samedi 23 avril 2011

 

Un défi historique pour les Arabes et les Africains

Sauver la Libye de l'occupation étrangère

Située entre le Mali et la Mauritanie

Aqmi installe une cinquième base au Sahel

Sahara occidental

Cap sur le référendum 

Entretien avec Ali Omar Yara* 

«Le SG de l’ONU se décharge de la surveillance de la situation des droits de l’homme»

 

 

 

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  Un défi historique pour les Arabes et les Africains

Sauver la Libye de l'occupation étrangère

A moins de vouloir que le conflit s'éternise, il n'existe plus que deux options en Libye : soit une nouvelle résolution de l'ONU autorisant l'Otan à intervenir au sol, soit une autre mettant en place une force arabe et africaine de maintien de la paix.

Dans une tribune commune publiée dans le «New York Times», le Président américain, Barack Obama, le Premier Ministre britannique, David Cameron, et le Président français, Nicolas Sarkozy, ont estimé, la semaine écoulée, que l'avenir de la Libye ne pouvait certainement pas se faire avec Mouaamar Kadhafi. Cette assertion, qui ne peut que faire consensus, a été néanmoins accompagnée d'un constat contradictoire.

Celui-ci veut que, d'après ces dirigeants occidentaux, l'objectif de l'intervention en Libye avait pour finalité d'en finir avec le dirigeant libyen et de renverser son régime, tout en affirmant que la résolution 1973, ne permettait pas à l'Otan de faire davantage dans ce sens.

Cette tribune ainsi résumée suggère donc que le Conseil de sécurité de l'ONU prenne une nouvelle résolution, permettant cette fois à l'Otan de prendre des dispositions plus fortes.

En l'espèce, on ne voit absolument pas de quoi il pourrait s'agir de plus sinon que de l'envoi des forces terrestres pour déloger le leader libyen de son baston à Tripoli. Sans revenir sur les multiples arguments qui voient dans cette option une réédition du scénario irakien, sinon somalien, et son cortège de drames et d'impasses politiques et sécuritaires sans fin, il y a lieu de dire que, du point de vue de la rue arabe, cela ne saurait être assimilé à autre chose qu'à de l'occupation.

Certes, les dirigeants de l'Otan, comme par le passé, ont beau jeu de mettre en avant la nécessité de la protection des civils en Libye, d'autant que les troupes de Kadhafi ne relâchent pas de leurs assauts contre les rebelles, à l'est comme à l'ouest du pays.

On parle aujourd'hui de plus de 10 000 morts, sans compter les blessés et les populations déplacées, ainsi que la situation catastrophique au niveau alimentaire et sanitaire dans les villes de ce pays en proie à une guerre civile qu'on refuse encore de nommer comme tel. Aussi, l'argument de l'Otan s'adosse-t-il aux appels de la Ligue arabe et de l'Organisation de la conférence islamique qui sont présentées comme une légitimation de l'intervention militaire en Libye.

Manoeuvres à l'Otan

Il faut bien entendu rappeler que la Ligue arabe et l'OCI étaient surtout favorables à l'établissement d'une zone d'exclusion aérienne, dans l'espoir qu'un cessez-le-feu puisse ultérieurement permettre une sortie de crise qui soit d'ordre politique. Or cette voie, appréhendée «naïvement», semble hors d'atteinte en l'état actuel des choses, puisque Kahdafi et les rebelles représentés par le CNT de Benghazi campent toujours sur des positions diamétralement opposées et où aucune partie n'est prête à reconnaître l'autre. La médiation lancée par l'ONU, puis par l'Union africaine, sans compter celles d'autres pays, dont la Turquie, se sont toutes soldées d'ailleurs par un échec cuisant.

Dans ce contexte, et alors que tout le monde attend que les pays membres de l'Otan se réfèrent une nouvelle fois au Conseil de sécurité, les regards se dirigent vers la Chine et la Russie, dont on espère une opposition qui éviterait à la Libye une occupation en bonne et due forme. Mais ce serait peut-être aller vite en besogne et prêter aux principaux membres de l'Otan des intentions qu'ils n'ont peut-être pas. La position américaine, dans cette veine, est édifiante à plus d'un niveau. Washington, qui a refusé de diriger la coalition d'intervention militaire, refuse toujours d'envoyer une catégorie bien précise de ses forces.

