mardi 05 avril 2011

 

Le roman d’Amara Lakhous adapté en film et projeté au CCI

Rien ne se perd tout se transforme

Point à la ligne

Les mots de la tribu

Biyouna

Multi talents, multi folies

 

 
 Culture  

Accueil

Le roman d’Amara Lakhous adapté en film et projeté au CCI

Rien ne se perd tout se transforme

L’œuvre du lauréat du 13e SILA de 2008, le journaliste, anthropologue et romancier Amara Lakhous, «Choc des civilisations pour un ascenseur Piazza Vittorio», paru aux éditions Barzakh, adapté en film italien, a été projeté récemment sur le grand écran, au nouveau siège du Centre culturel italien d’Alger.

Ce long métrage de fiction d’une durée d’une heure trente-cinq minutes a été adapté par Gaële Boghossian et réalisé par Paul Pinceloup, d’après le roman d’Amara Lakhous, écrit en 2006 en langue italienne et traduit dans plusieurs langues, dont le français.  L’histoire du film tourne autour d’un meurtre commis dans un immeuble situé à Piazza Vittorio, proche de la gare centrale, unique quartier multiethnique de Rome. Suite à la disparition mystérieuse du personnage principal du film, Amedeo, dont personne ne connaît l’origine, les langues se délient, et chacun livre ses sentiments vis-à-vis du disparu. Amedeo, avec un parfait accent italien, s’avère être à la fin du film un Algérien, Ahmed, qui a fui son pays pour échapper aux souvenirs douloureux de l’assassinat de sa fiancée au cours de la décennie noire. «Qui a tué Manfredini?» est la question sur laquelle se tisse la trame de ce drame social. Tous les personnages deviennent peu à peu des assassins potentiels. L’énigme policière n’est finalement qu’un prétexte, puisque le livre d’Amara Lakhous est une analyse sociale sur les malentendus que peuvent engendrer les différences culturelles.  «L’immeuble est une tour de Babel moderne où les onze personnages tentent de cohabiter dans l’incompréhension et la peur de l’autre la plus totale», décrit l’adaptatrice Gaële Boghossian dans la fiche de présentation du film.  

Le livre, primé dans son pays natal, est satirique, genre que Lakhous juge le plus approprié pour raconter les paradoxes. Il est à noter que ce roman a vu le jour en 2003 aux éditions Al Ikhtilaf dans une version en arabe intitulée «Comment téter la louve sans se faire mordre», mais le succès fut très modeste.

Par la suite, Amara Lakous quitte l’Algérie pour l’Italie où il réécrit totalement son roman en italien. Le succès est immédiat. Les critiques sont positives et c’est à ce moment que la gloire sourit à Lakhous dont le roman est traduit en anglais et en allemand.  L’écrivain  est né à Alger et vit à Rome depuis 1995. Il est journaliste, anthropologue et romancier. «Choc de civilisations pour un ascenseur Piazza Vittorio» est son premier succès après plusieurs nouvelles éditées en arabe et en italien.

Par Idir Timouche

 

Haut

Point à la ligne

Les mots de la tribu

On pourrait dire que lorsqu'on vit dans une société comme la notre où l'hypocrisie est devenue une sorte de norme collectivement admise, acceptée et pratiquée, il ne sert à rien d'attacher de l'importance à ce qui, au fond, n'est que le fait d'une minorité sans importance ni ascendant d'aucune sorte sur l'écrasante majorité. Pourtant les faits, c'est bien connu, sont têtus. C'est ce que tu caches avec le plus d'acharnement qui, en réalité, est le plus visible de ce que tu es au plus profond de toi-même. On peut d'ici deviner l'ambiance lorsque, au beau milieu de 1957, Assia Djebar, dans l'un de ses tout premiers romans, prit sur elle d'être la première femme algérienne à oser écrire le mot bordel et même à en parler de façon succincte. Plus de quarante-cinq ans plus tard, et faite académicienne, elle revient à la charge avec «Aussi loin dans la maison de mon père», en décrivant ces scènes d'enfance et donc autobiographiques où elle se retrouve dans les petites et grandes rues de Blida, accompagnant la toute jeune et belle femme qu'était  sa mère, revêtue d'un haïk mrema bien de chez nous, et où elle surprend les regards de biais, mais aussi de face, des hommes croisés au hasard des chemins, s'efforçant dans un art qui n'appartient qu'aux hommes de chez nous, et donc marqué par les frustrations et l'ennui, de deviner les formes toutes féminines que  le voile… dévoile, on le sait, plus qu'il ne cache. Le «je» est un exercice proscrit pour une femme qui s'exerce à l'écriture, fut-elle romanesque, imaginaire. On a beau chercher, depuis plus de cinquante ans qu'elle existe, la littérature féminine est d'abord un jeu d'extériorité d'une part et essentiellement exprimé en langue française d'autre part. Dans l'imaginaire machiste et patriarcal algérien, non seulement la femme est censée ne pas avoir de corps, mais, qui plus est, elle est tenue de le taire. Les textes vont exprimer des réalités vécus «ensemble» par les deux sexes, et donc totalement exemptes de particularisme ; gommer les différences est ici la condition sine qua non qui préside à l'acte d'écrire. La lutte de libération nationale, la femme entendue d'abord et avant tout comme mythe, symbole, représentation subliminale d'un idéal partagé par les hommes qui seront unanimes à dire que lorsqu'ils aiment une femme, et bien, c'est aussi leur pays et la terre qu'ils voient et expriment en cet amour.  Il en est ainsi pour les mots, d'autant ceux placés entre les mains d'une femme. Ils ont, croit-on, le pouvoir de faire dérailler toute une société.

