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Dépouillement à huis clos, triche, fichiers électoraux
incomplets…
Le scrutin
entaché d'incidents
Singularité du
scrutin législatif de ce jeudi, nombre de citoyens qui se sont
rendus aux bureaux de vote pour exprimer leurs choix, n'ont pu le
faire. La Commission Nationale indépendante de Surveillance des
élections législatives (CNISEL) parle d'une douzaine de saisines sur
les 60, qui relèvent du pénal et ont donc été transmises à la
commission nationale de supervision des législatives (CNSEL).
Ceci constitue
pour la CNISEL une "atteinte à la citoyenneté". "Les autorités
doivent assumer leurs responsabilités en la matière ", a déclaré
Mohamed Seddiki, président de la commission, dans une conférence de
presse au siège de la wilaya d'Alger. Parmi ces citoyens rabroués,
une candidate à ces législatives.
Ils'agit de Louz
Si Bachir Soraya, candidate sur la liste du FFS à Alger qui n'a pu
accomplir le vote faute, donc, de figurer sur le fichier électoral
du lycée Zineb Oum El Massakine au Bd K. Belkacem, alors qu'elle
détenait deux cartes de vote, et affirmait avoir toujours voté dans
ce centre. "J'ai eu à voter depuis mon changement de résidence car
jusqu'avant mon mariage, je votais à El-Biar".
Elle s'est
indignée, devant un parterre de journalistes de la presse nationale
et étrangère: cela contrarie l'esprit démocratique et de
transparence conféré à ces élections que le président n'a pourtant
de cesse de professer.
Le cas n'est pas
isolé, des cas assez nombreux ont été constatés au niveau de quatre
bureaux de vote que nous avons visités à l'occasion comme le lycée
Zineb Oum El Massakine, les écoles primaires, Jardin Sahel, Ali
Hamouène et Moula Henine d'El Biar.
Présent sur les
lieux le Wali d'Alger Mohamed Kebir Addou tentera d'expliquer ce
phénomène d'absence de noms de bien d'électeurs sur les fichiers
électoraux, affirmant qu'en 2002, une vaste opération
d'assainissement de ces listes a été opérée pour rayer tous ceux,
dira-t-il, qui ne votaient pas et ceux qui ont dû changer de
résidence sans prendre le soin de se faire supprimer sur les listes
électorales.
Dépouillement à
huis-clos
Alors que la loi
électorale est claire et stipule que les opérations de dépouillement
des urnes est ouverte au grand public, la pratique inverse est fort
malheureusement de mise, du moins dans deux centres de vote que nous
avons visités à ce moment-là. Les écoles primaires, Ali Hamoutène et
Moula Henine, juxtaposées l'une de l'autre au centre d'El BIar,
étaient totalement fermées à l'heure de cette opération de
dépouillement. Il a fallu montrer le badge de presse de circonstance
pour y accéder, suscitant presque étonnement chez le personnel
d'encadrement. Pas un citoyen à l'intérieur des bureaux de vote au
moment du dépouillement. Interpellé à ce sujet, le staff chargé de
l'encadrement du scrutin était étonné, visiblement habitué à
accomplir cette opération à huis-clos.
Deux ministres
visés par des plaintes en pénal
Deux ministres du
gouvernent algérien, l'un candidat du RND l'autre FLN, aux élections
législatives, seront déférés devant la justice pour des infractions
pénales, a annoncé jeudi soir la Commission nationale indépendante
de surveillance des élections législatives (CNISL). Les deux
ministres sont soupçonnés de triche.
" Chérif Rahmani,
ministre de l'Environnement qui se présente à Djelfa a fait l'objet
d'une plainte de 14 partis pour avoir visité tous les centres de
vote de la wilaya " durant les opérations de vote, a expliqué la
commission à l'AFP. Le vice-président de la CNSL, Ali Moussaoui, a
précisé à l'AFP que cette plainte " relevait du pénal " car Rahmani
" incitait les gens à voter pour lui ", alors que la campagne
électorale avait pris fin dimanche 5 mai à minuit. Tayeb Louh
ministre du Travail, lui est le second ministre incriminé, selon la
CNISL.
Il a "visité les
différents centres de Tlemcen pour inciter les gens à voter pour
lui" et la plainte avait été transférée au pénal, a indiqué Hafid
Kadri, également vice-président de la CNISL. Tayeb Louh est candidat
du Front de libération nationale (FLN), le parti présidentiel,
dirigé par Abdelaziz Belkadem.
Par Rebiha
Akriche
Haut
Lés électeurs étaient venus tous en même temps
Bousculade au
centre de vote de Marseille
Les représentants
des partis politiques en lice pour les législatives de 2012 ont
imputé la bousculade survenue mercredi au centre de vote du parc
Chanot à Marseille à "la forte affluence" des électeurs venus tous
en même temps. Présents sur place, les représentants de certains
partis dont celui de Jil Jadid, M. Boualem Misbih ont relevé "des
lacunes en matière de gestion" d'autant que 50 à 60 électeurs ont
afflué, tous à la fois, sur les bureaux n°2 et 3. M. Misbih a
indiqué "avoir vu des encadreurs distribuer des bulletins de vote
aux électeurs à l'extérieur du centre". Par ailleurs, le
représentant du parti Jil Jadid a imputé cette bousculade à certains
électeurs qui voulaient se montrer devant les caméras des chaînes de
télévision. Pour le directeur de communication du Parti des
nationalistes libres, M. Kourib Houssam, la forte affluence a créé
un dysfonctionnement au centre de vote de Marseille. De son côté,
M. Lakhzoum Salim, tête de liste de l'Alliance de l'Algérie verte a
souligné que les dysfonctionnements enregistrés durant les premières
heures du scrutin sont dus au nombre élevé d' électeurs. Pour sa
part, M. Bouchareb Damr, candidat du Rassemblement national
démocratique (RND) a affirmé que l'arrivée en même temps des autobus
transportant les candidats a engendré une bousculade au centre de
vote de Marseille.
