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Semaine du 1 au 7 juillet 2009

 

Entrée du marketing ethnique en Algérie

Monde pluriel et logique des stéréotypes

Produits halal, finances, téléphonie et médias

Plan de consommation des communautés d’origine étrangère

Multiculturalisme 

Pour ou contre ?

Le psychologue Téric Boucebci analyse la violence en Algérie

«Nous sommes en tension quasi permanente»

 

 

 

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Entrée du marketing ethnique en Algérie

Monde pluriel et logique des stéréotypes

Depuis quelques années, le marketing ethnique connaît une percée dans le monde. L’Algérie s’est-elle suffisamment armée pour donner la juste mesure à un phénomène de marché qui n’a rien de neutre ?

Le marketing ethnique ou l’ethno marketing ou encore le marketing de la différence est une approche qui consiste à segmenter le marché national ou le marché international, pour proposer à des groupes ethniques, considérés comme homogènes, des produits adaptés à leurs caractéristiques physiques et culturelles. En Algérie, le marketing ethnique a investi une partie du marché local pendant cette dernière décennie, à travers l’écoulement de certains produits tels que par exemple les poupées Barbie converties en musulmanes, les tenues vestimentaires islamiques et les affiches de Zidane.

Contrairement à la segmentation classique du marché qui s’appuie sur les goûts des consommateurs, leur âge, leurs professions et leurs revenus, le marketing ethnique, qualifié d’«outil marketing du  XXIe siècle», prend en compte les valeurs propres à l’individu, ses origines, ses modes de comportement, sa culture, ses convictions religieuses, son identité, etc. Du coup, les critères généralement requis pour mettre en œuvre un marketing affinitaire ou communautaire se confondent avec des critères potentiellement discriminatoires. Des spécialistes admettent que le marketing ethnique pose un problème d’éthique : il y a d’une part «une éthique de la liberté» qui prend en compte les attentes, les besoins et les demandes spécifiques, et de l’autre, «une éthique de la responsabilité» qui, elle, réclame le respect de l’autre. Aussi soutiennent-ils que le marketing ethnique ne peut se réduire à une simple segmentation, aussi justifiée soit-elle, qu’il lui faut aussi prendre en compte, au-delà des différences, «la hiérarchie ou l’égalité de valeur entre les cultures qui contribuent à la formation d’une société». En plus clair, le marketing ethnique n’est pas neutre et doit, par conséquent, porter un jugement éthique sur les options politiques de la société, mais aussi se doter de règles éthiques, pour refléter un monde divers et ne pas sombrer dans «la dérive du renforcement des clivages et des stéréotypes».

Sur un autre plan, la société algérienne, à l’instar des autres sociétés, n’est pas homogène, ne serait-ce qu’au plan culturel et linguistique. De plus, l’Algérie, classé jusque-là parmi les sociétés pourvoyeuses d’émigration, est devenue également un pays d’immigration.

Les flux migratoires ont certes de tout temps existé de par le monde. Mais la mondialisation encourage davantage les vagues d’immigration, qui sont à l’origine des sociétés plurielles et composites, connues aussi sous le nom de «sociétés multiculturelles». Outre tous ces Algériens établis au Canada et dans différents pays dans le monde, plus d’un million et demi de Français sont originaires d’Algérie. C’est ce que révèle une étude, publiée récemment par le cabinet français Solis, spécialisé dans les études de marketing ethnique. Dans ses deux communiqués, datés du 10 et 16 juin dernier, Solis présente son travail comme «la première étude média-marché» qui a pu décrypter «les comportements de consommation et les fréquentations médias des populations issues de la diversité» (voir encadré). Et, en bon marketer, le cabinet d’études conclut : «Les enfants des migrants des années 60 à 80, nés en France, constituent une nouvelle cible de consommateurs aux attentes et aux comportements spécifiques qui jettent les jalons d’une forme de marketing «inédit» en France : le marketing ethnique.»

