Semaine du  31 Mai au 6 juin 2006

Priorité à la révision de la Constitution

Le FLN prépare l’après-Bouteflika

Portrait

Ouyahia ce méconnu

Front social

Un moyen de pression

 

 
 
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Priorité à la révision de la Constitution

Le FLN prépare l’après-Bouteflika

Le changement à la tête du gouvernement et surtout la manière avec laquelle celui-ci s’est déroulé ont donné lieu à de multiples lectures, en l’absence de la moindre explication officielle sur les tenants et aboutissants d’un remaniement au sommet qui n’a pas encore livré tous ses secrets. Tour à tour, diverses grilles d’analyses ont été utilisées pour décrypter la nomination de Abdelaziz Belkhadem au poste de chef du gouvernement : guerre de clans, batailles idéologiques ou de pouvoir, prémices d’une reconfiguration, etc. Pour autant, le plus intéressant est d’en préfigurer les retombées sur la vie nationale et de voir, sous l’angle de l’objectif démocratique et de la justice sociale, dans quelle phase politique se trouve aujourd’hui l’Algérie et vers où elle se dirige.

Abandonnons d’emblée les supputations du microcosme algérois ainsi que ses fausses pistes et tentons de garder à l’esprit les plus irréfutables des faits qui se déroulent dans un champ politique qu’il faut admettre comme de plus en plus compliqué à lire. Par exemple, l’éviction d’Ahmed Ouyahia – et de ce dernier seulement – du gouvernement pourrait inviter à se concentrer sur l’homme et, à travers ce qu’on pourrait qualifier d’erreurs qu’il aurait commises, déduire les raisons de son départ prématuré. De prime abord, cette voie ne mène nulle part, hormis que de se perdre en interrogations sur ce qui, en lui, en termes d’idées et de capacités de les mettre en œuvre, aurait pu gêner l’action du chef de l’Etat. On imagine mal, en effet, que l’ancien chef du gouvernement eut été capable de faire barrage à une quelconque décision présidentielle. Qu’il s’agisse de la hausse des salaires, de la révision constitutionnelle ou, comme on l’a vu, de la réconciliation nationale, rien n’autorise à penser qu’Ouyahia avait la capacité de bloquer quoi que ce soit dans ce sens. Bien au contraire, l’homme est allé bien souvent au-delà des fondements politiques de son parti, le RND, et on devine aisément qu’il lui est arrivé tout aussi souvent de sacrifier les intérêts de son organisation en faveur de ses tâches de mise en œuvre du programme du Président. Et en cela, les précédents d’Ahmed Benbitour ou de Ali Benflis ne comportent aucune similitude avec le cas Ouyahia, bien qu’il en est pour lui prêter l’ambition de vouloir, en 2009 ou au-delà, succéder à l’actuel président de la République.

Ne serait-ce pas plutôt la manière dont son départ a été obtenu qui renseigne le mieux sur les enjeux de l’heure ? Pour y parvenir, le FLN a fait jouer son atout le plus précieux, sa majorité absolue à l’APN. Il en a profité pour dénier à l’ex-chef du gouvernement de remplir ses obligations constitutionnelles, soit de présenter son bilan aux députés et a rendu impossible l’exercice des fonctions de dernier.

Une autre Constitution

Si le Conseil constitutionnel n’a pas bronché à cette atteinte à la loi fondamentale, sans doute parce que présidée par un membre du parti en la personne de Boualem Bessaïeh, il reste évident qu’il y a eu atteinte à la Constitution et à son article 84. Le FLN, par la bouche de sa direction, occupant désormais aussi la chefferie du gouvernement et la présidence de l’APN, a récidivé en considérant que le gouvernement Belkhadem, justement parce qu’aucun ministre n’a été changé, n’a aucun besoin de faire sa déclaration de politique générale à l’Assemblée, bien que les articles 79 et 80 de la Constitution l’exigent expressément. S’il est donné de constater qu’aucune institution parmi celles chargées de protéger le texte suprême ne réagit à cette dérive, autant conclure que nous vivons une situation de non-droit et que – n’ayons surtout pas peur des mots – aujourd’hui la Constitution est tout bonnement suspendue. Et nous en voulons pour preuve qu’il n’appartient plus à cette dernière de régir les conflits ou de codifier les rapports de force de l’heure et qu’elle a cessé d’être la référence du parti qui contrôle les institutions et qui n’agit plus que selon ses propres intérêts.

