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Libye
:
Les médias et
la propagande en faveur de la rébellion
Depuis le début de
la crise en Libye les médias ont de toute évidence un parti pris
pour le camp des rebelles. On semble se fier davantage à ce que dit
la rébellion et mettre en doute les affirmations du gouvernement
libyen.
Par Julie
Lévesque
Vérifier la
véracité de déclarations n’a rien de répréhensible, au contraire :
cette vérification devrait être systématique. Y compris dans le cas
des gouvernements occidentaux et des rebelles de tout acabit.
Pourtant, les médias ne font preuve de pratiquement aucun
scepticisme quant aux prétentions des rebelles libyens et des
gouvernements «bienveillants» qui se portent à leur défense.
La scène de
l’hôtel Rixos
L’exemple le plus
frappant est celui de la scène de l’hôtel Rixos à Tripoli. Le 26
mars dernier, Eman al-Obeidi s’est présentée à cet hôtel où logent
les journalistes étrangers pour accuser des soldats du régime libyen
de l’avoir violée et torturée. Dit-elle la vérité? Peut-être.
Toutefois, dans les premiers reportages cette question n’était pas
soulevée par les journalistes. Ces derniers ont pour la plupart vu
dans cet incident une preuve de la cruauté du régime libyen. Dans
les exemples ci-dessous, le choix des mots donne une aura de
crédibilité au témoignage de la femme inconnue tout en démontrant de
la méfiance à l’égard des autorités libyennes. Mais les journalistes
n’avaient qu’un seul souci: quel sort sera réservé à la jeune femme?
Esquivant les questions sur ce «cas», il a affirmé qu’il n’avait pas
assez éléments sur l’«incident», assurant que la femme allait être
«traitée conformément à la loi».
Une femme a fait
irruption samedi dans l’hôtel de Tripoli où logent les journalistes
étrangers. Avant d’être expulsée sans ménagement, elle a pu raconter
des bribes de sa terrible histoire. Dans l’hôtel, le terrible
témoignage provoque une bousculade. Un employé de l’établissement
menace Eman d’un couteau et lui lance: «Traîtresse!» Bientôt, les
sbires du régime (sic) interviennent pour tenter de faire taire
l’opposante. Eman est évacuée sans ménagements, tandis que les
hommes de Kadhafi affirment que la jeune femme est une «malade
mentale».
Dimanche 27 mars,
le gouvernement affirme avoir libéré la femme. Si les médias rendent
compte de leur difficulté à enquêter sur le cas, ils estiment aussi
que le témoignage est crédible. «CNN n’a pas pu vérifier de façon
indépendante le témoignage d’Eman Al-Obeydi, mais ses blessures
semblaient cohérentes avec ce qu’elle disait», explique la
télévision états-unienne sur son site. Le New York Times renchérit :
«Son expérience correspond aux rapports de longue date sur les abus
des droits de l’homme en Libye sous le gouvernement Kadhafi». Même
Al-Jazeera a choisi son camp. Dans cette vidéo, la journaliste ne
démontre aucun signe d’impartialité.
L’histoire
retentissante de viol et d’abus d’Eman al-Obeidi aux mains des
milices de Kadhafi a choqué les journalistes présents, mais la
réaction des gardiens de sécurité du gouvernement libyen et du
personnel de l’hôtel a accentué le désarroi. Une serveuse a brandi
un couteau de table vers elle et l’a accusée d’être une
«traîtresse».
Alors que des
représentants du gouvernement essayaient de la faire taire et de
l’emmener, elle a crié : «Ils disent qu’ils m’emmènent à l’hôpital,
mais en réalité ils m’emmènent en prison». Ensuite, la manipulation
du gouvernement a commencé. Le porte-parole du gouvernement a dit
qu’elle était saoule et souffrait de maladie mentale et qu’elle
n’était pas avocate, tel qu’elle l’affirmait, mais une prostituée,
et, dernière fausse déclaration, qu’elle était à la maison, en
sécurité avec sa famille. En fait, elle était à nouveau sous la
garde des forces de Kadhafi, mais, déjà sa famille se battait pour
elle. Malgré la horde de photographes et de caméramans, il ne semble
pas y avoir d’image disponible du couteau de table, brandi tantôt
par un homme, tantôt par une femme selon les reportages, ni des
blessures sanglantes de la présumée victime évoquées par de nombreux
médias.
On dit par
ailleurs qu’elle est emmenée
«sans ménagement»,
mais on le voit bien dans la vidéo, un homme tient son bras, elle
n’est ni menottée, ni cagoulée, ni traînée de quelque façon.
