|
Accueil
Commémoration
du cinquantenaire de la mort de Frantz Fanon
«Un ardent
défenseur» de l'idéologie anticoloniale
Le 6 décembre
1961, disparaissait à New-York d'une longue maladie Frantz Fanon,
l'un des hommes les plus brillants que le 20 siècle ait connus, pour
la dimension de sa pensée politico philosophique, au service de la
dignité du Monde Noir, contre toutes les formes d'humiliation de
colonialisme et d'impérialisme que nos peuples ont connues, au
profit des seuls intérêts de l'Occident.
En cette période
du 50e anniversaire de sa mort, un hommage lui a été rendu jeudi
dernier au Centre culturel algérien à Paris, en présence d'un public
venu en grand nombre malgré le froid intense, pour revenir sur le
parcours de ce militant de la liberté et des luttes anticoloniales
né en Martinique et enterré en Algérie. Cette rencontre s'est
articulée autour de la projection du documentaire du cinéaste Cheikh
Djemai, «Frantz Fanon, une vie, un combat, une œuvre», suivie d'un
débat animé en présence du réalisateur, de l'écrivain et chercheur
Abdelkader Benarab, et du fils de Frantz Fanon, Olivier. S'appuyant
sur les témoignages croisés des proches de Frantz Fanon,
d'universitaires martiniquais et de personnalités politiques
nationales, à l'image de Rédha Malek, M'Hamed Yazid, Ali Haroun et
Mohamed Harbi, le documentaire de Cheikh Djemai dévoile la
personnalité d'un militant qui a marqué de son empreinte indélébile
la période de la décolonisation et eu une influence remarquée sur la
prise de conscience des peuples sous domination coloniale. Frantz
Fanon décide très jeune de quitter son milieu natal. Engagé
volontaire pendant la Seconde Guerre mondiale, puis étudiant en
médecine à Lyon, il subit pendant ces années de formation
l'expérience mortifère du racisme, cette «déviation existentielle».
«Le Noir n'est pas un homme», écrit-il dans «Peau noire masques
blancs». Il refuse alors l'assimilation, se révolte contre le déni
des cultures «indigènes», l'oppression économique et identitaire des
colonisés, la violence faite aux peuples dominés. Psychiatre à
l’hôpital de Blida en algérie, Frantz Fanon va mener un double
combat. Celui du médecin qui pourfend les théories raciales et lutte
pour désaliéner les malades mentaux victimes des traumatismes de la
colonisation, qu'il analyse en clinicien et celui de l'homme engagé
pour le renversement du colonialisme et la restauration de la
dignité de l'homme. En 1956, deux ans après le déclenchement de la
guerre de Libération nationale, il choisit son camp, celui des
peuples colonisés et donne sa démission de l'hôpital de Blida, part
pour Tunis où il rejoint les rangs du FLN pour en devenir un membre
actif, avant de mourir d'une leucémie en 1961. Fanon ne verra pas
l'Indépendance de l'Algérie. De «Peaux noirs, masques blancs» aux
«Damnés de la terre», Frantz Fanon, a été «un penseur et un homme
d'action qui n'a cessé de décrypter les formes et les conséquences
des structures idéologiques d'asservissements et d'assujettissements
du colonialisme», ont souligné les animateurs du débat sur le film
de Frantz Fanon. «Ce militant des causes justes a su formuler les
aspirations profondes des combats des peuples du tiers- monde qui se
sont dressés contre un système capitaliste, et colonisateur»,
ont-ils ajouté. Olivier, le fils de Frantz Fanon a apporté des
témoignages sur les convictions militantes de son père et la forte
relation qu'il avait avec lui. L'écrivain Abdelkader Benarab a
estimé que trois dimensions distinguent la personnalité de Fanon,
homme de pensée et d'action, soulignant en lui «le psychiatre
praticien, le militant de la cause algérienne et l'intellectuel qui
a contribué à donner des bases au courant intellectuel
tiers-mondiste». Auteur de l'ouvrage «Frantz Fanon, l'homme de
rupture», cet universitaire a relevé que «très peu de personnages
ont pu réunir ces trois dimensions en si peu de temps et avec une
activité aussi extraordinaire que celle de Fanon». Il a rappelé
également que Fanon fut «un ardent défenseur» de l'idéologie
anticoloniale dont il porta avec le défunt M'Hamed Yazid le
message grâce à une information activement menée à travers l'organe
de presse du FLN, El Moudjahid, dont il était membre de l'équipe
rédactionnelle. «Il a insufflé la conscience révolutionnaire à ses
lecteurs en utilisant ses articles comme support de témoignage des
massacres coloniaux», a souligné M. Benarab. Cheikh Djemaï est
réalisateur franco-algérien, qui a à son actif plusieurs
documentaires qui ont été sélectionnés et consacrés dans de nombreux
festivals. Parmi ses films, il y a lieu de citer «La nuit du doute»
(une fiction), «Paroles d'exil», «Le onze du FLN" et «Les
charbonniers de surface».