Mais en quoi cela dérange-t-il le FLN ? En rien et il est permis d’avancer que cela arrange pleinement ses affaires. N’est-ce pas qu’il est question d’un changement de la Constitution que l’on souhaite le plus rapide possible ?

De manière générale, il n’y a que trois cas qui autorisent pareille déchirante révision : un changement de système politique avec la perspective d’une alternance au pouvoir, une crise institutionnelle majeure qui bloque le fonctionnement du pays et qui oblige une redistribution des pouvoirs ou, plus simplement, un coup d’Etat. Dans le cas qui nous préoccupe, nous assistons à une combinaison des deux dernières possibilités. Le FLN a, dans le même temps, provoqué une crise institutionnelle et il l’a fait en imposant ses vues à toutes les institutions de la République, à partir de la prise en otage de l’APN et cela de manière manifestement anticonstitutionnelle. Et, cerise sur le gâteau, il ne cache même le fait que le projet de révision émane de lui, se souciant peu que l’on sache d’avance qu’il sera le seul gagnant au jour de la proclamation du nouveau texte.

Nous aurions beau puiser dans le discours du FLN un exposé des motifs pareil que cela serait en vain. Aujourd’hui, aucune figure de ce parti ne dit clairement pourquoi il faut réviser la Constitution et la confusion est d’autant plus épaisse que le seul à pouvoir l’engager, le chef de l’Etat, ne se prononce pas encore sur le sujet, malgré que le FLN ait tout fait pour réunir les conditions pour y aller sans autre délai.

On parle de l’ambiguïté du régime et de la nature de ce dernier. On avance que les Algériens doivent choisir entre le système parlementaire et celui présidentiel, avançant dans la foulée que l’actuel système n’est ni l’un ni l’autre. Pour solution, le FLN prône le présidentialisme. C’est son choix, libre pouvons-nous ajouter, mais qui malheureusement ne souffre d’aucun débat. D’après les dires de MM. Belkhadem, Saâdani et autres, les Algériens n’auront pas plus que les quelques mois à venir pour voter le nouveau texte, parlant avec assurance d’un référendum où curieusement aucune importance n’est accordée aux formes, celles à même de garantir un niveau acceptable de participation des Algériens. Mais là non plus ne réside pas le souci du vieux parti, qui a suffisamment démontré maintenant sa farouche détermination à user du passage en force quelles qu’en soient les répercussions.

A ce que l’on sache, le projet de révision élaboré par la commission interne du parti porte sur un système politique où serait supprimée la fonction de chef du gouvernement, remplacé par un Premier ministre et où seront mis en place des ministres «fonctionnaires», pour paraphraser Saïd Bouhadja (responsable de la communication au FLN) dans ses déclarations à Al Jazeera, ainsi que la création d’un poste de vice-président. Le tout, avec amoindrissement des pouvoirs de l’Assemblée au profit de l’Exécutif. A quoi bon un vice-président, pourrait-on dire, si l’on estime que la contradiction entre un Président et son chef du gouvernement a suffisamment été endurée et s’il s’agit, désormais, de reconcentrer les pouvoirs vers un seul centre afin que le chef de l’Etat puisse ne rencontrer aucune entrave à l’application de son programme ? A vrai dire, l’existence d’un vice-président ne semble avoir de nécessité que pour le FLN lui-même, dans la mesure où cela garantirait la succession au président sortant par son dauphin qui partira dans la course avec l’atout majeur de déjà incarner le pouvoir mais aussi d’avoir eu le temps de consolider sa position au sommet. Que cette Constitution voie le jour et que ce prochain vice-président ne soit pas du FLN relèverait de l’impossibilité physique. Ne cachons pas que cela exhale une forte odeur de course à la succession dans laquelle le FLN s’est jeté en premier, avec le souci éminent d’avoir prévu tous les scénarios, quelle que soit la date à laquelle le Président quitterait son poste.

