samedi 24 septembre 2011

 

16e SILA

Livre et lecteur : à quand les justes noces ?

Le Liban, invité d'honneur de la 16e foire internationale d’Alger

Un jour, une ville

Tripoli, la Mamelouke titubante

Les mots de la tribu

Deux voix de l'intime féminin

5e édition des Rencontres du film documentaire de Béjaïa

Formation, seule valeur sûre !

Point a la ligne

Fille de Bab el Oued et fière de l’être

 

 

 

 Culture 


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 16e SILA

Livre et lecteur : à quand les justes noces ?

Le 16e Salon international du livre d'Alger, (SILA) qui vient d'ouvrir ses portes, est censé nous interpeller et nous inviter à une profonde réflexion sur le livre -en tant qu'objet culturel (produit et vecteur)- et sur l'activité de la lecture dans notre pays.Par Saâd Taferka

Certes, le SILA peut constituer un événement capital pour les professionnels du livre et pour la communauté des lecteurs qui tient encore à cette noble activité menacée de déclin. Les lecteurs algériens -qui s'intéressent au livre autre que celui de la cuisine et des néo-fetwas religieuses- constituent une «secte» malheureusement de plus en plus rare. Ceux qui sont passionnés par la suave graphie des mots, le galbe des images, la musicalité des phrases, le monde profond des idées et de la réflexion dont les livres sont porteurs, ont leur salon étalé sur les douze mois de l'année, au niveau des bibliothèques, des librairies et même sur la toile de l'Internet (puisqu'il y a des ouvrages directement consultables et d'autres téléchargeables).

Ne faisons pas mention ici des faux lecteurs et des béotiens qui font de l'apparat, qui remplissent des vaisseliers de livres  qu'ils appellent bibliothèques. Victor Hugo a eu pour eux cette déshonorante observation: «Il y a des gens qui ont une bibliothèque comme les eunuques ont un  harem». Pour plusieurs raisons, aussi valables les unes que les autres, le Salon du livre ne pourra pas jouer le rôle de test grandeur nature permettant d'apprécier ou de jauger l'activité et la passion de la lecture dans notre pays.

L'ancienne génération des lecteurs se réduit un peu plus chaque jour en peau de chagrin, tandis que la nouvelle génération, formée à l'école fondamentale, n'a reçu à l'école pratiquement aucune forme de préparation qui la dirigerait vers la lecture hors de l'enceinte scolaire.

Les jeunes qui en sont issus s'étaient souvent contentés d'obtenir leur moyenne leur permettant de passer en classe supérieure dans des conditions parfois discutables. Où sont passés les enseignants qui, au cours des années 1970 imposaient aux élèves la lecture de grands textes littéraires et leur contraction sur quelques pages?

L'opération d'une arabisation menée à la hussarde- où ni méthode ni pédagogie n'avaient droitr de cité- n'a même pas pu se targuer  d'avoir transmis l'amour de la littérature arabe qui vous fait découvrir le monde onirique de Khalil Gibran, les idées modernistes de Taha Hussein, la lutte pour les droits des femmes menée par Tahar El Haddad et Kassem Amin, ainsi que la marche de l'Algérie d'après l'indépendance décrite par Abdelhamid Benhadouga.

Il y a lieu de reconnaître aussi que, depuis la fin des années 1980, l'invasion du ciel algérien par des centaines de chaînes de télévisions satellitaires n'a pas été sans provoquer une véritable anémie dans le potentiel de lecture chez la jeunesse.

N'ayant aucune prédisposition à sasser, filtrer ou sélectionner des programmes adaptés par le thème et circonscrits dans le temps, les téléspectateurs passifs sont engoncés dans cette mollesse ou rêvasserie alimentant la frustration de voir le reste du monde vivre, festoyer, jubiler et même verser dans les plaisirs salaces.

Les résultats sont des plus inquiétants sur le plan de la formation de la personnalité de nos enfants, élevés sur la base d'un complexe par lequel ils idéalisent l'étranger et développent le sentiment de la haine de soi.