En effet, seuls les Etats-Unis disposent du matériel militaire conséquent et nécessaire à ces frappes dites chirurgicales qui permettraient à l'Otan de mener une guerre au moindre coût en victimes civiles et en bavures qui seraient de nature à retourner l'opinion internationale contre eux.

Ces moyens là, les Etats-Unis ne semblent pas du tout disposés à en doter leurs alliés de l'Otan en Libye. Les Etats-Unis se donnent pour motif la trop délicate situation en Afghanistan, dans une guerre qui les opposent en première ligne avec les talibans, sans compter leurs difficultés à ramener la situation en Irak à un seuil qui garantirait le retrait sans heurts souhaité par Barack Obama.

La position américaine, il faut le dire, n'est pas sans créer des divisions au sein de l'Otan. Dans un récent article publié par la presse britannique, des responsables de l'Otan en Europe révélaient que l'organisation ne disposait pas de stocks suffisants en explosifs et, par ailleurs, n'avait pas à portée de main autant d'avions militaires que la stratégie de «containment» des troupes de Kadhafi l'exigeait. Des révélations qui sont extrêmement difficiles à croire, quand on constate que l'armée boiteuse de Kadhafi ne trouve aucune difficulté à se ressourcer en arsenal guerrier pour constamment repartir à l'assaut. Il ne faut pas perdre de vue, par ailleurs, que la flotte aérienne de l'Otan représente, réunie, le neuvième des moyens militaires aériens dans le monde !

Une vieille chanson

Des éditorialistes arabes font depuis quelques jours un parallèle entre Kadhafi et Ben Laden. Non pas au plan de l'idéologie et des objectifs, mais pour rappeler que lors de l'intervention des Etats-Unis en Afghanistan, l'armée américaine avait toutes les chances de capturer Oussama Ben Laden et son bras droit Aymen Zawahiry. Mais une fois la traque parvenue aux monts Tora Bora, les troupes américaines se sont trouvées dans la nécessité d’appeler des renforts, chose  qui n'a jamais été décidée par George W. Bush. Depuis, Ben Laden court toujours et son fantôme représente, depuis 10 ans bientôt, le moteur de la guerre mondiale contre le terrorisme qui se passe de Bush pour se poursuivre partout dans le monde.

Le même constat est permis s'agissant de Saddam Hussein, lors de la première guerre du Golfe en 1991. Une fois le Koweït libéré et des centaines de soldats irakiens faits prisonniers et leurs chars détruits, l'armée américaine a stoppé net sa marche sur Baghdad, dès qu'une révolte populaire avait éclaté dans le Kurdistan, au nord du pays. Le maintien de Saddam Hussein, voulu ou non, a objectivement servi à perpétuer la présence militaire américaine, dont le complexe militaro-industriel écoulait jusqu'à

1 milliard de dollars pars mois d'armement aux pays du Golfe, alors que se déclenchait le remodelage du Moyen-Orient, devenu possible depuis la chute du bloc de l'Est. Enfin, le renforcement de la sécurité d'Israël a débouché sur une consolidation des capacités de négociations de Tel-Aviv dans le cadre du processus d'Oslo (1993).

C'est ce même modèle qui menace de se reproduire en Libye, où tout concourt à dire que l'Otan est en train de gagner du temps, en employant pour cela tous les arguments militaires et la couverture juridique qui sont à sa portée.

Au fond, il n'y a aucune contradiction dans l'attitude de ces dirigeants, lesquels cherchent à mettre les rebelles dans une situation où seule l'occupation représenterait leur salut. Pis, ils pourraient même être forcés à l'appeler de tous les vœux, y compris si cela devait leur coûter de perdre le contrôle des destinées de la nation, une fois Tripoli libérée de Kadhafi.

Cette caution du peuple libyen représente un point capital pour l'Otan, avant d'aller vers une nouvelle étape. Elle jetterait les bases d'une collaboration sans faille entre les rebelles et les troupes de l'Otan et prémunirait ces dernières d'une réaction similaire à celle de la population irakienne face aux Américaines, venus pourtant les libérer du dictateur Saddam.

Enfin, cela mettrait les futurs dirigeants libyens dans une position où ils n'auraient aucun moyen de faire des objectifs à la stratégie de l'Otan non seulement en Libye, mais aussi dans la région, et ce sur le plan politique, militaire, économique et sur des aspects comme l'immigration africaine, etc.

