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La renaissance
du chant religieux
La ville d'Oran
vient d'abriter, à l'initiative de l'association de musique
classique algérienne En-Nahda, un festival de chants religieux. Un
immense succès populaire, convient-il de souligner ici, tant par la
qualité des prestations d'une dizaine de sociétés musicales venues
de Blida, Mostaganem, Nedroma, Tlemcen, Sidi Bel Abbes comme de la
ville chère à Ahmed Wahbi. Un succès rendu possible grâce à
l’adhésion sans précédent d'un public mélomane qui ne ménagea point
ses efforts pour être au diapason de l'attente du comité
d'organisation et faire oublier tant la défection des autorités
locales, encore une, comme celle du ministère de la Culture.
Des défections
inexplicables qui ne sont pas sans creuser davantage le fossé à
l'honneur entre la société civile et les appareils idéologiques
d'Etat qu'ils soient centraux ou locaux.
Pourtant, l'option
prise par la doyenne des associations de musique classique
algérienne d'Oran portait en elle tous les espoirs en vue de
retrouvailles fécondes susceptibles de contribuer pleinement à faire
voler en éclats le spectre de la léthargie et de la démobilisation.
De faire reculer surtout les effets pervers et réducteurs d'une
volonté hégémonique et/ou de négation que d'aucuns tentent d'imposer
injustement à un mouvement citoyen qui constitue pourtant la seule
alternative à ériger contre les tentatives qui chahutent l'avancée
de tout un peuple vers la transformation objective et
l'épanouissement pluriel de sa condition. Pourtant, des moments
forts ont ponctué chaque soirée, chaque prestation proposée par les
sociétés musicales* invitées par En-Nahda dont la création remonte à
l'année 1964.
Mais pour mieux
comprendre le charme indiscret d'une situation à tout le moins
incompréhensible, il y a lieu de s'attarder sur la rapport du
musulman à l'art en général et à la musique en particulier.
Le rapport du
musulman à l'art en général et à la musique en particulier, ne
pourrait être perçu que si l'on prenait en considération la position
du citoyen algérien vis-à-vis de toute forme de représentation, à
commencer par les antiquités. Des antiquités considérées comme
doublement étrangères, à plus forte raison lorsque leurs détracteurs
mettent en avant le fait que celles-ci furent inventées, étudiées,
inventoriées et exposées avec un intérêt prédominant pour les
vestiges romains tant leur reconnaissance et leur conservation
permettaient de justifier la présence française qui considérait ce
nouveau territoire, par référence aux Romains, comme étant la terre
de leurs ancêtres, et la suprématie de la civilisation chrétienne.
Depuis
l'Indépendance nationale, rien ne semble ébranler dans leurs
certitudes de nombreux Algériens qui ne se reconnaissent nullement
dans des antiquités évoquant Phéniciens, Romains, Byzantins,
Espagnols ou Français.
Une dissonance de
taille rend, par ailleurs, cette relation quelque peu problématique.
Musulman convaincu, l'Algérien se trouve dans l'impossibilité de
faire abstraction de sa religiosité, surtout lorsqu'il porte un
regard sur les antiquités et que celles-ci appartiennent, à plus
forte raison, à la période antéislamique, à la jahilia qui symbolise
on ne peut mieux, selon son entendement, le temps de l'ignorance,
des ténèbres et celui du règne des païens. En d'autres termes,
l'histoire vraie de l'humanité commencerait, pour le Musulman, avec
la révélation du Coran alors que celle qui précède appartiendrait au
temps de la falsification et de l'idolâtrie. Exhumer et glorifier
les oeuvres antéislamiques serait occulter, sinon porter ombrage aux
temps de la naissance de l'islam et de ses premières splendeurs.
L'interdiction de
la représentation par l'image en islam ne vise que l'image de la
divinité. Elle se situe donc dans la perspective du décalogue ou,
plus exactement, du monothéisme abrahamique que l'islam entend
renouveler. Dans sa dernière comme dans sa première manifestation,
le monothéisme s'oppose directement au polythéisme idolâtre, de
sorte que l'image plastique de la divinité se présente aux yeux du
musulman, selon une dialectique à la fois historique et divine,
comme la marque de l'erreur qui associe le relatif à l'absolu ou le
créé a l'incréé, en rabaissant celui-ci à celui-là.