Combien de parents guident leur progéniture dans le choix des programmes de télévision ? Combien sont-ils à les accompagner sur les rayons des librairies et des bibliothèques municipales ?

Adverse fortune

Dans les instituts de sondage et de recherche sociologique qui activent dans les pays développés, la question posée pour apprécier le niveau de développement de la lecture chez les jeunes- combien de livres lit-on en moyenne par semaine ou par mois - servant d'indice majeur du développement culturel, obtiendrait en Algérie une réponse qui décevrait tous ceux qui tiennent cette activité en haute estime, à tous ceux qui la considèrent comme le fondement même de la culture.

Bien que, partiellement, l'argument de la cherté du livre- avec la libéralisation de l'économie- sa part d'explication, il n'en demeure pas moins que la raisons capitales de la désaffection pour la lecture sont à chercher, d'une part, du côté du nouvel environnement culturel  marqué par l'hégémonie de l'audiovisuel et de la défaillance du système scolaire qui a cessé de transmettre la magie et la passion de la lecture, et, d'autre part, du côté du déficit patent en matière de  soutien à la politique du livre de la part des pouvoirs publics.

L'environnement dans lequel évolue l'activité de la lecture en Algérie est, on ne peut plus, défavorable. Dans des conditions de plus en plus stressantes où les heures de travail sont bousculées par d'autres préoccupations personnelles et familiales et par les irrésistibles sollicitations des loisirs audiovisuels, particulièrement la télévision, le temps passé à la lecture est réduit en peau de chagrin.

Déjà dans les sociétés européennes à vieille tradition de lecture, cette dernière n'est réellement plus ce qu'elle était il y a un demi-siècle. Après la seconde guerre mondiale, est née en Europe la littérature de ''gare'' faite essentiellement de genre policier sous format de poche. Comme son nom l'indique, la littérature de ''gare'' est destinée à délasser et occuper le lecteur pendant le voyage, d'autant plus que la période industrielle considérée imposait des déplacements parfois assez long pour se rendre dans les usines et les ateliers de fabrication généralement installés dans les lointaines banlieues ou carrément en rase campagne. Après avoir signifié moyen de délassement et d'évasion, le concept a fini par devenir un jugement dévalorisant en le mettant en opposition avec la littérature classique à texte et à idées.

En Algérie, les salons du livre se suivent et se ressemblent, hormis l'occasion donnée à la presse et à un certain public d'alimenter analyses, commentaires et projections sur la chose culturelle dans notre pays. Ce sera certainement une heureuse petite fièvre circonscrite dans le temps. Symptomatiquement, lors des inaugurations des différentes éditions du Salon d'Alger, ce ne sont pas les derniers best-sellers de la littérature mondiale ni les prix Nobel de l'année  font l'événement. C'est plutôt l'interdiction de certains livres subversifs- cette année, ils sont au nombre de 200- qui est généralement mis en relief dans la presse.

En raccourcis, ce sont les dérives éditoriales, particulièrement dans le domaine religieux, qui viennent poursuivre leurs surenchères et leur combat de gladiateurs dans une arène destinée théoriquement au ressourcement culturel et à l'inspiration intellectuelle.

Au fond, la question du livre et de la lecture dans notre pays dépasse largement le cadre d'une manifestation conjoncturelle aussi bruyante et relevée en couleurs qu'elle puisse être. Le socle primordial censé former le lecteur algérien n'existe pratiquement plus dans le pays. Hormis la génération des 40-50 ans qui a pu profiter des graines semées au lendemain de l'Indépendance, l'école publique s'est recroquevillée sur des programmes secs, sans âme et qui n'ont pas de prolongement dans la vie et la psychologie des élèves. Les morceaux choisis de lecture et les lectures dirigées sont réduits à la portion congrue et l'on a allègrement évacué les auteurs qui ont ému et fait rêver les premières générations.

Le renouvellement de la matière au fil des années n'a plus de fil conducteur et s'aventure dans des thèmes qui n'accrochent plus l'élève.

