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Priorité à la révision de la Constitution
Le FLN prépare
l’après-Bouteflika
Le changement à la
tête du gouvernement et surtout la manière avec laquelle celui-ci
s’est déroulé ont donné lieu à de multiples lectures, en l’absence
de la moindre explication officielle sur les tenants et aboutissants
d’un remaniement au sommet qui n’a pas encore livré tous ses
secrets. Tour à tour, diverses grilles d’analyses ont été utilisées
pour décrypter la nomination de Abdelaziz Belkhadem au poste de chef
du gouvernement : guerre de clans, batailles idéologiques ou de
pouvoir, prémices d’une reconfiguration, etc. Pour autant, le plus
intéressant est d’en préfigurer les retombées sur la vie nationale
et de voir, sous l’angle de l’objectif démocratique et de la justice
sociale, dans quelle phase politique se trouve aujourd’hui l’Algérie
et vers où elle se dirige.
Abandonnons
d’emblée les supputations du microcosme algérois ainsi que ses
fausses pistes et tentons de garder à l’esprit les plus irréfutables
des faits qui se déroulent dans un champ politique qu’il faut
admettre comme de plus en plus compliqué à lire. Par exemple,
l’éviction d’Ahmed Ouyahia – et de ce dernier seulement – du
gouvernement pourrait inviter à se concentrer sur l’homme et, à
travers ce qu’on pourrait qualifier d’erreurs qu’il aurait commises,
déduire les raisons de son départ prématuré. De prime abord, cette
voie ne mène nulle part, hormis que de se perdre en interrogations
sur ce qui, en lui, en termes d’idées et de capacités de les mettre
en œuvre, aurait pu gêner l’action du chef de l’Etat. On imagine
mal, en effet, que l’ancien chef du gouvernement eut été capable de
faire barrage à une quelconque décision présidentielle. Qu’il
s’agisse de la hausse des salaires, de la révision constitutionnelle
ou, comme on l’a vu, de la réconciliation nationale, rien n’autorise
à penser qu’Ouyahia avait la capacité de bloquer quoi que ce soit
dans ce sens. Bien au contraire, l’homme est allé bien souvent
au-delà des fondements politiques de son parti, le RND, et on devine
aisément qu’il lui est arrivé tout aussi souvent de sacrifier les
intérêts de son organisation en faveur de ses tâches de mise en
œuvre du programme du Président. Et en cela, les précédents d’Ahmed
Benbitour ou de Ali Benflis ne comportent aucune similitude avec le
cas Ouyahia, bien qu’il en est pour lui prêter l’ambition de
vouloir, en 2009 ou au-delà, succéder à l’actuel président de la
République.
Ne serait-ce pas
plutôt la manière dont son départ a été obtenu qui renseigne le
mieux sur les enjeux de l’heure ? Pour y parvenir, le FLN a fait
jouer son atout le plus précieux, sa majorité absolue à l’APN. Il en
a profité pour dénier à l’ex-chef du gouvernement de remplir ses
obligations constitutionnelles, soit de présenter son bilan aux
députés et a rendu impossible l’exercice des fonctions de dernier.
Une autre
Constitution
Si le Conseil
constitutionnel n’a pas bronché à cette atteinte à la loi
fondamentale, sans doute parce que présidée par un membre du parti
en la personne de Boualem Bessaïeh, il reste évident qu’il y a eu
atteinte à la Constitution et à son article 84. Le FLN, par la
bouche de sa direction, occupant désormais aussi la chefferie du
gouvernement et la présidence de l’APN, a récidivé en considérant
que le gouvernement Belkhadem, justement parce qu’aucun ministre n’a
été changé, n’a aucun besoin de faire sa déclaration de politique
générale à l’Assemblée, bien que les articles 79 et 80 de la
Constitution l’exigent expressément. S’il est donné de constater
qu’aucune institution parmi celles chargées de protéger le texte
suprême ne réagit à cette dérive, autant conclure que nous vivons
une situation de non-droit et que – n’ayons surtout pas peur des
mots – aujourd’hui la Constitution est tout bonnement suspendue. Et
nous en voulons pour preuve qu’il n’appartient plus à cette dernière
de régir les conflits ou de codifier les rapports de force de
l’heure et qu’elle a cessé d’être la référence du parti qui contrôle
les institutions et qui n’agit plus que selon ses propres intérêts.
