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Le
roman d’Amara Lakhous adapté en film et projeté au CCI
Rien ne se perd
tout se transforme
L’œuvre du lauréat
du 13e SILA de 2008, le journaliste, anthropologue et romancier
Amara Lakhous, «Choc des civilisations pour un ascenseur Piazza
Vittorio», paru aux éditions Barzakh, adapté en film italien, a été
projeté récemment sur le grand écran, au nouveau siège du Centre
culturel italien d’Alger.
Ce long métrage de
fiction d’une durée d’une heure trente-cinq minutes a été adapté par
Gaële Boghossian et réalisé par Paul Pinceloup, d’après le roman d’Amara
Lakhous, écrit en 2006 en langue italienne et traduit dans plusieurs
langues, dont le français. L’histoire du film tourne autour d’un
meurtre commis dans un immeuble situé à Piazza Vittorio, proche de
la gare centrale, unique quartier multiethnique de Rome. Suite à la
disparition mystérieuse du personnage principal du film, Amedeo,
dont personne ne connaît l’origine, les langues se délient, et
chacun livre ses sentiments vis-à-vis du disparu. Amedeo, avec un
parfait accent italien, s’avère être à la fin du film un Algérien,
Ahmed, qui a fui son pays pour échapper aux souvenirs douloureux de
l’assassinat de sa fiancée au cours de la décennie noire. «Qui a tué
Manfredini?» est la question sur laquelle se tisse la trame de ce
drame social. Tous les personnages deviennent peu à peu des
assassins potentiels. L’énigme policière n’est finalement qu’un
prétexte, puisque le livre d’Amara Lakhous est une analyse sociale
sur les malentendus que peuvent engendrer les différences
culturelles. «L’immeuble est une tour de Babel moderne où les onze
personnages tentent de cohabiter dans l’incompréhension et la peur
de l’autre la plus totale», décrit l’adaptatrice Gaële Boghossian
dans la fiche de présentation du film.
Le livre, primé
dans son pays natal, est satirique, genre que Lakhous juge le plus
approprié pour raconter les paradoxes. Il est à noter que ce roman a
vu le jour en 2003 aux éditions Al Ikhtilaf dans une version en
arabe intitulée «Comment téter la louve sans se faire mordre», mais
le succès fut très modeste.
Par la suite,
Amara Lakous quitte l’Algérie pour l’Italie où il réécrit totalement
son roman en italien. Le succès est immédiat. Les critiques sont
positives et c’est à ce moment que la gloire sourit à Lakhous dont
le roman est traduit en anglais et en allemand. L’écrivain est né
à Alger et vit à Rome depuis 1995. Il est journaliste, anthropologue
et romancier. «Choc de civilisations pour un ascenseur Piazza
Vittorio» est son premier succès après plusieurs nouvelles éditées
en arabe et en italien.
Par Idir
Timouche
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Point à la ligne
Les mots de la
tribu
On pourrait dire
que lorsqu'on vit dans une société comme la notre où l'hypocrisie
est devenue une sorte de norme collectivement admise, acceptée et
pratiquée, il ne sert à rien d'attacher de l'importance à ce qui, au
fond, n'est que le fait d'une minorité sans importance ni ascendant
d'aucune sorte sur l'écrasante majorité. Pourtant les faits, c'est
bien connu, sont têtus. C'est ce que tu caches avec le plus
d'acharnement qui, en réalité, est le plus visible de ce que tu es
au plus profond de toi-même. On peut d'ici deviner l'ambiance
lorsque, au beau milieu de 1957, Assia Djebar, dans l'un de ses tout
premiers romans, prit sur elle d'être la première femme algérienne à
oser écrire le mot bordel et même à en parler de façon succincte.
Plus de quarante-cinq ans plus tard, et faite académicienne, elle
revient à la charge avec «Aussi loin dans la maison de mon père», en
décrivant ces scènes d'enfance et donc autobiographiques où elle se
retrouve dans les petites et grandes rues de Blida, accompagnant la
toute jeune et belle femme qu'était sa mère, revêtue d'un haïk
mrema bien de chez nous, et où elle surprend les regards de biais,
mais aussi de face, des hommes croisés au hasard des chemins,
s'efforçant dans un art qui n'appartient qu'aux hommes de chez nous,
et donc marqué par les frustrations et l'ennui, de deviner les
formes toutes féminines que le voile… dévoile, on le sait, plus
qu'il ne cache. Le «je» est un exercice proscrit pour une femme qui
s'exerce à l'écriture, fut-elle romanesque, imaginaire. On a beau
chercher, depuis plus de cinquante ans qu'elle existe, la
littérature féminine est d'abord un jeu d'extériorité d'une part et
essentiellement exprimé en langue française d'autre part. Dans
l'imaginaire machiste et patriarcal algérien, non seulement la femme
est censée ne pas avoir de corps, mais, qui plus est, elle est tenue
de le taire. Les textes vont exprimer des réalités vécus «ensemble»
par les deux sexes, et donc totalement exemptes de particularisme ;
gommer les différences est ici la condition sine qua non qui préside
à l'acte d'écrire. La lutte de libération nationale, la femme
entendue d'abord et avant tout comme mythe, symbole, représentation
subliminale d'un idéal partagé par les hommes qui seront unanimes à
dire que lorsqu'ils aiment une femme, et bien, c'est aussi leur pays
et la terre qu'ils voient et expriment en cet amour. Il en est
ainsi pour les mots, d'autant ceux placés entre les mains d'une
femme. Ils ont, croit-on, le pouvoir de faire dérailler toute une
société.