Par Timouche
Idir
Haut
Exposition à l'Institut culturel italien
«Arlequin dans
tous ses états»
C'est une
exposition itinérante comportant une cinquantaine de portraits et
autres illustrations autour de ce personnage italien mythique de la
Commedia dell'arte, qui a été inaugurée jeudi soir à Alger.
Réalisés par trente-trois artistes européens, les portraits dans
lesquels Arlequin est représenté dans des situations diverses, selon
l'imaginaire des dessinateurs, sont exposés à l'Institut culturel
italien jusqu'au 21 février. Outre les portraits illustrant ce
personnage paru au 16e siècle, réalisés par différents styles de
peinture et techniques de dessin, trois histoires tirées du coffret
collectif «Arlequins», paru en 2009 chez «Les éditeurs associés»,
sont également exposées avec leurs illustrations agrandies. Il
s'agit des petits livres «L'arlequin du petit train», «Arlequin a
faim» et «Arlequin devenu prince des clowns», édités par ce groupe
de quatre éditeurs indépendants de France, de Belgique et de Suisse,
fondé en 2004, et qui a consacré six volumes illustrés au personnage
le plus célèbre de ce genre théâtral populaire dans lequel les
acteurs improvisent.
De fabuleux
masques utilisés dans cette forme théâtrale ainsi que dans l'une des
plus célèbres manifestations annuelles italiennes, le Carnaval de
Venise, avec leurs remarquables expressions, formes et couleurs sont
aussi présents à l'exposition. «Nous avons organisé cette exposition
en hommage au personnage emblématique de la Commedia dell'arte,
Arlequin, dans un esprit de valorisation de cette forme théâtrale
parue entre le 16e et le 17e siècles, et qui représente aujourd'hui
une partie du patrimoine culturel italien et même universel», a
indiqué à l'APS la directrice de l'Institut culturel italien, Mme
Maria Concetta Battaglia. «Nous avons aussi voulu présenter au
public algérien le masque italien porté par les comédiens et
notamment lors du Carnaval de Venise», a-t-elle ajouté, en
souhaitant voir les élèves de l'Ecole nationale des beaux-arts
visiter l'exposition afin de pouvoir s'inspirer et faire par la
suite leurs propres créations artistiques autour du personnage.
Haut
Point a la ligne
Revoilà Fanon
Dans le
documentaire qui lui est consacré, le réalisateur Cheikh Djemai met
en exergue la présence du psychiatre et militant Frantz Fanon en
tant qu'homme qui a contribué à donner ses bases au courant
intellectuel tiers-mondiste. " Ce documentaire est présentement
projeté dans la capitale française dans le cadre de la célébration
du cinquantième anniversaire de la disparition du célèbre
Martiniquais. Cette approche est d'autant plus intéressante qu'elle
permet diachroniquement parlant de reconstruire tout une époque,
tout un climat politique dont la finalité avortée dans les
conditions que l'on sait (ou ne sait pas) aura essentiellement été
synthétisée par la fameuse Tricontinentale hissée haut et fort sur
les épaules d'hommes comme Patrice Lumumba, Mehdi Ben Barka, Che
Guevara et Amilcar Cabral. Cette époque fut aussi contemporaine de
l'une des plus importantestentatives d'édification et de
construction d'une stratégie internationale de lutte contre le
colonialisme et ses immédiats avatars hérités de la période des
grandes libérations nationales notamment africaines. Cette époque
est aussi restée dans l'histoire comme témoin d'une réaction,
également internationale, des grandes puissances occidentales et qui
n'a pas fait de détails quant à l'accomplissement par elles du but
visé : l'élimination physique pure et simple de ces véritables
leaders tiers-mondistes, l'un après l'autre, par les services tout
autant français, qu'américains. Cette réaction, concertée et
collégialement planifiée, démontre en tout cas les capacités
d'anticipation de l'ordre post-colonial qui, alors même que la
période impériale n'était pas encore totalement dépassée, avait déjà
mis en place les moyens à mettre en œuvre pour pérenniser la
domination du tiers-monde par notamment la poursuite effrénée de la
politique de pillage des ressources notamment du continent africain.
Alors bien sûr que ces brefs rappels sont d'abord de l'ordre de
l'historique et de l'histoire mais ils rappellent aussi et à coup
sur combien la violence sous toutes ses formes aura été l'un des
fondements de la domination d'un monde sur l'autre. C'est aussi de
cela que Fanon fut notamment et précocement témoin.
Par Malik
Bellil
Haut
e-mail :contact@lesdebats.com |