Moubarak a enfin renoncé au pouvoir. Le peuple d'Egypte l'y a contraint. Lorsqu'un peuple décide de vivre, le destin doit s'y soumettre, disait ce poète tunisien. Et c'est d'abord en Tunisie que l'incroyable a eu lieu. Ben Ali, le dictateur a fui ! Ben Ali, le dictateur a fui ! s'écriaient les Tunisiens qui n'arrivaient pas à y croire. Et voici le tour du despote de Misr.

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Tunisie : la presse s'est-elle démocratisée ?

Les Tunisiens commencent à s'intéresser aux journalistes qui ont servi l'ancien pouvoir, avec zèle, et qui occupent aujourd'hui le devant de la scène, au grand dam de ces plumes qui ont subi la censure ou, pire, les affres de la répression. Dans l'euphorie des premières semaines, on s'est très peu attardé sur les métamorphoses qu'ont connues les télévisions et les titres de la presse écrite. Avec le même zèle et du jour au lendemain, les ténors des médias ont chevauché le mouvement qui a fait chuter Zine El Abidine Ben Ali (Zaba). Les mêmes, absolument les mêmes, qui, juste la veille, portaient la voix du raïs, allant jusqu'à adopter son look, sa cravate, son costume, sa coupe de cheveux, se sont fondus dans la peau de l'insurgé, fustigeant les années de plomb et se plaignant d'avoir été bâillonnés. Certains ont quand même tenté de reconnaître leur servilité, «tous coupables !» «Nous sommes tous responsables. Nous n'avions pas le choix», clament-ils. Un «tous» qui désigne tout le monde et personne à la fois. Une façon de dire : «Je n'ai rien fait qui ne soit dans l'ordre des choses.»

Les Tunisiens ne sont pas dupes, mais ils s'intéressent sans plus, car que peuvent-ils y faire, quand tant de tâches s'amoncellent et que la vie ne laisse plus que le temps de parer au plus pressé. Ils se contentent d'un constat amer : «Curieusement, les hommes de Zaba qui sévissaient dans le milieu de la presse n'ont pas encore été sérieusement inquiétés. Le mouvement n'a pas encore touché tous les premiers responsables, rédacteurs en chef, et autres propriétaires de médias impliqués dans le dispositif de propagande et de verrouillage de l'information du régime. Les Taoufik Ben Brik et autre Sihem Bensedrine n'ont pourtant pas voulu faire partie du «tous» et ont pu ne pas en faire partie, au contraire de leurs confrères qui se sont mués en «fonctionnaires de presse». Qui, ironie de l'Histoire, sont les plus visibles et sont en voie de constituer le nouveau paysage médiatique, s'ils ne l'ont pas déjà fait. Et, puisqu'on considère la presse comme l'un des pouvoirs, peu importe qu'elle soit le quatrième, il faudra croire qu'elle sera aux premières loges du travail qui sera fait sur le champ politique.  Un «quatrième pouvoir», qui n'est plus, on le sait maintenant,  ce contrepoids social contre les injustices, les iniquités ou les abus d'autorité, mais un instrument entre les mains de «Citizen Kane», qui travaillent pour leurs propres intérêts ou qui vendent leurs services aux plus offrants. On l'a constaté lors de la couverture de la répression qui s'est abattue sur «la caravane de la liberté» à la Casbah de Tunis. Ce mouvement qui ne correspondait pas aux critères dominants de la «révolution», n'a pas mérité que sa voix soit rapportée. Cela inaugure un cours dans lequel il en sera fait, ainsi, de tout ce qui n’entre pas dans le moule de la «démocratie» dictée par la presse «bien-pensante» , qui confisque de plus en plus la liberté d'expression, à son profit et au profit des forces de l'argent, dont elle fait partie. Le directeur du «Chicago Tribune», James Warren osait dire : «Je ne suis pas le rédacteur en chef d'un journal, je suis le patron d'une entreprise de contenu.» C'est dire que les Tunisiens ont encore beaucoup de choses à découvrir, sous le vernis «démocratique» qui les fascine et les empêchent de voir la monstrueuse machine qu'il cache. Ils se pourrait que cela se fasse plus tôt que prévu, c'est ce qu'il faut leur souhaiter. Pourvu qu'il ne soit pas trop tard.