En dehors de cela, l’on reste confondu par une similitude assez éloquente : dans sa répartition des pouvoirs, cette Constitution que nous propose le FLN et qui met tout entre les mains d’un seul homme n’était-elle si étrangement semblable à celle de 1976 ? N’a-t-elle de différent, en définitive que le contexte qui vous force à cet encombrant pluralisme qui empêche les choses de marcher comme elle le devraient? Mais qu’à cela ne tienne, il appartiendra au peuple de trancher. Après tout, c’est à lui qu’il sera confié d’abattre les petits partis qui ne ramasseront pas plus de 5% aux élections, ceux dont le pays n’a pas besoin et qui ne prétendent que trop au rôle d’alternative.

Une autre réconciliation

Mais la force, c’est de s’en servir. La propension au passage en force est aussi perceptible chez le FLN s’agissant de la réconciliation nationale. La charte qui la codifie lui a imposé certaines limites que l’on peut résumer par l’impossibilité du retour de l’ex-FIS et de ses dirigeants, notamment à la vie politique. La charte a également, cela dit, ouvert la possibilité au chef de l’Etat de prendre «d’autres mesures» qu’elle n’aurait pas prévu. Cela peut sembler largement contradictoire, mais l’essentiel est que cela prouve que le texte a été le résultat d’un compromis autour d’un blocage dont le dépassement n’a été possible qu’en offrant des ouvertures dont la nécessité est appelée à varier selon les conjonctures. Car, à ce propos, la charte n’est aucunement limitée dans le temps. Au regard du FLN qui ambitionnait de jouer le porteur du projet islamiste parmi la société, une véritable réconciliation nationale passe par une amnistie générale, seule voie de réhabilitation des parties de la crise afin qu’un début de dialogue puisse s’instaurer. C’est cela aussi, le point de vue de Abdelaziz Belkhadem, c’est aussi celui du contrat national de 1994, rejeté en bloc et dans le détail par l’armée qui s’exprimait alors par la bouche de Liamine Zeroual.

Mais A. Belkhadem veut-il vraiment réhabiliter l’ex-FIS ? Certainement non et cela pour une raison toute simple : il n’a aucun intérêt à le faire, pour ne pas dire que son but est autre. Il ne faut pas non plus pousser la bêtise jusqu’à penser que le travail accompli présentement sera servi sur un plateau aux autres, surtout à ceux qui ont tout perdu ; il n’y a jamais de cadeau en politique. Sa démarche est aujourd’hui actualisée, rénovée et nettement plus affinée. A. Belkhadem fait de la politique et son travail consiste à lever une majorité durable qui puiserait ses composantes en même temps chez les conservateurs et chez les islamistes. L’alliance avec le MSP, la base du FIS, laminée ou intacte, les défaitistes du RND, les pessimistes d’El-Islah ou d’autres encore, tout est bon à prendre chez soi, dans son propre camp. Car la réconciliation voulue est celle de ces deux ailes idéologiques que la crise n’a que trop séparées et opposées, alors que la marche de l’Histoire condamne à serrer les coudes pour faire front commun à des changements diabolisés tout autant que l’est cette démocratie d’inspiration occidentale, étrangère et menaçante. Le FLN fera comme toujours, car il n’exclut pas, il englobe.

Dans tout cela, Ahmed Ouyahia représentait un parfait intrus, un gêneur qui, sans être un héraut de la démocratie, était une source de prolongement de cette cassure, ne serait-ce que parce qu’il ne faisait absolument rien pour recoller les morceaux.

Entre-temps, le pays ne cesse de poursuivre son ouverture dans tous les domaines et pour le FLN, voilà que le temps est compté et les impératifs tout autres. Car si d’aventure, Abdelaziz Bouteflika venait à quitter le pouvoir en 2009 et même au-delà sans que le FLN n’ait étendu son assise de manière irréversible, le parti subirait une crise plus grave qui celle qui a opposé  les pro-Benflis et les «redresseurs». En 2003 et jusqu’en 2004, la tentation à l’opposition dans les rangs de ce parti n’était pas survenue du néant. Elle provenait d’un profond désir hégémonique qui n’a été contrecarré par les redresseurs que parce qu’à ces dernier l’ancien secrétaire général n’avait témoigné aucune considération et n’avait offert aucun poste ou perspective intéressante. Il ne faut pas oublier que ces derniers avaient unanimement voté les statuts proposés par M. Benflis et ne s’étaient réveillés qu’une fois convaincus d’avoir scié la branche sur laquelle ils étaient tous assis. Tous avaient soutenu la démarche d’une prise d’assaut finale d’El-Mouradia et tous avaient fait volte-face parce que, individuellement, le résultat ne valait pas la dépense.

