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Tunisie : la
presse s'est-elle démocratisée ?
Les Tunisiens
commencent à s'intéresser aux journalistes qui ont servi l'ancien
pouvoir, avec zèle, et qui occupent aujourd'hui le devant de la
scène, au grand dam de ces plumes qui ont subi la censure ou, pire,
les affres de la répression. Dans l'euphorie des premières semaines,
on s'est très peu attardé sur les métamorphoses qu'ont connues les
télévisions et les titres de la presse écrite. Avec le même zèle et
du jour au lendemain, les ténors des médias ont chevauché le
mouvement qui a fait chuter Zine El Abidine Ben Ali (Zaba). Les
mêmes, absolument les mêmes, qui, juste la veille, portaient la voix
du raïs, allant jusqu'à adopter son look, sa cravate, son costume,
sa coupe de cheveux, se sont fondus dans la peau de l'insurgé,
fustigeant les années de plomb et se plaignant d'avoir été
bâillonnés. Certains ont quand même tenté de reconnaître leur
servilité, «tous coupables !» «Nous sommes tous responsables. Nous
n'avions pas le choix», clament-ils. Un «tous» qui désigne tout le
monde et personne à la fois. Une façon de dire : «Je n'ai rien fait
qui ne soit dans l'ordre des choses.»
Les Tunisiens ne
sont pas dupes, mais ils s'intéressent sans plus, car que
peuvent-ils y faire, quand tant de tâches s'amoncellent et que la
vie ne laisse plus que le temps de parer au plus pressé. Ils se
contentent d'un constat amer : «Curieusement, les hommes de Zaba qui
sévissaient dans le milieu de la presse n'ont pas encore été
sérieusement inquiétés. Le mouvement n'a pas encore touché tous les
premiers responsables, rédacteurs en chef, et autres propriétaires
de médias impliqués dans le dispositif de propagande et de
verrouillage de l'information du régime. Les Taoufik Ben Brik et
autre Sihem Bensedrine n'ont pourtant pas voulu faire partie du
«tous» et ont pu ne pas en faire partie, au contraire de leurs
confrères qui se sont mués en «fonctionnaires de presse». Qui,
ironie de l'Histoire, sont les plus visibles et sont en voie de
constituer le nouveau paysage médiatique, s'ils ne l'ont pas déjà
fait. Et, puisqu'on considère la presse comme l'un des pouvoirs, peu
importe qu'elle soit le quatrième, il faudra croire qu'elle sera aux
premières loges du travail qui sera fait sur le champ politique. Un
«quatrième pouvoir», qui n'est plus, on le sait maintenant, ce
contrepoids social contre les injustices, les iniquités ou les abus
d'autorité, mais un instrument entre les mains de «Citizen Kane»,
qui travaillent pour leurs propres intérêts ou qui vendent leurs
services aux plus offrants. On l'a constaté lors de la couverture de
la répression qui s'est abattue sur «la caravane de la liberté» à la
Casbah de Tunis. Ce mouvement qui ne correspondait pas aux critères
dominants de la «révolution», n'a pas mérité que sa voix soit
rapportée. Cela inaugure un cours dans lequel il en sera fait,
ainsi, de tout ce qui n’entre pas dans le moule de la «démocratie»
dictée par la presse «bien-pensante» , qui confisque de plus en plus
la liberté d'expression, à son profit et au profit des forces de
l'argent, dont elle fait partie. Le directeur du «Chicago Tribune»,
James Warren osait dire : «Je ne suis pas le rédacteur en chef d'un
journal, je suis le patron d'une entreprise de contenu.» C'est dire
que les Tunisiens ont encore beaucoup de choses à découvrir, sous le
vernis «démocratique» qui les fascine et les empêchent de voir la
monstrueuse machine qu'il cache. Ils se pourrait que cela se fasse
plus tôt que prévu, c'est ce qu'il faut leur souhaiter. Pourvu qu'il
ne soit pas trop tard.
