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Préparer demain
C'est par le
travail qu'on s'enrichit, dit-on. Oui, mais comment trouver du
travail lorsque celui-ci n'existe pas ? Longtemps, à l'instar de
nombreux pays dits socialistes, l'Algérie a payé des travailleurs
qui ne produisaient pas. Le plein emploi était à la fois réel et
fictif. Il appartenait au consommateur de s'adapter à la production,
en qualité et en quantité, et non l'inverse. Cela coûte très cher en
perspectives de vie, mais c'est une façon de voir. L'autre façon est
de créer un marché par le jeu de l'offre et de la demande. Le
travail devient plus rare et se valorise. Il crée de la richesse et
contribue à son propre développement. L'Algérie en est là
aujourd'hui. Sauf qu'il n'y existe pas vraiment de marché. Par
conséquent beaucoup (trop) de chômeurs et beaucoup (trop) de
pauvreté. Pourquoi cette absence de marché alors que les règles du
libéralisme sont censées être simples à mettre en œuvre ? Parce que
l'Algérie a du pétrole, en fait du gaz. Elle a des ressources qui
l'empêchent de courir les risques habituels, aussi bien sociaux que
politiques, à toute libéralisation véritable. On la décrit sous le
vocable d' " Etat rentier ". Ce n'est pas vraiment le travail qui
nous fait vivre mais les hydrocarbures. Alors, on développe la
vision suivante : se servir de nos ressources pour créer le travail
qui nous fera vivre lorsqu'on n'aura plus de ressources. Autrement
dit, se servir de notre butin pour créer des richesses - dans le
cadre d'une " stratégie de développement durable " etc. C'est autour
de cette vision que s'élabore l'idéologie actuelle. Pourtant, c'est
un non-sens que de penser ainsi. La rente contredira toujours le
marché. Lorsque l'agriculteur algérien produira le blé nécessaire à
la fabrication du pain, son produit devrait avoir la valeur
déterminée à l'export par le marché mondial. Avec un blé importé en
devises et subventionné par l'Etat, donc par le pétrole, le travail,
aussi bien que le produit de l'agriculteur, n’est pas déterminé par
le marché mais par une volonté politique qui ne correspond qu'à
elle-même. Alors que faire ? Laisser les gens mourir de faim en
attendant que le marché émerge et se régule, c'est donner libre
cours à la société de s'organiser indépendamment de toute tutelle.
C'est courir le risque de révoltes et de révolutions. Par contre,
entretenir l'illusion d'un avenir prometteur grâce à la bonne
utilisation de nos ressources actuelles, cela pourrait conduire à
atténuer le choc inévitable du jour où il nous faudra bien
affronter, pour le pire et le meilleur, la réalité. Je veux dire
qu'on n'a guère d'autre choix que de laisser courir. Eduquer le
maximum possible d'enfants et de jeunes, mettre en place autant
d'infrastructures que l'on peut, habituer les citoyens à leurs
droits et à leurs devoirs, par la pratique de la démocratie et du "
vivre ensemble ", améliorer le fonctionnement des institutions,
émanciper la femme, prévenir les grandes catastrophes et les
conflits de toute nature, restaurer la confiance du peuple en
lui-même, notamment par l'amélioration de son niveau de vie -
L'Algérie est deuxième au plan africain, après l'Afrique du Sud, au
classement du PNB global ou par habitant ; mais elle devra faire
beaucoup plus pour atteindre, par exemple, le niveau d'Israël - bref
préparer le pays, autant que faire se peut, à opérer sa transition
le jour où il faudra bien qu'il la fasse. Pour l'instant, la
priorité est là et nulle part ailleurs.
A. K.
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