Asmaa A
Haut
Résultats des élections législatives
Victoire du FLN
et débâcle des islamistes
Les résultats du
scrutin sur les élections législatives de jeudi dernier ont donné
lieu à des résultats mitigés. Loin des prévisions des observateurs,
le Front de libération nationale (FLN) d'Abdelaziz Belkhadem a raflé
la mise, contre toute attente, ratant de quelques sièges, la
majorité absolue au nouveau Parlement.
Le Vieux parti a
en effet obtenu 220 sièges sur les 462 en jeu, soignant sa présence
à l'hémicycle de près d'une centaine de sièges de plus que la
précédente législature (136 sièges en 2007). Loin derrière, le
Rassemblement national démocratique (RND) a conforté sa deuxième
place en obtenant 68 sièges. Le parti d'Ahmed Ouyahia a néanmoins
amélioré son score de six sièges supplémentaires qu'en 2007. L'Alliance
de l'Algérie Verte(AAV) née de la fusion du Mouvement de la société
pour la paix (MSP) et les Mouvements Nahdha et Islah n'ont pu
décrocher que 48 sièges à l'issue du scrutin de jeudi dernier. La
déception de cette mouvance est d'autant plus grande avec les
résultats, bien au-deçà des attentes, obtenus par le Front de la
justice et de la liberté (FJD) d'Abdallah Djaballah (7 sièges) et du
Front du changement d'Abdelmadjid Menasra (4 sièges). Ainsi, tous
les partis islamistes réunis, soit 59 sièges, ne rivalisent même pas
avec le score réalisé par le RND, le FLN les dépassant d'au moins 4
fois. De son côté, le Front des forces socialistes (FFS) a obtenu 21
sièges. A l'occasion de son retour sur la scène après plusieurs
années de boycott, le parti de Hocine Ait Ahmed réalise deux sièges
de plus que sa dernière participation à des élections législatives,
car en 1997 il a eu 19 sièges à l'APN. L'autre déception est à
mettre à l'actif du Parti des Travailleurs (PT). Le parti de Louiza
Hanoune n'a pu arracher plus de 20 sièges à la future Assemblée,
perdant de la sorte six sièges par rapport à la législature
précédente. Idem pour le Front national algérien (FNA) de Moussa
Touati qui perd du terrain à l'APN en ne réussissant à propulser que
9 députés à la prochaine Assemblée. Par ailleurs, les indépendants
qui se sont présentés aux élections législatives ont obtenu 19
sièges, selon le ministre de l'Intérieur et des Collectivités
locales.
En somme, la
nouvelle Assemblée populaire nationale comptera en son sein 317
députés hommes (68,61 %) et 145 femmes (31,39%), soit en parfaite
conformité avec la loi organique relative à la représentativité des
femmes dans les assemblées élues, promulguée par le chef de l'Etat.
Par M. Ait
Chabane
Haut
RND
Les
législatives du 10 mai, "victoire de l'Algérie"
Les élections
législatives du 10 mai 2012 "sont la victoire de l'Algérie", a
éstimé hier, le Rassemblement national démocratique (RND) qui a
félicité le parti du Front de libération nationale (FLN) qui a
remporté la première place avec 220 sièges
Le chargé de
communication du RND, M. Belkacem Mellah a affirmé que les résultats
du scrutin "reflètent une grande victoire de l'Algérie et
constituent la meilleure réponse aux partisans du boycott".
L'important taux de participation au scrutin "traduit la maturité
politique du peuple algérien", a-t-il souligné, attribuant le mérite
au président de la République , M. Abdelaziz Bouteflika qui a
sensibilisé dans son discours le peuple à l'importance de cette
consultation. Après avoir relevé l'impact positif du discours du
président Bouteflika,
M. Mellah a
affirmé que le RND "se félicite des résultats des urnes, seul
arbitre". Commentant le nombre de sièges remportés par les femmes,
l'intervenant a expliqué que ce taux a été réalisé grâce à la
politique adoptée par le président de la République pour renforcer
la présence de la femme dans les assemblées élues".
Les femmes ont
remporté 145 sièges dans la nouvelle Assemblée populaire nationale
(APN) contre seulement 31 sièges précédemment.
Resa A.
Haut
FLN
Les résultats
traduisent une "confiance entière du peuple"
Les résultats
obtenus par le parti du Front de libération nationale (FLN) aux
élections législatives montrent que le peuple a toujours confiance
en cette formation et en son programme, a affirmé le secrétaire
général du parti, M. Abdelaziz Belkhadem.
Commentant les
résultats réalisés par son parti aux législatives avec 220 sièges
sur 462 à l'Assemblée Populaire Nationale (APN), M. Belkhadem a
souligné que sa formation "a prouvé à ceux qui veulent semer le
doute que la confiance du peuple en le parti du FLN et en son
programme est intacte".
M. Belkhadem a
rendu grâce à Dieu et salué le peuple algérien pour sa confiance
renouvelée en le parti séculaire, garant de la stabilité politique
et socio-économique.
Asmaa A.