Agir et vite !

Tout cela pour dire qu'il n'y a pas d'impasse véritable en Libye, mais juste une manœuvre étudiée de la part de l'Otan qui, personne n'en doute, a largement les moyens de venir à bout de Kadhafi et de son clan une fois la décision finale prise. Et pour aller plus loin, il faut sans doute rappeler que l'idée d'une intervention militaire en Libye ne date pas d'aujourd'hui, mais du temps de Ronald Reagan qui avait effectué les premières tentatives dans les années 1980. Sous cet angle, Kadhafi n'a eu droit à du répit que parce que Saddam a changé l'agenda des Américains. Quant au retrait de dernière minute effectué par les Américains, celui-ci ne s'explique que par les difficultés des Etats-Unis, déjà englués dans deux guerres et qui ne peuvent être partout en même temps. D'autant que le président Obama, d'un niveau tout de même autre que Bush, sait que sa réélection à lui passera, au contraire de son prédécesseur, non pas par la guerre, mais par la paix et la relance de l'économie américaine.Dans ce contexte, la Ligue arabe se trouve dans l'urgence d'agir et peut trouver dans la personne du président américain une formidable carte à jouer. Il est temps que cette organisation, qui s'est précipitée à soutenir l'intervention en Libye, expie sa faute par une initiative diplomatique forte au niveau du Conseil de sécurité de l'Otan. Une initiative qui devra être audacieuse et responsable et qui doit proposer une force arabe et africaine d'interposition et de maintien de la paix, en lieu et place de l'Otan. A quoi serviraient sinon les armées arabes et les milliards de dollars dépensés en budgets militaires et en acquisition d'armements de haut niveau technologique ? D'autant qu'entre le début de la rébellion en Libye et la date d'aujourd'hui, les opinions arabes ne sont plus les mêmes.

Pour certains, les révoltes contre les dictatures ne mènent pas toujours forcément à la libération des peuples, mais au contraire dans certains cas, au retour de l'occupation étrangère dont ils se sont défaits il y a un demi-siècle seulement.

Par Nabil Benali

 

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Située entre le Mali et la Mauritanie

Aqmi installe une cinquième base au Sahel

La présence d’Al Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) dans la bande sahélo-saharienne est en train de s’accentuer après que la nébuleuse eut implanté une base arrière dans la région du Sahel, la cinquième, plus particulièrement dans la forêt d’Agado, entre le Mali et la Mauritanie, selon des sources sécuritaires mauritaniennes. Les terroristes d’Aqmi veulent, à partir de ce nouveau fief, opérer avec facilité de nouvelles attaques contre les forces de sécurité mauritaniennes. C’est sur une grande superficie de la forêt d’Agado qu’Al Qaïda au Maghreb a choisi de s’implanter après l’avoir fait à Kidal et Gao.

Les deux régions très vastes qu’a choisies AQMI, situées dans la nord du Mali, pour s’implanter dans la région, sont déjà connues comme étant des zones d’insécurité. C’est là que les terroristes salafistes circulent en toute liberté, d’autant que la présence des services de sécurité maliens est totalement inexistante. Agado est ainsi devenue une base arrière des groupes salafistes armés. Face à cette énième menace, les forces armées mauritaniennes ont adopté une nouvelle stratégie afin d’éviter les pires scénarios. Selon des sources locales, les services de sécurité mauritaniens ont redoublé leur vigilance, car il est fort possible que les terroristes d’AQMI sont sur le point de préparer une attaque contre la Mauritanie à partir de cette nouvelle base. Cela dit, les terroristes d’Al Qaïda peuvent se mouvoir avec une grande facilité à partir de la forêt choisie pour leur implantation. D’autre part, selon des sources généralement bien informées, trois terroristes ont récemment été abattus à la frontière algéro-malienne par les services de sécurité algériens, alors qu’ils tentaient de rejoindre leurs acolytes stationnés dans le nord du Mali. Ils appartenaient à la phalange Tareq Ibn Zeyad dirigée par le sanguinaire Abdelhamid Zeid, alias Abou Zeid, un chef terroriste notoire qui dirige cette «katibat» depuis près de huit, en l’occurrence depuis l’arrestation de Amari Saifi, alias El Para par des rebelles tchadiens.  Cet homme est derrière l’exécution de deux otages, l’Anglais Edwin Dyer et le Français Michel Germaneau. Ces ressortissants européens avaient été enlevés lors de deux opérations terroristes. Edwin Dyer a été kidnappé en Mauritanie en 2008, tandis que Michel Germaneau  l’a été fin 2009. Ils ont été égorgés par Abou Zeid en personne. Cet ancien maquisard du Groupe islamique armé (GIA) s’est démarqué de son prédécesseur, El Para, notamment par son caractère dévastateur. Il est le seul à avoir commis plusieurs enlèvements d’étrangers dans la région du Sahel.