Repris en main par Abdelaziz Belkhadem, le FLN a sagement attendu. Il a trouvé dans le travail d’intérimaire qu’aura assuré finalement Ahmed Ouyahia un répit pour apaiser sa crise politique et organique. M. Belkhadem n’avait-il pas quitté son poste de ministre des Affaires étrangères précisément pour se consacrer à remettre les choses en ordre dans son propre parti ? Ses prises de fonctions comme chef de gouvernement ne doivent-elle pas signifier son assurance que la crise interne est derrière ? Rien n’est moins sûr, car Abdelaziz Belkhadem n’est toujours pas le président du FLN, mais de son instance exécutive et cela est significatif d’une transition qui dure. Organiquement encore, le FLN est en droit de s’attendre à d’autres secousses tout aussi sérieuses. Dans ses mouhafadate les plus importantes, rien n’est encore tranché et 400 kasmas n’ont pas encore renouvelé leurs instances. Gageons que les vieilles querelles ont aussi toutes les chances de se réveiller à mesure que l’on s’approchera des législatives et que la confection des listes électorales en vienne à opposer les militants entre eux et ces derniers avec la direction nationale, qui tentera certainement de contrôler tout le processus.

A tous ces défis à venir, le FLN n’a qu’un seul choix : calmer tous les esprits par la plus grande des conquêtes, celle qui ferait taire toutes les divergences et qui réhabiliterait une discipline partisane sans faille aucune. La chefferie du gouvernement a été un pas dans ce sens, mais tout indique qu’il est loin de suffire. On l’aura compris, dans la phase présente, le FLN joue son avenir immédiat et la prise du pouvoir représente pour lui une question de vie ou de mort.

Le FLN et les Algériens

Et le commun des Algériens dans tout cela ? La rue ne bat certainement pas au pouls de ce que vit le FLN ou les arcanes du pouvoir. La société vit une autre réalité qui est, qu’on le veuille ou non, celle de l’après-terrorisme : une jeunesse butant sur l’absence de perspectives, le regard tourné ver l’Occident et sa richesse, un monde du travail acculé à livrer une guérilla syndicale, une famille algérienne déstructurée et se battant contre l’exclusion sous toutes ses formes. Le fossé entre la population et les institutions se creuse à mesure que celles-ci continuent de représenter le pouvoir en son sein et non le contraire, alors que l’ouverture ultra-libérale grossit les rangs des pauvres et des sans qualification. A tout cela, le FLN qui se sent à deux doigts de s’emparer du pouvoir et qui jette à la poubelle toutes les promesses d’une saine gouvernance, n’offre qu’une seule réponse : la restauration d’un régime vomi jusqu’à la nausée.

Nabil Benali

 

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Portrait

Ouyahia ce méconnu

A 54 ans, il ne fait aucun doute que Ahmed Ouyahia a un avenir politique. Certes, on s'en doutait, aujourd'hui on en est certain. Dans le même temps, il aura été le chef de gouvernement qui aura marqué le plus les algériens. Autant pour avoir tenu ces fonctions pour plusieurs années* que pour le discours dont il a emprunt l'action de l'exécutif.

Ouyahia libéré des charges de l'Etat, devient un homme politique au sens entier. On ne doute plus qu'il entrera dans l'histoire du pays en tant qu'homme de destin national.   Pourtant de  son village de Bouadnane au palais du gouvernement, le chemin a été long, mais plus que jamais Ouyahia illustre par son parcours, ce à quoi devrait ressembler le cheminement des responsables politiques post indépendance.

Cet homme politique d'envergure national ne peut se targuer de ses faits d'armes. Normal, au moment où le pays accédait à l'indépendance, Ouyahia n'avait que dix ans.  

