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Un
défi historique pour les Arabes et les Africains
Sauver la Libye
de l'occupation étrangère
A moins de vouloir
que le conflit s'éternise, il n'existe plus que deux options en
Libye : soit une nouvelle résolution de l'ONU autorisant l'Otan à
intervenir au sol, soit une autre mettant en place une force arabe
et africaine de maintien de la paix.
Dans une tribune
commune publiée dans le «New York Times», le Président américain,
Barack Obama, le Premier Ministre britannique, David Cameron, et le
Président français, Nicolas Sarkozy, ont estimé, la semaine écoulée,
que l'avenir de la Libye ne pouvait certainement pas se faire avec
Mouaamar Kadhafi. Cette assertion, qui ne peut que faire consensus,
a été néanmoins accompagnée d'un constat contradictoire.
Celui-ci veut que,
d'après ces dirigeants occidentaux, l'objectif de l'intervention en
Libye avait pour finalité d'en finir avec le dirigeant libyen et de
renverser son régime, tout en affirmant que la résolution 1973, ne
permettait pas à l'Otan de faire davantage dans ce sens.
Cette tribune
ainsi résumée suggère donc que le Conseil de sécurité de l'ONU
prenne une nouvelle résolution, permettant cette fois à l'Otan de
prendre des dispositions plus fortes.
En l'espèce, on ne
voit absolument pas de quoi il pourrait s'agir de plus sinon que de
l'envoi des forces terrestres pour déloger le leader libyen de son
baston à Tripoli. Sans revenir sur les multiples arguments qui
voient dans cette option une réédition du scénario irakien, sinon
somalien, et son cortège de drames et d'impasses politiques et
sécuritaires sans fin, il y a lieu de dire que, du point de vue de
la rue arabe, cela ne saurait être assimilé à autre chose qu'à de
l'occupation.
Certes, les
dirigeants de l'Otan, comme par le passé, ont beau jeu de mettre en
avant la nécessité de la protection des civils en Libye, d'autant
que les troupes de Kadhafi ne relâchent pas de leurs assauts contre
les rebelles, à l'est comme à l'ouest du pays.
On parle
aujourd'hui de plus de 10 000 morts, sans compter les blessés et les
populations déplacées, ainsi que la situation catastrophique au
niveau alimentaire et sanitaire dans les villes de ce pays en proie
à une guerre civile qu'on refuse encore de nommer comme tel. Aussi,
l'argument de l'Otan s'adosse-t-il aux appels de la Ligue arabe et
de l'Organisation de la conférence islamique qui sont présentées
comme une légitimation de l'intervention militaire en Libye.
Manoeuvres à
l'Otan
Il faut bien
entendu rappeler que la Ligue arabe et l'OCI étaient surtout
favorables à l'établissement d'une zone d'exclusion aérienne, dans
l'espoir qu'un cessez-le-feu puisse ultérieurement permettre une
sortie de crise qui soit d'ordre politique. Or cette voie,
appréhendée «naïvement», semble hors d'atteinte en l'état actuel des
choses, puisque Kahdafi et les rebelles représentés par le CNT de
Benghazi campent toujours sur des positions diamétralement opposées
et où aucune partie n'est prête à reconnaître l'autre. La médiation
lancée par l'ONU, puis par l'Union africaine, sans compter celles
d'autres pays, dont la Turquie, se sont toutes soldées d'ailleurs
par un échec cuisant.
Dans ce contexte,
et alors que tout le monde attend que les pays membres de l'Otan se
réfèrent une nouvelle fois au Conseil de sécurité, les regards se
dirigent vers la Chine et la Russie, dont on espère une opposition
qui éviterait à la Libye une occupation en bonne et due forme. Mais
ce serait peut-être aller vite en besogne et prêter aux principaux
membres de l'Otan des intentions qu'ils n'ont peut-être pas. La
position américaine, dans cette veine, est édifiante à plus d'un
niveau. Washington, qui a refusé de diriger la coalition
d'intervention militaire, refuse toujours d'envoyer une catégorie
bien précise de ses forces.
En effet, seuls
les Etats-Unis disposent du matériel militaire conséquent et
nécessaire à ces frappes dites chirurgicales qui permettraient à
l'Otan de mener une guerre au moindre coût en victimes civiles et en
bavures qui seraient de nature à retourner l'opinion internationale
contre eux.