La négation de
l'idole, ou mieux encore sa destruction est comme la traduction, en
termes concrets, du témoignage fondamental de l'islam.
Les paroles du
Prophète (QSSSL), condamnant les artistes enclins à imiter l'œuvre
du Créateur, n'ont pas toujours été interprétées comme un rejet pur
et simple de tout art figuratif. Ils ont été nombreux parmi les
islamologues à n'y voir que la condamnation d'une intention
prométhéenne ou idolâtre.
A la question de
savoir si l'art figuratif est interdit ou toléré en islam, il est
aisé de répondre, sans la moindre hésitation, que cet art peut
parfaitement s'intégrer dans l'univers de l'islam pourvu qu'il
n'oublie jamais ses propres limites. Il ne jouera qu'un rôle
périphérique et ne participera pas directement à l'économie
spirituelle de l'islam.
Au lieu d'être
chahutée par l'indifférence des clercs, l'initiative de la société
musicale En-Nahda aurait pu constituer une sorte de prélude à une
profonde réflexion en la matière. A l'effet, bien sûr, de proposer
un éclairage édifiant sur deux aspects de l'aniconisme islamique.
D'une part, la préservation de la dignité primordiale de l'homme
dont la forme faite "à l'image d'Allah" ne sera ni imitée ni usurpée
par une oeuvre d'art, nécessairement limitée et unilatérale. D'autre
part, rien qui puisse devenir une idole, ne serait-ce que d'une
manière relative et toute provisoire, ne doit s'interposer entre
l'homme et l'invisible présence d'Allah. Ce qui prime, en
définitive, c'est le témoignage qu'il n'y a pas de divinité hormis
Allah, il dissout toute objectivation du divin avant même qu'elle
ait pu se produire.
A l'évidence,
cette façon de sérier la problématique relève plus d'un colloque
international que d'une initiative locale engendrée par le seul
souci de faire reculer les idées reçues et de réconcilier une
population, quelque peu déstabilisée, avec sa muse que certains
esprits chagrins, habitués aux raccourcis les plus cours et aux
ellipses, tentent à chaque fois de vouer aux gémonies.
Pourtant c'est la
mosquée et de nombreuses confréries religieuses qui auront sauvé un
patrimoine musical particulièrement menacé par la crise économique
et sociale vécue par notre pays il y a quelques siècles déjà. C'est
ce qui explique en partie le développement des confréries
religieuses, un développement qui ne se limitera pas aux seules
conséquences sur la vie politique et sociale des populations.
Puisqu'il contribuera à la sauvegarde et à l'enrichissement de pans
importants de la tradition musicale. A partir du XVe
siècle surtout, une date que choisira l'islam maghrébin pour se
distinguer par l'adoption de la doctrine orthodoxe malékite et
l'épanouissement d'un mysticisme populaire, d'abord dans les
campagnes avant de se répandre dans toute l'Afrique du Nord sous la
forme de confréries religieuses dont quelques unes virent leur
popularité embrasser tout le pays et se transformer en un lieu de
pouvoir incontournable. Pour le musicologue tunisien Mahmoud Guettat,
ces confréries ont rendu un très grand service à l'art musical
maghrébin, tout en lui conservant son authenticité, une impulsion
incomparable. Leur répertoire très vaste, est inspiré par les mêmes
tubû, les mêmes formules mélodiques et rythmiques et parfois les
mêmes paroles que le répertoire des noubas profanes dans leur forme
la plus fidèle : «Leurs poèmes lyrico-mystiques composés à la gloire
de Dieu, du Prophète (QLSSSL), voire du patron de la confrérie,
peuvent également, dans leur sens ordinaire, évoquer l'amour
profane. Certains de ces poèmes panégyriques, comme Al-Hamziyya e
al-Burd du célèbre soufi Al-Bûçiri (1213-1235) avaient atteint une
renommée remarquable partout dans le monde islamique. Se contentant
de la voix, certaines confréries n'utilisent aucun instrument,
d'autres tolèrent les instruments à percussion seuls ou accompagnés
par le nay. Mais il existe des confréries qui intègrent à leurs
chants tous les instruments.»