Les manifestants
pacifiques aux réunions du G20 sont d’ordinaire traités bien plus
brutalement dans les pays dits «démocratiques», comme cela fut le
cas à Toronto au Canada lors de la plus récente réunion.
La journaliste
poursuit :
En entrevue avec
la chaîne arabe d’Al-Jazeera, ses parents montrent une photo d’elle
avec son diplôme en droit lors de sa graduation. Pourtant, on nous
montre sa mère avec une simple photo d’elle sans diplôme.
La révélation
suivante du Washington Post aurait dû semer le doute dans les médias
quant au témoignage d’Eman al-Obeidi :
Selon le
Washington Post, «Hasan Modeer, un rebelle activiste qui était avec
la mère de Mme Obaidi à Tobruk a déclaré qu’un représentant du
gouvernement avait appelé Ahmed à 3 heures du matin dimanche pour
demander à la mère de persuader sa fille de changer sa version des
faits». Si cette femme a des liens avec les rebelles, il se peut que
cette histoire soit un événement fabriqué, une opération
psychologique destinée à galvaniser l’opinion publique mondiale en
faveur de l’intervention de l’OTAN et à diaboliser le régime libyen,
à l’instar de Nayirah al-Sabah, durant la guerre du Golfe.
Cette Koweïtienne
avait fait un témoignage émouvant devant le Congressional Human
Rights Caucus des États-Unis sur des atrocités apparemment commises
par le régime irakien. Il s’est avéré par la suite que cette jeune
femme était la fille de l’ambassadeur du Koweït aux États-Unis et
que son témoignage n’était que pure fantaisie.
Pourquoi donc les
médias prennent-ils parti pour la rébellion en Libye? Est-ce
volontaire ou non? Ce qu’il y a de plus dérangeant dans ce
favoritisme, c’est qu’on ne cesse de nous parler des rebelles, mais
on ne nous a jamais dit qui sont ces rebelles libyens!
Les rébellions
armées et les «interventions humanitaires»
Alors, qui
sont-ils ces rebelles? Qui les arme? Qui les finance? Quels sont
leurs intérêts? Ont-ils des liens avec des pays étrangers? Bref, on
semble n’avoir qu’une vague idée de la nature de cette rébellion
armée, et, pourtant, on la défend dans la presse occidentale, au
même titre que les soulèvements populaires non armés en Tunisie et
en Égypte.
Si l’on regarde un
tant soit peu en arrière, on peut se poser les questions suivantes :
s’agit-il du même genre de rebelles que ceux qui ont été armés et
financés par la CIA en Haïti et qui ont contribué au renversement en
2004 de Jean-Bertrand Aristide, président élu avec une majorité
d’environ 70 % et aux tendances socialistes et anti-impérialistes?
Ou peut-être
sont-ils du même type que les Contras du Nicaragua, ces «combattants
de la liberté», défendus par le gouvernement Reagan dans les années
1980, armés et financés par la CIA, et qui tentèrent de mettre fin à
la révolution sandiniste, elle aussi socialiste et
anti-impérialiste?
Ces exemples ne
semblent pas faire partie de la mémoire médiatique, dont on peut
sérieusement douter de l’existence. La seule comparaison que l’on
nous sert est celle avec le Kosovo. Pourtant, là aussi, l’histoire
se répète : l’Armée de libération du Kosovo a été armée et financée
entre autres par la CIA.
Mais comme la
vérité peine à faire son chemin dans les têtes bien pensantes de la
presse occidentale, l’intervention des États-Unis et de l’OTAN au
Kosovo est un exemple de «guerre humanitaire» à suivre pour éviter
des «massacres».
Or, quiconque a
étudié au minimum l’éclatement de la Yougoslavie, sait que le but
ultime de cette intervention était de diviser pour régner,
d’éliminer une économie socialiste fonctionnelle, aujourd’hui
scindée en petites entités capitalistes criblées de dettes, faisant
ainsi le bonheur des grandes institutions financières de ce monde.
Les Serbes ont été accusés d’avoir commis des massacres alors que la
violence dont ils ont été victimes a été et demeure largement
ignorée.
Il y a eu le
«boucher de Bagdad», le «boucher de Belgrade» et aujourd’hui c’est
le
«boucher de
Tripoli». Toujours la même tactique. Toujours les mêmes sauveurs.
Toujours, on n’y voit que du feu.