Ces moyens là, les
Etats-Unis ne semblent pas du tout disposés à en doter leurs alliés
de l'Otan en Libye. Les Etats-Unis se donnent pour motif la trop
délicate situation en Afghanistan, dans une guerre qui les opposent
en première ligne avec les talibans, sans compter leurs difficultés
à ramener la situation en Irak à un seuil qui garantirait le retrait
sans heurts souhaité par Barack Obama.
La position
américaine, il faut le dire, n'est pas sans créer des divisions au
sein de l'Otan. Dans un récent article publié par la presse
britannique, des responsables de l'Otan en Europe révélaient que
l'organisation ne disposait pas de stocks suffisants en explosifs
et, par ailleurs, n'avait pas à portée de main autant d'avions
militaires que la stratégie de «containment» des troupes de Kadhafi
l'exigeait. Des révélations qui sont extrêmement difficiles à
croire, quand on constate que l'armée boiteuse de Kadhafi ne trouve
aucune difficulté à se ressourcer en arsenal guerrier pour
constamment repartir à l'assaut. Il ne faut pas perdre de vue, par
ailleurs, que la flotte aérienne de l'Otan représente, réunie, le
neuvième des moyens militaires aériens dans le monde !
Une vieille
chanson
Des éditorialistes
arabes font depuis quelques jours un parallèle entre Kadhafi et Ben
Laden. Non pas au plan de l'idéologie et des objectifs, mais pour
rappeler que lors de l'intervention des Etats-Unis en Afghanistan,
l'armée américaine avait toutes les chances de capturer Oussama Ben
Laden et son bras droit Aymen Zawahiry. Mais une fois la traque
parvenue aux monts Tora Bora, les troupes américaines se sont
trouvées dans la nécessité d’appeler des renforts, chose qui n'a
jamais été décidée par George W. Bush. Depuis, Ben Laden court
toujours et son fantôme représente, depuis 10 ans bientôt, le moteur
de la guerre mondiale contre le terrorisme qui se passe de Bush pour
se poursuivre partout dans le monde.
Le même constat
est permis s'agissant de Saddam Hussein, lors de la première guerre
du Golfe en 1991. Une fois le Koweït libéré et des centaines de
soldats irakiens faits prisonniers et leurs chars détruits, l'armée
américaine a stoppé net sa marche sur Baghdad, dès qu'une révolte
populaire avait éclaté dans le Kurdistan, au nord du pays. Le
maintien de Saddam Hussein, voulu ou non, a objectivement servi à
perpétuer la présence militaire américaine, dont le complexe
militaro-industriel écoulait jusqu'à
1 milliard de
dollars pars mois d'armement aux pays du Golfe, alors que se
déclenchait le remodelage du Moyen-Orient, devenu possible depuis la
chute du bloc de l'Est. Enfin, le renforcement de la sécurité
d'Israël a débouché sur une consolidation des capacités de
négociations de Tel-Aviv dans le cadre du processus d'Oslo (1993).
C'est ce même
modèle qui menace de se reproduire en Libye, où tout concourt à dire
que l'Otan est en train de gagner du temps, en employant pour cela
tous les arguments militaires et la couverture juridique qui sont à
sa portée.
Au fond, il n'y a
aucune contradiction dans l'attitude de ces dirigeants, lesquels
cherchent à mettre les rebelles dans une situation où seule
l'occupation représenterait leur salut. Pis, ils pourraient même
être forcés à l'appeler de tous les vœux, y compris si cela devait
leur coûter de perdre le contrôle des destinées de la nation, une
fois Tripoli libérée de Kadhafi.
Cette caution du
peuple libyen représente un point capital pour l'Otan, avant d'aller
vers une nouvelle étape. Elle jetterait les bases d'une
collaboration sans faille entre les rebelles et les troupes de
l'Otan et prémunirait ces dernières d'une réaction similaire à celle
de la population irakienne face aux Américaines, venus pourtant les
libérer du dictateur Saddam.
Enfin, cela
mettrait les futurs dirigeants libyens dans une position où ils
n'auraient aucun moyen de faire des objectifs à la stratégie de
l'Otan non seulement en Libye, mais aussi dans la région, et ce sur
le plan politique, militaire, économique et sur des aspects comme
l'immigration africaine, etc.
Agir et vite !