Par Ahmed Halfaoui

dimanche 13 février 2011


Empêchée par les forces de l'ordre
La marche n'a pas eu lieu

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LES TITRES  

Réflexion

Faire la révolution, c'est comme tomber amoureux

 

Bouabdallah, à propos des millions de dollars de perte à Air Algérie

«Le credoc est une mauvaise affaire»

 

Des gangs s'entretuent pour régler leurs comptes  

Trente assassinats en Algérie en 2010

 

Séquelles du terrorisme, rente et déficit de société civile

Pourquoi les Algériens ne sont pas prêts à faire la «révolution»

 

Egypte

Le peuple a fait tomber Moubarak

 

Fatma N'Soumer

Lala la combattante, Fatma la résistante 

 


LA 24

 Des gangs s’entretuent pour régler des comptes

Trente assassinats en Algérie en 2010

Les services de sécurité ont enregistré durant l’année 2010 près de trente affaires liées à des assassinats, perpetrés à travers plusieurs wilayas du pays, notamment à Alger et Médéa. En effet, une douzaine d’assassinats ont été recensés rien que dans la wilaya d’Alger, notamment dans la commune de Bab El Oued, où cinq meurtres ont été produits en l’espace d’une année. Vingt-sept personnes ont été arrêtées dans le cadre de ces affaires de meurtre, quinze ont été relâchées, tandis que quatorze ont été gardées en détention. Dans la wilaya de Médéa, sept personnes ont été assassinées par leurs agresseurs dans le cadre des règlements de compte. Vingt-quatre personnes ont été traduites devant la justice, dont neuf placées en détention provisoire. D’autre part, trois tentatives de meurtre ont été enregistrées durant la même année, à travers lesquelles trois personnes ont été interpellées et emprisonnées dans le cadre de ces affaires. Dans la wilaya de Boumerdès, les services de la police judiciaire ont élucidé cinq assassinats durant l’année précédente à travers lesquelles cinq personnes ont été arrêtées. Dans la wilaya de Béjaïa, une bande de malfaiteurs, composée de trois individus, a été démantelée pour crime volontaire. Ces derniers sont accusées d’avoir assassiné un commerçant. L’affaire remonte au 22 janvier dernier, lorsque, agissant suite à des informations fournies par des citoyens, la sûreté de daïra d’Ouzellaguen avait arrêté les trois agresseurs.

En effet, les trois malfaiteurs ont tenté d’assassiner, le 22 janvier dernier, le propriétaire d’une boutique de téléphonie mobile. Ces derniers s’étaient introduits à l’intérieur du magasin armés de couteaux afin de tuer le jeune propriétaire de cette boutique dans le but d’éviter leur identification. Leur plan fut un échec puisque, après leur forfait, les agresseurs croyaient que leur victime était morte. Fort heureusement, la victime en réchappa et permit, suite aux signalements donnés aux enquêteurs, l’identification puis l’arrestation des malfaiteurs. Les trois agresseurs ont été présentés au tribunal d’Akbou le 24 janvier dernier. Par ailleurs, le 2 février dernier, la police judiciaire de la wilaya de Mostaganem a arrêté trois personnes impliquées dans le meurtre d’un jeune homme de 23 ans. Ces trois récidivistes ont assassiné, la veille, leur victime à l’arme blanche à la rue de la Liberté, en plein centre de Mostaganem. Cela s’est produit après une dispute entre la victime et les trois mis en cause. Ces derniers ont porté trois coups mortels à la victime. Evacuée en urgence vers l’hôpital de la ville, elle succombera suite aux graves blessures. Le 3 février dernier, un jeune de 19 ans a été, a son tour, assassiné par deux personnes dans la wilaya de Khenchela.  En effet, après l’enquête, la police judiciaire de la wilaya de Khenchela a arrêté, dans le cadre de cette affaire, cinq personnes, dont deux ont été incarcérées pour assassinat, tandis que les trois autres ont été remises en liberté. Les faits remontent au 31 janvier dernier, lorsque deux personnes avaient assassiné leur victime, au niveau du quartier Cosider, à Khenchela. La victime a été tabassée par ses deux agresseurs avant quelle ne rende l’âme quelques dizaines de minutes plus tard, après son évacuation vers l’hôpital de la ville. Par ailleurs, cette hausse spectaculaire des actes d’assassinats à travers le pays inquiète de plus en plus les services de sécurité. En 2009, le taux des meurtres était beaucoup moins important qu’en 2010. Cela dit, durant l’année 2009, dix-sept personnes ont été assassinées à travers le pays. Certaines affaires ont été élucidées grâce aux tests ADN de la police scientifique, fau-il le rappeler.

