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Echec
de la zone d’exclusion aérienne
L’Otan cherche
une solution politique en Libye
Face à
l’enlisement des combats en Libye, malgré l’intervention de l’Otan,
les initiatives diplomatiques se multiplient pour une solution
politique dont les contours n’ont pas pour autant l’air de se
préciser.
Présentement, les
regards se tournent vers la Turquie. Ankara pourrait jouer un rôle
de médiateur dans le conflit libyen afin de trouver un éventuel
compromis entre Kadhafi et le CNT basé à Benghazi. Sous couvert
d’une intervention humanitaire, Ankara a commencé à avancer ses
pions. Un navire-hôpital turc a pu évacuer 250 blessés dimanche. Le
bâtiment a été dépêché sur ordre du ministère turc des Affaires
étrangères et a passé quatre jours au large à attendre d’avoir
l’autorisation de mouiller dans le port pour procéder aux
évacuations. Hier, un émissaire du gouvernement libyen était attendu
à Ankara afin de «demander l’aide de la Turquie» pour l’instauration
d’un cessez-le-feu en Libye, selon le ministère turc des Affaires
étrangères. Ce dernier a confirmé l’existence d’une demande faite à
la Turquie et provenant des deux parties belligérantes en Libye. Des
sources diplomatiques turques ont confirmé que le vice-ministre des
Affaires étrangères libyen, Abdelati Laabidi, qui a eu dimanche des
contacts en Grèce, était en route pour Ankara afin de discuter de la
possibilité d’un cessez-le-feu. L’on sait de même source que des
représentants de l’opposition pourraient aussi se rendre dans les
tous prochains jours en Turquie afin d’évoquer le même sujet. A
Athènes, l’émissaire du colonel Kadhafi, qui doit aussi se rendre à
Malte, a rencontré le Premier ministre grec, Georges Papandréou, et,
à travers les mots utilisés par l’envoyé libyen, il apparaît que le
régime cherche une solution au conflit en cours, selon des
diplomates grecs. Cette option d’une solution politique, dont le
cessez-le-feu serait le préalable, a été suggérée, en réalité, il y
a quelques jours par le secrétaire général de l’Otan. En effet,
mardi dernier, le secrétaire général de cette organisation, Anders
Fogh Rasmussen, a estimé que «la solution militaire ne parviendra
pas à elle seule à résoudre la crise en Libye, tout en se disant
«incapable de prédire la durée des opérations dans ce pays». Il faut
savoir à cet égard que des responsables militaires ont dit que
l’Alliance prévoyait des opérations en Libye qui dureraient trois
mois, mais tout dépendra des décisions des Nations unies. Il est à
rappeler aussi que cela fait déjà sept jours que l’Otan a accepté de
prendre le commandement des opérations militaires, jusque-là menées
par les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne, et devrait être
totalement opérationnelle prochainement. Quant à l’option d’une
solution dont accoucheraient les démarches diplomatiques, il faut
noter que la visite du vice-ministre libyen dans la capitale turque
coïncide avec celle du secrétaire général de l’Otan , Anders Fogh
Rasmussen, qui discutera avec les dirigeants turcs de la mission de
l’Otan en Libye à laquelle participe la Turquie avec une force
navale. M. Rassmussen doit s’entretenir à huis clos avec le Premier
ministre turque, Recep Tayyip Erdogan. Les ministres de la Défense
et des Affaires étrangères, respectivement Vecdi Gönül et Ahmet
Davutoglu, seront présents à cette entrevue. La Turquie, opposée
depuis le départ à une intervention militaire en Libye semble bien
placée pour mener une mission de bons offices auprès des deux
parties en conflit. Ankara est la seule capitale disposant de
représentations aussi bien à Tripoli qu’à Benghazi, fief des
insurgés. La Turquie s’oppose également à un armement des rebelles,
prônant surtout un arrêt des combats pour la mise en place d’un
réseau de distribution d’aide humanitaire. Les observateurs
s’interrogent aussi sur la nature du compromis sur lequel pourrait
travailler la diplomatie turque. Le fossé et le passif en combats
sont tellement grands que les positions des deux parties paraissent
impossibles à rapprocher. Selon le «New York Times», le fils du
leader libyen, Seif Al Islam, aurait proposé une transition vers une
démocratie constitutionnelle qui prévoirait le retrait du pouvoir de
leur père. Les deux fils «veulent avancer pour faire changer le
pays» sans leur père. Citant un diplomate sous couvert de l’anonymat
et un responsable libyen informés du projet, le quotidien américain
indique que la transition serait pilotée par Seif Al Islam.