Tout cela pour
dire qu'il n'y a pas d'impasse véritable en Libye, mais juste une
manœuvre étudiée de la part de l'Otan qui, personne n'en doute, a
largement les moyens de venir à bout de Kadhafi et de son clan une
fois la décision finale prise. Et pour aller plus loin, il faut sans
doute rappeler que l'idée d'une intervention militaire en Libye ne
date pas d'aujourd'hui, mais du temps de Ronald Reagan qui avait
effectué les premières tentatives dans les années 1980. Sous cet
angle, Kadhafi n'a eu droit à du répit que parce que Saddam a changé
l'agenda des Américains. Quant au retrait de dernière minute
effectué par les Américains, celui-ci ne s'explique que par les
difficultés des Etats-Unis, déjà englués dans deux guerres et qui ne
peuvent être partout en même temps. D'autant que le président Obama,
d'un niveau tout de même autre que Bush, sait que sa réélection à
lui passera, au contraire de son prédécesseur, non pas par la
guerre, mais par la paix et la relance de l'économie américaine.Dans
ce contexte, la Ligue arabe se trouve dans l'urgence d'agir et peut
trouver dans la personne du président américain une formidable carte
à jouer. Il est temps que cette organisation, qui s'est précipitée à
soutenir l'intervention en Libye, expie sa faute par une initiative
diplomatique forte au niveau du Conseil de sécurité de l'Otan. Une
initiative qui devra être audacieuse et responsable et qui doit
proposer une force arabe et africaine d'interposition et de maintien
de la paix, en lieu et place de l'Otan. A quoi serviraient sinon les
armées arabes et les milliards de dollars dépensés en budgets
militaires et en acquisition d'armements de haut niveau
technologique ? D'autant qu'entre le début de la rébellion en Libye
et la date d'aujourd'hui, les opinions arabes ne sont plus les
mêmes.
Pour certains, les
révoltes contre les dictatures ne mènent pas toujours forcément à la
libération des peuples, mais au contraire dans certains cas, au
retour de l'occupation étrangère dont ils se sont défaits il y a un
demi-siècle seulement.
Par Nabil
Benali
Haut
Située entre le Mali et la Mauritanie
Aqmi installe
une cinquième base au Sahel
La présence d’Al
Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) dans la bande sahélo-saharienne
est en train de s’accentuer après que la nébuleuse eut implanté une
base arrière dans la région du Sahel, la cinquième, plus
particulièrement dans la forêt d’Agado, entre le Mali et la
Mauritanie, selon des sources sécuritaires mauritaniennes. Les
terroristes d’Aqmi veulent, à partir de ce nouveau fief, opérer avec
facilité de nouvelles attaques contre les forces de sécurité
mauritaniennes. C’est sur une grande superficie de la forêt d’Agado
qu’Al Qaïda au Maghreb a choisi de s’implanter après l’avoir fait à
Kidal et Gao.
Les deux régions
très vastes qu’a choisies AQMI, situées dans la nord du Mali, pour
s’implanter dans la région, sont déjà connues comme étant des zones
d’insécurité. C’est là que les terroristes salafistes circulent en
toute liberté, d’autant que la présence des services de sécurité
maliens est totalement inexistante. Agado est ainsi devenue une base
arrière des groupes salafistes armés. Face à cette énième menace,
les forces armées mauritaniennes ont adopté une nouvelle stratégie
afin d’éviter les pires scénarios. Selon des sources locales, les
services de sécurité mauritaniens ont redoublé leur vigilance, car
il est fort possible que les terroristes d’AQMI sont sur le point de
préparer une attaque contre la Mauritanie à partir de cette nouvelle
base. Cela dit, les terroristes d’Al Qaïda peuvent se mouvoir avec
une grande facilité à partir de la forêt choisie pour leur
implantation. D’autre part, selon des sources généralement bien
informées, trois terroristes ont récemment été abattus à la
frontière algéro-malienne par les services de sécurité algériens,
alors qu’ils tentaient de rejoindre leurs acolytes stationnés dans
le nord du Mali. Ils appartenaient à la phalange Tareq Ibn Zeyad
dirigée par le sanguinaire Abdelhamid Zeid, alias Abou Zeid, un chef
terroriste notoire qui dirige cette «katibat» depuis près de huit,
en l’occurrence depuis l’arrestation de Amari Saifi, alias El Para
par des rebelles tchadiens. Cet homme est derrière l’exécution de
deux otages, l’Anglais Edwin Dyer et le Français Michel Germaneau.