Dans un contexte de reconstruction de l'Etat et de marche du développement, Ouyahia aura surtout à bâtir une carrière au sein de l'Etat en passant par l'école nationale d'administration et par les sciences politiques.  

L'homme des questions africaines

Optant pour la diplomatie il est appelé pour accomplir son service national, ce sera à la présidence qu'il l'effectuera avant de rejoindre le ministère des Affaires étrangères. Nommé à l'ambassade d'Algérie à Abidjan (Cote d'Ivoire) il ira ensuite à New York en tant que conseiller de la mission algérienne auprès de l'ONU.

Il sera aussi le garant «pacte national» accord de paix entre les Azawad et le gouvernement malien, alors qu'il est l'ambassadeur d'Algérie à Bamako.

En 2000, alors qu'il est ministre de la justice il aura pour tache de   garantir  l'accord de paix entre l'Ethiopie et l'Erythrée. Un travail mené en étroite collaboration avec Anthony Lake, principal conseiller en matière de sécurité du président américain, Bill Clinton. Une entremise qui permettra la signature à Alger en décembre 2000 d'un traité de paix entre les deux pays. Cette image de diplomate habile est certainement la facette la moins connue de Ouyahia.

Ouyahia le gladiateur

En 1997, devant des téléspectateurs parfois séduits parfois médusés, il tiendra face à des députés décidé à en découdre avec lui durant des heures pour répondre à leurs question. Prouvant qu'au jeu des questions il est le plus fort lorsqu'il doit répondre autant par sa capacité à synthétiser les données pour répondre à ceux qui veulent le piéger mais aussi pour signifier à ceux qui veulent effectivement reprendre Ahmed Ouyahia   ont autant intérêt  à se  familiariser avec leurs arguments qu'en se préparant physiquement.

On retrouvera le même chef du gouvernement visiblement déçu par la politique lorsqu'on les élus l'interrogeront sur les moyens mis par l'Etat pour prendre en charge les sinistrés du séisme du 21 mai 2003. Face aux députés qui voulaient l'entraîner sur les pistes douteuses du  discours populiste il leur indique que si quelqu'un voulait absolument leur offrir sa villa qu'il le fasse.

C'est ce même chef de gouvernement cinglant qui remettra plus d'une fois en place les journalistes qui posent mal les questions ou qui ne se sont pas préparés avant de venir affronter le "gladiateur". En fait, depuis trop longtemps Ouyahia fait face à l'adversité pour pouvoir se départir de cette attitude.

Pourtant, plus qu'un autre il a à son actif plus de résultats positufs qu'aucun autre chef de gouvernement.

Le bilan de Ouyahia c'est tout de même 5 % de croissance annuelle en moyenne, la baisse du chômage, un PIB en hausse  avec 3 100 dollars par habitant, un  programme d'investissements de près de 100 milliards de dollars, des tas de réalisation dans le domaine des infrastructures et même le reglement en partie du logement. Mais cela est mis sur le comte du résultat du programme du président. Il est vrai que Ouyahia n'est pas homme à chercher les lauriers.

«Jamais je ne me présenterai à une élection contre Abdelaziz Bouteflika », homme politique qui a une éthique aussi. Il est vrai le temps ,n'est pâs à la campagne électorale.

De toute évidence Ouyahia est inattendu et ne cherche pas à plaire. On lui doit en tant que chef de l'exécutif l'augmentation des prix des produits de première nécessité et les ponctions sur salaires pour renflouer les finances d'un pays quyi chavirait.

On lui doit récemment la polémique sur les augmentations de salaires revendiqués un peu partout. "Les demandes d'augmentation sont insistantes mais pas légitimes". Loin des phrases bien faite, c'est surtout les arguments économiques qu'il exhibe qui laissent sans voix au moment où le baril de pétrole flirt avec les 100 dollars. Un chef du gouvernement qui ne tourne pas autour du pot, c'est rare.

Le politique

Plus étonnante est celle de l'homme politique. En février 2005, à l'occasion du huitième anniversaire de la création de son parti le Rassemblement National Démocratique, il répondra dans un discours à tous les reproches qui sont faits au RND.