Par Malik Bellil

 

Haut

Biyouna

Multi talents, multi folies

Trop populaire, trop franche, trop spontanée, la comédienne Biyouna est une célèbre figure de la comédie algérienne dont la  valeur artistique et humoristique demeure intacte pour le public maghrébin, même après son  rejet par la Télévision algérienne. Elle reste la star de l'humour.

Habitée très tôt par la passion du chant, elle fait partie de plusieurs troupes. D'abord celle de Fadéla Dziria où elle assure les chœurs en jouant du tambourin, puis une autre qu'elle dirige avec sa complice Flifla, enfin la sienne, où elle est la chanteuse principale et devient une animatrice réputée des fêtes de mariage. À dix-sept ans, elle débute dans les plus grands cabarets de la ville et à 19 ans est danseuse au Copacabana. La même année, le réalisateur Mustapha Badie la repère et lui fait tourner son premier feuilleton où elle interprète le rôle de Fatma, dans La Grande Maison (1973), adapté du roman de Mohamed Dib. Ce feuilleton la rendra célèbre. Pour le cinéma algérien, elle tourne deux films : Leila et les autres de Sid Ali Mazif en 1978, La Voisine de Ghaouti Bendedouche en 2000, et se produit dans des one-woman-show. Presque plus Algéroise qu'Algérienne, Biyouna est l'icône d'une ville qui n'a jamais arrêté de bouger malgré les violences politiques et les compromissions des différents pouvoirs qui se sont succédé. Son caractère exubérant et son attitude franche gênent d'ailleurs dans certains cercles… Elle pourrait être un personnage excentrique d'Almodovar, ou l'une de ces égéries troublantes que l'on croise dans les vieux films de Fassbinder. A l'aise tant avec ses amis parisiens qu'avec les travestis d'Alger qui ont pour elle une affection particulière, c'est une femme libre par excellence qui dévore l'existence par tous les bouts. Elle est amoureuse de la vie et il émane d'elle une force volcanique, un enthousiasme à fleur de peau et une philosophie épicurienne. Si le courant passe si bien avec son public c'est que tout le monde, les hommes comme les femmes, se reconnaît dans ses chansons qui sont des vignettes du quotidien, des petits mélodrames de tous les jours. L'air de rien, elle y glisse ses thèmes de prédilection, la liberté, la paix, l'hospitalité, le bon sens. Elle parle des rapports amoureux, fustige l'intolérance, les mesquineries et la bêtise, et ne rate pas une occasion de se moquer de ceux qui se mêlent des affaires des autres. En 1999, Nadir Moknèche lui offre le rôle de Meriem dans Le Harem de Madame Osmane, qu'elle tourne en France. Ce film sera suivi de Viva Laldjérie en 2003. Entre-temps, Biyouna continue une carrière de chanteuse et sort en 2001 l’album «Raid Zone», réalisé avec le compositeur John Bagnolett. Après le succès de cet album et sa participation au spectacle de Fellag «Opéra d'Casbah» mis en scène par Jérôme Savary, Biyouna sort un nouvel album «Une Blonde dans la Casbah» dont l'idée était dans l'air depuis longtemps. Biyouna a pris son temps, choisissant avec soin un répertoire franco-algérien qui puise dans les deux cultures.

Autour d'elle, il faut citer Joseph Racaille, responsable d'arrangements majestueux, Christophe Dupouy, associé régulier de Jean-Louis Murat en charge du mixage, sans oublier ses deux anges gardiens : son agent Olivier Gluzman qui l'a signée sur un vrai coup de foudre, et son mari Mokhtar qui a su veiller au grain… Elle tourne en 2006 un nouveau film avec Nadir Moknèche où elle joue une mafieuse, et elle s'apprête à répéter le rôle du Coryphée dans Electre de Sophocle aux côtés de Jane Birkin dans une mise en scène de Philippe Calvario. L'absence de Biyouna  de la grille ramadhanesque 2010 de la Télévision algérienne, a donné un goût amer aux soirées des familles ayant l'habitude de ses sketchs depuis une dizaine d'années. Une éclipse qui n'empêche toutefois pas son public de la suivre sur la chaîne Tv Nessma  qui est devenue la nouvelle fenêtre médiatique et productrice de la comédienne.

Haut

 

 

Copyright © 2001-2011 - MAHMOUDI INFO Sarl - Tous droits réservés.

Conception M.Merkouche