Ces ressortissants européens avaient été enlevés lors de deux
opérations terroristes. Edwin Dyer a été kidnappé en Mauritanie en
2008, tandis que Michel Germaneau l’a été fin 2009. Ils ont été
égorgés par Abou Zeid en personne. Cet ancien maquisard du Groupe
islamique armé (GIA) s’est démarqué de son prédécesseur, El Para,
notamment par son caractère dévastateur. Il est le seul à avoir
commis plusieurs enlèvements d’étrangers dans la région du Sahel.
Où se trouvent
les cinq bases d’Al Qaïda au Sahel ?
En implantant sa
cinquième base dans la ville d’Agado, Al Qaïda au Maghreb compte
ainsi multiplier sa présence, voire son champ d’activité. A Kidal,
la région la plus vaste du Mali, deux bases existaient déjà, en plus
de celle de Gao et d’une quatrième située au nord du Mali, près de
la frontière algérienne. D’autre part, il est important de souligner
la dangerosité que représente Aqmi dans la région. L’organisation
terroriste de Droukdel veut à tout prix renforcer sa présence et sa
capacité de frappe. En si peu de temps, elle a pu implanter cinq
bases arrières solidement gardées par la mobilisation de plusieurs
centaines de djihadistes venus de plusieurs pays limitrophes du
Mali. Des terroristes de différentes nationalités sont regroupés
dans ces bases parmi lesquels se trouvent des Algériens, des
Marocains, des Maliens, des Nigériens, des Mauritaniens, des
Tchadiens, des Libyens et des Tunisiens, voire également des
Sénégalais et des Burkinabés. Aqmi a bénéficié de l’aide de certains
pays, ce qui lui a permis d’amplifier ses capacités, renforcer ses
troupes, recruter de nouveaux terroristes. Ajouter à cela la
réception d’armes très sophistiquées depuis la Libye. Bénéficiant
d’un lien solide, selon des observateurs, avec les insurgés libyens,
Aqmi est aujourd’hui devenue une véritable menace pour la paix dans
la bande sahélo-saharienne. Toutefois, la vigilance et la
mobilisation des pays du Sahel, à leur tête l’Algérie, a permis de
réduire sa capacité de nuire en opérant contre elle plusieurs
frappes. Au cours de ces trois dernières années, plusieurs dizaines
de terroristes appartenant à Aqmi ont été mises hors d’état de
nuire. Mais en dépit des coups portés à la bête immonde, cette
dernière a réussi à kidnapper plusieurs ressortissants de pays
occidentaux, tel que Pierre Camatte, un agent des services français
de renseignement.
Par Lotfi Itou
Haut
Sahara occidental
Cap sur le
référendum
Le SG de l’Onu
contre un élargissement de la mission de la Minurso à la
surveillance des droits de l’homme et pour un référendum pour
l’autodétermination des Sahraouis.
A quelques
encablures de l’émission d’une résolution pour renouveler le mandat
de la mission des Nations unies au Sahara occidental (Minurso), le
secrétaire général de l’Onu a présenté son rapport au Conseil de
sécurité. Pessimiste sur ce conflit qui oppose la RASD au Maroc, et
au vu de son évolution depuis le cessez-le-feu du 6 septembre
1991, Ban Ki-moon note le campement des deux parties sur leurs
positions.
Signe éminent
pour le SG des Nations unies, d’un trépignement du processus de
négociations mis en branle depuis 4 ans et durant lesquels 10
séries de réunions n’ont pas abouti. Toujours sur la question, il
est évident pour Ban que pour déboucher sur un statut final, la
voix de la population sahraouie doit se faire entendre : «Ce qui
est clair, c’est que si on aboutit à un statut final au sujet duquel
la population n’a pas exprimé ses vues clairement et de manière
convaincante, on risque de créer de nouvelles tensions au Sahara
occidental» a-t-il déclaré.
Ban serait-il en
train de relativiser la représentativité de la RASD ou, au
contraire, de conforter sa légitimité par un référendum
d’autodétermination pour le Sahara occidental, comme croit le
comprendre notre confrère «Liberté» sur les déclarations du SG des
Nations unies ? Toujours sur la question de la population sahraouie
et regrettant les morts et les dégâts suite aux violences qui ont
eu lieu à Gdeim Izik et à Laayoune en novembre dernier, le
secrétaire général de l’Onu a désavoué tout cela et demandé aux deux
parties de ne pas recourir à la violence.