Haut
La prochaine assemblée sera dominée par deux formations
Les gagnants,
les perdants et les figurants
La prochaine
Assemblée populaire nationale sera dominée par le Front de
libération nationale, dont le score, (220 sièges) a frôlé la
majorité. Le Vieux parti aura certainement à s'allier avec le
Rassemblement national démocratique (RND), chapeauté par le Premier
ministre. Ces deux formations, déjà membres d'une alliance,
devraient faire front commun pour imposer leurs choix à
l'élaboration de la prochaine Constitution. Le grand perdant, de
cette élection, demeure l'Alliance de l'Algérie verte. Une Alliance
de trois partis islamistes, à savoir, le Mouvement de la société
pour la paix (MSP) et les Mouvements Islah et Ennahda. Ces
formations, inspirées par le retour en force des islamistes dans les
pays voisins, ont crié victoire depuis plusieurs semaines, allant
jusqu'à entamer des consultations pour former un gouvernement juste
à la fin de la campagne électorale. Pis, les partis de l'Alliance
verte avaient fait des prévisions selon lesquelles, ils seraient
classés en seconde position. Ce qui s'est avéré faux. Du moins,
selon les chiffres communiqués par le ministère de l'Intérieur, en
attendant leur confirmation par le Conseil constitutionnel. Ainsi,
la première conclusion à tirer est incontestablement le maintien, en
tant que majorité, des partis membres du gouvernement, excepté le
MSP, qui était membre de l'Alliance présidentielle, engagée à
soutenir le programme du Président de la République, avant de se
retirer. Ce dernier est le plus grand perdant, n'étant plus aux
commandes et dont le poids est désormais insignifiant. Aussi,
faut-il relever que la surprise d'un raz-de-marrée islamiste, n'a-telle
pas eu lieu. Les partis islamistes en lice, même s'ils décident de
faire alliance et imposer leurs idées et propositions resteront
minoritaires, étant sérieusement laminés.
En fait, ce n'est
pas Djaballah, président du Front de la justice et le développement
(FJD) avec ses 7 sièges, ni le Front du Changement de Menasra avec 4
sièges qui parviendront à peser sur le cours des choses. Il est par
ailleurs à préciser que le grand score réalisé par le Front de
libération nationale et le peu de sièges remportés par les partis
islamistes, sont les principales surprises de ce scrutin. Compte
tenu de ce qui a été dit et déclaré avant l'annonce officielle des
résultats par Dahou Ould Kablia, nul ne s'attendait à un tel
classement. Sur un autre plan, le Front de libération nationale (FFS),
le grand revenant, a remporté 21 sièges et est parvenu à se
positionner en 4e position. Hormis, le nombre de sièges qui demeure
infime et ne lui permettra pas de jouer pleinement son rôle
d'opposition au sein de la prochaine Assemblée, la quatrième place,
démontre toutefois, que le parti de Da L'hocine reste parmi les
principales formations politiques du pays. Le parti des travailleurs
de Louisa Hanoune, lui, ne devrait pas être satisfait de ses 20
sièges. Cette dernière est appelée à faire front commun avec
d'autres, formations éventuellement le FFS pour pouvoir dire son
mot. Aussi, il n'est pas à perdre de vue la débâcle du Front
national algérien (FNA) de Moussa Touati, qui n'a décroché, lui
aussi, que 9 petits sièges, risquant de l'enfoncer d'une véritable
crise. Tout compte fait, la prochaine assemblée verra une forte
présence des nationalistes et démocrates. Les islamistes eux,
devraient se contenter d'une place marginale, tout comme les petits
et nouveaux partis, qui ont pu récolter quelques sièges, qui ne leur
permettront que de jouer le rôle de figurants.
Par Aomar
Fekrache
Haut
Commission de surveillance des élections
Saisines pour
agressions, anarchie et urnes non scellées
Plus de 150
saisines ont été transmises par les commissions de surveillance de
wilaya à la Commission nationale de surveillance des élections
législatives (CNISEL), a déclaré le président de cette commission
Mohamed Seddiki.
M. Seddiki s'est
cependant refusé, lors d'une conférence de presse au siège de la
wilaya d'Alger, de commenter ce bilan et s'est contenté de rappeler
que le rapport final de la commission, ainsi que ses observations,
seront présentés juste après l'annonce des résultats provisoires du
scrutin, lundi matin. Parmi les 150 saisines, reçues "exclusivement
par écrit" et envoyées toutes à la commission nationale de
supervision (Cnsel), la commission a enregistré trois saisines
portant sur "l'agression physique", un dépassement que la commission
"rejette formellement". Cette infraction, relevant du pénal, a été
commise, selon M. Seddiki, par la première responsable d'un centre
de vote dans la commune d'El-Makaria (Est-d'Alger) contre un membre
de la commission, contre un citoyen par un parent d'un ministre en
campagne à l'intérieur d'un centre de vote à Tlemcen et contre un
membre de la commission de wilaya de Chlef.
L'utilisation de
la force par certains chefs de centre de vote envers les
représentants de la commission a été en outre enregistrée, selon un
rapport préliminaire de la commission, présenté lors d'une
conférence de presse.
"La poursuite de
la campagne électorale à proximité de certains bureaux de vote et
même à l'intérieur d'eux, a également fait l'objet de plusieurs
saisines signalées à Alger, Boumerdès, Djelfa et Sétif", a ajouté M.
Seddiki. Les autres saisines sont notamment relatives à l'existence
d'urnes non scellées (Alger-Msila et Tlemcen), le "remplissage
préalable d'enveloppes ayant été distribuées aux électeurs dans la
wilaya de Msila, l'existence d'urnes déjà pleines au centre de
Kliouen dans la commune de Ain Errahmane (Relizane)", l'absence de
bulletins de vote de certains partis (Tébessa-Mostaghanem),
l'existence en double d'autres bulletins et au "non-respect du
classement des bulletins conformément au tirage au sort comme ce fut
le cas dans une commune à Tizi-Ouzou", a-t-il détaillé.
L'"anarchie
totale" dans un centre de vote, la désignation d'un seul chef de
centre pour superviser deux centres de vote, a également fait
l'objet de saisine de même que l'interdiction de membres de la
commission d'accéder aux bureaux de vote. Un bon nombre de saisines
portait par ailleurs sur "l'absence des noms de citoyens des
listes".