Par Ahmed
Halfaoui |
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dimanche 13 février 2011

Empêchée par les forces de l'ordre
La marche n'a pas eu lieu
Lire
LES TITRES
Réflexion
Faire la révolution, c'est comme tomber amoureux
Bouabdallah, à propos des millions de dollars de perte à Air Algérie
«Le credoc est une mauvaise affaire»
Des
gangs s'entretuent pour régler leurs comptes
Trente assassinats en Algérie en 2010
Séquelles du terrorisme, rente et déficit de société civile
Pourquoi les Algériens ne sont pas prêts à
faire la «révolution»
Egypte
Le peuple a fait tomber Moubarak
Fatma
N'Soumer
Lala la combattante, Fatma la résistante
LA 24
Des
gangs s’entretuent pour régler des comptes
Trente
assassinats en Algérie en 2010
Les services de
sécurité ont enregistré durant l’année 2010 près de trente affaires
liées à des assassinats, perpetrés à travers plusieurs wilayas du
pays, notamment à Alger et Médéa. En effet, une douzaine
d’assassinats ont été recensés rien que dans la wilaya d’Alger,
notamment dans la commune de Bab El Oued, où cinq meurtres ont été
produits en l’espace d’une année. Vingt-sept personnes ont été
arrêtées dans le cadre de ces affaires de meurtre, quinze ont été
relâchées, tandis que quatorze ont été gardées en détention. Dans la
wilaya de Médéa, sept personnes ont été assassinées par leurs
agresseurs dans le cadre des règlements de compte. Vingt-quatre
personnes ont été traduites devant la justice, dont neuf placées en
détention provisoire. D’autre part, trois tentatives de meurtre ont
été enregistrées durant la même année, à travers lesquelles trois
personnes ont été interpellées et emprisonnées dans le cadre de ces
affaires. Dans la wilaya de Boumerdès, les services de la police
judiciaire ont élucidé cinq assassinats durant l’année précédente à
travers lesquelles cinq personnes ont été arrêtées. Dans la wilaya
de Béjaïa, une bande de malfaiteurs, composée de trois individus, a
été démantelée pour crime volontaire. Ces derniers sont accusées
d’avoir assassiné un commerçant. L’affaire remonte au 22 janvier
dernier, lorsque, agissant suite à des informations fournies par des
citoyens, la sûreté de daïra d’Ouzellaguen avait arrêté les trois
agresseurs.
En effet, les
trois malfaiteurs ont tenté d’assassiner, le 22 janvier dernier, le
propriétaire d’une boutique de téléphonie mobile. Ces derniers
s’étaient introduits à l’intérieur du magasin armés de couteaux afin
de tuer le jeune propriétaire de cette boutique dans le but d’éviter
leur identification. Leur plan fut un échec puisque, après leur
forfait, les agresseurs croyaient que leur victime était morte. Fort
heureusement, la victime en réchappa et permit, suite aux
signalements donnés aux enquêteurs, l’identification puis
l’arrestation des malfaiteurs. Les trois agresseurs ont été
présentés au tribunal d’Akbou le 24 janvier dernier. Par ailleurs,
le 2 février dernier, la police judiciaire de la wilaya de
Mostaganem a arrêté trois personnes impliquées dans le meurtre d’un
jeune homme de 23 ans. Ces trois récidivistes ont assassiné, la
veille, leur victime à l’arme blanche à la rue de la Liberté, en
plein centre de Mostaganem. Cela s’est produit après une dispute
entre la victime et les trois mis en cause. Ces derniers ont porté
trois coups mortels à la victime. Evacuée en urgence vers l’hôpital
de la ville, elle succombera suite aux graves blessures. Le 3
février dernier, un jeune de 19 ans a été, a son tour, assassiné par
deux personnes dans la wilaya de Khenchela. En effet, après
l’enquête, la police judiciaire de la wilaya de Khenchela a arrêté,
dans le cadre de cette affaire, cinq personnes, dont deux ont été
incarcérées pour assassinat, tandis que les trois autres ont été
remises en liberté. Les faits remontent au 31 janvier dernier,
lorsque deux personnes avaient assassiné leur victime, au niveau du
quartier Cosider, à Khenchela. La victime a été tabassée par ses
deux agresseurs avant quelle ne rende l’âme quelques dizaines de
minutes plus tard, après son évacuation vers l’hôpital de la ville.
Par ailleurs, cette hausse spectaculaire des actes d’assassinats à
travers le pays inquiète de plus en plus les services de sécurité.
En 2009, le taux des meurtres était beaucoup moins important qu’en
2010. Cela dit, durant l’année 2009, dix-sept personnes ont été
assassinées à travers le pays. Certaines affaires ont été élucidées
grâce aux tests ADN de la police scientifique, fau-il le rappeler.
