Semaine du  31 Mai au 6 juin 2006

La renaissance du chant religieux

 

 
 
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La renaissance du chant religieux    

La ville d'Oran vient d'abriter, à l'initiative de l'association de musique classique algérienne En-Nahda, un festival de chants religieux. Un immense succès populaire, convient-il de souligner ici, tant par la qualité des prestations d'une dizaine de sociétés musicales venues de Blida, Mostaganem, Nedroma, Tlemcen, Sidi Bel Abbes comme de la ville chère à Ahmed Wahbi. Un succès rendu possible grâce à l’adhésion sans précédent d'un public mélomane qui ne ménagea point ses efforts pour être au diapason de l'attente du comité d'organisation et faire oublier tant la défection des autorités locales, encore une, comme celle du ministère de la Culture.

Des défections inexplicables qui ne sont pas sans creuser davantage le fossé à l'honneur entre la société civile et les appareils idéologiques d'Etat qu'ils soient centraux ou locaux.

Pourtant, l'option prise par la doyenne des associations de musique classique algérienne d'Oran portait en elle tous les espoirs en vue de retrouvailles fécondes susceptibles de contribuer pleinement à faire voler en éclats le spectre de la léthargie et de la démobilisation. De faire reculer surtout les effets pervers et réducteurs d'une volonté hégémonique et/ou de négation que d'aucuns tentent d'imposer injustement à un mouvement citoyen qui constitue pourtant la seule alternative à ériger contre les tentatives qui chahutent l'avancée de tout un peuple vers la transformation objective et  l'épanouissement pluriel de sa condition. Pourtant, des moments forts ont ponctué chaque soirée, chaque prestation proposée par les sociétés musicales* invitées par En-Nahda dont la création remonte à l'année 1964.

Mais pour mieux comprendre le charme indiscret d'une situation à tout le moins incompréhensible, il y a lieu de s'attarder sur la rapport du musulman à l'art en général et à la musique en particulier.

Le rapport du musulman à l'art en général et à la musique en particulier, ne pourrait être perçu que si l'on prenait en considération la position du citoyen algérien vis-à-vis de toute forme de représentation, à commencer par les antiquités. Des antiquités considérées comme doublement étrangères, à plus forte raison lorsque leurs détracteurs mettent en avant le fait que celles-ci furent inventées, étudiées, inventoriées et exposées avec un intérêt prédominant pour les vestiges romains tant leur reconnaissance et leur conservation permettaient de justifier la présence française qui considérait ce nouveau territoire, par référence aux Romains, comme étant la terre de leurs ancêtres, et la suprématie de la civilisation chrétienne.

Depuis l'Indépendance nationale, rien ne semble ébranler dans leurs certitudes de nombreux Algériens qui ne se reconnaissent nullement dans des antiquités évoquant Phéniciens, Romains, Byzantins, Espagnols ou Français.  

Une dissonance de taille rend, par ailleurs, cette relation quelque peu problématique. Musulman convaincu, l'Algérien se trouve dans l'impossibilité de faire abstraction de sa religiosité, surtout lorsqu'il porte un regard sur les antiquités et que celles-ci appartiennent, à plus forte raison, à la période antéislamique, à la jahilia qui symbolise on ne peut mieux, selon son entendement, le temps de l'ignorance, des ténèbres et celui du règne des païens. En d'autres termes, l'histoire vraie de l'humanité commencerait, pour le Musulman, avec la révélation du Coran alors que celle qui précède appartiendrait au temps de la falsification et de l'idolâtrie. Exhumer et glorifier les oeuvres antéislamiques serait occulter, sinon porter ombrage aux temps de la naissance de l'islam et de ses premières splendeurs.