Cette dernière
défaillance, relevée d'ailleurs par des observateurs étrangers, est
surtout due au "manque de financement chez les partis notamment les
plus petits", a déclaré M. Seddiki. D'autres saisines ont porté sur
la faible présence des représentants des partis politiques au niveau
des bureaux de vote, une défaillance relevée par des observateurs
étrangers et imputée par M. Seddiki au manque des moyens financiers
pour certains partis, qui n'ont pas les moyens de payer leurs ces
personnes.
Tahar F
Haut
Chef de la mission d'observation de l'UE
«Le vote s'est
bien déroulé d'une manière générale»
Le chef de la
Mission des observateurs de l'Union européenne (UE), M. Jose Ignacio
Salafranca, a indiqué jeudi, lors d'une visite de travail qui l'a
conduit au lycée Zineb Oum Almassakine (Bd K. Belkacem) à Alger que
les élections se sont déroulées dans des conditions " généralement
satisfaisantes excepté quelques petits incidents très limités. Ces
derniers ne perturbent pas le déroulement des élections ". Jose
Ignacio a basé son constat sur la base des rapports qui lui sont
parvenus des équipes de sa mission déployées sur les 48 wilayas. "
Entre 85 et 90% des rapports des observateurs (de l'UE) sont
satisfaisants " à propos du déroulement de l'opération électorale,
alors qu' "aucune tentative de fraude n'a été enregistrée ", a-t-il
fait savoir. Il a également affirmé que les moyens nécessaires pour
assurer un bon scrutin ont été déployés par les services concernés.
Néanmoins, l'interlocuteur a précisé que ce qu'il vient d'annoncer
n'est qu'une appréciation. En effet, un rapport final sera élaboré
par ses équipes dans les prochains jours. Interrogé sur la demande
non satisfaite de sa délégation relative à l'accès au fichier
électoral national, Jose Ignacio Slafranca dira que ce point ne va
pas être abordé le jour des élections. "Nous n'allons pas nous
exprimer sur le fichier électoral national le jour du vote. Nous
allons donner notre avis sur le question au moment opportun", a-t-il
répondu. S'agissant des contacts avec les autres observateurs, il a
informé les journalistes que sa délégation est en contact permanent
avec les observateurs de l'Union africaine, de la Ligue arabe et
l'ONG américaine NDI. Notons que la mission d'observation de l'Union
européenne a déployé environ 150 observateurs européens sur les 48
wilayas. Ces derniers sont aidés d' une trentaine d'Algériens
recrutés à cet effet, et par le personnel des ambassades des pays de
l'UE accrédités en Algérie.
Par Rachid
Chiheb
Haut
Il était souriant et accompagné de deux enfants
Bouteflika a
voté à l'école Mohamed El-Bachir El-Ibrahimi
Le Président de la
République, M. Abdelaziz Bouteflika, a accompli jeudi matin son
devoir électoral pour les élections législatives 2012 à l'école
Mohamed El-Bachir El-Ibrahimi d'El Biar, à Alger. Le chef de l'Etat
est arrivé aux environs de 11h00 au centre de vote, accompagné de
ses deux frères et de ses neveux. Au bureau de vote N°34, le
président a pris toutes les listes électorales des candidats en
lice, avant d'entrer dans l'isoloir et faire son choix parmi les
candidats à ces élections législatives. Au moment où le Président
Bouteflika, souriant, allait glisser le bulletin dans l'urne
transparente, photographes et caméramen de la presse nationale et
internationale en ont profité pour immortaliser le moment et,
surtout, prendre des photos et des images du chef de l'Etat
accomplisant son devoir électoral.
Riad D
Haut
Selon le président de la Commission de supervision
Un scrutin dans
de «bonnes conditions»
Le président de la
Commission nationale de supervision des élections législatives (CNSEL),
M. Slimane Boudi, a souligné que le scrutin s'est déroulé dans de
"bonnes conditions" à travers l'ensemble des centres et bureaux de
vote. Il a précisé, dans une déclaration à la presse au siège de la
commission au Palais des Nations (Alger) à l'issue de la clôture du
scrutin, que les infractions enregistrées n'ont eu aucune incidence
sur le bon déroulement de l'opération électorale, les qualifiant
d'"incidents mineurs". Le même responsable a ajouté que depuis
l'ouverture du scrutin à 8h jusqu'à la clôture des urnes à 20h, la
commission a tranché 200 saisines, précisant que 70% des cas ont été
relevés à travers des auto-saisines des membres de cette structure
de supervision. M. Boudi a indiqué que la plupart de ces infractions
sont de "simples incidents" qui ont été tranchés dans "l'immédiat"
et qui concernent la non-conformité des urnes aux caractéristiques
définies par la loi, le mauvais classement des bulletins de vote et
le nombre d'enveloppes insuffisant par rapport à celui des bulletins
de vote. La Commission a également soumis à la justice, selon son
président, 10 plaintes, parvenues à son niveau par le biais de ses
sous-commissions locales, car elles portent sur des "infractions à
caractère pénal". Selon le même responsable, ces plaintes
concernent des manquements de militants de certaines formations
politiques à la sécurité des bureaux et centres de vote et d'autres
irrégularités comme la poursuite de la campagne électorale après
l'expiration du délai légal. La CNSEL a rejeté, en revanche, 40
plaintes n'ayant pas de fondement légal, a relevé M. Boudi, assurant
que toutes les saisines qui lui sont parvenues ont été tranchées, en
dépit de la "rapidité" qu'exige cette opération. Il a, par ailleurs,
souligné qu'une heure après le début de l'opération de
dépouillement, la commission n'avait reçu aucune plainte sur
d'éventuelles infractions.
