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Le second festival panafricain ouvre ses portes le 5 juillet
Le rendez-vous
de tout un continent
« … Non pas monde
noir, terme suspect et métaphore monochrome qui nie tout, ou
presque, de l’extraordinaire richesse et diversité de ses peuples,
de ses langues et de ses cultures...
Mais un continent
énergique et pluriel… » C’est là ce que l’on peut lire dans l’une
des toutes premières brochures éditées par le ministère de la
culture il y a de cela quelques mois et qui pourrait tout aussi bien
tenir lieu d’exergue et d’objectif assigné à ce deuxième festival
panafricain qu’Alger organise et accueille à partir du 5 juillet
prochain. Il aura fallu attendre près d’un demi-siècle pour que
suite soit enfin donnée à l’historique et immortelle première
édition de juillet 1969, toujours dans cette même capitale, il est
vrai alors considérée comme la Mecque des révolutions. Et où se
croisaient et s’entremêlaient au gré de ses terrasses aujourd’hui
disparues ou interdites au nom d’on ne sait quel ordre public
nouveau, tout ce qui comptait autant en matière de cultures que de
mouvements de libération africains. Mais enfin, ne larmoyons pas
trop sur un passé aujourd’hui presque aussi disparu que nombre de
grands noms de l’art et de la culture africains qui avaient donné
toute sa grandeur et sa somptuosité à un certain mois de juillet
1969. La ville-capitale est toujours là. On verra bien ce qu’elle
peut encore donner. Il y a du défi dans tout cela. C’est sûr…
Quinze jours de
défis multiples
Hégémonie de la
planète Mac Luhan oblige, que voient, enregistrent et entendent les
téléspectateurs et autres internautes du monde entier d’un continent
lassé des stéréotypes et clichés quotidiennement diffusés par le
règne de l’histoire immédiate – celle du tout-pouvoir de
l’information, des médias et des journalistes – sinon une infinie et
ininterrompue succession d’images et de propos qui, tous, ne nous
ramènent qu’à un détestable glossaire où s’entrechoquent et se
répètent toujours ces mêmes mots, ces mêmes «repères» : guerres,
ethnocides, génocides, faim, soif, misère, immigration clandestine,
sous-développement, camps de réfugiés, enfants-soldats, sida
pandémique, bidonvilles, prostitution, drogue, grand et petit
banditismes, grands et petits bandits, pirates de tout poil et de
tout genre… bref, juste ce qu’il faut pour permettre à la boulimie
consumériste occidentale de continuer à créer, toujours plus riches
et diversifiés, bouffes et shampooings pour ses chats et ses chiens,
tout en gardant un regard passif et hypocritement compassionnel sur
ces «autres», hier esclaves et colonisés, et dont aujourd’hui, on
s’en va rassurant qu’ils ne sont pas plus mûrs pour la démocratie
que pour la modernité. C’est aussi cela le défi de ce deuxième
Panaf : prouver, démontrer, attester au vu et au su de tout le monde
que, malgré tout, envers et contre tout, et même meurtri et
contusionné, un continent se lève, se relève, danse, chante, parle
et rit parce que, tout simplement, il fut, reste et demeure ce
berceau de l’humanité d’où, tout, «un jour» partit. Et Alger, ce «territoire-guide»
selon l’expression de Franz Fanon, a tout à gagner de ce genre de
défi. Elle que l’on continue à vouloir enfermer dans une vision
appauvrie et appauvrissante, réductrice et minorisante, de toutes
les façons, propre à tous ceux persuadés que leurs femmes sont à
l’abri grâce à la «culture» du blindage et du barreaudage, et
qu’eux-mêmes aussi ne peuvent l’être qu’en remplaçant les sept
portes d’El Bahdja par autant de murs si hauts, que, derrière, l’on
ne pourrait plus voir la mer.