Où se trouvent les cinq bases d’Al Qaïda au Sahel ?

En implantant sa cinquième base dans la ville d’Agado, Al Qaïda au Maghreb compte ainsi multiplier sa présence, voire son champ d’activité. A Kidal, la région la plus vaste du Mali, deux bases existaient déjà, en plus de celle de Gao et d’une quatrième située au nord du Mali, près de la frontière algérienne. D’autre part, il est important de souligner la dangerosité que représente Aqmi dans la région. L’organisation terroriste de Droukdel veut à tout prix renforcer sa présence et sa capacité de frappe. En si peu de temps, elle a pu implanter cinq bases arrières solidement gardées par la mobilisation de plusieurs centaines de djihadistes venus de plusieurs pays limitrophes du Mali. Des terroristes de différentes nationalités sont regroupés dans ces bases parmi lesquels se trouvent des Algériens, des Marocains, des Maliens, des Nigériens, des Mauritaniens, des Tchadiens, des Libyens et des Tunisiens, voire également des Sénégalais et des Burkinabés. Aqmi a bénéficié de l’aide de certains pays, ce qui lui a permis d’amplifier ses capacités, renforcer ses troupes, recruter de nouveaux terroristes. Ajouter à cela la réception d’armes très sophistiquées depuis la Libye. Bénéficiant d’un lien solide, selon des observateurs, avec les insurgés libyens, Aqmi est aujourd’hui devenue une véritable menace pour la paix dans la bande sahélo-saharienne.  Toutefois, la vigilance et la mobilisation des pays du Sahel, à leur tête l’Algérie, a permis de réduire sa capacité de nuire en opérant contre elle plusieurs frappes. Au cours de ces trois dernières années, plusieurs dizaines de terroristes appartenant à Aqmi ont été mises hors d’état de nuire. Mais en dépit des coups portés à la bête immonde, cette dernière a réussi à kidnapper plusieurs ressortissants de pays occidentaux, tel que Pierre Camatte, un agent des services français de renseignement.

Par Lotfi Itou

 

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Sahara occidental

Cap sur le référendum 

Le SG de l’Onu contre un élargissement de la mission de la Minurso à la surveillance des droits de l’homme et pour un référendum pour l’autodétermination  des Sahraouis.

A quelques encablures de l’émission d’une  résolution pour renouveler le mandat de la mission des Nations unies au Sahara occidental (Minurso), le secrétaire général de l’Onu a présenté son rapport au Conseil de sécurité. Pessimiste sur ce conflit qui oppose la RASD au Maroc, et au vu de son évolution  depuis le cessez-le-feu du 6 septembre 1991,  Ban Ki-moon note le campement des deux parties  sur leurs positions.

Signe éminent  pour le SG des Nations unies, d’un trépignement du processus de négociations  mis en branle depuis 4 ans et durant lesquels 10 séries de réunions n’ont pas abouti. Toujours sur la question, il est évident  pour  Ban que pour  déboucher sur un statut final, la voix de la population sahraouie  doit se faire entendre : «Ce qui est clair, c’est que si on aboutit à un statut final au sujet duquel la population n’a pas exprimé ses vues clairement et de manière convaincante, on risque de créer de nouvelles tensions au Sahara occidental» a-t-il déclaré.

Ban serait-il en train de relativiser la représentativité de la RASD ou, au contraire, de conforter sa légitimité par un référendum d’autodétermination pour le Sahara occidental, comme croit le  comprendre notre confrère «Liberté» sur les déclarations du SG des Nations unies ? Toujours sur la question de la population sahraouie et regrettant  les morts et les dégâts suite aux  violences qui ont eu lieu à Gdeim Izik et à Laayoune en novembre dernier, le secrétaire général de l’Onu a désavoué tout cela et demandé aux deux parties de ne pas recourir à la violence.