Par Lotfi Itou

 

 Réflexion

Faire la révolution, c’est comme tomber amoureux

L’écrivain égyptien à succès, M. Aswany, relève de nombreux points communs entre une révolution et le fait d’être amoureux. «Un homme vraiment amoureux devient une meilleure personne», soutient l’auteur de «L’Immeuble Yacoubian» (éd. Actes Sud, 2006) et de Chicago (éd. Actes Sud, 2007). «Une révolution, c’est pareil.» Tous ceux qui y prennent part savent quel genre de personnes ils ont été avant que ne commencent les manifestations, «et maintenant ils se sentent différents. On a acquis de la dignité. On n’est plus terrorisés». M. Aswany a participé avec passion aux manifestations. Il pense écrire un livre sur les événements en cours en Egypte. «C’est une expérience extraordinaire qu’il ne faut pas lire comme on lit l’Histoire, mais qu’il faut vivre comme on vit l’Histoire de l’intérieur», a-t-il confié à «The Independent». L’écrivain, âgé de 53 ans, est un fin observateur de ce que lui-même et des millions d’autres Egyptiens espèrent ardemment être les derniers jours à la tête du pays de celui qui l’a régenté pendant trente ans. L’atmosphère qui règne en ce moment lui rappelle celle du roman «L’Automne du patriarche», de Gabriel García Márquez (éd. Grasset, 1977), dans lequel un tyran fictif sévit dans les Caraïbes. Il note la phase initiale de «déni total». Puis viennent les accusations fallacieuses selon lesquelles les manifestants sont «utilisés et manipulés (par ceux) qui haïssent (notre) pays». En troisième lieu, un «nouveau jeu» consiste à tout faire pour s’accrocher au pouvoir. C’est seulement après avoir tenté en vain tout cela qu’il faut prendre la fuite. M. Aswany, qui dénonce depuis longtemps le régime de Moubarak, juge «moyen-âgeuse» la concentration du pouvoir entre les mains du président. Il fustige également ce qu’il considère comme de la propagande gouvernementale.

Le romancier assure avoir pris connaissance d’un document confidentiel du ministère de l’Intérieur contenant «des instructions sans équivoque pour que la télévision publique interroge les femmes, dise à quel point elles ont peur et demande à Moubarak de les protéger (des criminels)». M. Aswany tient à dissiper la crainte de certains de voir l’arrivée au pouvoir des Frères musulmans. Ces peurs ont été exagérées pour propager l’idée fausse selon laquelle «soit on accepte Moubarak, soit il faut être prêt à une prise du pouvoir par une version locale du Hamas ou des talibans, s’insurge M. Aswany. Cette révolution n’a rien à voir avec les Frères musulmans.» Cet ancien dentiste préfère la comparaison avec une Espagne qui a retrouvé la liberté après les années Franco, et un retour de l’Egypte à la situation qui prévalait au XIXe siècle, quand elle était un bastion de la liberté et de la démocratie. L’écrivain rejette également un autre cliché colporté par les Occidentaux et les Israéliens, à savoir qu’une nouvelle Egypte dénoncerait les accords de Camp David, conclus en 1978 avec Israël. Il s’étonne devant l’incapacité des dirigeants israéliens à «voir qu’il vaut tellement mieux signer un traité de paix avec une démocratie responsable qu’avec une dictature corrompue. Si vous respectez le peuple égyptien et ses choix, alors il maintiendra le processus de paix sur une voie stable et solide.»

 Propos recueillis par Donald Macintyre

 