L'interdiction de la représentation par l'image en islam ne vise que l'image de la divinité. Elle se situe donc dans la perspective du décalogue ou, plus exactement, du monothéisme abrahamique que l'islam entend renouveler. Dans sa dernière comme dans sa première manifestation, le monothéisme s'oppose directement au polythéisme idolâtre, de sorte que l'image plastique de la divinité se présente aux yeux du musulman, selon une dialectique à la fois historique et divine, comme la marque de l'erreur qui associe le relatif à l'absolu ou le créé a l'incréé, en rabaissant celui-ci à celui-là.

La négation de l'idole, ou mieux encore sa destruction est comme la traduction, en termes concrets, du témoignage fondamental de l'islam.

Les paroles du Prophète (QSSSL), condamnant les artistes enclins à imiter l'œuvre du Créateur, n'ont pas toujours été interprétées comme un rejet pur et simple de tout art figuratif. Ils ont été nombreux parmi les islamologues à n'y voir que la condamnation d'une intention prométhéenne ou idolâtre.

A la question de savoir si l'art figuratif est interdit ou toléré en islam, il est aisé de répondre, sans la moindre hésitation, que cet art peut parfaitement s'intégrer dans l'univers de l'islam pourvu qu'il n'oublie jamais ses propres limites. Il ne jouera qu'un rôle périphérique et ne participera pas directement à l'économie spirituelle de l'islam.

Au lieu d'être chahutée par l'indifférence des clercs, l'initiative de la société musicale En-Nahda aurait pu constituer une sorte de prélude à une profonde réflexion en la matière. A l'effet, bien sûr, de proposer un éclairage édifiant sur deux aspects de l'aniconisme islamique. D'une part, la préservation de la dignité primordiale de l'homme dont la forme faite "à l'image d'Allah" ne sera ni imitée ni usurpée par une oeuvre d'art, nécessairement limitée et unilatérale. D'autre part, rien qui puisse devenir une idole, ne serait-ce que d'une manière relative et toute provisoire, ne doit s'interposer entre l'homme et l'invisible présence d'Allah. Ce qui prime, en définitive, c'est le témoignage qu'il n'y a pas de divinité hormis Allah, il dissout toute objectivation du divin avant même qu'elle ait pu se produire.

A l'évidence, cette façon de sérier la problématique relève plus d'un colloque international que d'une initiative locale engendrée par le seul souci de faire reculer les idées reçues et de réconcilier une population, quelque peu déstabilisée, avec sa muse que certains esprits chagrins, habitués aux raccourcis les plus cours et aux ellipses, tentent à chaque fois de vouer aux gémonies. 

Pourtant c'est la mosquée et de nombreuses confréries religieuses qui auront sauvé un patrimoine musical particulièrement menacé par la crise économique et sociale vécue par notre pays il y a quelques siècles déjà. C'est ce qui explique en partie le développement des confréries religieuses, un développement qui ne se limitera pas aux seules conséquences sur la vie politique et sociale des populations. Puisqu'il contribuera à la sauvegarde et à l'enrichissement de pans importants de la tradition musicale. A partir du XVe siècle surtout, une date que choisira l'islam maghrébin pour se distinguer par l'adoption de la doctrine orthodoxe malékite et l'épanouissement d'un mysticisme populaire, d'abord dans les campagnes avant de se répandre dans toute l'Afrique du Nord sous la forme de confréries religieuses dont quelques unes virent leur popularité embrasser tout le pays et se transformer en un lieu de pouvoir incontournable. Pour le musicologue tunisien Mahmoud Guettat, ces confréries ont rendu un très grand service à l'art musical maghrébin, tout en lui conservant son authenticité, une impulsion incomparable. Leur répertoire très vaste, est inspiré par les mêmes tubû, les mêmes formules mélodiques et rythmiques et parfois les mêmes paroles que le répertoire des noubas profanes dans leur forme la plus fidèle : «Leurs poèmes lyrico-mystiques composés à la gloire de Dieu, du Prophète (QLSSSL), voire du patron de la confrérie, peuvent également, dans leur sens ordinaire, évoquer l'amour profane. Certains de ces poèmes panégyriques, comme Al-Hamziyya e al-Burd du célèbre soufi Al-Bûçiri (1213-1235) avaient atteint une renommée remarquable partout dans le monde islamique. Se contentant de la voix, certaines confréries n'utilisent aucun instrument, d'autres tolèrent les instruments à percussion seuls ou accompagnés par le nay. Mais il existe des confréries qui intègrent à leurs chants tous les instruments.»