Farid D
Haut
La participation diffère d'une wilaya à une autre
Le discours de
Bouteflika fait la différence
Bab El-Oued, l'un
des plus grands quartiers au monde, hautement peuplé, hautement
symploque, témoin de siècles d'histoire... Le soleil avait déjà
projeté ses généreux rayons sur les orgueilleuses battisses et sur
les étroites ruelles qui commencent, comme jamais ailleurs, à
fourmiller dès le petit matin.
Dans les cafés,
sur les trottoirs, dans les marchés… on commençait déjà à parler
vote. Votera-t-on ? Ne votera-t-on pas ? Qui l'emportera ?... On
parlait aussi du discours du président, de ses mises en garde, de
ses promesses… bref, le climat semblait différent, et les partisans
d'abstention se faisaient plus bavards que les partisans. Le 10
mai, une journée pas comme les autres : examen de démocratie, de
confiance entre les gouvernants et les gouvernés, heure de vérité,
de récolte, d'aboutissement ou non d'un long processus de "
réformes", de tentative de redonner un nouveau souffle à la pratique
politique… A celui qui voudrait prendre la température, Bab El-Oued
reste le meilleur thermomètre. Les trois horloges s'accordent à
annoncer en chœur les huit heures du matin. Les bureaux de vote
étaient déjà prêts à recevoir les premiers électeurs, et le tout
semblait en place : personnels, bulletins, cachets, bouteilles
d'encre… et surtout les urnes, cette fois, bien transparentes, si
transparentes qu'on peut y voir le moindre insecte, si infime
soit-il.. L'école primaire, Kamel Berkane, fait office d'un bureau
de vote. Dans la petite cour se tiennent les représentants des
partis politiques, quelques dix-neuf salles sont aménagées pour un
meilleur accueil, les unes pour les femmes, d'autres pour les
hommes. Quelques vieux matinaux, radieux, souriants, cherchant
l'urne des yeux, commençaient à affluer et… quelques jeunes, hommes
et jeunes femmes, qu'on pouvait compter sur les doigts d'une main "
N'voti ledzair (je vote pour l'Algérie ndlr)", déclare une femme
d'un certain âge. " Je n'allais pas venir", déclare une autre, la
trentaine, un voile entourant nonchalamment la tête, et d'ajouter :
" c'est le discours de Bouteflika qui m'a convaincue de l'utilité de
voter, notamment quand il a parlé de l'ingérence. Je ne veux pas que
mon pays soit proie des vautours occidentaux". D'autres personnes
interrogées évoqueront le discours du Président. " C'était
chaleureux et ça m'a vraiment touché, surtout quand il a parlé de
remettre le flambeau aux jeunes. Je ne m'y connais pas trop en
politique, pour savoir comment cela se fera, mais j'ai l'impression
qu'il disait vrai ! ", rétorque Mohamed à notre question ayant trait
à ses motivations.
10 heures, le
bureau s'anime et le brouhaha va s'accentuant. Quelques électeurs
pénètrent dans la cour. chacun est orienté vers la salle où se
trouve son nom. Les uns viennent pour voter pour des proches,
d'autres pour un idéal politique, et d'autres encore par "devoir".
"C'est un droit que j'exerce depuis que je suis majeu ", déclare un
quinquagénaire. "Oui ! C'est un droit et un devoi ", renchérit son
compagnon, plus jeune, montrant la tâche bleue sur son index. "Un
ami à moi est sur la liste d'un parti. Je suis là pour lui donner un
coup de pouce", répond un autre, la quarantaine.
Midi. A présent,
le calme est imposant. Que les représentants des partis politiques
et les agents qui s'occupaient de l'organisation parlaient d'aller
manger. Le calme durera jusqu'à 14 heures, peut-être plus. Que
quelques âmes pénétrèrent dans l'enceinte de l'école. Aux environs
de coups de 15 heures, le mouvement reprend légèrement. Des groupes
de jeunes, de filles, des couples, aussi, des vieux et des vieilles,
mais moins nombreux que le matin, viennent " accomplir leurdevoir "
et " exercer leur droit ". Beaucoup ont évoqué l'appel du Président
de République au vote à partir de Sétif. " Sans cela, je n'aurais
pas voté ", assure Kamel qui ajoute avec un ton des plus sérieux : "
Je crois que nous devons tous mettre la main pour sauver notre pays,
le président a certainement raison ! ". A Dix-huit heures, les
représentants des partis parlent de 23% de participation. Les
votants se faisaient de plus en plus rares…Un peu plus haut. Au
lycée Touati Saïd qui s'est lui aussi transformé en bureau de vote,
l'ambiance n'a pas été trop différente. Idem pour la majeure partie
des autres bureaux de vote d'Alger. Pis encore dans ceux de la
Kabylie…
Forte
participation au Sud
Dans les autres
régions, Est, Ouest et surtout Sud une affluence relative
d'électeurs a été observée dans de nombreux bureaux de vote. A
Sétif, la plus importante circonscription de l'Est algérien avec
880.280 électeurs inscrits, répartis dans 589 centres et 2018
bureaux de vote, l'affluence, une heure après l'ouverture, était
globalement moyenne. Les femmes, comme il est de tradition, étaient
peu nombreuses durant la matinée. Mais l'après-midi, elles se sont,
tout comme les hommes, précipitées sur lesdits bureaux. La même
chose pour Khenchela, Jijel…
A l'Ouest du pays,
l'opération de vote a été marquée, aux premières heures, par un bon
déroulement et une affluence qui diffère d'une région à une autre. A
Oran, il a été observé des files d'attente dans nombre de centres de
vote comme à Bethioua, Hassi Mefsoukh, Mers El Hadjadj, Mers El
Kebir, Ain El Beida et également au centre-ville de la capitale de
l'ouest du pays, augurant d'une participation appréciable. A
Relizane et à l'exception du chef-lieu de wilaya où la participation
a débuté timide comme au centre de vote à l'école "Bendjabbar", les
autres communes ont enregistré une affluence bien meilleure, à
l'instar de la commune "El Matmar".