Au sujet des
droits de l’homme, pomme de discorde entre la RASD et le SG des
nations unies:Le premier voulant que cette question soit gérée par
la Minurso à travers un mécanisme associé à sa mission, le second,
plutôt enclin à la déléguer au Conseil des droits de l’homme basé à
Genève, s’est félicité de l’engagement pris par le Maroc de
faciliter l’accès à tous les représentants dudit Conseil, non sans
préciser attendre l’engagement du Haut-Commissariat aux réfugiés
(HCR), afin d’«examiner de façon indépendante, impartiale et
soutenue les allégations faisant état de violations des droits
universels du peuple du Sahara occidental dans les territoires
occupés et dans les camps avant la présentation de mon prochain
rapport». Ainsi et perçu comme telle, la nouvelle mission de la
Minurso sera-t-elle un prélude à l’indépendance du Sahara occidental
ou juste une chose inscrite dans la continuité de ce conflit ? Seul
l’avenir nous le dira.
Par Djaouida
Abbas
Haut
Entretien avec Ali Omar Yara*
«Le SG de l’ONU
se décharge de la surveillance de la situation des droits de
l’homme»
<< Les
Débats : Les dernières déclarations de Ban lesquelles remarquent que
«les appels à davantage de droits politiques et économiques mettent
la stabilité et la sécurité du Sahara occidental face à de
nouveaux défis qui pourraient potentiellement menacer le statu quo
et déboucher sur un regain de violence» sont-elles en conformité
avec la dernière résolution de l’ONU ?
Ali Omar Yara : Ce
sont des déclarations à caractère politique et non juridique qui ne
partent pas dans le sens du droit international, et sa stricte
application, dans le cas du Sahara ex-espagnol. La revendication
légitime du peuple sahraoui ne peut pas contribuer à l’instabilité
du Maghreb. Les déclarations de Ban Ki-moon sont donc en deça de sa
fonction et contraires au droit de réserve que lui attribue son rôle
de Secrétaire général des Nations unies. Il est tenu d’organiser un
référendum d’autodétermination du peuple sahraoui.
Par ces paroles,
il insinue à la communauté internationale, l’impératif de garder le
statu quo dans la colonie, qui dure depuis le cessez-le-feu, conclu
le 6 septembre 1991, entre le Maroc et le Front Polisario sans
pouvoir imposer au Maroc l’application des résolutions, celles
d’épargner les civils sahraouis habitant les territoires occupés,
des exactions et des maltraitances pratiquées quotidiennement dans
les grandes villes (Laayoune, Dakhla, Samara et autres
agglomérations sahraouies) ainsi que le pillage systématique des
richesses et matières premières par le Maroc.
<< Et le
fait que le SG de l’ONU délègue la surveillance des droits de
l’homme à Genève, signifie-t-il un désengagement des Nations unies
dans ce conflit ?
Théoriquement, les
Nations unies ne peuvent pas se désengager du conflit du Sahara
occidental. Le secrétaire général ainsi que son représentant, sont
tenus de poursuivre tous les efforts pour la tenue du référendum
d’autodétermination du peuple sahraoui, non encore «autonome», (lire
plutôt indépendant). Tant que le Conseil de sécurité des Nations
unies est toujours saisi de la question de décolonisation du peuple
sahraoui, inscrite depuis 1967 dans le programme de la Quatrième
commission, les Nations unies ne peuvent pas abandonner leur tâche.
Mais dans les
faits, le Secrétaire général de l’ONU se décharge de la surveillance
de la situation des droits de l’homme, malgré les preuves
concordantes et un travail de qualité, tels que les rapports
respectifs d’Amnesty International, Human Rights Watch ou encore
celui du Haut- Commissariat aux droits de l’homme, que le Maroc
considère d’ailleurs comme «incomplet et ne reflétant pas la
réalité de la situation dans les régions du Sud».
Cela même, au
moment où des ONG sahraouies (ASVDH, CODESA et CODAPSO) aux côtés
d’autres européennes, africaines et latino-américaines, attestent
des violations des droits de l’homme dans les territoires occupés.
<< Comment
expliquez-vous ce revirement de situation ?
À mon sens, ce
n’est pas un revirement de situation. Les Nations unies, notamment
le Secrétariat général, sont cernés voire dépassés par le jeu
interétatique dans lequel les grandes puissances tiennent le rôle
principal pour leurs propres intérêts économiques et géopolitiques.