Evoquant les souvenirs du Vieil Alger, Mahieddine Bachetarzi citait toujours l'exemple de la grave crise vécue au XVIIe siècle par la musique classique algérienne. Constatant que celle-ci perdait de plus en plus de chanteurs musulmans très au fait du répertoire et que la plus grande partie du patrimoine se trouvait désormais entre les mains des chanteurs israélites, de nombreux mélomanes algérois s'empressèrent de lancer un véritable cri d'alarme. Devant cette véritable menace qui planait sur une musique lui tenant le plus à cœur, le muphti hanafite de l'époque, rapporte la même source, convia tous les moudjaouidine (lecteurs du Coran) à une réunion. Ils étaient une centaine, possédant de puissantes et jolies voix, connaissant en général tous les modes de notre musique et n'avaient nullement besoin d'un instrument pour distinguer un aâraq d'un zidane, un moual d'un djarka ou un sika d'un raml-maïa tant ils bénéficiaient tous d'une étonnante et solide culture musicale. Dans le but de trouver un moyen qui consolidât la musique et lui assurât une large diffusion, nous apprend la même source, le muphti suggéra à son assistance d'adapter le plus souvent possible les airs des noubas aux paroles des cantiques qu'ils psalmodiaient dans les mosquées. Prenant l'exemple d'un cantique qu'on récitait lors de la prière des taraouih durant les veillées du mois de ramadan, le muphti leur chanta Soubhan Allah wa bi hamdihi, Soubhan Allah El Aâdhim, sur l'air de Khademli saâdi.

Le ramadan suivant, cette initiative, fort appréciée par tous les fidèles et les mélomanes, était donnée en exemple aux autres mosquées et chacun des moudjaouidine s'ingéniait à adapter les airs de son choix.

Devant le retentissant succès de cette louable et décisive option, l'idée fit son bonhomme de chemin et atteignit les mosquées hanafites de Blida, de Médéa et de Miliana sans oublier celles de Tlemcen et de Constantine. La même source rapporte que comme ils s'étaient déjà occupés des qaçidate de l'imam Ali, cheikh Al-Bossari, Abd El-Hay El-Halabi, Ibnou Murcia, Oum hani El Bikri, Mohammed Salah Ibn El Khatib, Sidi Boumédiène ech-Chouaïb, Sidi Abderrahmane et-Thaâlibi et Chems Eddine Ibn Djabir, dont la qaçida Fi Koulli Fatihatine lil quaouli mouaâtabara fut une des premières à être chantée à la mosquée Sidi Abderrahmane Et-Thaâlibi à l'occasion du Mawlid Ennabaoui, les moudjaouidine ne savaient plus quelle qaçida adapter. A l'initiative des cheïkhs Sidi Ammar, Sidi Ben Ali, Menguellati et de Mohamed Ben Chahed, tous muphtis d'Alger, ainsi que des cheïkhs El Mazouni, El Aroussi, Ben Merzoug et de bien d'autres, les moudjaouidine, appelés par la suite quessadine, allaient être en possession d'un inestimable répertoire de mouloudiate composées essentiellement par des poètes algériens, presque tous musicologues ou musiciens, et faire tâche d'huile au pays de Sidi Rached. Encore jeune, se plaisait à confier Mahieddine Bachetarzi, il eut souvent le plaisir, entre 1914 et 1924, d'assister, au mausolée de Sidi Abderrahmane et-Thaâlibi et à Sidi M'hamed, à la venue, à l'occasion de la célébration du Mawlid Ennabaoui, de quessadine  de Constantine avec, à leur tête, cheïkh Abdelhamid Ben Badis, notamment en 1921 et en 1924. Des relations étroites existaient, à la fin du XIXe et au début du XXe siècles, entre les  quessadine  et les milieux artistiques de la capitale représentés par Mohamed Sfindja. Le grand chantre de la musique classique algéroise se joignait souvent aux moudjaouidine, notamment à l'occasion de manifestations religieuses, pour leur apporter le concours de sa voix. Une voix que Mahieddine Bachetarzi eût le privilège de redécouvrir au mausolée de Sidi Ouali Dada, après l'avoir écoutée pour la première fois à l'âge de douze ans, lors d'une soirée familiale, à Djenane Bensemane près de Tixeraïne, dans le fahs d'Alger, non loin du parc d'attractions. Une soirée musicale que le grand maître a animée avec, à ses côtés, Maâlem Mouzino, jouant alternativement du rebab et de l'alto, cheikh Echerif au tambourin, Maâlem Laho Serror à la kouitra et Shalom à la mandoline.