Pour le Sud, les
4120 bureaux de vote dans les wilayas du Sud du pays ont commencé
jeudi dès 8h00 à recevoir leurs premiers électeurs sur les 1.861.385
personnes constituant leur fichier électoral de cette région du
pays. Ces premiers électeurs, des personnes relativement âgées mais
aussi des jeunes, chose que l'on avait pas l'habitude de voir aux
premières heures du scrutin lors de précédentes consultations
électorales, ont commencé à affluer par petits groupes aux bureaux
de vote ou est remarquée la présence de membres de la
sous-commissions de supervision des élections législatives, et des
représentants des candidats, partisans et indépendants...Au final le
Sud, enregistrera le taux de participation le plus élevé.
Par Hamid
Fekhart
Haut
Le score des partis islamiques, le grand enjeu
Le scrutin vu
par la presse étrangère
Les plus grands
titres étrangers et les médias lourds ont accordé un intérêt très
particulier aux élections législatives algériennes. C'était logique
et attendu à la fois, dans la mesure où, le scrutin en Algérie
intervient dans une conjoncture cruciale, à savoir le " Printemps
Arabe ". Un événement très attendu par les médias étrangers dans la
mesure où, nombreux furent ceux qui attendaient une victoire
écrasante des partis islamistes, comme ce fut le cas dans les autres
pays arabes. Au moment où de nombreux pays arabe ont sombré dans
l'islamisme, après avoir renversé les anciens régimes par des jeunes
révoltés, l'Algérie est, contrairement à plusieurs prévisions,
sortie indemne grâce aux élections législatives. Un scrutin suivi de
plus près et couvert par plusieurs médias lourds, étrangers et
nationaux
. En effet, le
journal français, " Le Figaro " a dépêché, à Alger, ses journalistes
pour couvrir cet événement à l'instar d'autres journaux français,
espagnols, suisses, libanais, koweitiens, saoudiens et belges. Les
chaînes satellitaires étrangères étaient elles aussi en force, à
Alger, pour la même mission. France 24, France 2, BBC Arabic, Al
Arabia, Nesma TV et la liste est longue, ont couvert les élections
législatives avec grand intérêt. Pour " Le Figaro ", le premier
scrutin organisé après le printemps arabe a rassemblé plus de
votants qu'aux dernières élections législatives de 2007. Le même
journal s'attendait à une victoire islamiste lors de ces élections.
D'ailleurs, le score des partis islamiques et la participation sont
les deux enjeux des élections législatives du 10 mai pour élire les
membres de l'Assemblée populaire nationale (APN), estime,
substantiellement, la presse internationale, qui réserve à
l'occasion, de larges échos à ce scrutin. L'hebdomadaire Le Nouvel
Observateur indique que " 21 millions d'Algériens élisent leurs
députés ce jeudi. La principale interrogation est le score que vont
réaliser les islamistes ". Pour le quotidien français le Monde, "
les Algériens élisent jeudi leurs députés, après des réformes mises
en œuvre (...) pour parer à un printemps arabe, et avec pour enjeu
le score des islamistes, et la participation ". De son côté, The
Sun, publication anglophone, rapporte que " les Algériens voteront
pour un nouveau parlement le 10 mai ". " Ce qui rend cette élection
intéressante, c'est que les partis d'opposition, comme le Front des
forces socialistes (FFS), qui ont boycotté les élections en 2002 et
en 2007, participent cette fois. Son S.G., Ali Laskri, a expliqué
que la participation de son parti est dans l'intérêt de l'unité du
pays ", note le même quotidien. Pour le quotidien libanais Ennahar,
" Les Algériens iront aux urnes pour choisir les membres de
l'Assemblée populaire nationale. Le même journal note que " les
analystes et les diplomates s'attendent à ce que ces élections
mènent, pour la première fois, les partis islamistes à former le
plus grand bloc dans l'Assemblée constituée de 462 députés à
l'instar de ce qui a été réalisé par les partis islamistes en
Tunisie et en Egypte ". A l'instar des autres titres de la presse
internationale, Echarq El Awsat rapporte que " plus de 21 millions
d'Algériens élisent aujourd'hui un cinquième Parlement pluraliste
". Selon ce journal, " ce qui caractérise ces législatives, ce
sont les incessants appels des autorités pour un vote massif des
Algériens afin de ne pas faire l'exception dans une région qui a
vécu des expériences électorales réussies. A son tour le Parisien
note que les électeurs algériens ont commencé à se rendre jeudi aux
urnes pour élire leurs députés. Sous le titre, " La campagne
électorale débute en Algérie, un test pour les réformes de
Bouteflika " le quotidien marocain, la Nouvelle tribune dans son
article consacré aux législatives, revient sur le discours du
président, tout en mettant l'accent sur la participation qui
demeure la grande interrogation ainsi que le score des islamistes.
Lotfi Itou
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Le concept de rupture
Comme sortie de
crise
L'installation de
la crise algérienne au début des années 1990, a inspiré aux
intellectuels de gauche une réflexion autour du concept de rupture
comme nécessité historique de sortie de crise.