L’étude de Solis est intéressante, dans la mesure où elle nous livre le regard qu’elle porte sur les populations issues de l’émigration et leur progéniture (2e génération), particulièrement ceux originaires d’Algérie. Ses initiateurs semblent, par ailleurs, avoir trouvé un créneau porteur, non seulement sur le marché français, mais vraisemblablement dans ceux des  pays d’origine. C’est du moins ce qu’a laissé entendre dernièrement le président de Solis, Abbas Bendali, à notre confrère El Watan, en lui confiant qu’il veut investir, entre autres, en Algérie.

L’enquête est également intéressante, car elle donne une idée des ambitions du marketing ethnique, un phénomène qui exige de nous une meilleure connaissance pour prévenir contre l’instrumentalisation des particularismes et surtout faire les bons choix.

Aujourd’hui, avec l’internationalisation du marché, l’Internet et les chaînes télévisées étrangères, le pluralisme de la société algérienne ne saurait être abordé sous l’angle de la menace, comme certaines parties, essentiellement les conservateurs, ont tendance à le faire. 

Par Z’hor Chérief

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Produits halal, finances, téléphonie et médias

Plan de consommation des communautés d’origine étrangère 

L’enquête menée par le cabinet Solis est la première du genre en France. Elle estime la population vivant en France et originaire du Maghreb, d’Afrique subsaharienne, de Turquie et des départements  d’Outre-Mer (DOM), à plus de 5,5 millions d’individus. Autrement dit, près d’1 habitant sur 10 de l’Hexagone est originaire de l’immigration extra-européenne.

Sur  les 5,5 millions de personnes dénombrées, 3 264 000 sont d’origine maghrébine (58,9%) et 1 532 000 sont originaires d’Algérie (27,6%).

Les résultats de l’enquête, en matière de consommation, sont comme suit :

*Produits halal : 93,6% de la population d’origine maghrébine achètent des produits halal (viande, charcuterie, plats cuisinés…).

*Finances : 54,9% de la population originaire d’Afrique du Nord transfèrent des fonds vers leur pays d’origine.

*Téléphonie : près de 90% des personnes originaires du Maghreb, d’Afrique subsaharienne ou des DOM passent des appels téléphoniques vers le pays d’origine avec une fréquence hebdomadaire pour la moitié d’entre eux.

*Cosmétique : 65,5% des personnes originaires des DOM et 59,8% des originaires d’Afrique subsaharienne achètent des produits cosmétiques spécifiques liés à la couleur de leur peau ou à la nature de leurs cheveux.

*Médias identitaires : les populations issues de l’immigration disposent d’une offre de programmes identitaires importante en télévision (bouquets africains, chaînes maghrébines et arabes, France Ô…). La généralisation de l’ADSL leur ouvre également l’espace Internet et permet l’accès à une panoplie de sites identitaires.

Quant à la radio, avec une présence déjà ancienne sur la bande FM pour un certain nombre de stations identitaires, elle capte une grande partie de l’audience des segments de population étudiés.     

Z. C.

 

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Multiculturalisme 

Pour ou contre ?

Entre ses soutiens inconditionnels et ses opposants, le multiculturalisme est porté par ceux qui défendent le principe de l’éthique, parmi eux le philosophe canadien Charles Taylor.

Toutes les sociétés sont pratiquement concernées par la problématique de la diversité. Dans les sociétés démocratiques, la question de l’immigration suscite pourtant des problèmes conceptuels. D’un côté, le multiculturalisme est recherché et de l’autre, il est rejeté. En fait, la question de savoir si l’intégration veut dire que les populations issues de  l’immigration doivent abandonner leur culture à la frontière est appréciée différemment.

Dans son ouvrage «Multiculturalisme différence et démocratie» (1997), le Dr Charles Taylor livre une sorte de 3e voie, plaidant à la fois pour la «politique de la différence» et la reconnaissance publique de la «diversité profonde». Selon lui, une société démocratique doit traiter tous ses citoyens en égaux et constituer le cadre de l’épanouissement et de l’accomplissement de chaque identité/individualité. Seulement, précise-t-il, cette société doit aussi concourir à «un dessein collectif», sans mettre en cause la dignité des individus.