Par Lotfi Itou
Réflexion
Faire la
révolution, c’est comme tomber amoureux
L’écrivain
égyptien à succès, M. Aswany, relève de nombreux points communs
entre une révolution et le fait d’être amoureux. «Un homme vraiment
amoureux devient une meilleure personne», soutient l’auteur de «L’Immeuble
Yacoubian» (éd. Actes Sud, 2006) et de Chicago (éd. Actes Sud,
2007). «Une révolution, c’est pareil.» Tous ceux qui y prennent part
savent quel genre de personnes ils ont été avant que ne commencent
les manifestations, «et maintenant ils se sentent différents. On a
acquis de la dignité. On n’est plus terrorisés». M. Aswany a
participé avec passion aux manifestations. Il pense écrire un livre
sur les événements en cours en Egypte. «C’est une expérience
extraordinaire qu’il ne faut pas lire comme on lit l’Histoire, mais
qu’il faut vivre comme on vit l’Histoire de l’intérieur», a-t-il
confié à «The Independent». L’écrivain, âgé de 53 ans, est un fin
observateur de ce que lui-même et des millions d’autres Egyptiens
espèrent ardemment être les derniers jours à la tête du pays de
celui qui l’a régenté pendant trente ans. L’atmosphère qui règne en
ce moment lui rappelle celle du roman «L’Automne du patriarche», de
Gabriel García Márquez (éd. Grasset, 1977), dans lequel un tyran
fictif sévit dans les Caraïbes. Il note la phase initiale de «déni
total». Puis viennent les accusations fallacieuses selon lesquelles
les manifestants sont «utilisés et manipulés (par ceux) qui haïssent
(notre) pays». En troisième lieu, un «nouveau jeu» consiste à tout
faire pour s’accrocher au pouvoir. C’est seulement après avoir tenté
en vain tout cela qu’il faut prendre la fuite. M. Aswany, qui
dénonce depuis longtemps le régime de Moubarak, juge «moyen-âgeuse»
la concentration du pouvoir entre les mains du président. Il fustige
également ce qu’il considère comme de la propagande gouvernementale.
Le romancier
assure avoir pris connaissance d’un document confidentiel du
ministère de l’Intérieur contenant «des instructions sans équivoque
pour que la télévision publique interroge les femmes, dise à quel
point elles ont peur et demande à Moubarak de les protéger (des
criminels)». M. Aswany tient à dissiper la crainte de certains de
voir l’arrivée au pouvoir des Frères musulmans. Ces peurs ont été
exagérées pour propager l’idée fausse selon laquelle «soit on
accepte Moubarak, soit il faut être prêt à une prise du pouvoir par
une version locale du Hamas ou des talibans, s’insurge M. Aswany.
Cette révolution n’a rien à voir avec les Frères musulmans.» Cet
ancien dentiste préfère la comparaison avec une Espagne qui a
retrouvé la liberté après les années Franco, et un retour de
l’Egypte à la situation qui prévalait au XIXe siècle, quand elle
était un bastion de la liberté et de la démocratie. L’écrivain
rejette également un autre cliché colporté par les Occidentaux et
les Israéliens, à savoir qu’une nouvelle Egypte dénoncerait les
accords de Camp David, conclus en 1978 avec Israël. Il s’étonne
devant l’incapacité des dirigeants israéliens à «voir qu’il vaut
tellement mieux signer un traité de paix avec une démocratie
responsable qu’avec une dictature corrompue. Si vous respectez le
peuple égyptien et ses choix, alors il maintiendra le processus de
paix sur une voie stable et solide.»