Adulé par la société citadine d'Alger, de Blida, de Médéa, de Miliana et de Cherchell, sans oublier celle de Mostaganem à l'Ouest du pays, et jouissant d'une très grande popularité, Mohammed Sfindja rencontrait énormément de difficultés dans le cadre de sa pratique artistique. Alger, en cette fin du XIXe  siècle, traversait, en effet, une crise sans précédent que le conservatisme, reproduit par la société globale algérienne, exacerbait davantage.

Selon des témoignages recueillis auprès du muphti et bach-quessad hanafite d'Alger, Sidi Mohammed Boukandoura, de Mouzino, Laho Serro, Saïdi et Edmond Yafil, souligne Mahieddine Bachetarzi, le grand maître ne se faisait entendre que trente fois par an, en règle générale en été, notamment à l'occasion de fêtes familiales. Heureusement que les cafés Bouchaâchoue, Laâraïyèche, El-Boza et particulièrement qahouet Malakoff lui donnaient toute latitude d'exercer son talent.

L'intolérance à l'honneur durant cette période trouvera un prolongement inquiétant de nos jours. A un moment où des esprits chagrins déploient des efforts titanesques pour plonger la pratique musicale et sa simple écoute dans le monde de l'illicite.

Dans une étude intitulée Kachfou Anâ 'an wasfil Ghina, l'un des plus grands savants pakistanais de l'école hanéfite, en l'occurrence Moufti Chafi'ra, reconnaît lui-même que certains aspects de cette question ont fait (et font encore) l'objet de nombreuses et sérieuses controverses. Ces divergences entre les savants tiennent surtout du fait que les références religieuses présentent des contradictions apparentes à ce sujet. Tandis que certains textes interdisent clairement la musique et les chants, d'autres, au contraire, laissent supposer que cette interdiction est seulement partielle quand elle n'est pas infondée.  

Sortant de sa réserve, le docteur Yûsuf Abd Allâh Al-Qaradâwi considère pour sa part que parmi les divertissements qui réjouissent les âmes, qui égaient les cœurs et qui font plaisir à l'ouïe, il y a effectivement le chant. L'islam considère le chant comme licite tant qu'il ne contient pas de propos grossiers, obscènes ou incitant à la débauche. Et il n'y a aucun mal à ce qu'il soit accompagné de musique si, du moins, celle-ci n'excite pas les nerfs. Le chant est recommandé lors des occasions heureuses afin de répandre la gaieté et de divertir les âmes.