Evoquant les
souvenirs du Vieil Alger, Mahieddine Bachetarzi citait toujours
l'exemple de la grave crise vécue au XVIIe siècle par la
musique classique algérienne. Constatant que celle-ci perdait de
plus en plus de chanteurs musulmans très au fait du répertoire et
que la plus grande partie du patrimoine se trouvait désormais entre
les mains des chanteurs israélites, de nombreux mélomanes algérois
s'empressèrent de lancer un véritable cri d'alarme. Devant cette
véritable menace qui planait sur une musique lui tenant le plus à
cœur, le muphti hanafite de l'époque, rapporte la même source,
convia tous les moudjaouidine (lecteurs du Coran) à une réunion. Ils
étaient une centaine, possédant de puissantes et jolies voix,
connaissant en général tous les modes de notre musique et n'avaient
nullement besoin d'un instrument pour distinguer un aâraq d'un
zidane, un moual d'un djarka ou un sika d'un raml-maïa tant ils
bénéficiaient tous d'une étonnante et solide culture musicale. Dans
le but de trouver un moyen qui consolidât la musique et lui assurât
une large diffusion, nous apprend la même source, le muphti suggéra
à son assistance d'adapter le plus souvent possible les airs des
noubas aux paroles des cantiques qu'ils psalmodiaient dans les
mosquées. Prenant l'exemple d'un cantique qu'on récitait lors de la
prière des taraouih durant les veillées du mois de ramadan, le
muphti leur chanta Soubhan Allah wa bi hamdihi, Soubhan Allah El
Aâdhim, sur l'air de Khademli saâdi.
Le ramadan
suivant, cette initiative, fort appréciée par tous les fidèles et
les mélomanes, était donnée en exemple aux autres mosquées et chacun
des moudjaouidine s'ingéniait à adapter les airs de son choix.
Devant le
retentissant succès de cette louable et décisive option, l'idée fit
son bonhomme de chemin et atteignit les mosquées hanafites de Blida,
de Médéa et de Miliana sans oublier celles de Tlemcen et de
Constantine. La même source rapporte que comme ils s'étaient déjà
occupés des qaçidate de l'imam Ali, cheikh Al-Bossari, Abd El-Hay
El-Halabi, Ibnou Murcia, Oum hani El Bikri, Mohammed Salah Ibn El
Khatib, Sidi Boumédiène ech-Chouaïb, Sidi Abderrahmane et-Thaâlibi
et Chems Eddine Ibn Djabir, dont la qaçida Fi Koulli Fatihatine lil
quaouli mouaâtabara fut une des premières à être chantée à la
mosquée Sidi Abderrahmane Et-Thaâlibi à l'occasion du Mawlid
Ennabaoui, les moudjaouidine ne savaient plus quelle qaçida adapter.
A l'initiative des cheïkhs Sidi Ammar, Sidi Ben Ali, Menguellati et
de Mohamed Ben Chahed, tous muphtis d'Alger, ainsi que des cheïkhs
El Mazouni, El Aroussi, Ben Merzoug et de bien d'autres, les
moudjaouidine, appelés par la suite quessadine, allaient être en
possession d'un inestimable répertoire de mouloudiate composées
essentiellement par des poètes algériens, presque tous musicologues
ou musiciens, et faire tâche d'huile au pays de Sidi Rached. Encore
jeune, se plaisait à confier Mahieddine Bachetarzi, il eut souvent
le plaisir, entre 1914 et 1924, d'assister, au mausolée de Sidi
Abderrahmane et-Thaâlibi et à Sidi M'hamed, à la venue, à l'occasion
de la célébration du Mawlid Ennabaoui, de quessadine de Constantine
avec, à leur tête, cheïkh Abdelhamid Ben Badis, notamment en 1921 et
en 1924. Des relations étroites existaient, à la fin du XIXe
et au début du XXe siècles, entre les quessadine et les
milieux artistiques de la capitale représentés par Mohamed Sfindja.
