, se tenants par la taille, évoluent en se faisant face. Deux danseuses, dans l'un des groupes se chargent du bendir. C'est au rythme lancinant du tambourin que se règlent avec une parfaite synchronisation le chant et le pas de danse. Les danseuses se penchent, se concertent à voix basse, lentement, comme venues de très loin, une des danseuses murmure quelques paroles emportées par le vent ; d'autres se joignent à elle, un quatuor répondant à l'autre et le chant mélodieux s'élève, s'amplifie et se prolonge dans l'écho des montagnes qui barrent l'horizon.

Brusquement, comme sous l'effet d'une baguette magique, les danseuses reculent et se positionnent alors en se faisant face ; elles frappent le sol du talon, puis se rapprochent à petits pas en fléchissant légèrement les genoux, pivotent, s'éloignent et se rapprochent encore ; celles qui sont munies de tambourins n'ont que le second rôle, les autres montrent plus d'entrain et de fougue et donnent un spectacle extraordinaire de beauté, de simplicité à nul autre pareil, qui se prolongera jusqu'à l'aube.

Ces réjouissances typiques du massif auréssien, dont l'origine se perd dans la nuit des temps, ont disparu au lendemain du 1er Novembre 1954, et comme par miracle, ont réapparu après le 19 mars 1962. Ces us et coutumes, cette culture fait partie de la vie, ô combien rude et dure des Auréssiennes et des Auréssiens, jusqu'à l'heure actuelle, en dépit des problèmes sociaux et économiques qui minent et déstabilisent toute la région.         

 Chenouf Ahmed Boudi

 

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