Mais en quoi cela
dérange-t-il le FLN ? En rien et il est permis d’avancer que cela
arrange pleinement ses affaires. N’est-ce pas qu’il est question
d’un changement de la Constitution que l’on souhaite le plus rapide
possible ?
De manière
générale, il n’y a que trois cas qui autorisent pareille déchirante
révision : un changement de système politique avec la perspective
d’une alternance au pouvoir, une crise institutionnelle majeure qui
bloque le fonctionnement du pays et qui oblige une redistribution
des pouvoirs ou, plus simplement, un coup d’Etat. Dans le cas qui
nous préoccupe, nous assistons à une combinaison des deux dernières
possibilités. Le FLN a, dans le même temps, provoqué une crise
institutionnelle et il l’a fait en imposant ses vues à toutes les
institutions de la République, à partir de la prise en otage de l’APN
et cela de manière manifestement anticonstitutionnelle. Et, cerise
sur le gâteau, il ne cache même le fait que le projet de révision
émane de lui, se souciant peu que l’on sache d’avance qu’il sera le
seul gagnant au jour de la proclamation du nouveau texte.
Nous aurions beau
puiser dans le discours du FLN un exposé des motifs pareil que cela
serait en vain. Aujourd’hui, aucune figure de ce parti ne dit
clairement pourquoi il faut réviser la Constitution et la confusion
est d’autant plus épaisse que le seul à pouvoir l’engager, le chef
de l’Etat, ne se prononce pas encore sur le sujet, malgré que le FLN
ait tout fait pour réunir les conditions pour y aller sans autre
délai.
On parle de
l’ambiguïté du régime et de la nature de ce dernier. On avance que
les Algériens doivent choisir entre le système parlementaire et
celui présidentiel, avançant dans la foulée que l’actuel système
n’est ni l’un ni l’autre. Pour solution, le FLN prône le
présidentialisme. C’est son choix, libre pouvons-nous ajouter, mais
qui malheureusement ne souffre d’aucun débat. D’après les dires de
MM. Belkhadem, Saâdani et autres, les Algériens n’auront pas plus
que les quelques mois à venir pour voter le nouveau texte, parlant
avec assurance d’un référendum où curieusement aucune importance
n’est accordée aux formes, celles à même de garantir un niveau
acceptable de participation des Algériens. Mais là non plus ne
réside pas le souci du vieux parti, qui a suffisamment démontré
maintenant sa farouche détermination à user du passage en force
quelles qu’en soient les répercussions.
A ce que l’on
sache, le projet de révision élaboré par la commission interne du
parti porte sur un système politique où serait supprimée la fonction
de chef du gouvernement, remplacé par un Premier ministre et où
seront mis en place des ministres «fonctionnaires», pour paraphraser
Saïd Bouhadja (responsable de la communication au FLN) dans ses
déclarations à Al Jazeera, ainsi que la création d’un poste de
vice-président. Le tout, avec amoindrissement des pouvoirs de
l’Assemblée au profit de l’Exécutif. A quoi bon un vice-président,
pourrait-on dire, si l’on estime que la contradiction entre un
Président et son chef du gouvernement a suffisamment été endurée et
s’il s’agit, désormais, de reconcentrer les pouvoirs vers un seul
centre afin que le chef de l’Etat puisse ne rencontrer aucune
entrave à l’application de son programme ? A vrai dire, l’existence
d’un vice-président ne semble avoir de nécessité que pour le FLN
lui-même, dans la mesure où cela garantirait la succession au
président sortant par son dauphin qui partira dans la course avec
l’atout majeur de déjà incarner le pouvoir mais aussi d’avoir eu le
temps de consolider sa position au sommet. Que cette Constitution
voie le jour et que ce prochain vice-président ne soit pas du FLN
relèverait de l’impossibilité physique. Ne cachons pas que cela
exhale une forte odeur de course à la succession dans laquelle le
FLN s’est jeté en premier, avec le souci éminent d’avoir prévu tous
les scénarios, quelle que soit la date à laquelle le Président
quitterait son poste.