Le grand chantre de la musique classique algéroise se joignait
souvent aux moudjaouidine, notamment à l'occasion de manifestations
religieuses, pour leur apporter le concours de sa voix. Une voix que
Mahieddine Bachetarzi eût le privilège de redécouvrir au mausolée de
Sidi Ouali Dada, après l'avoir écoutée pour la première fois à l'âge
de douze ans, lors d'une soirée familiale, à Djenane Bensemane près
de Tixeraïne, dans le fahs d'Alger, non loin du parc d'attractions.
Une soirée musicale que le grand maître a animée avec, à ses côtés,
Maâlem Mouzino, jouant alternativement du rebab et de l'alto, cheikh
Echerif au tambourin, Maâlem Laho Serror à la kouitra et Shalom à la
mandoline.
Adulé par la
société citadine d'Alger, de Blida, de Médéa, de Miliana et de
Cherchell, sans oublier celle de Mostaganem à l'Ouest du pays, et
jouissant d'une très grande popularité, Mohammed Sfindja rencontrait
énormément de difficultés dans le cadre de sa pratique artistique.
Alger, en cette fin du XIXe siècle, traversait, en
effet, une crise sans précédent que le conservatisme, reproduit par
la société globale algérienne, exacerbait davantage.
Selon des
témoignages recueillis auprès du muphti et bach-quessad hanafite
d'Alger, Sidi Mohammed Boukandoura, de Mouzino, Laho Serro, Saïdi et
Edmond Yafil, souligne Mahieddine Bachetarzi, le grand maître ne se
faisait entendre que trente fois par an, en règle générale en été,
notamment à l'occasion de fêtes familiales. Heureusement que les
cafés Bouchaâchoue, Laâraïyèche, El-Boza et particulièrement qahouet
Malakoff lui donnaient toute latitude d'exercer son talent.
L'intolérance à
l'honneur durant cette période trouvera un prolongement inquiétant
de nos jours. A un moment où des esprits chagrins déploient des
efforts titanesques pour plonger la pratique musicale et sa simple
écoute dans le monde de l'illicite.
Dans une étude
intitulée Kachfou Anâ 'an wasfil Ghina, l'un des plus grands savants
pakistanais de l'école hanéfite, en l'occurrence Moufti Chafi'ra,
reconnaît lui-même que certains aspects de cette question ont fait
(et font encore) l'objet de nombreuses et sérieuses controverses.
Ces divergences entre les savants tiennent surtout du fait que les
références religieuses présentent des contradictions apparentes à ce
sujet. Tandis que certains textes interdisent clairement la musique
et les chants, d'autres, au contraire, laissent supposer que cette
interdiction est seulement partielle quand elle n'est pas
infondée.
Sortant de sa
réserve, le docteur Yûsuf Abd Allâh Al-Qaradâwi considère pour sa
part que parmi les divertissements qui réjouissent les âmes, qui
égaient les cœurs et qui font plaisir à l'ouïe, il y a effectivement
le chant. L'islam considère le chant comme licite tant qu'il ne
contient pas de propos grossiers, obscènes ou incitant à la
débauche. Et il n'y a aucun mal à ce qu'il soit accompagné de
musique si, du moins, celle-ci n'excite pas les nerfs. Le chant est
recommandé lors des occasions heureuses afin de répandre la gaieté
et de divertir les âmes.