Quand pourra-t-on avoir de nouveaux textes qui transmettent les beautés et les interrogations du monde moderne comme ceux intégrés dans les livres de lectures européens : poèmes de chanteurs à textes, actualités extraites de la presse écrite,…etc ?  Quand pourra-t-on établir des passerelles entre les programmes d'histoire, de géographie, de sciences naturelles et les contenus des livres de lecture pour ouvrir l'esprit de l'élève à la polyvalence, à l'universalité de la culture et à l'idée de l'unité de l'homme et du monde ?

Une autre politique pour prolonger le Salon

Le monde de la lecture, en dehors de l'enceinte scolaire, est fait d'un désert terrifiant. Les moyens audiovisuels, à commencer par la télévision, ont carrément anesthésié les capacités et les volontés de lecture. Après une parenthèse de plus de deux décennies, l'idée des bibliothèques communales a refait surface à l'occasion des grands investissements publics contenus dans les trois derniers quinquennats. Cependant, pour ne pas avoir l'impression d'avoir mis la charrue avant les bœufs, les responsables de l'éducation et de la culture sont interpellés pour former le lecteur qui «élira domicile» dans ces centaines de bibliothèques construites à coup de milliards de dinars.

Le phénomène commence déjà insidieusement à s'installer. Des bibliothèques construites dans des bourgades isolées dans le cadre du programme des Hauts-Plateaux risquent de subir le sort peu reluisant du projet présidentiel intitulé «100 locaux par commune». Et puis, dans un climat de sécheresse culturelle, comme celui dans lequel évoluent la jeunesse et l'école publique algériennes, l'on n'a pratiquement aucune garantie de disposer de personnel à même de diriger et d'animer ces grandes infrastructures de façon à en faire un vivier de la culture, de la formation et de la citoyenneté.

Le Salon international du livre d'Alger est certainement une bonne tradition à perpétuer et à capitaliser.

Outre les rencontres entre éditeurs, auteurs et lecteurs, c'est également une opportunité de dresser le constat des retards et insuffisances de notre pays en matière de lecture et de politique du livre.

Il y a lieu de savoir maintenant comment prolonger cette fête du livre par une politique conséquente et offensive du développement de la production du livre et de la formation à l'activité de la lecture.

S. T.

 

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Le Liban, invité d'honneur de la 16e foire internationale d’Alger

Un jour, une ville

Tripoli, la Mamelouke titubante

À demi allongé sur sa chaise dans un café traditionnel de Tripoli, le professeur universitaire qui venait d'échanger quelques blagues «vertes» avec ses compères commande à un marchand ambulant, entre deux considérations analytiques sur la vie culturelle de la ville, les dernières éditions des hebdomadaires français, tout en se faisant cirer les chaussures par un vieil artisan.

Habitant le Nord, cet enseignant a généreusement accepté de présenter l’activité culturelle tripolitaine au journaliste venu découvrir la deuxième ville du Liban en dilettante. Mais le professeur ne s’est pas rendu compte que la petite scène qu’il offre à son interlocuteur vaut peut-être toutes les analyses autour de la ville et de sa vie culturelle, car elle résume à elle seule toutes les contradictions de la culture tripolitaine. Et de contradiction il s’agit. Car si le Liban est le pays des paradoxes, les antagonismes du pays ne sont peut-être aussi ostensibles nulle part ailleurs qu’à Tripoli, ville où l’on peut acheter et lire la presse européenne dans un café vieux de plusieurs décennies, où l’on parle de culture moderne tout en sollicitant les services surannés d’un cireur de chaussures, où le conservatisme social n’empêche pas une certaine légèreté des paroles, où aux plaisanteries peuvent rapidement succéder les raisonnements les plus profonds.