En dehors de cela,
l’on reste confondu par une similitude assez éloquente : dans sa
répartition des pouvoirs, cette Constitution que nous propose le FLN
et qui met tout entre les mains d’un seul homme n’était-elle si
étrangement semblable à celle de 1976 ? N’a-t-elle de différent, en
définitive que le contexte qui vous force à cet encombrant
pluralisme qui empêche les choses de marcher comme elle le
devraient? Mais qu’à cela ne tienne, il appartiendra au peuple de
trancher. Après tout, c’est à lui qu’il sera confié d’abattre les
petits partis qui ne ramasseront pas plus de 5% aux élections, ceux
dont le pays n’a pas besoin et qui ne prétendent que trop au rôle
d’alternative.
Une autre
réconciliation
Mais la force,
c’est de s’en servir. La propension au passage en force est aussi
perceptible chez le FLN s’agissant de la réconciliation nationale.
La charte qui la codifie lui a imposé certaines limites que l’on
peut résumer par l’impossibilité du retour de l’ex-FIS et de ses
dirigeants, notamment à la vie politique. La charte a également,
cela dit, ouvert la possibilité au chef de l’Etat de prendre
«d’autres mesures» qu’elle n’aurait pas prévu. Cela peut sembler
largement contradictoire, mais l’essentiel est que cela prouve que
le texte a été le résultat d’un compromis autour d’un blocage dont
le dépassement n’a été possible qu’en offrant des ouvertures dont la
nécessité est appelée à varier selon les conjonctures. Car, à ce
propos, la charte n’est aucunement limitée dans le temps. Au regard
du FLN qui ambitionnait de jouer le porteur du projet islamiste
parmi la société, une véritable réconciliation nationale passe par
une amnistie générale, seule voie de réhabilitation des parties de
la crise afin qu’un début de dialogue puisse s’instaurer. C’est cela
aussi, le point de vue de Abdelaziz Belkhadem, c’est aussi celui du
contrat national de 1994, rejeté en bloc et dans le détail par
l’armée qui s’exprimait alors par la bouche de Liamine Zeroual.
Mais A. Belkhadem
veut-il vraiment réhabiliter l’ex-FIS ? Certainement non et cela
pour une raison toute simple : il n’a aucun intérêt à le faire, pour
ne pas dire que son but est autre. Il ne faut pas non plus pousser
la bêtise jusqu’à penser que le travail accompli présentement sera
servi sur un plateau aux autres, surtout à ceux qui ont tout perdu ;
il n’y a jamais de cadeau en politique. Sa démarche est aujourd’hui
actualisée, rénovée et nettement plus affinée. A. Belkhadem fait de
la politique et son travail consiste à lever une majorité durable
qui puiserait ses composantes en même temps chez les conservateurs
et chez les islamistes. L’alliance avec le MSP, la base du FIS,
laminée ou intacte, les défaitistes du RND, les pessimistes d’El-Islah
ou d’autres encore, tout est bon à prendre chez soi, dans son propre
camp. Car la réconciliation voulue est celle de ces deux ailes
idéologiques que la crise n’a que trop séparées et opposées, alors
que la marche de l’Histoire condamne à serrer les coudes pour faire
front commun à des changements diabolisés tout autant que l’est
cette démocratie d’inspiration occidentale, étrangère et menaçante.
Le FLN fera comme toujours, car il n’exclut pas, il englobe.
Dans tout cela,
Ahmed Ouyahia représentait un parfait intrus, un gêneur qui, sans
être un héraut de la démocratie, était une source de prolongement de
cette cassure, ne serait-ce que parce qu’il ne faisait absolument
rien pour recoller les morceaux.
Entre-temps, le
pays ne cesse de poursuivre son ouverture dans tous les domaines et
pour le FLN, voilà que le temps est compté et les impératifs tout
autres. Car si d’aventure, Abdelaziz Bouteflika venait à quitter le
pouvoir en 2009 et même au-delà sans que le FLN n’ait étendu son
assise de manière irréversible, le parti subirait une crise plus
grave qui celle qui a opposé les pro-Benflis et les «redresseurs».