Propos
recueillis par Donald Macintyre
Un
sardinier s’écrase contre un rocher à Ghazaouet
Deux pêcheurs
sont morts et le raïs grièvement blessé
Le sardinier
«Noria», qui s’est abîmé sur un rocher vendredi dernier, a fait
naufrage au large de l’une des plages de port Marsa Ben M’hidi (Moskarda)
peu avant le coucher de soleil, à 24 mètres de fond. Ce naufrage à
causé la mort de deux marins-pêcheurs, Hadouchi Nourredine, 60 ans,
et Mouye Lahcène, 40 ans. Quant au capitaine (raïs), il a été
grièvement blessé, selon des sources proches. En effet, le sardinier
«Noria», qui avait à son bord 22 marins pêcheurs, en provenance du
port de Ghazaouet, dans la wilaya de Tlemcen, était en train de
pêcher le long du littoral de Marsa Ben M’hidi, près de la frontière
marocaine. Le raïs connaissait parfaitement ce secteur mais, cette
fois, il a foncé droit sur un rocher. Après le choc, le chalutier a
piqué du nez et a coulé à une profondeur de près de 25 mètres. Pris
de panique, les plus chanceux des pêcheurs se sont vite équipés de
leurs gilets de sauvetage. Toutefois, les moins chanceux ont eu du
mal à remonter à la surface. Au moment du naufrage, l’un des
rescapés a appelé à partir de son téléphone mobile son frère,
pêcheur de son état, afin qu’il avertisse les secours. Fort
heureusement, trois pêcheurs amateurs à bord d’un canot pneumatique
qui se trouvaient à quelques dizaines de mètres de l’endroit où le
bateau s’est échoué ont appelé les Gardes-Côtes pour leur demander
d’intervenir rapidement afin de sauver le reste de l’équipage au
nombre de 20 personnes. Près d’une heure plus tard, l’ensemble des
pêcheurs était évacué et acheminé au port de Ghazaouet.
Malheureusement, deux pêcheurs ont trouvé la mort, tandis que le
raïs a été évacué en urgence vers l’hôpital de la ville. Son état de
santé est jugé très critique. D’autre part, les familles des deux
victimes se sont rendues au port de Ghazaouet après avoir appris la
mort de leurs proches.
Par Lynda
Guenineche
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L'édito
Par
Aïssa
Khelladi
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Un désir de révolution
Une
marche, celle d’aujourd’hui, que l’on appelle aussi celle du «12», a
suscité des fantasmes de révolution. Laissons-là donc passer pour
l’interroger ensuite. Mais aujourd’hui même, à l’heure du rendez-vous,
demandons-nous à quoi, à quelle réalité, renvoie ce fantasme de
révolution –dans les esprits qui le subissent naturellement ? Personne
n’est dupe, personne ne s’attend à mieux, personne n’incarne le
changement, personne. Les cas de désespoir comme ceux que supposent les
immolations ou tentatives d’immolation, relèvent de l’individuel même si
leur signification sociale et politique peut renvoyer à des contextes
plus vastes. La harga est un phénomène qui exige un décryptage plus
complexe et plus subtil que de simples commentaires journalistiques. Ces
deux indicateurs à la forte charge symbolique ne sont pas probants pour
lire la possibilité d’une révolution et encore moins la prédire. Il faut
plus, et il n’y a pas plus.
A
l’exception d’une amertume de taille, née d’une erreur politique
indiscutable. Rien ne justifie en effet une continuité qui s’apparente à
l’immobilisme. Incarner pendant une douzaine d’années la stabilité
revenue par le maintien des mêmes hommes, la même équipe, le même style
de discours, le même décorum, et quasiment les mêmes programmes, peut
très naturellement susciter un désir de changement en retour,
c’est-à-dire dans un contexte aux allures plutôt fermées -caractérisé
par l’absence de mobilité politique- un désir de révolution.
La
recette est pourtant vieille comme le monde : pour ne rien changer, il
faut toujours tout changer. Le bonapartisme césariste qui met face à un
peuple un homme, et- vice versa, obéit à des règles, notamment
celle-ci : l’homme du peuple ne doit pas être vampirisé par son
entourage, qu’il soit familial ou autre. Le peuple est intraitable sur
cette question : s’il accepte le pacte, il se donne à l’élu et le veut
tout entier pour lui seul. C’est la femme de Ben Ali et le fils de
Moubarak que les Tunisiens et les Egyptiens ont rejetés, avant tout. Un
sentiment de trahison explique un sentiment de colère. Dans un système
monarchiste, comme celui des pays arabes, la dictature n’est pas moins
grande qu’ailleurs, avec ou sans pétrole, mais le pacte implicite qui
lie le roi au peuple est d’une autre nature.
Il
suppose la durée et prévoit l’hérédité comme élément de continuité. Le
problème qui se pose alors pour les monarchies est d’évoluer vers des
formes plus honorifiques: leur marge de manœuvre est plus grande. Dans
le cas de l’Algérie, pays post-révolutionnaire,
les changements sont attendus beaucoup plus dans la forme –la manière
d’exercer le politique, la communication, la multiplication des espaces
d’expression et d’organisation, le souci de la proximité etc.– que dans
le fond où pour avoir vécu le pire et le meilleur, l’Algérien a renoncé
aussi bien au miracle qu’à la révolution qui le suppose.
A.
K.
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