Le bébé à moustache, pour lui cela n'est pas un argument. Pour Ouyahia, le RND   a été mis en place en trois mois par des hommes qui ont un long parcours de combattants. « Notre parti n'est pas né pour concurrencer ou combattre les autres formations. Il n'a également pas été créé pour embellir la scène politique. Nous avons constitué un parti pour défendre nos positions et nos convictions et pour contribuer à la concrétisation du message de Novembre ». Des positions claires sur les question nationales et aussi sur ce qui fait la politique nationale depuis les années 90. Après la concorde civile et quelques mois avant la réconciliation nationale soutenue par Ouyahia et le RND il déclare "Si nous évoquons à chaque fois les étapes difficiles qu'a connues notre pays, notamment la dernière décennie, c'est pour que nul n'oublie. Nous sommes capables de tourner la page dans l'intérêt de l'Algérie. Mais nous ne pouvons pas déchirer une page importante de notre histoire marquée par 100 000 victimes du terrorisme et 20 milliards de dollars de pertes.»

Les arguments cinglant et le pragmatisme pour soutenir un discours politique, finalement c'est peut être aussi celui là le Ouyahia méconnu.

Amine Esseghir

 

* Ouyahia cumule six ans à la tête de l'exécutif.  Du décembre 1995 à décembre 1998 et de mai 2003 à mai 2006. Il a été nommé la première à peine âgé de 43 ans.

 

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Front social

Un moyen de pression

Après une accalmie qui a duré quelques mois, le front social a connu, ces derniers temps, une nouvelle ébullition. Les syndicats de l’éducation et de l’enseignement supérieur, de la Fonction publique, de la navigation aérienne, des dockers… la protestation se généralise et dénote d’un malaise social de plus en plus palpable. Mais ce n’est pas tout. Il paraît que les choses sont plus profondes qu’on ne le croit et pour certains observateurs de la scène politique, s’il est vrai que le volet social connaît beaucoup de problèmes, il n’est pas moins vrai aussi que ces problèmes ont été utilisés comme des moyens de pression pour pousser Ouyahia dans ses derniers retranchements et l’obliger à partir.

Il est vrai que l’année 2005 a été incontestablement celle où le front social n’a pas cessé d’être en ébullition tant les mouvements de protestation et les émeutes ont émaillé toutes les wilayas, même celles réputées paisibles. Incendies, destruction des lieux publics, affrontements avec les forces de l’ordre qui se sont le plus souvent soldés par des blessés et même parfois des morts… étaient le quotidien des Algériens à travers les quatre coins du pays.

Pauvreté, chômage, manque de loisirs, absence de programmes de développement, état des routes… étaient autant de griefs que les citoyens n’ont pas manqué de reprocher aux responsables qui semblent oublier toutes les promesses faites quand ils cherchaient à s’assurer le plus de voix possible.

L’arrivée de l’année 2006 a semblé apporter une certaine accalmie sur le front social, et si protestation il y a, elle est surtout exprimée par la voie des syndicats et surtout des syndicats autonomes qui ont poussé comme des champignons et expriment leur rejet de la plus vieille organisation syndicale du pays, l’UGTA, qu’ils accusent d’être à la solde du gouvernement.

La protestation a été souvent remarquée du côté des syndicats autonomes de l’éducation, qui ont eu recours à des grèves pour obliger la tutelle à les reconnaître enfin et à entamer les négociations qui s’imposent et qui concernent les conditions de travail des enseignants, l’absence de moyens pédagogiques, mais aussi et surtout les salaires des enseignants qui, estiment-ils, sont dérisoires face aux efforts qu’ils fournissent.

Les syndicats de la Fonction publique n’ont pas été en reste et se sont même réunis au sein d’une intersyndicale pour donner plus de poids à leurs revendications qui sont la revalorisation des salaires et l’adoption définitive d’un nouveau statut qui protégerait enfin les fonctionnaires de la dépermanisation qui les guette à tout moment. Donc la protestation, en ces premiers mois de l’année 2006, est plus structurée et mieux organisée, elle se consacre surtout aux conditions de travail et à l’augmentation des salaires qui aiderait les travailleurs à mieux boucler leurs fins de mois.