En 2003 et jusqu’en 2004, la tentation à l’opposition dans les rangs
de ce parti n’était pas survenue du néant. Elle provenait d’un
profond désir hégémonique qui n’a été contrecarré par les
redresseurs que parce qu’à ces dernier l’ancien secrétaire général
n’avait témoigné aucune considération et n’avait offert aucun poste
ou perspective intéressante. Il ne faut pas oublier que ces derniers
avaient unanimement voté les statuts proposés par M. Benflis et ne
s’étaient réveillés qu’une fois convaincus d’avoir scié la branche
sur laquelle ils étaient tous assis. Tous avaient soutenu la
démarche d’une prise d’assaut finale d’El-Mouradia et tous avaient
fait volte-face parce que, individuellement, le résultat ne valait
pas la dépense.
Repris en main par
Abdelaziz Belkhadem, le FLN a sagement attendu. Il a trouvé dans le
travail d’intérimaire qu’aura assuré finalement Ahmed Ouyahia un
répit pour apaiser sa crise politique et organique. M. Belkhadem
n’avait-il pas quitté son poste de ministre des Affaires étrangères
précisément pour se consacrer à remettre les choses en ordre dans
son propre parti ? Ses prises de fonctions comme chef de
gouvernement ne doivent-elle pas signifier son assurance que la
crise interne est derrière ? Rien n’est moins sûr, car Abdelaziz
Belkhadem n’est toujours pas le président du FLN, mais de son
instance exécutive et cela est significatif d’une transition qui
dure. Organiquement encore, le FLN est en droit de s’attendre à
d’autres secousses tout aussi sérieuses. Dans ses mouhafadate les
plus importantes, rien n’est encore tranché et 400 kasmas n’ont pas
encore renouvelé leurs instances. Gageons que les vieilles querelles
ont aussi toutes les chances de se réveiller à mesure que l’on
s’approchera des législatives et que la confection des listes
électorales en vienne à opposer les militants entre eux et ces
derniers avec la direction nationale, qui tentera certainement de
contrôler tout le processus.
A tous ces défis à
venir, le FLN n’a qu’un seul choix : calmer tous les esprits par la
plus grande des conquêtes, celle qui ferait taire toutes les
divergences et qui réhabiliterait une discipline partisane sans
faille aucune. La chefferie du gouvernement a été un pas dans ce
sens, mais tout indique qu’il est loin de suffire. On l’aura
compris, dans la phase présente, le FLN joue son avenir immédiat et
la prise du pouvoir représente pour lui une question de vie ou de
mort.
Le FLN et les
Algériens
Et le commun des
Algériens dans tout cela ? La rue ne bat certainement pas au pouls
de ce que vit le FLN ou les arcanes du pouvoir. La société vit une
autre réalité qui est, qu’on le veuille ou non, celle de l’après-terrorisme :
une jeunesse butant sur l’absence de perspectives, le regard tourné
ver l’Occident et sa richesse, un monde du travail acculé à livrer
une guérilla syndicale, une famille algérienne déstructurée et se
battant contre l’exclusion sous toutes ses formes. Le fossé entre la
population et les institutions se creuse à mesure que celles-ci
continuent de représenter le pouvoir en son sein et non le
contraire, alors que l’ouverture ultra-libérale grossit les rangs
des pauvres et des sans qualification. A tout cela, le FLN qui se
sent à deux doigts de s’emparer du pouvoir et qui jette à la
poubelle toutes les promesses d’une saine gouvernance, n’offre
qu’une seule réponse : la restauration d’un régime vomi jusqu’à la
nausée.
Nabil Benali
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Portrait
Ouyahia ce
méconnu
A 54 ans, il ne
fait aucun doute que Ahmed Ouyahia a un avenir politique. Certes, on
s'en doutait, aujourd'hui on en est certain. Dans le même temps, il
aura été le chef de gouvernement qui aura marqué le plus les
algériens. Autant pour avoir tenu ces fonctions pour plusieurs
années* que pour le discours dont il a emprunt l'action de
l'exécutif.
Ouyahia
libéré des charges de l'Etat, devient un homme politique au sens
entier. On ne doute plus qu'il entrera dans l'histoire du pays en
tant qu'homme de destin national. Pourtant de son village de
Bouadnane au palais du gouvernement, le chemin a été long, mais plus
que jamais Ouyahia illustre par son parcours, ce à quoi devrait
ressembler le cheminement des responsables politiques post
indépendance.
Cet homme
politique d'envergure national ne peut se targuer de ses faits
d'armes. Normal, au moment où le pays accédait à l'indépendance,
Ouyahia n'avait que dix ans.