Au sujet des droits de l’homme, pomme de discorde entre la RASD  et le SG  des nations unies:Le premier voulant que cette question soit gérée par la Minurso à travers un mécanisme associé à sa mission, le second, plutôt enclin à la déléguer au Conseil des droits de l’homme basé à Genève, s’est félicité de l’engagement pris par le Maroc de faciliter l’accès à tous les représentants dudit Conseil, non sans préciser attendre l’engagement du Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR), afin d’«examiner de façon indépendante, impartiale et soutenue les allégations faisant état de violations des droits universels du peuple du Sahara occidental dans les territoires occupés et dans les camps avant la présentation de mon prochain rapport». Ainsi et perçu comme telle, la nouvelle mission de la Minurso sera-t-elle un prélude à l’indépendance du Sahara occidental ou juste une chose inscrite dans la continuité de ce conflit ? Seul l’avenir nous le dira.

Par Djaouida Abbas

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Entretien avec Ali Omar Yara* 

«Le SG de l’ONU se décharge de la surveillance de la situation des droits de l’homme»

<<          Les Débats : Les dernières déclarations de Ban lesquelles remarquent que «les appels à davantage de droits politiques et économiques mettent la stabilité et la sécurité  du Sahara occidental face à  de nouveaux défis qui pourraient potentiellement menacer le statu quo et déboucher sur un regain de violence»  sont-elles en conformité avec la dernière résolution de l’ONU ?

Ali Omar Yara : Ce sont des déclarations à caractère politique et non juridique qui ne partent pas dans le sens du droit international, et sa stricte application, dans le cas du Sahara ex-espagnol. La revendication légitime du peuple sahraoui ne peut pas contribuer à l’instabilité du Maghreb. Les déclarations de Ban Ki-moon sont donc en deça de sa fonction et contraires au droit de réserve que lui attribue son rôle de Secrétaire général des Nations unies. Il est tenu d’organiser un référendum d’autodétermination du peuple sahraoui.

Par ces paroles, il insinue à la communauté internationale, l’impératif de garder le statu quo dans la colonie, qui dure depuis le cessez-le-feu, conclu le 6 septembre 1991, entre le Maroc et le Front Polisario sans pouvoir imposer au Maroc l’application des résolutions, celles d’épargner les civils sahraouis habitant les territoires occupés,  des  exactions et des maltraitances pratiquées quotidiennement dans les grandes villes (Laayoune, Dakhla, Samara et autres agglomérations sahraouies) ainsi que le pillage systématique des richesses et matières premières par le Maroc.

 

<<         Et le fait que le SG de l’ONU délègue la surveillance des droits de l’homme à Genève, signifie-t-il un désengagement  des Nations unies dans ce conflit ?

Théoriquement, les Nations unies ne peuvent pas se désengager du conflit du Sahara occidental. Le secrétaire général ainsi que son représentant, sont tenus de poursuivre tous les efforts pour la tenue du référendum d’autodétermination du peuple sahraoui, non encore «autonome», (lire plutôt indépendant). Tant que le Conseil de sécurité des Nations unies est toujours saisi de la question de décolonisation du peuple sahraoui, inscrite depuis 1967 dans le programme de la Quatrième commission, les Nations unies ne peuvent pas abandonner leur tâche.

Mais dans les faits, le Secrétaire général de l’ONU se décharge de la surveillance de la situation des droits de l’homme, malgré les preuves concordantes et un travail de qualité, tels que les rapports respectifs d’Amnesty  International, Human Rights Watch ou encore celui  du Haut- Commissariat aux droits de l’homme, que le Maroc considère  d’ailleurs comme «incomplet et ne reflétant pas la réalité de la situation dans les régions du Sud».

Cela même, au moment où des ONG sahraouies  (ASVDH, CODESA et CODAPSO) aux côtés d’autres  européennes, africaines et latino-américaines,  attestent des violations des droits de l’homme dans les territoires occupés.

 

<<       Comment expliquez-vous ce revirement de situation ?

À mon sens, ce n’est pas un revirement de situation. Les Nations unies, notamment le Secrétariat général, sont cernés voire dépassés par le jeu interétatique dans lequel les grandes puissances tiennent  le rôle principal pour leurs propres intérêts économiques et géopolitiques. Manquant de marge de manœuvre dans ce même jeu, le Secrétaire général veut apparemment limiter son rôle à l’observation du cessez-le-feu et inciter les deux parties, le Maroc et le Front Polisario, à poursuivre les négociations directes ou indirectes.

