|
Accueil
Les Débats de l’heure
Dessalement,
FMI et Tamanrasset
D’abord l’eau.
Les ministres arabes de
l’Eau se réunissent ce lundi 29 juin à Alger pour débattre de cet
important sujet. L’eau se fait rare dans de nombreux pays. Dans une
décennie ou deux la situation sera dramatique dans certains d’entre
eux. Les usines de dessalement peuvent représenter une solution mais
cela coûte cher. Quelques experts estiment que ce procédé de
dessalement, outre qu’il est cher, comprend des risques notamment
sur l’environnement. C’est ainsi que récemment le parti RCD a publié
une étude d’un de ses militants dans laquelle les dirigeants du pays
sont attaqués sur leur politique en la matière. L’Algérie, en un
temps relativement court, est devenu l’un des pays au monde où il
existe beaucoup d’usines de dessalement. Bien que des expériences
menées dans différentes régions du monde ont montré que le
dessalement est une vraie réponse au problème des pénuries d’eau,
que les risques éventuels sur l’environnement restent minimes et que
les coûts peuvent être très raisonnables à condition de ne pas
utiliser l’eau ainsi récupérée à des fins agricoles ou
industrielles, le RCD persiste à penser que les sommes importantes
investies par l’Algérie le sont en pure perte et, pis, que les
conséquences en seront désastreuses à plus ou moins long terme. Le
RCD joue son rôle d’opposant et ses attaques, pour exagérées
qu’elles soient, peuvent servir à initier des débats sur certains
sujets. Mais la réaction à ces attaques, sur un site internet, de la
part des dirigeants de EAC (le groupement qui comprend Sonatrach) a
été d’une maladresse et d’une faiblesse telles qu’elle ne peut
qu’alimenter en crédibilité la thèse du RCD. Celui-ci compte initier
une action politique pour donner plus d’envergure à ses attaques,
peut-être alors verrions-nous émerger un vrai débat. Avec de vrais
débatteurs.
Ensuite l’achat
éventuel par l’Etat algérien d’obligations du FMI.
Faut-il oui ou non que l’Algérie investisse dans ce créneau au
moment où le FMI, en manque de liquidités, lui fait les yeux doux ?
A priori oui. Pour au moins deux raisons. L’Algérie a assez de
réserves pour ce genre d’investissements, malgré son audacieux
projet de dépenser 150 milliards de dollars en infrastructures
notamment dans les prochaines cinq années. Mais aussi, elle n’aura
rien à perdre, si toutefois elle ne gagnait rien : les
investissements sont absolument garantis. Pourtant, l’idée est
attaquée par certains économistes qui soutiennent que notre pays
risque de se retrouver en situation délicate en ces temps de
récession mondiale. En d’autres termes, nous risquons de ne pas
disposer de l’argent investi dans les obligations du FMI au moment
où nous en aurions le plus besoin. C’est une posture qui se base sur
la prudence. Alors qui a raison ? Peut-être, comme le soutient un
des experts, la meilleure solution se trouve-t-elle à mi-chemin des
deux. Tout comme le fait la Chine, il faut acheter les bons
obligataires du FMI, non seulement pour manifester une espèce de
solidarité mondiale, mais aussi pour des intérêts à la fois
économiques et politiques. Seulement, il ne faut pas en acheter
beaucoup. Combien ? Pas plus de deux milliards de dollars, pense
ledit économiste. Voilà une attitude bien sage, mais le débat reste
ouvert.
Enfin, retour à
l’eau, le transfert de In
Salah à Tamanrasset. Le deuxième projet du siècle après l’autoroute
est-ouest. Le coût est tel, en milliards de dollars, que l’on aurait
pu transférer toute la ville de Tamanrasset vers In Salah. Encore
donc une mauvaise chose. Mais est-ce si sûr que ça ? Ceux qui
s’arrêtent au coût de cette infrastructure, apparemment insensée,
omettent des aspects importants du problème. On peut en citer
quelques-uns pêle-mêle. La Libye, ainsi que, dans une moindre
mesure, la Tunisie, continuent à pomper cette nappe phréatique
commune avec l’Algérie et donc à utiliser unilatéralement cette eau.
In Salah n’a pas la position géopolitique de Tamanrasset qui
pourrait être, à la fois pour les Américains et les Algériens, un
centre régional, voire africain, de première importance à condition
d’avoir l’eau. Tamanrasset a les potentialités touristiques, et donc
à différents niveaux politiques et économiques, voire humains,
celles d’être une grande ville fédératrice et rayonner sur
l’ensemble de la région. Les coûts du transfert d’eau vers
Tamanrasset sur plus de un millier de kilomètres sont prodigieux
mais les dividendes escomptés le sont tout autant. Cet éclairage
est-il le bon ? Il mérite en tout cas débat.
Par Abane
Châabane
Haut
e-mail :contact@lesdebats.com |