Dans un contexte
de reconstruction de l'Etat et de marche du développement, Ouyahia
aura surtout à bâtir une carrière au sein de l'Etat en passant par
l'école nationale d'administration et par les sciences politiques.
L'homme des
questions africaines
Optant pour la
diplomatie il est appelé pour accomplir son service national, ce
sera à la présidence qu'il l'effectuera avant de rejoindre le
ministère des Affaires étrangères. Nommé à l'ambassade d'Algérie à
Abidjan (Cote d'Ivoire) il ira ensuite à New York en tant que
conseiller de la mission algérienne auprès de l'ONU.
Il sera aussi le
garant «pacte national» accord de paix entre les Azawad et le
gouvernement malien, alors qu'il est l'ambassadeur d'Algérie à
Bamako.
En 2000, alors
qu'il est ministre de la justice il aura pour tache de garantir
l'accord de paix entre l'Ethiopie et l'Erythrée. Un travail mené en
étroite collaboration avec Anthony Lake, principal conseiller en
matière de sécurité du président américain, Bill Clinton. Une
entremise qui permettra la signature à Alger en décembre 2000 d'un
traité de paix entre les deux pays. Cette image de diplomate habile
est certainement la facette la moins connue de Ouyahia.
Ouyahia
le gladiateur
En 1997, devant
des téléspectateurs parfois séduits parfois médusés, il tiendra face
à des députés décidé à en découdre avec lui durant des heures pour
répondre à leurs question. Prouvant qu'au jeu des questions il est
le plus fort lorsqu'il doit répondre autant par sa capacité à
synthétiser les données pour répondre à ceux qui veulent le piéger
mais aussi pour signifier à ceux qui veulent effectivement reprendre
Ahmed Ouyahia ont autant intérêt à se familiariser avec leurs
arguments qu'en se préparant physiquement.
On retrouvera le
même chef du gouvernement visiblement déçu par la politique
lorsqu'on les élus l'interrogeront sur les moyens mis par l'Etat
pour prendre en charge les sinistrés du séisme du 21 mai 2003. Face
aux députés qui voulaient l'entraîner sur les pistes douteuses du
discours populiste il leur indique que si quelqu'un voulait
absolument leur offrir sa villa qu'il le fasse.
C'est ce même chef
de gouvernement cinglant qui remettra plus d'une fois en place les
journalistes qui posent mal les questions ou qui ne se sont pas
préparés avant de venir affronter le "gladiateur". En fait, depuis
trop longtemps Ouyahia fait face à l'adversité pour pouvoir se
départir de cette attitude.
Pourtant, plus
qu'un autre il a à son actif plus de résultats positufs qu'aucun
autre chef de gouvernement.
Le bilan de
Ouyahia c'est tout de même 5 % de croissance annuelle en moyenne, la
baisse du chômage, un PIB en hausse avec 3 100 dollars par
habitant, un programme d'investissements de près de 100 milliards
de dollars, des tas de réalisation dans le domaine des
infrastructures et même le reglement en partie du logement. Mais
cela est mis sur le comte du résultat du programme du président. Il
est vrai que Ouyahia n'est pas homme à chercher les lauriers.
«Jamais je ne me
présenterai à une élection contre Abdelaziz Bouteflika », homme
politique qui a une éthique aussi. Il est vrai le temps ,n'est pâs à
la campagne électorale.
De toute évidence
Ouyahia est inattendu et ne cherche pas à plaire. On lui doit en
tant que chef de l'exécutif l'augmentation des prix des produits de
première nécessité et les ponctions sur salaires pour renflouer les
finances d'un pays quyi chavirait.
On lui doit
récemment la polémique sur les augmentations de salaires revendiqués
un peu partout. "Les demandes d'augmentation sont insistantes mais
pas légitimes". Loin des phrases bien faite, c'est surtout les
arguments économiques qu'il exhibe qui laissent sans voix au moment
où le baril de pétrole flirt avec les 100 dollars. Un chef du
gouvernement qui ne tourne pas autour du pot, c'est rare.
Le politique
Plus étonnante est
celle de l'homme politique. En février 2005, à l'occasion du
huitième anniversaire de la création de son parti le Rassemblement
National Démocratique, il répondra dans un discours à tous les
reproches qui sont faits au RND.