Cela est d'autant
plus valable les jours de fêtes, de noces, au retour d'un absent,
ainsi que lors des repas de mariage, des repas en l'honneur d'un
nouveau-né et lors de la naissance du bébé : «Ainsi, Â'ishah (que
Dieu l'agrée) assista au mariage d'un couple médinois et lorsqu'elle
rentra chez elle, le Prophète (paix et bénédiction sur lui) lui
demanda : "Ô `Â'ishah, n'ont-ils pas organisé une fête ? Parce que
les Ansâr aiment faire la fête."» Ibn Abbâs dit : «Â'ishah assista
au mariage d'une femme médinoise parmi ses proches. Le Messager de
Dieu (paix et bénédiction sur lui) arriva et dit : "Avez-vous
offert les cadeaux à la mariée ?" On répondit : "Oui!" Il demanda :
"Avez-vous envoyé quelqu'un chanter en son honneur ?" Â'ishah
répondit : "Non." Le Messager de Dieu (paix et bénédiction sur lui)
reprit : "Les Ansâr sont des gens galants. Pourquoi n'avez-vous pas
envoyé avec la mariée quelqu'un chantant par exemple : Ataynâkum
ataynâkum (Nous voici venus ! Nous voici venus !)
Fa-hayyânâ
wa hayyâkum (Que Dieu nous salue et que Dieu vous salue !)"»
«Â'ishah raconte
que Abû Bakr (que Dieu l'agrée) entra chez elle un jour de fête du
Sacrifice (Aïd al-Adha) et qu'il trouva deux servantes qui
chantaient et jouaient du tambour alors que le Prophète (paix et
bénédiction sur lui) était recouvert d'un drap. Abû Bakr se mit en
colère contre elles. Le Prophète (paix et bénédiction sur lui) se
découvrit alors le visage et dit : "Laisse-les Abû Bakr ! Ce sont
des jours de fête. "»
L'imam Al-Ghazâli
mentionne dans son livre Al-Ihyâ' les hadiths sur le chant des deux
servantes et sur les jeux pratiqués par les Abyssins dans la mosquée
du Prophète (paix et bénédiction sur lui) alors que ce dernier les
encourageait par des exclamations : «Bravo, enfants de Arfadah !»
Ces hadiths précisent également la demande formulée par le Prophète
à l'intention de Â'ishah pour savoir si elle voulait regarder le
déroulement des jeux ou non. Ces mêmes hadiths ajoutent en outre que
le Prophète (QSSSL) demeura en compagnie de son épouse jusqu'à ce
que celle-ci s'ennuyât et voulût partir. On rencontre enfin des
hadiths mentionnant que Â'ishah jouait avec ses amies. Al-Ghazâlî
conclut quant à ces hadiths : «Tous ces hadiths sont mentionnés dans
les Sahîh al-Bûkhari et Muslîm. Ils constituent de fait un texte
explicite prouvant que le chant et les divertissements ne sont pas
illicites.»
On a rapporté au
sujet d'un grand nombre de Compagnons et de Successeurs (que Dieu
les agrée) qu'ils écoutaient des chansons sans y voir le moindre
mal.
Quant aux hadiths
prophétiques qui interdisent le chant, il faut savoir qu'ils sont
complètement défaillants si bien qu'aucun d'eux n'a été épargné de
la récusation des juristes et des traditionnistes. Le juge Abû Bakr
Ibn Al-Arabî dit : «Rien d'authentique n'existe quant à
l'interdiction du chant.» Ibn Hazm dit : «Tout ce qui a été rapporté
sur l'interdiction du chant est faux.»
Néanmoins, le
chant et la musique sont souvent allés de pair avec des veillées
arrosées et débauchées, ce qui a incité un grand nombre de savants à
interdire, tout du moins à déconseiller le chant et la musique.
Certains d'entre eux ont dit : «Le chant fait partie des plaisants
discours mentionnés dans le verset : "Et, parmi les hommes, il en
est qui, dénués de science, achètent de plaisants discours pour
égarer hors du chemin de Dieu et pour le prendre en raillerie.
Ceux-là subiront un châtiment avilissant." (Sourate 31 Luqmân,
verset 6).»
