Semaine du 31 août au 6 septembre 2005

 

La trame du mercredi

Plébiscites

 

 
 
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La trame du mercredi

Plébiscites

Convenons-en, le président Bouteflika est un redoutable orateur. Du moins quand il n'use pas de cette langue incompréhensible pour la majorité du public, sur laquelle il se rabat depuis les tribunes officielles, et qu'il doit être le seul à parler encore avec cette facilité dans tout le monde arabe. On ne la rencontre même plus sur les lèvres des doctes personnages d'El-Azhar, qui parlent un arabe littéraire beaucoup plus abordable. Quelque chose de commun toutefois entre les deux langues : la forme de prêche qu'elle revêt chez le premier et chez les seconds. A Bechar, à Sétif, à Skikda, le Président algérien a parlé non seulement en croyant s'adresser à des croyants, mais en religieux qui tire tous ses arguments des commandements de la religion. Il est ainsi impossible de calculer le nombre de fois où il a invoqué le Tout-Puissant. En sera-t-il écouté pour autant ?

Pour revenir à la question de la langue, il faut dire qu'il n'est pas le seul à avoir en cette matière deux cordes à son arc. C'est tout le régime depuis qu'il existe qui pince l'une ou l'autre selon qu'il veut ou non être compris du peuple. Devant les cadres de la nation, qu'il considère non seulement comme ses subordonnés, ce qu'ils sont effectivement, mais aussi comme des militants de la même cause que la sienne, ce qu'ils ne sont pas forcément, il n'avait pas en fait un pressant besoin d'être compris, du moins pas de a à z, il suffisait que les ordres soient, eux, donnés dans une langue plus familière. En effet, quand il en est venu aux dispositions pratiques, c'est tout naturellement qu'il a retrouvé la langue dépouillée  des injonctions administratives. Devant un auditoire populaire qu'il faut séduire, la langue du Président devient celle d'un tribun  qui sait jouer sur à peu près tous les registres, qui fait flèche de tout bois et qui ne craint pas de flatter des sentiments souvent de bien mauvais aloi.

Dans l'incapacité où il est de nous expliquer pourquoi il est vital pour le pays, en ce moment même, de proposer la réconciliation à des gens qui n'en veulent pas, car ne se sentant coupables de rien, il ne résiste pas toujours à cette facilité qui consiste à incriminer l'ennemi extérieur, l'ennemi familier, et son prolongement intérieur, la cinquième colonne, hizb frança, étiquette dont il voudrait estampiller tout le secteur de l'opinion qui ne croit pas que ses choix soient les bons. D'ici à ce qu'il fasse campagne non contre les criminels qui ne veulent pas se réconcilier avec leur peuple, qui le massacrent  et l'humilient de toutes les façons possibles, mais contre ses opposants politiques, il semble parfois qu'il n'y ait qu'un pas et qu'il sera bientôt franchi. Ce sera en désespoir de cause, c'est-à-dire une fois qu'il aura acquis la conviction qu'effectivement le contexte de 1999 n'est pas celui de 2005, et que cette fois-ci les Algériens lui compteront avec parcimonie leur soutien, à supposer qu'ils le lui apportent, qu'il se retournera tout entier contre les mouchaouichines, dont la petite musique discordante parvient à s'insinuer dans une campagne jusque-là à sens unique.

Dans la république plébiscitaire qu'est devenue l'Algérie depuis 1999, un projet qui ne fait pas l'unanimité, ou presque, est un projet en fait rejeté par le peuple. Ce n'est pas le cas dans un système politique réellement pluraliste, où il lui suffirait, pour être adopté, d'être approuvé par  tout juste 50%+1 des voix exprimées. Dans ce modèle que sont les monarchies républicaines arabes, où il n'existe en réalité que deux institutions véritables, le président d'un côté, et le peuple de l'autre, il ne suffit d'ailleurs pas qu'une proposition du premier soit approuvée par une majorité imposante, il faut encore que cette majorité ne soit pas inférieure, cela si peu que ce soit, à celle dont s'est soldé le plébiscite précédent. D'où cette chose paradoxale : la charte sera considérée comme étant repoussée par les électeurs si ceux-ci ne font pas preuve à son égard du même enthousiasme que lors du référendum sur la concorde civile, ou même lors de la dernière élection présidentielle. Or, quels que soient les résultats qui seront annoncés le soir ou le lendemain du 29 septembre, tout le monde aura déjà pris la véritable mesure  dans ce cas précis de la sanction populaire, et tout le monde aura constaté si cette dernière a été ou non à la hauteur des plébiscites antérieurs.                      

  M. Habili

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