La version
officielle de ce genre d’intervention a hérité du nom de «guerre» ou
«intervention
humanitaire», que d’autres qualifient à juste titre d’«impérialisme
humanitaire». Rappelons-nous : les États n’ont pas d’amis, ils n’ont
que des intérêts.
Ceux qui
interviennent à l’étranger ne le font pas pour sauver des peuples,
mais leurs intérêts économiques et la presse se garde bien de nous
expliquer la lutte de pouvoir entre les États occidentaux au pays de
Kadhafi, la plus grande richesse pétrolière africaine.
En 2001, peu après
l’intervention de l’OTAN en Yougoslavie, le concept orwellien de
«responsabilité de protéger» a été développé sous l’égide de la
Commission internationale de l’intervention et de la souveraineté
des États, une initiative du gouvernement canadien.
Après avoir
diabolisé à outrance le chef libyen, les médias se sont empressés de
promouvoir la fameuse doctrine du «devoir de protéger» pour venir en
aide au peuple libyen, doctrine prônée aussi par les dirigeants en
faveur d’une intervention armée aux côtés des rebelles, dont on ne
nous révèle toujours pas l’identité.
La ligue arabe,
qui s’est prononcée le 13 mars en faveur d’une zone d’exclusion
aérienne pour «protéger les civils», compte de nombreux alliés des
États-Unis, dont le Yémen, Bahreïn et l’Arabie saoudite, qui sont
loin d’être des exemples de démocratie. L’Union africaine s’est pour
sa part opposée à une intervention de l’extérieur.
Plutôt que de
remettre en question les raisons de cette intervention et les
intérêts de ses partisans, les grands médias ont préconisé
l’ingérence, sans savoir qui est à l’origine de la rébellion armée.
La plupart des
tyrans trouvent des prétextes nobles pour massacrer ceux qui les
contestent. Kadhafi, lui, affirme sans la moindre gêne son intention
de déclencher un carnage illimité. À ses yeux, aucun prix n’est trop
élevé pour se maintenir au pouvoir.
Au moins, c’est
clair. Il n’est plus possible de prétendre que la menace qui plane
sur le peuple libyen est le fruit d’une œuvre de propagande. Plus
possible, non plus, de faire semblant que l’on ne sait pas ce qui
nous attend, comme on l’a fait pour le Rwanda ou la Bosnie.
Avec son massacre
annoncé, le sinistre colonel crée un précédent. Et place la
communauté internationale devant un dilemme délicat: jusqu’où
faut-il aller pour empêcher le bain de sang?
Le cas de la Libye
s’apparente plutôt à celui du Kosovo, où l’OTAN avait déclenché une
offensive militaire, en 1999, pour protéger la population contre le
pouvoir serbe. C’est d’ailleurs dans la foulée de cette opération
que l’ONU avait commencé à explorer un nouveau concept: celui de la
«responsabilité de protéger».
Mais si le tyran
de Tripoli continue à massacrer son peuple, tôt ou tard, le monde
aura l’occasion de tester le beau principe de la
«responsabilité de
protéger». Car si on ne le fait pas dans ce cas-ci, c’est qu’on ne
le fera jamais.
Cette doctrine de
la «liberté de protéger» existe. Elle a été promue par le
gouvernement canadien, à l’ONU, il y a quelques années. Pourtant,
aujourd’hui, ni le gouvernement Harper, ni le chef du parti qui a
conçu cette doctrine, Michael Ignatieff du PLC, ne proposent de
l’utiliser pour protéger le peuple libyen contre le tyran qui promet
«des rivières de sang».
Heureusement, il
s’est produit ce samedi un événement étonnant. Une organisation
internationale à laquelle le Canada ne participe pas a eu la décence
«d’assurer un soutien immédiat et continu au peuple libyen (…) face
aux dangereuses violations et aux crimes des autorités libyennes,
lui faisant perdre leur légitimité». Cette organisation de
démocrates conséquents a réclamé, sans la nommer, l’application du
principe de «responsabilité de protéger» en demandant au Conseil de
sécurité de l’ONU l’imposition d’une zone d’exclusion aérienne sur
la Libye.
Ici les deux
auteurs font erreur. En réalité, c’est le fils de Kadhafi, Seïf
Al-Islam, qui a parlé de «rivières de sang» et cette image choc,
prise hors contexte, sert bien la propagande interventionniste. Il a
dit auparavant : «Nous envisageons comme dernière solution de nous
en remettre tous aux armes, nous allons armer 5 millions de Libyens,
la Libye n’est ni la Tunisie ni l’Égypte. Des rivières de sang
couleront».