 

<<       Tout en s’intéressant  à la question sahraouie, on ne peut   s’empêcher de faire le parallèle  avec ce qui se passe en région subsaharienne dont la Libye et la Côte d’Ivoire, et la célérité avec laquelle des résolutions onusiennes  ont été prises pour protéger les civiles

La conception «globaliste» post-guerre froide qui veut faire croire que tout le Tiers- Monde, (appelé maintenant les pays du Sud) doit être traité de la même façon, est ni juste ni vraie.

Il faut traiter les conflits au cas par cas pour éviter les amalgames, en prenant en compte le processus historique et la nature des contestations sociales. Le Sahara occidental n’a absolument rien à voir avec d’autres conflits du Sud. Il demeure toujours inscrit, tous les ans, dans les travaux de la Quatrième commission, comme un pays non encore autonome.

C’est donc un cas, parmi les 15 cas restants des pays non encore décolonisés. L’Espagne dans le cas du Sahara occidental est responsable devant les Nations unies et devant la communauté internationale car elle n’a pas encore parachevé la décolonisation de son ex-colonie et en est toujours responsable. Le Maroc n’est qu’un pays occupant, poussé par sa conception doctrinaire d’un Makhzen et soutenu par son ancien protecteur, la France.

 

<<        Et de la France on en parle ! Sur la décision de l’Onu de vouloir comme vous le dites, se décharger de la surveillance des droits de l’homme au Sahara occidental, Ahmed Boukhari est catégorique : la France y est pour beaucoup.

Ce qu’a dit le représentant du Front Polisario à  l’ONU, Ahmed Boukhari, est tout à fait exact ! La France, membre permanent du Conseil de sécurité, constitue l’obstacle politique majeur pour que le peuple sahraoui trouve son salut à travers un référendum pour l’autodétermination.

Les motivations géopolitiques de la France sont claires : la protection de son vassal le Maroc, dans lequel les enjeux économiques et financiers sont considérables : Par l’installation d’une république sahraouie, la France ne voudrait pas couper le Maroc de la Mauritanie pour des raisons géopolitiques.

Elle craint par ailleurs qu’un pacte durable entre l’Algérie et le Front Polisario, et c’est le cas, réduise le royaume du Maroc à ses frontières héritées du colonialisme de 1956. De fait, elle encourage le Maroc à accepter d’autres plans comme «l’autonomie», «l’autonomie élargie»…

 

<<       Et depuis mars dernier le Maroc parle de régionalisation…

Elle a été evoquée dans les réformes que la monarchie propose depuis mars 2011. En effet, le roi a affirmé : «Notre (son) objectif ultime reste de consolider les fondements d’une régionalisation marocaine à travers tout le royaume, avec, en tête, les provinces du Sahara marocain, une régionalisation fondée sur une bonne gouvernance». 

La France, rappelons-le, le suit, voire le conduit, dans ce sens, depuis la démission de James Baker. En témoigne la dernière déclaration du  ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé,  a affirmé : «Notre position (de la France) est connue et claire ; (…). Nous pensons que le Maroc a fait des efforts considérables, en proposant notamment un statut d’autonomie...»

 

<<       D’après vous, quelle alternative pour le Sahara occidental ? 

Si on exclut l’éventuelle prise d’armes par le Mouvement de libération sahraoui (le Polisario), pour libérer les deux tiers des territoires sous occupation marocaine, l’unique alternative pour l’avenir du Sahara occidental est la résistance de son peuple dans les territoires occupés, dont la dernière action pacifique demeure la contestation des 20 000 Sahraouis qui campaient dans la localité de Gdeïm Izik (Sahara occidental Occupé).

 

*Ali Omar Yara, sociologue des conflits au Maghreb, écrivain co-fondateur et membre du Comité de rédaction de la revue «l’Ouest saharien». Derniers livres parus : «Le Siècle guerrier franco-saharoui, 1910-2010», Paris, 2010, éd. L’Harmattan ; «Sahraouis, photographies» Rogério Ferrari, présentation Ali Omar Yara  Paris, Editions le passager clandestin, 2010.

Propos recueillis  par Djaouida Abbas

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