Le bébé à
moustache, pour lui cela n'est pas un argument. Pour Ouyahia, le RND
a été mis en place en trois mois par des hommes qui ont un long
parcours de combattants. « Notre parti n'est pas né pour
concurrencer ou combattre les autres formations. Il n'a également
pas été créé pour embellir la scène politique. Nous avons constitué
un parti pour défendre nos positions et nos convictions et pour
contribuer à la concrétisation du message de Novembre ». Des
positions claires sur les question nationales et aussi sur ce qui
fait la politique nationale depuis les années 90. Après la concorde
civile et quelques mois avant la réconciliation nationale soutenue
par Ouyahia et le RND il déclare "Si nous évoquons à chaque fois les
étapes difficiles qu'a connues notre pays, notamment la dernière
décennie, c'est pour que nul n'oublie. Nous sommes capables de
tourner la page dans l'intérêt de l'Algérie. Mais nous ne pouvons
pas déchirer une page importante de notre histoire marquée par 100
000 victimes du terrorisme et 20 milliards de dollars de pertes.»
Les arguments
cinglant et le pragmatisme pour soutenir un discours politique,
finalement c'est peut être aussi celui là le Ouyahia méconnu.
Amine Esseghir
* Ouyahia cumule
six ans à la tête de l'exécutif. Du décembre 1995 à décembre 1998
et de mai 2003 à mai 2006. Il a été nommé la première à peine âgé de
43 ans.
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Front social
Un moyen de
pression
Après une
accalmie qui a duré quelques mois, le front social a connu, ces
derniers temps, une nouvelle ébullition. Les syndicats de
l’éducation et de l’enseignement supérieur, de la Fonction publique,
de la navigation aérienne, des dockers… la protestation se
généralise et dénote d’un malaise social de plus en plus palpable.
Mais ce n’est pas tout. Il paraît que les choses sont plus profondes
qu’on ne le croit et pour certains observateurs de la scène
politique, s’il est vrai que le volet social connaît beaucoup de
problèmes, il n’est pas moins vrai aussi que ces problèmes ont été
utilisés comme des moyens de pression pour pousser Ouyahia dans ses
derniers retranchements et l’obliger à partir.
Il est vrai que
l’année 2005 a été incontestablement celle où le front social n’a
pas cessé d’être en ébullition tant les mouvements de protestation
et les émeutes ont émaillé toutes les wilayas, même celles réputées
paisibles. Incendies, destruction des lieux publics, affrontements
avec les forces de l’ordre qui se sont le plus souvent soldés par
des blessés et même parfois des morts… étaient le quotidien des
Algériens à travers les quatre coins du pays.
Pauvreté,
chômage, manque de loisirs, absence de programmes de développement,
état des routes… étaient autant de griefs que les citoyens n’ont pas
manqué de reprocher aux responsables qui semblent oublier toutes les
promesses faites quand ils cherchaient à s’assurer le plus de voix
possible.
L’arrivée de
l’année 2006 a semblé apporter une certaine accalmie sur le front
social, et si protestation il y a, elle est surtout exprimée par la
voie des syndicats et surtout des syndicats autonomes qui ont poussé
comme des champignons et expriment leur rejet de la plus vieille
organisation syndicale du pays, l’UGTA, qu’ils accusent d’être à la
solde du gouvernement.
La protestation a
été souvent remarquée du côté des syndicats autonomes de
l’éducation, qui ont eu recours à des grèves pour obliger la tutelle
à les reconnaître enfin et à entamer les négociations qui s’imposent
et qui concernent les conditions de travail des enseignants,
l’absence de moyens pédagogiques, mais aussi et surtout les salaires
des enseignants qui, estiment-ils, sont dérisoires face aux efforts
qu’ils fournissent.
Les syndicats de
la Fonction publique n’ont pas été en reste et se sont même réunis
au sein d’une intersyndicale pour donner plus de poids à leurs
revendications qui sont la revalorisation des salaires et l’adoption
définitive d’un nouveau statut qui protégerait enfin les
fonctionnaires de la dépermanisation qui les guette à tout moment.
Donc la protestation, en ces premiers mois de l’année 2006, est plus
structurée et mieux organisée, elle se consacre surtout aux
conditions de travail et à l’augmentation des salaires qui aiderait
les travailleurs à mieux boucler leurs fins de mois.