N’est-il pas
insensé qu’un gouvernement contesté par un soi-disant soulèvement
populaire se propose d’armer 5 millions de citoyens alors que son
pays en compte 6,5 millions? Les médias n’ont fait que souligner la
«promesse» de «faire couler des rivières de sang», ce qui donne
l’impression que les forces militaires du régime se lanceront dans
une folie meurtrière contre une population sans défense.
La propagande
guerrière
Dans un article
intitulé «Les règles de la propagande de guerre», le journaliste
belge Michel Collon détaille la couverture des guerres par les
médias occidentaux et les
«règles
incontournables de la ‘’propagande de guerre’’» : diaboliser
l’ennemi; omettre le contexte géographique et historique; cacher les
véritables intérêts; et éviter d’évoquer les manipulations
médiatiques du passé. Le cas qui nous préoccupe en est un exemple
patent.
Certes, Mouammar
Kadhafi n’est pas un enfant de cœur. Mais George W. Bush l’était-il
davantage? Qui, des deux dirigeants, a plus de sang sur les mains?
Sous le règne de George W. Bush, personne n’a jamais proposé
d’envahir les États-Unis pour les empêcher d’aller massacrer les
Irakiens ou les Afghans.
Et si une
rébellion armée avait lieu dans un pays occidental, que feraient les
dirigeants? Si, lors de manifestations pacifiques, la présence
policière y est démesurée, on peut facilement imaginer la réaction
face à une rébellion armée.
Aussi, il convient
de noter que les Occidentaux ont tenté plus d’une fois d’assassiner
le colonel Kadhafi. L’une de ces tentatives a d’ailleurs causé la
mort d’une de ses filles. Qu’adviendrait-il si l’enfant d’un chef
d’État occidental était tué par des forces arabes?
Cette
diabolisation de Kadhafi est une tactique de guerre psychologique
ayant été utilisée plus d’une fois pour mobiliser l’opinion publique
en faveur d’interventions armées. Les médias se font par ailleurs
très discrets sur les faits concernant la Libye : son indice de
développement humain et son PIB supérieurs à tous les pays
africains, la qualité des programmes sociaux, etc.
Lorsque l’on
regarde le portrait d’ensemble et le contexte historique des
interventions humanitaires, il est clair que cet assaut de l’OTAN
sur la Libye n’a rien à voir avec la protection des civils libyens.
Le secrétaire
étasunien à la Défense Robert Gates l’a lui-même avoué en entrevue à
Meet the Press : les États-Unis sont en Libye pour protéger leurs
intérêts :
«Non, la Libye
n’est pas un intérêt crucial pour les États-Unis, mais nous avons
évidemment des intérêts là-bas et la Libye fait partie de la région
qui constitue un intérêt crucial pour les États-Unis.»
Cet aveu ne peut
être plus clair : nous avons des intérêts au Moyen-Orient et c’est
pourquoi nous intervenons en Libye, pour protéger nos intérêts au
Moyen-Orient.
Si le secrétaire
étasunien à la Défense admet que son pays intervient en Libye pour
protéger ses intérêts, comment peut-on encore parler d’intervention
humanitaire? Et ces rebelles que l’on se propose d’armer, quand
osera-t-on avouer que ceux-ci entretiennent des liens avec les
services de renseignement occidentaux et Al-Qaïda?
Rebelles,
Al-Qaïda, MI6, CIA
Voici un article
du Guardian datant de 2002. Cette information est disponible depuis
presque 10 ans, mais les médias n’ont pas cru bon en faire mention :
Les services de
renseignement britanniques ont payé une grosse somme d’argent à une
cellule d’Al-Qaïda en Libye pour tenter d’assassiner en vain le
colonel Kadhafi en 1996. Ils ont par ailleurs déjoué auparavant des
tentatives de traîner Oussama ben Laden devant la justice.
Les dernières
affirmations voulant que le MI6 ait des liens avec le Groupe
islamique combattant [Al-Jama’a al-Islamiyyah al-Muqatilah bi-Libya],
lié à un fidèle lieutenant de ben Laden, seront embarrassantes pour
le gouvernement, lequel a qualifié des déclarations similaires de
l’officier renégat David Shayler de «pure fantaisie».
Ces allégations
ont émergé dans le livre Ben Laden, la vérité interdite, publié aux
États-Unis par deux experts du renseignement français. Ceux-ci
révèlent que le premier mandat d’arrêt d’Interpol contre ben Laden a
été émis par la Libye en mars 1998.