Malgré ces protestations, le chef du gouvernement, Ahmed Ouyahia, n’a pas hésité à affirmer haut et fort qu’aucune révision des salaires n’était envisagée, et que si une augmentation des salaires avait lieu, il faudrait qu’elle s’accompagne inévitablement d’un accroissement de la productivité. Cette affirmation a plongé les travailleurs dans la consternation générale, car d’un côté elle sous-entend que ces travailleurs ne produisent pas grand-chose et de l’autre, qu’il met fin à tout espoir de voir leur revendication essentielle obtenue.

Lors du cinquantième anniversaire de l’Union générale des travailleurs algériens, le président Bouteflika a presque abondé dans le même sens que son chef du gouvernement, à la seule différence qu’il n’a pas définitivement clos le dossier des salaires et a demandé à la tripartite de se réunir pour discuter enfin de ce dossier.

Une façon intelligente de se décharger de cette question sans parti pris. Mais la tripartite qui devait se réunir dans les plus brefs délais n’a toujours pas eu lieu et le dossier des salaires est toujours au même point. Résultat : les mouvements de protestation refont surface dans le secteur de l’éducation ainsi que dans celui de l’enseignement supérieur, où la grève semble vouloir s’installer dans la durée.

En effet, les enseignants grévistes des universités de l’Est, de l’Ouest et du Centre du pays sont déterminés à aller jusqu’au bout de leur mouvement, qu’ils qualifient de "juste" face au silence affiché par la tutelle. Les étudiants seront les premières victimes de ce mouvement, surtout quand on sait que cette période de l’année coïncide avec les examens du dernier semestre et que près de 200 000 examens, soit un taux de 25 % seront bloqués. Ce chiffre déjà important risque d’augmenter dans les jours à venir.

La grève des dockers qui a paralysé, il y a quelques jours, tous les ports du pays, était, pour sa part, presque prévisible. En effet, il y a un peu plus d’un mois, des négociations plutôt laborieuses ont eu lieu entre des représentants de la Centrale syndicale, du gouvernement, du ministère des Transports et du syndicat des dockers. Cette rencontre, initiée par le ministère des Transports et encouragé par l’UGTA, avait pour objectif de trouver enfin une issue à la crise que connaît le secteur portuaire et qui est le résultat du projet de privatisation de ce secteur que le syndicat des dockers rejette en bloc en affirmant ne pas comprendre ce qui pousse le gouvernement à vouloir se désister de la gestion des ports, qui sont, disent-ils, le poumon à travers lequel respire l’économie nationale.

La Centrale syndicale, qui a déjà approuvé la privatisation de plusieurs entreprises déstructurées et défaillantes, estime que la privatisation de ce secteur est autrement plus importante et nécessite de longues négociations. La divergence de points de vue entre le ministère de tutelle, qui demande au gouvernement de procéder au plus vite à la privatisation du secteur, et le syndicat des dockers qui exige que ce projet de privatisation soit carrément annulé, ne pouvait aboutir qu’à un seul résultat : l’impasse. Et c’est ainsi que 14 000 travailleurs à travers les ports commerciaux ont réussi à mettre à exécution leur menace : paralyser l’activité portuaire. D’aucuns voient que ce mouvement des dockers a été spécialement orchestré pour faire pression sur l’ancien gouvernement Ahmed Ouyahia et l’obliger à démissionner.

Un autre mouvement de protestations est à signaler. Il s’agit des 15 000 travailleurs de la zone industrielle de Rouiba, qui dénoncent le bradage des entreprises publiques et revendiquent l’augmentation des salaires qui est, affirment-ils, une nécessité incontournable. Ces travailleurs sont déterminés à appliquer les directives du président de la République qui encourage la participation des travailleurs dans les projets qui engagent l’avenir des entreprises.

Le départ de Ouyahia et l’arrivée de Belkhadem changera-t-il quelque chose à cette tension qui caractérise le front social ? La question des salaires sera-t-elle enfin résolue ? L’obstination de Ouyahia à refuser l’augmentation des salaires n’était-elle pas la brèche à ceux qui souhaitaient son départ pour s’y engouffrer ?

Khadidja Mohamed Bouziane

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