Rythmes,
couleurs et sons… des mots aussi
Si, dans les
années soixante, la présence de l’Afrique à l’échelle planétaire
était surtout tributaire du rôle que l’une et l’autre des deux
grandes puissances dominatrices du monde d’alors voulaient bien lui
faire jouer, guerre froide obligeait, ou encore de quelques fortes
personnalités des arts, de la culture ou de la connaissance
scientifique, aujourd’hui, dans l’univers mondialisé qui est le
nôtre et qui a fait des interférences culturelles quasiment une
obligation, partout se multiplient et essaiment les scènes, galeries
d’art et maisons d’édition du monde entier, des artistes, hommes et
femmes de culture et scientifiques dont la renommée recoupe
pratiquement tous les continents. Finie cette lointaine époque où
l’on ne connaissait, pour l’exemple de la Guinée que son fameux
ballet national, ou encore de l’Algérie où le rai, le gnaoui et la
chanson amazigh ont acquis droit de cité. L’Afrique du sud de Nelson
Mandela n’est plus ce rêve lointain transmis aux étoiles et planètes
les plus lointaines par l’inoubliable Myriam Makeba. Négritude, arts
nègres sont des concepts et notions complètement revus et corrigés
d’abord par les africains eux-mêmes. Il y aura aussi lieu de faire
le point sur tout ce qui en même temps sépare et relie ces deux
dates à un demi-siècle de distance. Les thématiques s’articuleront
autour du livre, avec l’édition ou la réédition de plus de deux
cinquante ouvrages d’auteurs d’Afrique ou des Caraïbes, la bande
dessinée fera enfin son entrée dans le panthéon des formes d’art
consacrées, un festival international de la littérature de jeunesse
et du roman est prévu, des nuits de la poésie et du conte africain,
un symposium sur la littérature africaine, des expos, des rencontres
avec des auteurs, des ateliers d’écriture et de dessin, des
spectacles pour enfants, des conférences, des colloques et des
rencontres axées sur des thèmes aussi variés que la colonisation,
femmes et développement, les origines africaines du jazz, la zaouïa
Tidjania, Fanon bien sûr, mais aussi l’oralité africaine… Les arts
plastiques ne seront pas en reste : le design, la photographie, la
modernité dans l’art africain, l’art africain au féminin, la
musique, la chorégraphie, des spectacles de rue à n’en plus finir,
le théâtre avec dix-sept pièces produites par les différents hôtes
et quatorze productions nationales, un colloque «tradition et
modernité dans le théâtre africain», des «contes de grand-mère
agencés en spectacles et montage poétique» qui ne manqueront pas de
ravir l’œil et l’imagination sont aussi prévus…un colloque sur le
cinéma en Afrique, un hommage aux grandes figures du cinéma
africain, l’édition d’un annuaire du cinéma africain, outil, ô
combien utile et indispensable… et, bien sûr, tout ce qui concerne
et repose sur tout autant le patrimoine matériel qu’immatériel,
grande innovation de ce deuxième festival, avec les nombreux
chefs-d’œuvres classés désormais patrimoine universel par l’Unesco,
à l’image de l’Ahellil du Gourara, le patrimoine oral Gélédé ou
encore le savoir-faire du travail du bois des Zafimaniry… des
colloques sur les architectures de la terre, sur la terminologie
artistique africaine ou encore le trafic illicite des biens
culturels dont, par exemple notre pays mais nombre d’autres pays
africains continuent de souffrir malgré une vigilance désormais de
tous les instants… Bref, quinze jours entiers de fêtes en tout
genre, de manifestations culturelles et scientifiques riches et
variées. Voilà grosso modo rappelé tout ce autour de quoi est
appelé à s’articuler et se déployer ce prochain festival qui ouvrira
ses portes au soir du 5 juillet prochain à la Coupole.