Malgré ces
protestations, le chef du gouvernement, Ahmed Ouyahia, n’a pas
hésité à affirmer haut et fort qu’aucune révision des salaires
n’était envisagée, et que si une augmentation des salaires avait
lieu, il faudrait qu’elle s’accompagne inévitablement d’un
accroissement de la productivité. Cette affirmation a plongé les
travailleurs dans la consternation générale, car d’un côté elle
sous-entend que ces travailleurs ne produisent pas grand-chose et de
l’autre, qu’il met fin à tout espoir de voir leur revendication
essentielle obtenue.
Lors du
cinquantième anniversaire de l’Union générale des travailleurs
algériens, le président Bouteflika a presque abondé dans le même
sens que son chef du gouvernement, à la seule différence qu’il n’a
pas définitivement clos le dossier des salaires et a demandé à la
tripartite de se réunir pour discuter enfin de ce dossier.
Une façon
intelligente de se décharger de cette question sans parti pris. Mais
la tripartite qui devait se réunir dans les plus brefs délais n’a
toujours pas eu lieu et le dossier des salaires est toujours au même
point. Résultat : les mouvements de protestation refont surface dans
le secteur de l’éducation ainsi que dans celui de l’enseignement
supérieur, où la grève semble vouloir s’installer dans la durée.
En effet, les
enseignants grévistes des universités de l’Est, de l’Ouest et du
Centre du pays sont déterminés à aller jusqu’au bout de leur
mouvement, qu’ils qualifient de "juste" face au silence affiché par
la tutelle. Les étudiants seront les premières victimes de ce
mouvement, surtout quand on sait que cette période de l’année
coïncide avec les examens du dernier semestre et que près de 200 000
examens, soit un taux de 25 % seront bloqués. Ce chiffre déjà
important risque d’augmenter dans les jours à venir.
La grève des
dockers qui a paralysé, il y a quelques jours, tous les ports du
pays, était, pour sa part, presque prévisible. En effet, il y a un
peu plus d’un mois, des négociations plutôt laborieuses ont eu lieu
entre des représentants de la Centrale syndicale, du gouvernement,
du ministère des Transports et du syndicat des dockers. Cette
rencontre, initiée par le ministère des Transports et encouragé par
l’UGTA, avait pour objectif de trouver enfin une issue à la crise
que connaît le secteur portuaire et qui est le résultat du projet de
privatisation de ce secteur que le syndicat des dockers rejette en
bloc en affirmant ne pas comprendre ce qui pousse le gouvernement à
vouloir se désister de la gestion des ports, qui sont, disent-ils,
le poumon à travers lequel respire l’économie nationale.
La Centrale
syndicale, qui a déjà approuvé la privatisation de plusieurs
entreprises déstructurées et défaillantes, estime que la
privatisation de ce secteur est autrement plus importante et
nécessite de longues négociations. La divergence de points de vue
entre le ministère de tutelle, qui demande au gouvernement de
procéder au plus vite à la privatisation du secteur, et le syndicat
des dockers qui exige que ce projet de privatisation soit carrément
annulé, ne pouvait aboutir qu’à un seul résultat : l’impasse. Et
c’est ainsi que 14 000 travailleurs à travers les ports commerciaux
ont réussi à mettre à exécution leur menace : paralyser l’activité
portuaire. D’aucuns voient que ce mouvement des dockers a été
spécialement orchestré pour faire pression sur l’ancien gouvernement
Ahmed Ouyahia et l’obliger à démissionner.
Un autre
mouvement de protestations est à signaler. Il s’agit des 15 000
travailleurs de la zone industrielle de Rouiba, qui dénoncent le
bradage des entreprises publiques et revendiquent l’augmentation des
salaires qui est, affirment-ils, une nécessité incontournable. Ces
travailleurs sont déterminés à appliquer les directives du président
de la République qui encourage la participation des travailleurs
dans les projets qui engagent l’avenir des entreprises.
Le départ de
Ouyahia et l’arrivée de Belkhadem changera-t-il quelque chose à
cette tension qui caractérise le front social ? La question des
salaires sera-t-elle enfin résolue ? L’obstination de Ouyahia à
refuser l’augmentation des salaires n’était-elle pas la brèche à
ceux qui souhaitaient son départ pour s’y engouffrer ?
Khadidja Mohamed Bouziane
Haut
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