Semaine du 1 au 7 juillet 2009

 

L'éditorial

Préparer demain 

 

 
 
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 Préparer demain 

C'est par le travail qu'on s'enrichit, dit-on. Oui, mais comment trouver du travail lorsque celui-ci n'existe pas ? Longtemps, à l'instar de nombreux pays dits socialistes, l'Algérie a payé des travailleurs qui ne produisaient pas. Le plein emploi était à la fois réel et fictif. Il appartenait au consommateur de s'adapter à la production, en qualité et en quantité, et non l'inverse. Cela coûte très cher en perspectives de vie, mais c'est une façon de voir. L'autre façon est de créer un marché par le jeu de l'offre et de la demande. Le travail devient plus rare et se valorise. Il crée de la  richesse et contribue à son propre développement. L'Algérie en est là aujourd'hui. Sauf qu'il n'y existe pas vraiment de marché. Par conséquent beaucoup (trop) de chômeurs et beaucoup (trop) de pauvreté. Pourquoi cette absence de marché alors que les règles du libéralisme sont censées être simples à mettre en œuvre ? Parce que l'Algérie a du pétrole, en fait du gaz. Elle a des ressources qui l'empêchent de courir les risques habituels, aussi bien sociaux que politiques, à toute libéralisation véritable. On la décrit sous le vocable d' " Etat rentier ". Ce n'est pas vraiment le travail qui nous fait vivre mais les hydrocarbures. Alors, on développe la vision suivante : se servir de nos ressources pour créer le travail qui nous fera vivre lorsqu'on n'aura plus de ressources. Autrement dit, se servir de notre butin pour créer des richesses - dans le cadre d'une " stratégie de développement durable " etc. C'est autour de cette vision que s'élabore l'idéologie actuelle. Pourtant, c'est un non-sens que de penser ainsi. La rente contredira toujours le marché. Lorsque l'agriculteur algérien produira le blé nécessaire à la fabrication du pain, son produit devrait avoir la valeur déterminée à l'export par le marché mondial. Avec un blé importé en devises et subventionné par l'Etat, donc par le pétrole, le travail, aussi bien que le produit de l'agriculteur, n’est pas déterminé par le marché mais par une volonté politique qui ne correspond qu'à elle-même. Alors que faire ? Laisser les gens mourir de faim en attendant que le marché émerge et se régule, c'est donner libre cours à la société de s'organiser indépendamment de toute tutelle. C'est courir le risque de révoltes et de révolutions. Par contre, entretenir l'illusion d'un avenir prometteur grâce à la bonne utilisation de nos ressources actuelles, cela pourrait conduire à atténuer le choc inévitable du jour où il nous faudra bien affronter, pour le pire et le meilleur, la réalité. Je veux dire qu'on n'a guère d'autre choix que de laisser courir. Eduquer le maximum possible d'enfants et de jeunes, mettre en place autant d'infrastructures que l'on peut, habituer les citoyens à leurs droits et à leurs devoirs, par la pratique de la démocratie et du " vivre ensemble ", améliorer le fonctionnement des institutions, émanciper la femme, prévenir les grandes catastrophes et les conflits de toute nature, restaurer la confiance du peuple en lui-même, notamment par l'amélioration de son niveau de vie - L'Algérie est deuxième au plan africain, après l'Afrique du Sud, au classement du PNB global ou par habitant ; mais elle devra faire beaucoup plus pour atteindre, par exemple, le niveau d'Israël - bref préparer le pays, autant que faire se peut, à opérer sa transition le jour où il faudra bien qu'il la fasse. Pour l'instant, la priorité est là et nulle part ailleurs.        

A. K.

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