Le défi du
public
L’important aussi,
c’est que c’est en cette première décennie de ce siècle naissant que
survient un événement de cette taille et de cette importance. Des
projections collectives pourraient donc y être menées, un travail
collectif partagé qui pourrait être structuré par de grandes régions
africaines, par catégories d’expression, par genres et styles
culturels et artistiques. Le Nepad est paraît-il en panne, pourquoi
la culture, les hommes et femmes de culture, les artistes africains
ne viendraient-ils pas à son secours ? Tant l’on sait aujourd’hui
bien plus qu’hier que tout est lié, que tout est en interactivité,
en interpénétration constante et permanente et que chaque pan n’est
qu’une partie d’un tout. A l’heure du pluriculturalisme, de la
convocation et de la confrontation des influences et des genres, de
grands artistes d’envergure internationale et de l’expression faite
reine, tout ne peut qu’aller dans ce sens.
Il reste que l’on
n’organise pas un festival d’une telle ampleur sans tenir compte de
ce facteur essentiel qu’est la symbiose et l’adhésion du public,
qu’il soit celui composé de spécialistes ou plus prosaïquement de
profanes, d’amateurs. C’est pourquoi, et en souvenir de ce que fut
le premier festival panafricain d’Algérie, la question qui se pose
est bien celle de savoir ce qui est prévu pour faire vivre,
notamment les algérois, de jour comme de nuit, aux rythmes, couleurs
et sons d’un rendez-vous, le deuxième du nom, qui doit, et devra,
marquer les esprits au moins autant qu’aura été capable de le faire
son prédécesseur. Là est tout le défi posé aux organisateurs à
différents niveaux de cette manifestation.
Par
Malik-Amestan B.
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Voyage en images au cœur de l’Afrique
Karim Aït
Oumeziane, directeur du centre cinématographique algérien et chef du
département cinéma pour la deuxième édition du Panaf est catégorique
: «Nous avons un programme très riche et très diversifié.»
«J’avoue que cela
n’a pas été facile à concrétiser, mais grâce à la collaboration de
tout le groupe qui constitue la commission cinéma du panaf, tout a
été ficelé dans les délais et selon nos prévisions». Une déclaration
qui rassure les cinéphiles dans la mesure où une opportunité unique
leur est offerte de voir ou de revoir les films africains qui ont eu
une notoriété. Nous pensons particulièrement à la section «Yanenga
d’Or» où tous les films qui ont cette distinction, l’équivalent de
la palme d’or du festival du film africain de Ouagadougou, sont
programmés à compter du 6 juillet à la salle Ibn Zeydoun de Riadh El
Feth. On cite dans le désordre «Ezra» de Newton Aduaka, «Pièces
d’identité» de Mweze N’Gangura, «Histoire d’une rencontre» de Brahim
Tsaki, «Au nom du christ» de Roger Gnoam M’Bala et «Heremakono» de
Abderrahmane Sissako. Karim Aït Oumeziane est certain que les
différentes sections du volet cinéma du panaf vont satisfaire les
attentes du public. Avec la précieuse collaboration de Malek Ali
Yahia, directeur de MD Ciné et d’autres spécialistes de cinéma, le
programme concocté au vu de ce que nous a annoncé officiellement le
chef du département cinéma du panaf a de quoi séduire et réhabiliter
le loisir cinéma le temps de cette gigantesque manifestation
culturelle qui réunit durant quinze jours la créativité des artistes
africains, tous domaines confondus. Mais restons dans le royaume du
rêve et de l’émotion. La section «Pionnier et Diaspora», qui a élu
domicile naturellement, allions-nous écrire, à la Filmathèque Zinet,
donnera à coup sûr une idée du début de l’aventure du cinéma
africain, celui fait selon la célèbre formule de Sembène Ousmane «de
mégotage», autrement dit avec très peu de moyens et beaucoup de
persévérance. Les pionniers ont pour nom Sembene Ousmane, Mustapha