 Que l’on ne s’y trompe toutefois pas, à Tripoli, si l’on est féru d’événements culturels, on se complaît à vivre à Beyrouth. Le paysage culturel tripolitain est pour ainsi dire morne, presque aride. Certes, outre les auditoriums de la Fondation Safadi et de Beit el-Fann – Maison de l’Art – Tripoli possède deux grandes salles relativement connues du public: le théâtre «flottant» de la Foire internationale de Tripoli et la salle de la Rabita Thakafiyya, la Ligue culturelle. Néanmoins, le premier, très bien équipé et pouvant accueillir jusqu’à 2 000 personnes, est fermé pendant une grande partie de l’année et n’ouvre généralement ses portes que pendant le ramadan pour héberger des activités axées autour du mois du jeûne musulman. Quant à la salle de la Rabita, elle devient mal équipée et démodée, un peu à l’image de l’association qui la possède. Fondée en 1943 par des anciens étudiants d’un établissement islamique, Dar al-Tarbiya wal-Taalim, la Rabita Thakafiyya, imprégnée par le nationalisme arabe et le nassérisme, a longtemps été l’un des moteurs de la vie culturelle tripolitaine. Elle est aujourd’hui fantomatique et se contente de gérer ses locaux, dont sa bibliothèque qui demeure toutefois assez fréquentée.

Conservatisme social

Mais à Tripoli, on a honte d’être beyrouthin cloîtré dans Beyrouth et content de l’être. En Beyrouthin bien-pensant, l’on serait en effet automatiquement tenté d’imputer l’immobilisme culturel de Tripoli à un certain islamisme qui serait ambiant dans une ville que certains tentent de présenter comme le Kandahar du Liban. Ce préjugé révolte et écœure les Tripolitains.

Certes, le professeur d’université précité reconnaît que «l’on ne peut pas évacuer l’arrière-plan islamique de la ville qui structure un ensemble d’activités religieuses qui débouchent parfois sur une forme d’activisme». Il note toutefois que ce facteur reste bien circonscrit quoi qu’en disent certains médias politisés. Pour mettre en avant une certaine ouverture de la ville, les Tripolitains peuvent fournir une multitude d’exemples. Ils abondent par exemple dans la description de la rue baptisée «Damme wa Farze? qui compte une myriade de cafés où jeunes hommes et femmes, (dé)vêtus comme bon leur semble, se rencontrent librement et consomment de l’alcool, quoique discrètement. Joseph Wehbé, journaliste habitant de la ville, cite tous les articles vitupérant les forces islamistes ou les poèmes «finement érotiques» qu’il a publiés, sans que l’on tente de l’intimider. Un activiste local relate quant à lui l’exemple d’un festival qu’il a organisé au cours du ramadan 2010 dans la tour des Lions, monument de la ville, et au cours duquel se sont produits des artistes libanais et étrangers qui n’ont aucun rapport avec l’art religieux, sans que cela ne suscite la moindre polémique.

Quels facteurs sont donc à l’origine de la faiblesse de la vie culturelle à Tripoli?

Un mot revient comme par magie dans la bouche de plusieurs intellectuels et activistes de la ville: «mamelouke». Tripoli serait ainsi mamelouke dans le sens où elle serait dominée par «un conservatisme social qui ne s’apparente pas au fanatisme religieux», bien que l’islam soit sans doute l’un, mais seulement l’un, de ses fondements. Imprégnée de ce conservatisme mamelouk, la ville s’est «repliée sur son passé et a vécu en autarcie et ne s’est pas inscrite dans une perspective libanaise», précise Joseph Wehbé. Ce «mameloukisme» aurait sapé les fondements de l’essor de l’individualisme urbain à Tripoli et favorisé la conception de la culture comme processus de création de biens «sacrés que l’on expose sur les étagères bien plus que comme une dynamique rattachée à la vie quotidienne», explique un intellectuel originaire de la ville.  Le facteur politique a aggravé l’isolement culturel relatif de la ville. «Le conflit politique au Liban se reflète et s’amplifie à Tripoli», regrette Talal Khoja, professeur de mathématiques à l’Université libanaise qui anime l’association culturelle locale Bauzar. «À Tripoli, l’on garde à dessein des zones toujours prêtes à exploser, ce qui entrave le dialogue et la création culturelles dans la ville», poursuit-il. Le professeur raconte à titre d’exemple que le portrait d’un milicien financé par un politicien connu et tué lors d’échanges de tirs entre les deux zones il y a quelques mois a été accroché sur une statue décorative créée à l’initiative de son association dans un quartier de la ville. «Nous avons tenté par tous les moyens de l’enlever, sans succès» s’indigne-t-il.