Cela est d'autant plus valable les jours de fêtes, de noces, au retour d'un absent, ainsi que lors des repas de mariage, des repas en l'honneur d'un nouveau-né et lors de la naissance du bébé : «Ainsi, Â'ishah (que Dieu l'agrée) assista au mariage d'un couple médinois et lorsqu'elle rentra chez elle, le Prophète (paix et bénédiction sur lui) lui demanda : "Ô `Â'ishah, n'ont-ils pas organisé une fête ? Parce que les Ansâr aiment faire la fête."» Ibn Abbâs dit : «Â'ishah assista au mariage d'une femme médinoise parmi ses proches. Le Messager de Dieu (paix et bénédiction sur lui)  arriva et dit : "Avez-vous offert les cadeaux à la mariée ?" On répondit : "Oui!" Il demanda : "Avez-vous envoyé quelqu'un chanter en son honneur ?" Â'ishah répondit : "Non." Le Messager de Dieu (paix et bénédiction sur lui) reprit : "Les Ansâr sont des gens galants. Pourquoi n'avez-vous pas envoyé avec la mariée quelqu'un chantant par exemple : Ataynâkum ataynâkum (Nous voici venus ! Nous voici venus !)

Fa-hayyânâ wa hayyâkum (Que Dieu nous salue et que Dieu vous salue !)"»

«Â'ishah raconte que Abû Bakr (que Dieu l'agrée) entra chez elle un jour de fête du Sacrifice (Aïd al-Adha) et qu'il trouva deux servantes qui chantaient et jouaient du tambour alors que le Prophète (paix et bénédiction sur lui) était recouvert d'un drap. Abû Bakr se mit en colère contre elles. Le Prophète (paix et bénédiction sur lui) se découvrit alors le visage et dit : "Laisse-les Abû Bakr ! Ce sont des jours de fête. "»

L'imam Al-Ghazâli  mentionne dans son livre Al-Ihyâ' les hadiths sur le chant des deux servantes et sur les jeux pratiqués par les Abyssins dans la mosquée du Prophète (paix et bénédiction sur lui) alors que ce dernier les encourageait par des exclamations : «Bravo, enfants de Arfadah !» Ces hadiths précisent également la demande formulée par le Prophète à l'intention de Â'ishah pour savoir si elle voulait regarder le déroulement des jeux ou non. Ces mêmes hadiths ajoutent en outre que le Prophète (QSSSL) demeura en compagnie de son épouse jusqu'à ce que celle-ci s'ennuyât et voulût partir. On rencontre enfin des hadiths mentionnant que Â'ishah jouait avec ses amies. Al-Ghazâlî conclut quant à ces hadiths : «Tous ces hadiths sont mentionnés dans les Sahîh al-Bûkhari et Muslîm. Ils constituent de fait un texte explicite prouvant que le chant et les divertissements ne sont pas illicites.»

On a rapporté au sujet d'un grand nombre de Compagnons et de Successeurs (que Dieu les agrée) qu'ils écoutaient des chansons sans y voir le moindre mal.

Quant aux hadiths prophétiques qui interdisent le chant, il faut savoir qu'ils sont complètement défaillants si bien qu'aucun d'eux n'a été épargné de la récusation des juristes et des traditionnistes. Le juge Abû Bakr Ibn Al-Arabî dit : «Rien d'authentique n'existe quant à l'interdiction du chant.» Ibn Hazm dit : «Tout ce qui a été rapporté sur l'interdiction du chant est faux.»

Néanmoins, le chant et la musique sont souvent allés de pair avec des veillées arrosées et débauchées, ce qui a incité un grand nombre de savants à interdire, tout du moins à déconseiller le chant et la musique. Certains d'entre eux ont dit : «Le chant fait partie des plaisants discours mentionnés dans le verset : "Et, parmi les hommes, il en est qui, dénués de science, achètent de plaisants discours pour égarer hors du chemin de Dieu et pour le prendre en raillerie. Ceux-là subiront un châtiment avilissant."  (Sourate 31 Luqmân, verset 6).»