 Un sardinier s’écrase contre un rocher à Ghazaouet

Deux pêcheurs sont morts et le raïs grièvement blessé

Le sardinier «Noria», qui s’est abîmé sur un rocher vendredi dernier, a fait naufrage au large de l’une des plages de port Marsa Ben M’hidi (Moskarda) peu avant le coucher de soleil, à 24 mètres de fond. Ce naufrage à causé la mort de deux marins-pêcheurs, Hadouchi Nourredine, 60 ans, et Mouye Lahcène, 40 ans. Quant au capitaine (raïs), il a été grièvement blessé, selon des sources proches. En effet, le sardinier «Noria», qui avait à son bord 22 marins pêcheurs, en provenance du port de Ghazaouet, dans la wilaya de Tlemcen, était en train de pêcher le long du littoral de Marsa Ben M’hidi, près de la frontière marocaine. Le raïs connaissait parfaitement ce secteur mais, cette fois, il a foncé droit sur un rocher. Après le choc, le chalutier a piqué du nez et a coulé à une profondeur de près de 25 mètres. Pris  de panique, les plus chanceux des pêcheurs se sont vite équipés de leurs gilets de sauvetage. Toutefois, les moins chanceux ont eu du mal à remonter à la surface. Au moment du  naufrage, l’un des rescapés a appelé à partir de son téléphone mobile son frère, pêcheur de son état, afin qu’il avertisse les secours. Fort heureusement, trois pêcheurs amateurs à bord d’un canot pneumatique qui se trouvaient à quelques dizaines de mètres de l’endroit où le bateau s’est échoué ont appelé les Gardes-Côtes pour leur demander d’intervenir rapidement afin de sauver le reste de l’équipage au nombre de 20 personnes. Près d’une heure plus tard, l’ensemble des pêcheurs était évacué et acheminé au port de Ghazaouet. Malheureusement, deux pêcheurs ont trouvé la mort, tandis que le raïs a été évacué en urgence vers l’hôpital de la ville. Son état de santé est jugé très critique. D’autre part, les familles des deux victimes se sont rendues au port de Ghazaouet après avoir appris la mort de leurs proches.                                                    

Par Lynda Guenineche

Archives Edition Pdf

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L'édito

Par

Aïssa Khelladi  

Un désir de révolution

Une marche, celle d’aujourd’hui, que l’on appelle aussi celle du «12», a suscité des fantasmes de révolution. Laissons-là donc passer pour l’interroger ensuite. Mais aujourd’hui même, à l’heure du rendez-vous, demandons-nous à quoi, à quelle réalité, renvoie ce fantasme de révolution –dans les esprits qui le subissent naturellement ? Personne n’est dupe, personne ne s’attend à mieux, personne n’incarne le changement, personne. Les cas de désespoir comme ceux que supposent les immolations ou tentatives d’immolation, relèvent de l’individuel même si leur signification sociale et politique peut renvoyer à des contextes plus vastes. La harga est un phénomène qui exige un décryptage plus complexe et plus subtil que de simples commentaires journalistiques. Ces deux indicateurs à la forte charge symbolique ne sont pas probants pour lire la possibilité d’une révolution et encore moins la prédire. Il faut plus, et il n’y a pas plus.

A l’exception d’une amertume de taille, née d’une erreur politique indiscutable. Rien ne justifie en effet une continuité qui s’apparente à l’immobilisme. Incarner pendant une douzaine d’années la stabilité revenue par le maintien des mêmes hommes, la même équipe, le même style de discours, le même décorum, et quasiment les mêmes programmes, peut très naturellement susciter un désir de changement en retour, c’est-à-dire dans un contexte aux allures plutôt fermées -caractérisé par l’absence de mobilité politique- un désir de révolution.

La recette est pourtant vieille comme le monde : pour ne rien changer, il faut toujours tout changer. Le bonapartisme césariste qui met face à un peuple un homme, et- vice versa, obéit à des règles, notamment celle-ci : l’homme du peuple ne doit pas être vampirisé par son entourage, qu’il soit familial ou autre. Le peuple est intraitable sur cette question : s’il accepte le pacte, il se donne à l’élu et le veut tout entier pour lui seul. C’est la femme de Ben Ali et le fils de Moubarak que les Tunisiens et les Egyptiens ont rejetés, avant tout. Un sentiment de trahison explique un sentiment de colère. Dans un système monarchiste, comme celui des pays arabes, la dictature n’est pas moins grande qu’ailleurs, avec ou sans pétrole, mais le pacte implicite qui lie le roi au peuple est d’une autre nature.

Il suppose la durée et prévoit l’hérédité comme élément de continuité. Le problème qui se pose alors pour les monarchies est d’évoluer vers des formes plus honorifiques: leur marge de manœuvre est plus grande. Dans le cas de l’Algérie, pays post-révolutionnaire,      les changements sont attendus beaucoup plus dans la forme –la manière d’exercer le politique, la communication, la multiplication des espaces d’expression et d’organisation, le souci de la proximité etc.– que dans le fond où pour avoir vécu le pire et le meilleur, l’Algérien a renoncé aussi bien au miracle qu’à la révolution qui le suppose.

A. K.

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