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Retour sur un plan foireux
La maladie du
président Abdelaziz Bouteflika aura été bien plus lourde de
conséquences qu’il n’y paraissait au départ. Elle aura permis au FLN
d’avoir les coudées franches pour jouer sur le syndrome de la
succession et faire miroiter au chef de l’Etat tous les avantages
d’un passage de relais intra-muros sans permettre à l’ennemi
idéologique le plus dangereux, le RND de postuler à prendre les
rennes du pouvoir. Le travail de conviction entamé par le clan
Belkhadem aura été d’autant plus facile à mener que le débat autour
de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, puis celui
autour de la révision constitutionnelle, auront révélé des
divergences insurmontables entre les deux formations politiques.
Divergences qui ne sont, cela dit, ni nouvelles ni récentes entre
les deux grandes forces politiques qui se disputent le pouvoir
depuis le mois de mai 1956. Le FLN d’un côté et l’ALN, devenue ANP,
de l’autre. De la primauté du politique sur le militaire de la
plate-forme de la Soummam à l’exigence de retrait de l’armée de la
vie politique exprimée au cours des quinze dernières années, le
conflit reste le même, bien qu’il ait revêtu diverses formes au
cours des ans. Il repose sur deux visions totalement antagoniques de
la manière dont doivent être gérées les affaires de la nation. Le
FLN estimant que son contrôle du pouvoir ne doit lui servir qu’à son
propre enrichissement en construisant un système bureaucratique
fondé sur la rente et les militaires estimant, au contraire, que le
FLN est un véritable danger pour le pays parce que le mettant en
péril d’un point de vue économique autant que social. Toutes les
stratégies de pouvoir déployées de 1956 à nos jours n’étant que la
traduction politique de contradictions qui ont occasionné de très
graves crises politiques à notre pays. La dernière en date étant ce
changement de chef du gouvernement qui a vu le FLN faire ce qu’il
n’avait encore jamais osé faire jusque-là, c’est-à-dire fouler aux
pieds la Constitution en refusant à un chef de gouvernement de
présenter son bilan au Parlement. C’est qu’effectivement, les
enjeux liés à la succession éventuelle de Bouteflika sont énormes ;
ils sont de l’ordre du déclassement définitif du FLN sur la scène
politique nationale et de son écartement durable d’un pouvoir où il
a toujours conservé quelques positions importantes à travers
certains officiers supérieurs de l’ANP qui, bien que militaires, se
sont laissés tenter par les attraits du système rentier mis en place
par le FLN et en sont même devenus les «protecteurs armés». Parce
qu’autant l’intermède de 1991 à 1999 aura été une occasion pour le
FLN de se forger un profil d’opposant et, pourquoi pas, de démocrate
face à un Etat plus ou moins ouvertement contrôlé par les
militaires, autant l’accession au pouvoir suprême du RND à travers
Ahmed Ouyahia risque d’être le début de la fin pour un parti qui
n’aura guère plus d’argument convaincant pour espérer reprendre le
pouvoir. Ce qui explique que l’ancien parti unique ait tenté le tout
pour le tout pour écarter Ouyahia et le RND du circuit. Un calcul
qui n’a évidemment pas tenu compte du poids moral et politique
encore intact de l’ANP dans la vie de la nation qui, en s’opposant
catégoriquement au changement du gouvernement, s’oppose surtout au
projet tacite de diluer les textes portant Charte pour la paix et la
réconciliation nationale dans de nouvelles dispositions légales
appelant à une amnistie générale qui puisse permettre le retour du
FIS sur la scène politique. Sachant que le FIS est le seul allié de
poids qui puisse permettre au FLN de remporter quelque bataille
électorale sérieuse. L’ANP s’opposant également à une révision de la
Constitution qui ramènerait le pays près de vingt ans en arrière en
réintroduisant le césarisme des Constitutions précédentes faisant du
président de la République un véritable despote sans contre-pouvoirs
pour faire du projet démocratique une réalité palpable.
Cela dit, une
question taraude les esprits : pourquoi Abdelaziz Bouteflika, qui a
toujours misé sur l’équilibre des forces entre l’ANP à laquelle il a
tout de même appartenu historiquement puisqu’il a été commandant de
l’ALN, et le FLN, a-t-il subitement décidé de se ranger du côté
d’un parti qui l’a exclu de ses rangs en 1980 et qui a soutenu son
adversaire lors des élections de 2004 ? La question reste posée même
si, par respect pour son œuvre de paix et pour le bien de nos
institutions encore fragiles, nous n’essayeront même pas de creuser
l’hypothèse la plus sérieuse qui, elle, n’a rien à voir ni avec
l’idéologie ni avec la politique.
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