Ibn Hazm répond : «Ce verset mentionne un trait de caractère qui, s'il est présent chez une personne, fait d'elle automatiquement un mécréant. Il s'agit de celui qui prend le Sentier de Dieu en raillerie. Ainsi, celui qui achète un recueil coranique afin d'égarer les gens du Sentier de Dieu et le prendre en raillerie est très certainement un mécréant. Et c'est ce type de personnes que Dieu (Exalté soit-Il) dénigre dans ce verset. Il ne dénigre nullement celui qui achète des plaisants discours dans le but de se divertir et de détendre son âme, et non dans le but d'égarer les gens du Sentier de Dieu .»

Ibn Hazm répond également à ceux qui prétendent que le chant, ne faisant pas partie de la vérité divine, fait dès lors partie de l'égarement. Ceux-ci s'appuient sur le verset suivant : «Au delà de la vérité qu'y a-t-il donc, sinon l'égarement ?» (Sourate 10 intitulée Jonas, Yûnus, verset 32). Ibn Hazm réplique : «Le Messager de Dieu (paix et bénédiction sur lui) dit : "Les actions sont jugées d'après les intentions, et il en sera tenu compte à chaque homme dans la mesure de son intention."» Ainsi, celui qui a l'intention d'écouter des chansons afin de mieux désobéir à Dieu est un débauché – et cela n'est pas spécifique uniquement au chant. Quant à celui qui a l'intention de détendre son âme pour mieux obéir à Dieu (Exalté soit-Il) et pour retrouver son dynamisme dans l'accomplissement d'œuvres pieuses, est quelqu'un d'obéissant et de bienfaisant. Et ce qu'il fait relève alors de la vérité divine. Quant à celui qui n'a l'intention ni d'obéir à Dieu ni de Lui désobéir, alors celui-là se livre à des futilités pardonnées par Dieu. Il possède alors le même statut que celui qui sort se promener dans son jardin ou celui qui s'assoit devant sa porte et regarde les gens passer, ou encore celui qui teint son habit en bleu ou en vert, etc.

Il existe cependant certaines limites qu'il est nécessaire d'observer en ce qui concerne le chant. Il est ainsi nécessaire que le sujet de la chanson ne contredise pas la morale et les enseignements islamiques. Une chanson qui glorifierait par exemple l'alcool ou qui inciterait à sa consommation est illicite, aussi bien pour celui qui la chante que pour celui qui l'écoute.

Toutefois, le sujet de la chanson peut parfois ne pas être contraire aux directives islamiques mais c'est la manière dont le chanteur l'interprète qui déplace la chanson du domaine licite au domaine illicite. Un exemple caractéristique est celui du chanteur qui interprète les paroles de manière lascive et déliquescente, cherchant à éveiller les instincts et à séduire l'auditeur en excitant ses désirs concupiscents.

Tout comme la religion combat l'outrance et l'excès, quels qu'ils soient, même au niveau du culte, elle combat l'excès dans le divertissement. Elle n'accepte pas que ce dernier occupe tout notre temps, car le temps, c'est la vie !

Nul doute que l'excès dans les choses licites déborde sur le temps à consacrer aux obligations, religieuses ou autres. Quelqu'un a dit avec justesse : «Je n'ai jamais vu un excès sans qu'il n'y ait à côté un devoir négligé.»

En organisant la 5e  édition de son festival, sous le patronage du ministre de l'Energie et des Mines et avec le précieux concours de l'entreprise nationale Sonatrach, sans oublier certains sponsors locaux, l'association En-Nahda n'aura pas négligé un devoir des plus sacrés. Celui de contribuer à sauver tout en la perpétuant une tradition ancestrale qui mérite, au-delà de conjonctures politiciennes, toute notre attention et notre engagement des plus irréfragables.

Abdelhakim Meziani 

 

*Les associations participantes : Aïssaoua et El-Fen oua Nachat de Mostaganem, En-Hahda, Nassim al-Andalous et l'ensemble Mustapha Belkhodja d'Oran, El-Andaloussia de Sidi Bel Abbes, El-Widadia de Blida, Gharnata de Tlemcen et Al-Mouwahidia de Nédroma.

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