Culture politisée et journaux locaux

Sur ce terrain miné ont germé des phénomènes culturels relativement spécifiques à Tripoli, notamment les centres culturels financés par les politiciens locaux. Ainsi, le Premier ministre Nagib Mikati a racheté Beit el-Fann, espace culturel localisé dans le bâtiment historique et traditionnel de l’ancien hôpital américain de Mina. Beit el-Fann, qui a pris le nom de centre culturel al-Azm en référence au courant politique de Nagib Mikati, est équipé pour accueillir des ateliers, concerts, spectacles et expositions. Il est toutefois fermé depuis bientôt deux ans et, actuellement en cours de rénovation, devrait rouvrir ses portes durant le ramadan.

De son côté, la Fondation Safadi, créée en 2001 par l’actuel ministre des Finances, Mohammad Safadi, se veut active dans les domaines du développement économique et social, de la culture et du sport. Dans ses locaux vastes et modernes, la fondation possède, outre ses installations sportives, des salles de classe, des salles de conférence et d’exposition, une bibliothèque et un auditorium. Elle héberge également le Centre culturel russe, l’Institut Cervantès, le Dialogpunkt et le British Council qui s’ajoutent aux Centres culturels français et italiens, assez actifs à Tripoli.

Force est toutefois de constater que malgré les investissements lourds qu’ils ont requis, ces deux centres n’ont pas réussi à stimuler un véritable processus de création culturelle à Tripoli. Par ailleurs, Tripoli présente un autre phénomène qui lui est propre?: la prospérité de la presse locale. La ville compte en effet une dizaine d’hebdomadaires locaux presque gratuits. Fruit du mouvement syndical historiquement très actif à Tripoli, ces journaux n’ont guère d’impact sur la vie culturelle et se spécialisent uniquement dans les questions politiques, vu qu’ils sont pratiquement tous financés aujourd’hui par les forces politiques présentes dans la ville.

Les initiatives alternatives

En dehors de ces initiatives destinées au grand public tripolitain, les initiatives culturelles individuelles peinent à décoller. L’on pourrait s’attendre à ce que les universités qui sont légion dans la ville soient de véritables laboratoires favorisant l’apparition et le développement de ce genre de projets. Pas moins de sept universités sont en effet implantées dans la ville ou dans son périmètre proche. Cependant, les activités culturelles organisées ou parrainées par ces institutions échouent systématiquement à toucher un public non académique. Il n’en demeure pas moins que les initiatives individuelles alternatives ne sont pas absentes à Tripoli. En témoigne l’expérience de Talal Khoja qui, avec son association Bauzar, a invité des artistes locaux et étrangers à peindre des fresques murales ou à réaliser des statues décoratives dans plusieurs quartiers de Tripoli. Il existe plusieurs autres initiatives similaires qui sont le fait de collectifs telle l’Association libanaise pour la promotion de la lecture et de la culture du dialogue, dirigée par Zahida Darwiche Jabbour qui organise régulièrement des conférences, des concours et des rencontres littéraires avec des écrivains francophones et arabophones.

Les jeunes Tripolitains ne manquent pas non plus d’investir dans leur ville et sa culture. Ainsi, un jeune graphiste a inauguré il y a trois mois un resto-pub à caractère culturel baptisé Code.