Par Malik
Bellil
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Biyouna
Multi talents,
multi folies
Trop populaire,
trop franche, trop spontanée, la comédienne Biyouna est une célèbre
figure de la comédie algérienne dont la valeur artistique et
humoristique demeure intacte pour le public maghrébin, même après
son rejet par la Télévision algérienne. Elle reste la star de
l'humour.
Habitée très tôt
par la passion du chant, elle fait partie de plusieurs troupes.
D'abord celle de Fadéla Dziria où elle assure les chœurs en jouant
du tambourin, puis une autre qu'elle dirige avec sa complice Flifla,
enfin la sienne, où elle est la chanteuse principale et devient une
animatrice réputée des fêtes de mariage. À dix-sept ans, elle débute
dans les plus grands cabarets de la ville et à 19 ans est danseuse
au Copacabana. La même année, le réalisateur Mustapha Badie la
repère et lui fait tourner son premier feuilleton où elle interprète
le rôle de Fatma, dans La Grande Maison (1973), adapté du roman de
Mohamed Dib. Ce feuilleton la rendra célèbre. Pour le cinéma
algérien, elle tourne deux films : Leila et les autres de Sid Ali
Mazif en 1978, La Voisine de Ghaouti Bendedouche en 2000, et se
produit dans des one-woman-show. Presque plus Algéroise
qu'Algérienne, Biyouna est l'icône d'une ville qui n'a jamais arrêté
de bouger malgré les violences politiques et les compromissions des
différents pouvoirs qui se sont succédé. Son caractère exubérant et
son attitude franche gênent d'ailleurs dans certains cercles… Elle
pourrait être un personnage excentrique d'Almodovar, ou l'une de ces
égéries troublantes que l'on croise dans les vieux films de
Fassbinder. A l'aise tant avec ses amis parisiens qu'avec les
travestis d'Alger qui ont pour elle une affection particulière,
c'est une femme libre par excellence qui dévore l'existence par tous
les bouts. Elle est amoureuse de la vie et il émane d'elle une force
volcanique, un enthousiasme à fleur de peau et une philosophie
épicurienne. Si le courant passe si bien avec son public c'est que
tout le monde, les hommes comme les femmes, se reconnaît dans ses
chansons qui sont des vignettes du quotidien, des petits mélodrames
de tous les jours. L'air de rien, elle y glisse ses thèmes de
prédilection, la liberté, la paix, l'hospitalité, le bon sens. Elle
parle des rapports amoureux, fustige l'intolérance, les mesquineries
et la bêtise, et ne rate pas une occasion de se moquer de ceux qui
se mêlent des affaires des autres. En 1999, Nadir Moknèche lui offre
le rôle de Meriem dans Le Harem de Madame Osmane, qu'elle tourne en
France. Ce film sera suivi de Viva Laldjérie en 2003. Entre-temps,
Biyouna continue une carrière de chanteuse et sort en 2001 l’album
«Raid Zone», réalisé avec le compositeur John Bagnolett. Après le
succès de cet album et sa participation au spectacle de Fellag
«Opéra d'Casbah» mis en scène par Jérôme Savary, Biyouna sort un
nouvel album «Une Blonde dans la Casbah» dont l'idée était dans
l'air depuis longtemps. Biyouna a pris son temps, choisissant avec
soin un répertoire franco-algérien qui puise dans les deux cultures.
Autour d'elle, il
faut citer Joseph Racaille, responsable d'arrangements majestueux,
Christophe Dupouy, associé régulier de Jean-Louis Murat en charge du
mixage, sans oublier ses deux anges gardiens : son agent Olivier
Gluzman qui l'a signée sur un vrai coup de foudre, et son mari
Mokhtar qui a su veiller au grain… Elle tourne en 2006 un nouveau
film avec Nadir Moknèche où elle joue une mafieuse, et elle
s'apprête à répéter le rôle du Coryphée dans Electre de Sophocle aux
côtés de Jane Birkin dans une mise en scène de Philippe Calvario.
L'absence de Biyouna de la grille ramadhanesque 2010 de la
Télévision algérienne, a donné un goût amer aux soirées des familles
ayant l'habitude de ses sketchs depuis une dizaine d'années. Une
éclipse qui n'empêche toutefois pas son public de la suivre sur la
chaîne Tv Nessma qui est devenue la nouvelle fenêtre médiatique et
productrice de la comédienne.
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