Selon les
journalistes Guillaume Dasquié et Jean-Charles Brisard, conseiller
du président Chirac, les agences de renseignement britannique et
étasunienne ont caché le fait que le mandat d’arrêt provenait de la
Libye et ont minimisé la menace. Cinq mois après l’émission du
mandat, Al-Qaïda a tué plus de 200 personnes dans les attentats au
camion piégé ciblant les ambassades des États-Unis au Kenya et en
Tanzanie.
Selon les auteurs,
la résistance des agences de renseignement occidentales devant les
inquiétudes libyennes peut s’expliquer par la participation du MI6
au complot de coup d’État d’Al-Qaïda. Alors que Kadhafi était la
risée des médias lorsqu’il a accusé Al-Qaïda d’être derrière la
rébellion, le 28 mars dernier le commandant des forces de l’Otan a
timidement confirmé, sans faire l’objet de dérision, que le réseau
manipulait les insurgés : Depuis le début de l’insurrection en
Libye, Mouammar Kadhafi accuse Al-Qaïda et Oussama ben Laden. Il a
ainsi affirmé à plusieurs reprises que le réseau terroriste manipule
les insurgés. Ce mardi, James Stavridis, le commandant des forces de
l’Otan en Europe, a en partie confirmé ces affirmations. Lors d’une
audition devant le Sénat américain, il a en effet expliqué que des
informations du renseignement évoquaient les signes d’une présence
d’Al Qaïda, voire du Hezbollah libanais, parmi l’opposition
libyenne. Il a néanmoins tempéré en soulignant qu’il ne disposait
pas «de détails suffisants» pour dire si cette présence était
«significative ou non».
Donc, même si les
Occidentaux admettent la présence d’Al-Qaïda auprès des rebelles,
ils optent quand même pour une intervention en leur faveur.
Pour ajouter à la
tournure kafkaïenne des événements, le Conseil national de
transition (CNT), représentant de l’opposition libyenne reconnue
jusqu’à présent par la France et le Qatar, a nommé un collaborateur
de longue date de la CIA pour diriger ses opérations :
Le groupe situé à
Benghazi représentant les forces rebelles combattant le régime
Kadhafi, le Conseil national libyen, a nommé un collaborateur de
longue date de la CIA pour diriger ses opérations. C’est McClatchy
Newspapers qui a révélé jeudi la nomination de Khalifa Hifter, un
ancien colonel de l’armée libyenne.
Le lendemain, on
apprenait lors d’une conférence à Londres qui étaient les
porte-parole du CNT : Mahmoud Shammam, ancien journaliste du
magazine étasunien Foreign Policy, «vivant entre Washington et
Doha», et Guma El-Gamaty, «un activiste vivant à Londres».
Les représentants
des rebelles libyens sont donc des Libyens qui vivent aux États-Unis
et en Grande-Bretagne et le chef de leurs opérations est un
collaborateur de la CIA. La rébellion libyenne commence à dégager
une forte odeur occidentale de changement de régime.
Deux jours après
la publication de l’article de McClatchy et après le début de
l’intervention, le New York Times «révélait» que la CIA était en sol
libyen depuis plusieurs semaines. Quant au MI6 et aux Forces
spéciales britanniques, des agents on été capturés au début mars par
les rebelles qui les ont pris par erreur pour des espions ennemis.
Le renseignement britannique aurait été sur place pour tisser des
liens avec la rébellion, qui, vraisemblablement, n’était pas au
courant. Autre fait d’importance largement ignoré par les médias :
Benghazi est le repaire de choix des djihadistes, selon une étude de
l’Académie militaire des États-Unis à West Point datant de 2007 :
La conclusion la plus frappante qui ressort de l’étude de West Point
est que le corridor allant de Benghazi à Tobrouk et passant par la
ville de Darnah constitue l’une des plus fortes concentrations de
terroristes djihadistes au monde, et, dans une certaine mesure, peut
être vu comme la source principale des kamikazes sur la planète.
Toutes ces informations nous révèlent de nombreux faits cruciaux
pour la compréhension de ce conflit et sont disponibles pour
quiconque se donne la peine de faire un minimum de recherche. Or, il
semble que le rôle de la presse ne soit pas de livrer des faits,
mais plutôt, de la propagande. Que ce parti pris des médias soit
volontaire ou non, d’une manière ou d’une autre, le résultat est le
même : ils ne font pas leur travail correctement. Encore une fois.
J. L.
Haut
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