Manquant de marge de manœuvre dans ce même jeu, le Secrétaire
général veut apparemment limiter son rôle à l’observation du
cessez-le-feu et inciter les deux parties, le Maroc et le Front
Polisario, à poursuivre les négociations directes ou indirectes.
<< Tout en
s’intéressant à la question sahraouie, on ne peut s’empêcher de
faire le parallèle avec ce qui se passe en région subsaharienne
dont la Libye et la Côte d’Ivoire, et la célérité avec laquelle des
résolutions onusiennes ont été prises pour protéger les civiles
La conception
«globaliste» post-guerre froide qui veut faire croire que tout le
Tiers- Monde, (appelé maintenant les pays du Sud) doit être traité
de la même façon, est ni juste ni vraie.
Il faut traiter
les conflits au cas par cas pour éviter les amalgames, en prenant en
compte le processus historique et la nature des contestations
sociales. Le Sahara occidental n’a absolument rien à voir avec
d’autres conflits du Sud. Il demeure toujours inscrit, tous les ans,
dans les travaux de la Quatrième commission, comme un pays non
encore autonome.
C’est donc un cas,
parmi les 15 cas restants des pays non encore décolonisés. L’Espagne
dans le cas du Sahara occidental est responsable devant les Nations
unies et devant la communauté internationale car elle n’a pas encore
parachevé la décolonisation de son ex-colonie et en est toujours
responsable. Le Maroc n’est qu’un pays occupant, poussé par sa
conception doctrinaire d’un Makhzen et soutenu par son ancien
protecteur, la France.
<< Et de la
France on en parle ! Sur la décision de l’Onu de vouloir comme vous
le dites, se décharger de la surveillance des droits de l’homme au
Sahara occidental, Ahmed Boukhari est catégorique : la France y est
pour beaucoup.
Ce qu’a dit le
représentant du Front Polisario à l’ONU, Ahmed Boukhari, est tout à
fait exact ! La France, membre permanent du Conseil de sécurité,
constitue l’obstacle politique majeur pour que le peuple sahraoui
trouve son salut à travers un référendum pour l’autodétermination.
Les motivations
géopolitiques de la France sont claires : la protection de son
vassal le Maroc, dans lequel les enjeux économiques et financiers
sont considérables : Par l’installation d’une république sahraouie,
la France ne voudrait pas couper le Maroc de la Mauritanie pour des
raisons géopolitiques.
Elle craint par
ailleurs qu’un pacte durable entre l’Algérie et le Front Polisario,
et c’est le cas, réduise le royaume du Maroc à ses frontières
héritées du colonialisme de 1956. De fait, elle encourage le Maroc à
accepter d’autres plans comme «l’autonomie», «l’autonomie élargie»…
<< Et depuis
mars dernier le Maroc parle de régionalisation…
Elle a été evoquée
dans les réformes que la monarchie propose depuis mars 2011. En
effet, le roi a affirmé : «Notre (son) objectif ultime reste de
consolider les fondements d’une régionalisation marocaine à travers
tout le royaume, avec, en tête, les provinces du Sahara marocain,
une régionalisation fondée sur une bonne gouvernance».
La France,
rappelons-le, le suit, voire le conduit, dans ce sens, depuis la
démission de James Baker. En témoigne la dernière déclaration du
ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, a affirmé :
«Notre position (de la France) est connue et claire ; (…). Nous
pensons que le Maroc a fait des efforts considérables, en proposant
notamment un statut d’autonomie...»
<< D’après
vous, quelle alternative pour le Sahara occidental ?
Si on exclut
l’éventuelle prise d’armes par le Mouvement de libération sahraoui
(le Polisario), pour libérer les deux tiers des territoires sous
occupation marocaine, l’unique alternative pour l’avenir du Sahara
occidental est la résistance de son peuple dans les territoires
occupés, dont la dernière action pacifique demeure la contestation
des 20 000 Sahraouis qui campaient dans la localité de Gdeïm Izik
(Sahara occidental Occupé).
*Ali Omar Yara,
sociologue des conflits au Maghreb, écrivain co-fondateur et membre
du Comité de rédaction de la revue «l’Ouest saharien». Derniers
livres parus : «Le Siècle guerrier franco-saharoui, 1910-2010»,
Paris, 2010, éd. L’Harmattan ; «Sahraouis, photographies» Rogério
Ferrari, présentation Ali Omar Yara Paris, Editions le passager
clandestin, 2010.
Propos
recueillis par Djaouida Abbas
Haut
e-mail :contact@lesdebats.com |