Ibn Hazm répond :
«Ce verset mentionne un trait de caractère qui, s'il est présent
chez une personne, fait d'elle automatiquement un mécréant. Il
s'agit de celui qui prend le Sentier de Dieu en raillerie. Ainsi,
celui qui achète un recueil coranique afin d'égarer les gens du
Sentier de Dieu et le prendre en raillerie est très certainement un
mécréant. Et c'est ce type de personnes que Dieu (Exalté soit-Il)
dénigre dans ce verset. Il ne dénigre nullement celui qui achète des
plaisants discours dans le but de se divertir et de détendre son
âme, et non dans le but d'égarer les gens du Sentier de Dieu .»
Ibn Hazm répond
également à ceux qui prétendent que le chant, ne faisant pas partie
de la vérité divine, fait dès lors partie de l'égarement. Ceux-ci
s'appuient sur le verset suivant : «Au delà de la vérité qu'y a-t-il
donc, sinon l'égarement ?» (Sourate 10 intitulée Jonas, Yûnus,
verset 32). Ibn Hazm réplique : «Le Messager de Dieu (paix et
bénédiction sur lui) dit : "Les actions sont jugées d'après les
intentions, et il en sera tenu compte à chaque homme dans la mesure
de son intention."» Ainsi, celui qui a l'intention d'écouter des
chansons afin de mieux désobéir à Dieu est un débauché – et cela
n'est pas spécifique uniquement au chant. Quant à celui qui a
l'intention de détendre son âme pour mieux obéir à Dieu (Exalté
soit-Il) et pour retrouver son dynamisme dans l'accomplissement
d'œuvres pieuses, est quelqu'un d'obéissant et de bienfaisant. Et ce
qu'il fait relève alors de la vérité divine. Quant à celui qui n'a
l'intention ni d'obéir à Dieu ni de Lui désobéir, alors celui-là se
livre à des futilités pardonnées par Dieu. Il possède alors le même
statut que celui qui sort se promener dans son jardin ou celui qui
s'assoit devant sa porte et regarde les gens passer, ou encore celui
qui teint son habit en bleu ou en vert, etc.
Il existe
cependant certaines limites qu'il est nécessaire d'observer en ce
qui concerne le chant. Il est ainsi nécessaire que le sujet de la
chanson ne contredise pas la morale et les enseignements islamiques.
Une chanson qui glorifierait par exemple l'alcool ou qui inciterait
à sa consommation est illicite, aussi bien pour celui qui la chante
que pour celui qui l'écoute.
Toutefois, le
sujet de la chanson peut parfois ne pas être contraire aux
directives islamiques mais c'est la manière dont le chanteur
l'interprète qui déplace la chanson du domaine licite au domaine
illicite. Un exemple caractéristique est celui du chanteur qui
interprète les paroles de manière lascive et déliquescente,
cherchant à éveiller les instincts et à séduire l'auditeur en
excitant ses désirs concupiscents.
Tout comme la
religion combat l'outrance et l'excès, quels qu'ils soient, même au
niveau du culte, elle combat l'excès dans le divertissement. Elle
n'accepte pas que ce dernier occupe tout notre temps, car le temps,
c'est la vie !
Nul doute que
l'excès dans les choses licites déborde sur le temps à consacrer aux
obligations, religieuses ou autres. Quelqu'un a dit avec justesse :
«Je n'ai jamais vu un excès sans qu'il n'y ait à côté un devoir
négligé.»
En organisant la 5e
édition de son festival, sous le patronage du ministre de l'Energie
et des Mines et avec le précieux concours de l'entreprise nationale
Sonatrach, sans oublier certains sponsors locaux, l'association
En-Nahda n'aura pas négligé un devoir des plus sacrés. Celui de
contribuer à sauver tout en la perpétuant une tradition ancestrale
qui mérite, au-delà de conjonctures politiciennes, toute notre
attention et notre engagement des plus irréfragables.
Abdelhakim
Meziani
*Les associations
participantes : Aïssaoua et El-Fen oua Nachat de Mostaganem,
En-Hahda, Nassim al-Andalous et l'ensemble Mustapha Belkhodja
d'Oran, El-Andaloussia de Sidi Bel Abbes, El-Widadia de Blida,
Gharnata de Tlemcen et Al-Mouwahidia de Nédroma.
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