Dans son ouvrage
Algérie, Modernité, Enjeux en jeu, El Hachemi Cherif, Secrétaire
général du parti communiste El Tahhadi (ex Pags) explique longuement
l'impossible réconciliation avec l'islamisme, dont il reconnaît
cependant l'importance à la fois numérique et, donc forcément,
politique. L'islamisme est perçu naturellement en des termes
extrêmement négatifs, et réduit à ses effets intégristes, voire
terroristes. Il n'est pas ici question de discuter le phénomène
(islamiste) dans sa genèse, sa sociologie, son enracinement culturel
et populaire ni comme riposte aux multiples dysfonctionnements d'un
Etat défaillant. Il n'est pas non plus question d'examiner les
réponses qu'il apporte, les remèdes qu'il propose, et la " foi "
qu'il suscite chez ses nombreux partisans. On ne retiendra du long
plaidoyer - mais plutôt du réquisitoire - du Secrétaire général que
l'aspect " infâme " et " barbare " qu'il aura retenu de l'islam
politique. Nous sommes sur un terrain de la polémique, du
dénigrement, de la diabolisation contre l'adversaire ; et non sur
celui de la compréhension objective auquel pourtant semble aspirer
le propos général de Hachemi Chérif. Il ne va pas de soi, comme le
suggèrent ou le clament tant de militants, habitués aux engagements
spectaculaires, qu'une telle approche, pour le moins " combative ",
soit d'un effet quelconque. Réservée à un type précis de
mobilisation politique, et/ou médiatique, il s'avère souvent inutile
même de la discuter…
Plus intéressante
apparaît l'idée capitale développée à travers l'ouvrage, et dans ses
conclusions les plus claires, celle de la rupture hic et nunc. Nous
sommes en 1996, lorsque le livre est édité. Il se présente comme une
" première synthèse " des idées d'un auteur qui a mené de concert
réflexion et action. Outre son passage à la télévision où il fut le
réalisateur d'un long métrage de fiction (Ettarfa) et de quelques
documentaires, il a, vers la fin de la guerre, pris le maquis, puis
exercé des fonctions administratives avant d'être promu à la tête du
parti communiste algérien qui fut, pour beaucoup, un inspirateur des
idées dont se prévalent les gauchistes du FLN. Et pas seulement eux,
puisque le nombre de jeunes, et moins jeunes journalistes, des
médias algériens qui les répètent et les propagent, parfois à leur
insu - semble-t-il - est conséquent. La rupture dont parle El
Hachemi Chérif a eu beaucoup d'écho dans la presse, comme mot
d'ordre et concept, avant et après la parution dudit ouvrage.
Beaucoup de politiques, parmi les dirigeants compris, l'ont repris à
leur compte. Aujourd'hui encore, on le propose, mais du bout des
lèvres, comme alternative à la politique de réconciliation
nationale, menée par Bouteflika. C'est tout à l'honneur de l'auteur
que d'avoir tenté de le définir.
Qu'est-ce que donc
cette idée de rupture et en quoi pourrait-elle alimenter une
réflexion plus vaste, par delà l'Algérie, sur les problèmes de
modernité qui se posent au monde arabe et musulman? D'emblée une
grande déception : l'auteur, sans doute englué dans des
considérations tactiques et des calculs politiques - n'oublions pas
ses " responsabilités " à cet égard -, se refuse d'y répondre
franchement. Il fournit cependant un certain nombre de pistes pour
la cerner, et commence par insister sur son caractère " impérieux "
et " radical ". Le lecteur est sommé de bien comprendre le contexte
dans lequel cette proposition de rupture est envisagée, " un moment
décisif du mouvement de l'Histoire ", rien de moins, " ce moment
risque de ne plus jamais se reproduire, ou de ne plus se reproduire
avant très longtemps ! Car, en cas de manquement au rendez-vous avec
cette opportunité historique, c'est une véritable régression à
l'échelle de l'Histoire qui terrasserait notre pays ". Nous sommes
donc prévenus. La rupture, comme son nom l'indique, n'est pas la
réforme. " L'esprit de réforme, la réforme même, n'est ni
opératoire, ni efficace, qu'elle ait la prétention de porter sur le
tout ou sur telle ou telle sphère, telle ou telle partie de ce tout.
" Elle est globale - systématique diraient certains -
révolutionnaire en un mot. " Un tel bond - la rupture - ne peut être
opérée que par le moyen d'une révolution, conformément aux
enseignements de l'Histoire " mais, attention, " Exigence d'une
révolution qui ne peut, en aucune manière, être la répétition
mécanique des révolutions bourgeoises des pays européens et de
l'Amérique - qui se sont réalisées dans des contextes historiques
différents quant au niveau de mûrissement des facteurs de
développement. "Nous y voilà : la révolution doit être naturellement
de gauche, communiste pour tout dire, et non pas " bourgeoise "
comme en Europe ou en Amérique. On croit rêver… Néanmoins, édifié
sur l'impérieuse nécessité historique de la rupture et son caractère
global et radical, le lecteur comprend qu'il s'agit de rompre avec
l'intégrisme et les forces " rentières et bureaucratiques " qui lui
sont alliées, voir soumises. Voici donc identifiée la source de
blocage et des malheurs que connaît le pays, et avec laquelle le
Secrétaire général du parti communiste se propose, nous propose, de
" rompre ". Reste à savoir comment ?Surtout pas grâce au suffrage
universel ! prévient-il. Ceux qui estiment que le recours aux urnes
est la direction vers laquelle il faut s'orienter pour opérer la
rupture avec les forces du mal " ceux-là se trompent de société ".
Ils " posent cette problématique comme si l'Algérie était déjà un
acquis intangible et irréversible (…) Dans leur analyse, ils se
trompent carrément de peuple ". El Hachemi Chérif insiste sur l'idée
" qu'il ne saurait y avoir de choix conscient " à cause de l'islam
politique (dont il reconnaît cependant l'emprise sur le peuple, même
si cette emprise n'est que l'effet pervers de son " fonctionnement
fasciste ". La démocratie et ses attributs étant le but à poursuivre
par la mise en œuvre de la rupture, avoir recours à un processus
électoral, donc à la démocratie, est un non-sens. " Jamais, affirme
l'auteur, un tel processus n'a tranché la question de la modernité,
dans l'histoire de la modernité ".Que faire alors ? Il faut mettre
en œuvre " un consensus stabilisateur, à un niveau supérieur,
destiné à dépasser des fractures, des cassures déjà existantes
"(...) " C'est la rupture qui élargira la base du mouvement et
favorisera la création d'un nouveau consensus beaucoup plus large ".