AlassaneDjibril Diop Mambety, Lionel Ngakane et Mustapha Alassane à
titre d’exemple. Ils ont le mérite d’avoir montré la voie et filmé
les préoccupations des sociétés africaines. Ce sont aujourd’hui des
films qui ont une grande valeur sociologique. Depuis, le cinéma
africain a beaucoup évolué sur le plan technique notamment, et des
œuvres comme «Tilaï» de Idrissa Ouédraego a obtenu le grand prix du
jury à Cannes en 1990, ce qui illustre de manière éloquente
l’évolution de ce cinéma qui a su rester authentique et acquérir les
valeurs de la critique internationale. «Chronique des années de
braise» de Mohamed Lakhdar Hamina a, pour rappel, obtenu la Palme
d’or du festival de Cannes en 1975 et reste à ce jour l’unique film
à avoir obtenu cette prestigieuse distinction. Il faut dire que
cette superbe fresque de Lakhdar Hamina reste un chef-d’œuvre
cinématographique. Il est évident que ce film soit invité à cette
grand-messe des films africains, comme il est impensable de tracer
le programme de cette grande rétrospective sans rendre hommage à
l’immense talent de Youssef Chahine avec deux films référence dans
la mesure où le premier, «Le Moineau», marque une étape dans le
parcours de ce cinéaste, et «Alexandrie, pourquoi ?» où Chahine,
après une opération à cœur ouvert, a décidé de braquer sa caméra sur
sa vie et sur l’histoire de l’Egypte. Notons enfin que les dernières
productions algériennes sont à l’affiche. Il y aura «Mascarades» de
Lyes Salem et «Indigènes» de Rachid Bouchareb et, bien sûr, d’autres
films récents. «Sektou» de Khaled Benaïssa et «Le Vent des Aurès» de
Lakhdar Hamina entament ce voyage en images au cœur de l’Afrique.
Par Abdelkrim
Tazaroute
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Des films réalisés exclusivement pour cette manifestation
Les
productions du panaf 2009
Le volet cinéma du
panaf 2009 ne se réduit pas uniquement aux films programmés dans six
salles, quatre à Ryadh El Feth, Ibn Zeydoun, Cosmos Apha, Cosmos
Beta, et la filmathèque et deux salles en plein air, des tentes
placées dans deux sites de la capitale, mais aussi à un colloque sur
le cinéma africain où de nombreux invités de marque, des critiques
de cinéma viendront débattre durant deux jours, les 10 et 11
juillet, le thème retenu, à savoir «Quels modèles d’avenir pour les
cinémas d’afrique ?»
Le panaf cinéma,
pour sa deuxième édition, c’est aussi la production exclusive de
documentaires et de films, dont un sera consacré à cette édition,
aura la lourde tâche d’être la mémoire d’une édition qui s’annonce
riche et variée. Quatre documentaires sont déjà mis en boîte. Il
s’agit de : «Algérie, terre des mouvements de libération africains»
de Lamine Merbah, «L’Algérie et les mouvements de libération
africains» de Ramadane souleimane, «Le Nepad» de Abdenour Zahzah,
et de «Mémoires du panaf 69» de Boualem Aissaoui. «Le Rôle de la
femme dans le développement de l’Afrique» de Baya El Hachemi sera
réalisé durant le panaf. Idem pour le documentaire sur le panaf de
Chergui Kharroubi. Notons aussi que dix courts-métrages seront au
programme. Ce sont des films de cinq à dix minutes réalisés par des
cinéastes africains.
Ces films sont
produits par l’Algérie dans le cadre du panaf 2009. Un concours a
été aussi lancé pour aider la production de films africains, pour la
réalisation de quatre courts-métrages et quatre longs-métrages. La
commission mixte (Algériens et Africains) a reçu 32 scénarios. Les
résultats, selon Karim Aït Oumeziane, seront annoncés le 10 juillet
à l’ouverture du colloque consacré au devenir du cinéma africain. Le
jury est présidé par Ahmed Bedjaoui et a pour membres Nourredine
Touazi, Charles Menssa, Johson Traoré et Mahmoud Benmahmoud.
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