Localisé dans une maison traditionnelle rue Minnot – rue baptisée par les habitants de Mina à l’instar de la fameuse rue Monnot de Beyrouth – l’établissement est équipé d’une scène qui accueille régulièrement des concerts et d’une bibliothèque. «Je n’ai pas encore atteint mon objectif et mon projet n’a pas encore acquis la notoriété à laquelle j’aspire. Mais je suis déterminé à continuer», martèle-t-il comme un défi lancé à lui-même ou à une ville qui peine à comprendre ses ambitions.

Par Mahmoud HARB

 

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Les mots de la tribu

Deux voix de l'intime féminin

Les textes de Béatrice Khater et de Diala Gemayel donnent voix à des femmes habitées par la quête d’amour: pour trouver le sens, Béatrice pose avec précision les mots au lieu du silence et de la honte; Diala cherche les mots entraînant au flottement, à la fusion pour perdre le sens.

En septembre 2009, à l’initiative d’Alexandre Medawar, Navarino Editions, maison d’édition suisse éclectiquement dirigée par Laurent Schlittler, lance dans le cadre de Beyrouth Capitale mondiale du livre 2009  un concours littéraire réservé aux auteurs libanais. Les deux lauréates sont Diala Gemayel, journaliste, et Béatrice Khater, médecin de famille. Navarino donne à lire deux écritures foncièrement différentes, caractérisées par la sincérité d’un ton sans compromis se déployant dans les territoires de l’intime. L’ouvrage publié s’offre à une double lecture: le livre n’a pas de quatrième de couverture, mais deux couvertures. Lorsque pour «L» de Diala est à l’endroit, «La fille des miracles» de Béatrice est à l’envers; la réciproque est vraie. La décision de joindre inversées, dos à dos, les deux œuvres dans un même ouvrage ne peut qu’ouvrir la lecture aux reflux de l’imaginaire de l’une des auteures sur les plages de l’écriture de l’autre. Béatrice Khater s’attelle à une mise au grand jour des lieux du non-dit et des faux-semblants, les extrayant – sa plume devenant forceps quelquefois – des cloaques du silence. Diala Gemayel s’applique à étendre et amplifier les lieux intérieurs pour mieux y habiter. Les femmes chez Béatrice tentent de parvenir à la réconciliation avec soi ou avec l’autre pour commencer à aimer; la femme chez Diala n’aspire qu’à dépendre de l’amour et en mourir d’abandon. Les deux auteures suivent chacune dans le rythme stylistique qui est le sien, le fil rouge du féminin secret, et se rencontrent au-delà des divergences de leurs thématiques et souffles, dans l’évocation commune, ambivalente et «indisposante» des règles: sang vivant du corps féminin invisible.

Béatrice Khater a un style précis, tout de protubérances lexicales spécialisées. Ses phrasés sont denses et riches de métaphores. Injectés de détails physiques et affectifs, ils ne parviennent à prendre souplesse et température, enfermés dans la carapace de fer qui est celle des femmes dont Béatrice traduit la voix. En cela son écriture est fidèle aux modèles qui l’inspirent. Khater a le mérite d’aborder des sujets peu traités par la littérature libanaise d’expression française – néanmoins plus présents dans celle d’expression arabe –. Ses nouvelles dépeignent un tableau social élégamment disséqué, savamment traité, incisé d’humour, gangrené par les failles familiales affectives. Les carcans archaïques toujours principes actifs de la soupe libanaise sociale y sont dépistés, même si remaquillés et rafistolés au bistouri des mœurs contemporaines. Seul le flirt avec l’extrême: tentatives répétées de procréation médicalement assistée, pics hormonaux, abus et violences, handicap, mort, y creuse le passage pour l’avènement du miracle de vie et de vérité. Seulement, l’écriture de Béatrice Khater enlise parfois la narration dans la rigidité. Si la finesse du regard alliée à la virilité syntaxique séduit, les mots peinent à se différencier nettement de l’analyse psychologique et socioculturelle pour être littérature simplement.