" Un tel bond ne peut être opéré que par le moyen d'une révolution,
conformément aux enseignements de l'Histoire ". Consensus
stabilisateur ? Niveau supérieur ? Révolution ? Enseignements de
l'Histoire… Nous n'en saurons pas davantage. Si les acteurs de cette
rupture doivent se recruter au sein des forces vives de la nation
(c'est-à-dire " tous ceux qui ont objectivement intérêt à
l'édification d'un Etat moderne et de droit (…) les forces du
travail, de la production, de la science et de la culture. "), il
reste à déterminer par quel moyen les regrouper (sous la houlette du
parti communiste ?) et comment les amener ensuite à opérer " la
rupture radicale" sans leur expliquer de quelle manière, puisque les
élections en sont exclues. A coups de fusil ? Par un coup d'Etat des
"masses" ? Si l'auteur n'y répond jamais, signalons toutefois, en
fin du livre, cet aveu de taille : " Il faut trouver d'autres formes
- que celle d'un "acte historique majeur, peu probable" ou celle
d'une "succession de moments ou de phases de transition" trop
complexe "à maîtriser et animer" - pour consacrer le passage de
notre Etat et de notre société à la modernité, passage qui ne peut,
de toutes les façons, se réaliser qu'en y intéressant la société
elle-même. " En d'autres termes, le Secrétaire général du parti
communiste - Dieu ait son âme - 1) ressent le besoin d'une rupture
révolutionnaire "urgente et radicale" avec l'islamisme et ses
"alliés", 2) avertit qu'il ne faut pas compter sur des élections car
le peuple, inconscient, est pollué par l'islamisme, 3) sait que
cette rupture doit être le fait des forces productives, 4) mais
ignore totalement comment la mener à bout, puisque aussi bien "un
fait capital majeur" qu'une "succession de phases" sont peu
probables. 5) "il faut donc trouver d'autres formes "… Le combat
contre l'intégrisme d'El Hachemi Chérif n'est pas à remettre en
cause. Ce sont ses idées qu'il s'agit de préciser pour ceux qui
n'ont pas lu son ouvrage ou ses articles de presse. Ses idées sont
importantes, par delà l'influence qu'elles ont exercée, et qu'elles
exercent toujours, sur une partie de la classe politique
-gouvernants compris - et l'opinion. Par delà, c'est la position
historique du parti communiste dans la grave crise qui a affecté
l'Algérie qu'il faudra mettre au clair et, le cas échéant, dénoncer.
Dénoncer les idées communistes ne revient pas systématiquement à
mettre en cause les sentiments patriotiques des individus qui le
composent. Encore moins à louer les idées islamistes, comme peuvent
le penser, à tort, les adeptes confucéens de " l'ennemi de mon ami
est mon ennemi ". Ou, comme le clame ce stupide et nuisible
président américain, W.J. Buch, " ceux qui ne sont pas d'accord moi
sont contre moi ". Si la pensée pouvait se résumer à de telles
équations, on s'interdirait volontiers de penser.
L'ouvrage de
Hachemi Chérif, s'il se résumait à son seul auteur, serait
l'expression d'une colère ; c'est d'ailleurs son principal défaut.
Nulle analyse objective de la situation politique algérienne n'y est
réellement aboutie. L'islam politique est, certes, le facteur
principal qui a alimenté le terrorisme. Mais comment combattre ce
dernier sur le terrain de violence même où il veut situer son action
dévastatrice ? N'est-ce pas plutôt lui rendre service ? Une des
nombreuses contradictions dont l'ouvrage est parsemé est de
reconnaître le caractère politique de l'islamisme tout en prônant la
violence radicale de lutte contre lui, au moment même où la réalité
indique clairement que l'islamisme n'est pas constitué que d'adeptes
du terrorisme - autrement, les quatre ou cinq millions d'électeurs
du FIS n'auraient pas hésité à prendre le maquis, et les événements
auraient pris une autre tournure. Où va-t-on chercher cette idée
saugrenue que les sympathisants islamistes, censés être les
sympathisants du terrorisme - ce qui reste à démontrer - doivent
être " éradiqués " ? Et comment concevoir que, par glissement, il
faut viser les " forces alliées " de l'islamisme, c'est-à-dire les
non islamistes eux-mêmes, c'est-à-dire tous ceux qui se trouvent
dans d'autres " sphères " mais qui participent, directement ou
indirectement - on laissera aux militants de Hachemi Chérif le soin
de les identifier et les inventorier - à l'existence de l'islamisme
? Buch et Hachemi se rejoignent par la voie de l'extrémisme. La
rupture révolutionnaire prônée par l'ouvrage, en "faveur de la
modernité", montre clairement qu'elle dépasse le simple phénomène
islamiste sur lequel elle s'appuie pour inspirer son intensité et sa
ferveur. Ce qui est visé, en fait, ce sont les (ré)-articulations
d'un Etat algérien, en voie de libéralisation. Il s'agit de se
saisir d'une "opportunité", d'une "chance" historiques, selon
l'auteur, pour mobiliser les "forces productives" afin de libérer la
patrie d'une transition en cours vers la libéralisation et son
corollaire "bourgeois", la démocratisation. Confier une telle tâche
à des élections aux suffrage universel, c'est aller à l'encontre des
"enseignements de l'Histoire", que le communiste peut lire à son
gré, étant entendu que c'est là la pire option qui soit.
En somme, une vision stalinienne bâtie sur un rêve, aussi vieux que
celui d'Octobre 1917.
Par Aïssa
Khelladi
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