Aussitôt, c’est-à-dire hier, des représentants du Conseil national
de transition ont fait savoir qu’une solution impliquant Kadhafi ou
l’un de ses fils ou tout membre du régime libyen était tout
simplement exclue. Malgré les difficultés rencontrées sur le
terrain, face à la résistance, voire les offensives dans certaines
zones des forces loyalistes à Kadhafi, les rebelles semblent avoir
repris confiance. Ils sont sur le terrain plus organisés, selon des
comptes rendus de correspondants de presse, mais aussi confortés par
davantage de reconnaissance internationale. Hier, Rome a annoncé
reconnaître le CNT comme le «seul interlocuteur légitime», estimant,
selon le chef de la diplomatie italienne, Franco Frattini, que «les
propositions de sortie de crise du régime de Kadhafi ne sont pas
crédibles. Interviewé par la télévision Rai Due à Benghazi, le chef
du CNT, Moustapha Abdeljalil, a estimé, de son côté, qu’il n’y a que
deux chemins possibles: «ou l’Otan nous aide à nous libérer des
tireurs embusqués ou elle nous procure les armes pour que nos
combattants le fassent», a-t-il indiqué. Cette position inflexible
du CNT intervient au jour de la visite du président de l’Union
africaine (UA), Jean Ping, à Bruxelles pour des entretiens avec les
dirigeants de l’Otan et de l’Union européenne sur les moyens de
remédier «pacifiquement» à la situation en Libye. Le chef de l’UA
devrait proposer une feuille de route mise au point par
l’organisation panafricaine pour trouver une solution politique à
la crise en Libye. Le président de l’UA n’a pas assisté à la
conférence internationale sur la Libye, mardi passé à Londres, ni
au sommet de Paris du 19 mars, exprimant ainsi l’opposition de
l’organisation continentale à toute forme d’ingérence militaire en
Libye. Mais dans le contexte d’enlisement militaire, qui confirme
l’échec de la zone d’exclusion à atteindre son principal objectif,
soit la chute de Mouammar Kadhafi, les entretiens de Jean Ping
pourraient amener les dirigeants de l’Otan à sérieusement examiner
les propositions africaines, et ce dans le sens coïncidant de la
médiation turque. Quel que soit le résultat des efforts
diplomatiques en cours, il reste certain, cela dit, qu’il y a
consensus sur les limites l’intervention militaire en Libye et que
l’Otan cherche à s’en dépêtrer au plus vite. Des analystes
s’exprimant dans plusieurs journaux européens ont souligné, à ce
sujet, plusieurs failles dans l’organisation de la zone d’exclusion
aérienne. Pour beaucoup, la précipitation avec laquelle Paris et
Londres ont «emballé» le reste de leurs alliés n’a pas pris le temps
de poser les bonnes questions. L’Otan n’a, semble-t-il, pas
suffisamment examiné l’état des troupes kadhafistes, la nature
exacte de leurs armements, mais aussi la réalité des éventuelles
divisions et contradictions au sein du pouvoir libyen et, enfin, la
nature politique de la révolution libyenne, de sa ligne politique,
et des éventuelles connections avec Al-Qaïda au Maghreb. Des
questions qui, à l’épreuve du terrain, se posent avec acuité et qui,
en l’absence de réponses, se soldent aujourd’hui par une grande
hésitation sur des choix tactiques, comme la question de distribuer
des armes ou non, sans compter les formidables appréhensions qui
entourent l’option d’une intervention au sol. Et pour tout dire, on
reproche à cette guerre d’être la plus idéologique de l’histoire de
la guerre, dans laquelle les plus élémentaires des théories
militaires ont été mises de côté.
Par Nabil
Benali
Haut
Libye
Armes et
diplomatie de pair pour éviter l’enlisement
Des combats qui se
poursuivent sans que les positions des uns des autres des deux
belligérants n’aient tendance à devenir définitive, l’Italie qui à
son tour reconnaît officiellement le Conseil national libyen de
transition comme son seul interlocuteur et la Turquie qui propose sa
médiation, tels sont les faits saillants qui ont marqué la journée
d’hier dans une Libye toujours en proie aux pires inquiétudes et
menaces sur son intégrité territoriale.Les rebelles libyens
poursuivent, toujours très lentement, leur offensive vers l’ouest.
Ils ont repoussé hier, les forces fidèles à Mouammar Kadhafi à
l’extérieur du centre de Brega, une ville située à 800km de Tripoli.
Le port pétrolier, qui s’étend sur 25 kilomètres, a changé plusieurs
fois de camp au cours du mois écoulé, dans la bataille qui oppose
insurgés et les kadhafistes sur la route stratégique du golfe de
Syrte.Visiblement mieux organisés que les semaines passées, les
rebelles, épaulés par les raids aériens de la coalition
internationale, avancent plus prudemment et tiennent davantage leurs
positions. En début de semaine dernière, les rebelles, constitués
principalement de jeunes combattants pas forcément très bien
équipés, avaient progressé au-delà de Bin Djaouad, à 525 km à l’est
de Tripoli. Mais ils ont été repoussés en quelques jours sur 200km
de route côtière par les forces loyalistes, jusqu’à ce que le front
se fige au cours du week-end autour de Brega. A 250 km de Tripoli,
toujours sur la côte, les combats font rage à Misrata, contrôlée par
les insurgés. Les forces loyales à Mouammar Kadhafi pilonnent depuis
le début de la matinée la ville. «Le pilonnage a débuté aux petites
heures de la matinée et se poursuit à l’aide d’obus de mortier et de
pièces d’artillerie», a expliqué à l’agence Reuters un porte-parole
rebelle prénommé Gemal joint au téléphone. «C’est du terrorisme à
l’état pur. Les bombardements visent les quartiers résidentiels.
Nous savons qu’il y a des victimes, sans savoir leur nombre.» Sur le
plan diplomatique, l’Italie a reconnu hier le Conseil national de
transition (CNT) formé par les insurgés libyens comme le «seul
interlocuteur légitime» de la communauté internationale. Franco
Frattini, ministre italien des Affaires étrangères, a déclaré que
Mouammar Kadhafi et sa famille devaient s’en aller.
Malik Bellil
Haut
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