L’écriture de Diala Gemayel écume d’attention pour le petit, l’instantané, qui sont pour elle pistes de décollage. Son attention embrasse les êtres en se posant sur un détail de leur corps, un détail de leur mimique, un battement de leurs gestes. Ses textes courts sont les parties écrites d’un imaginaire passé sous silence mais ressenti tressaillant sous le duvet des mots. Ses textes courts sont ainsi parties fragiles volant d’une seule aile (ou «L» ou elle, c’est selon), mais se soutenant progressivement en douceur, au fil du recueil, pour former un style distinctif, sorti d’une première impression de flou et armé d’une subtile délicatesse fervente, sauvage et durable. Le collier de textes fait collier de fleurs; on pourrait dire que l’écriture de Diala est pistil, pollen et pétales. De ce collier, certaines fleurs fanent vite ou éparpillent le nez du promeneur, mais quelques éclosions sont bel et bien vertigineuses: pourquoi mêler – au risque de les confondre – à la belle et singulière prose poétique, vers tempérés – souvent le choix du découpage en vers apporte peu au rythme ou à la texture – réflexions et billets d’humeur. Il y a dans les mots de Diala Gemayel la ville qui se précise au travers des élans d’amour, d’érotisme et de contemplation. Beyrouth y est majestueuse malmenée magnifique, Paris glissant fébrile élégant. Villes omniprésentes et se diluant victorieusement pour laisser place à la montagne libanaise, et ses vallées ses ruelles de villages ses vieilles maisons. La nature infiltre les lieux de l’urbain et des étreintes, elle est ce feu qui ouvre dans le cœur du minéral le muqueuse carnivore des palpitations intimes.

Les voix et pensées intérieures rythmées de quotidien n’imbibent pas seulement les thématiques des deux lauréates, elles ordonnent aussi chez chacune la temporalité de l’écriture: les nouvelles de Béatrice ont un climat de journal intime, d’introspection et de confidence; les textes de Diala font notes de chevet, et même si certains ne sont écrits ni au lever ni au coucher, ils portent l’empreinte du corps qui s’allonge et cherche à éprouver même au prix d’abréger les mots. Pour les textes courts de Diala, horizontalité et expansion incendiaire. Pour les nouvelles de Béatrice, verticalité de la voix qui pousse hors du corps, se redresse et raconte.

Par Ritta Baddoura

 

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5e édition des Rencontres du film documentaire de Béjaïa

Formation, seule valeur sûre !

L'association «Cinéma et mémoire» de Béjaïa est enfin prête à abriter  son rendez-vous annuel «Les Rencontres du film documentaire», qui est à sa cinquième édition, du 3 au 6 octobre prochain, selon sa présidente Habiba Djahnine.

Clôturant une année de formation, sous la forme d'un atelier de création documentaire, ces rencontres permettent à des jeunes stagiaires de réaliser leur première œuvre cinématographique. Le documentaire d'auteur, un genre particulier que la réalisatrice pratique par ailleurs, donne à ces jeunes une occasion d'exprimer une vision personnelle de leur réalité, mais aussi de se confronter une année durant aux différentes techniques d'écriture cinématographique, de montage, et de réalisation. Une volonté clairement affichée des membres de l'association d'aider ces jeunes à développer un «regard sur soi», pour reprendre l'expression de la présidente, et d'encourager une production cinématographique locale et militante. Ce sont au total une trentaine de stagiaires venus des quatre coins du pays, qui ont pu bénéficier d'une formation de qualité encadrée par des professionnels de l'image. En outre, les rencontres du film documentaire de Béjaïa permettent, dans le cadre de la formation, un accès à l'emploi aux stagiaires, en les faisant participer comme assistants à différents tournages. Par ailleurs, un fonds de 800 films est mis à la disposition des ciné-clubs, à travers le pays. Sur la délicate question du financement, la présidente de l'association «Cinéma et Mémoire» a exprimé sa volonté de concrétiser des partenariats plus pérennes, en d'autres termes obtenir des financements qui pourraient accompagner sur plusieurs années les rencontres auprès des partenaires, dont le ministère de la Culture ne fait pas partie et ce, malgré les multiples sollicitations renouvelées. Le programme de ces journées consiste en : la diffusion en ouverture des rencontres du documentaire «Le Festival panafricain d'Alger» de William Klein, avec une présentation du chroniqueur radio Omar Zellig. Quant à la journée du 4 octobre, elle sera consacrée à la présentation de pas moins de quatre films qui sont : «Les Oiseaux d'Arabie» du réalisateur français David Yon, «Bîr d'eau» de Djamel Belloucif, «Face au vent, partition buissonnière» d'Anne-Marie Faux et «Hystérisis» de Tahar Kessi. Ces projections donneront lieu à une réflexion sur les frontières entre les genres cinématographiques de la fiction à l'essai filmique passant par le documentaire. La réflexion concernera également les différentes étapes de réalisation d'un film, par l'évocation du passage de l'écriture à l'image jusqu'à la naissance de l'œuvre cinématographique à proprement parler.  Une séance de projection de films aura le lieu le 5 octobre. Ceux-ci provenant d'ateliers d'Iraq, de Jordanie, du Maroc et d'Afghanistan seront suivis chaque fois d'un débat sur le film. La dernière journée sera marquée par la diffusion des 6 films de l'atelier 2011. En marge des projections, des rencontres professionnelles se tiendront les 4 et 5 octobre, et ce, dans l'objectif de créer de nouveaux partenariats.

Par Timouche Idir

 

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Point a la ligne

Fille de Bab el Oued et fière de l’être

Quand Souad Massi s’exprime sur sa source d’inspiration, elle dit toujours que ça vient de ce «que j’ai gardé en moi, de mon vécu. Mais, avec le phénomène de l’exil, j’ai beaucoup écrit sur la nostalgie. Comme j’ai un peu de recul par rapport à ce qui se passe en Algérie, j’ai écrit des chansons sur la liberté et l’espoir.» Le garçon manqué qu’elle fut durant son enfance à Bab El Oued n’a laissé aucune trace sur la voix féminine et rebelle qu’elle acquiert dans sa jeunesse. Sa carrière musicale non plus ne doit rien au hasard. Souad   Massisilia, de son vrai nom, est issue d’une famille de mélomanes, des parents passionnés de musique traditionnelle algérienne composée de plusieurs jazzmen. Ce qui lui traça naturellement le chemin vers l’Ecole nationale des beaux arts où elle apprend  les techniques du chaâbi, du flamenco, des arpèges classiques de la guitare et le solfège. Elle se produit sur scène dès 1989 avec le groupe hard-rock Atakor. Elle enregistre une cassette qui remporte un grand succès. Souad abandonne alors le monde du travail (elle exerçait comme ingénieur en urbanisme dans un bureau d’études) pour se consacrer à la chanson. Sa première cassette porte son prénom et la fait connaître à un public amateur de musique anglo-saxonne. Le 10 janvier 1999 (durant le Ramadhan), Souad est invitée au festival «Femmes d’Alger» au cabaret Sauvage à Paris. Remarquée, elle reste en France et signe un contrat avec Island-Mercury (Universal Music). «Raoui» (le conteur) sort en 2001 et est applaudi par la critique. Souad et ses musiciens entament une longue série de concerts à travers toute la France puis ses premiers titres passent sur les ondes de France Inter. Elle s’imposera comme artiste et on la considère souvent comme une porte-parole de la jeunesse algérienne. Universal lui donne l’occasion d’enregistrer un second album «Deb» en 2003, dans cette veine, «Dar djedi» est un joyau qu’elle écrivit il y a des années alors que sa famille quittait Alger pour s’installer en Kabylie. Entre temps, l’artiste chante en duo avec Marc Lavoine, Ismael Lo ou encore Florent Pagny et tourne en France et à l’étranger. En 2005, Souad met au monde son premier bébé et passe quelques semaines à Tahiti avant de réaliser son troisième album. Son dernier album, sorti en 2010, a été récemment nominé aux Victoires de la musique 2011 dans la catégorie «Album musiques du monde».  Et bon vent !

Par Malik Bellil

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