Conscient que le multiculturalisme est une réalité qu’il serait absurde de nier ou de fuir, l’une des ambitions de Taylor est d’apporter une contribution sur l’identité moderne, aujourd’hui confrontée à une double revendication, qui fonde deux attitudes ou deux politiques : «une «politique de l’universel» et une «politique de la différence». Pour le philosophe, la fragmentation d’une société est un danger, car ses «membres éprouvent de plus en plus de mal à s’identifier à leur collectivité politique en tant que communauté.» D’ailleurs, il se définit comme un communautariste «dans le sens où je pense que la solidarité entre les individus est importante et que la société n’est pas un ensemble indifférent d’individus».

Z. C.

 

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Le psychologue Téric Boucebci analyse la violence en Algérie

«Nous sommes en tension quasi permanente»

Comprendre la violence, c’est l’appréhender dans toutes ses dimensions et l’approcher dans ses aspects psychiques et législatifs. C’est ce que font certains organismes, tels que la Société mondiale de victimologie (WSV), dont la Fondation Mahfoud-Boucebci est membre. Dans cette interview, le président de cette Fondation, Téric Boucebci, psychologue, diplômé en criminologie et en sciences pénales, livre son analyse sur la violence à l’école et à l’université.

 

Les Débats : On parle beaucoup de violence et d’agressions à l’école et à l’université. S’agit-il d’un phénomène nouveau en Algérie?

Téric Boucebci : L’arbre de la violence pointé dans les médias cachait une forêt, pourrait-on dire. D’après le ministère de l’Education nationale, qui a mené une étude entre 2001 et 2007, plus de 59 000 cas de violence sont enregistrés sur l’ensemble du cycle scolaire. L’expression de cette violence désigne incidemment les causes. Brutalité physique, souffrance psychologique, incivilités, sont autant de faits recensés qui mettent en avant les multiples facettes de la violence. Devenue phénomène de société, questionnée par les autorités compétentes de diverses façons (enquêtes et autres), cette violence apparait comme un phénomène quasi quotidien et familier.

Cela a pour effet d’induire l’idée et le sentiment que la violence est en constante augmentation. En fait, notre société est aux prises avec cette problématique depuis plusieurs décennies. Nous sommes arrivés, depuis peu, au début d’une  réflexion réelle sur la violence dans le système scolaire.

Au-delà de la nouveauté, c’est son évolution sur les dix dernières années qui nous interpelle. De plus, selon les groupes sociaux, sa perception apparaît comme différente. Or, pour pouvoir l’apprécier, nous devons pouvoir la définir d’une façon communément admise.

De par leur position, le point de vue des enseignants est ou doit être celui d’une vision qui prend en compte la violence sous ses différentes expressions, recouvrant l’ensemble des comportements qui développent de la souffrance physique ou psychique : dégradation, humiliation, moqueries, invectives, offenses. Pour l’enseignant, être souvent mobilisé comme médiateur conscient ou non des actes de violence ou d’agression revient à lui attribuer un rôle qu’il n’est pas censé avoir et qu’il subit. De plus, son enseignement est grevé par le temps perdu à gérer, avec plus ou moins de succès, un conflit.

De leur côté,  les élèves sont plus enclins à considérer comme acte de violence ce qui relève de la brutalité physique, sans pouvoir réellement désigner comme violent ce qui touche au psychologique.

Des études montrent que les insultes ou les affrontements physiques entre élèves ne sont pas qualifiés de violence. Pour les parents et les élèves, les lieux d’acquisition du savoir deviennent des lieux d’insécurité. Nous devons ensemble, parents, élèves et enseignants, travailler à mieux prendre en compte la violence et ses expressions. De là découlera une meilleure gestion des mécanismes qui l’engendrent.

 

Quels sont, selon vous, les facteurs qui expliquent cette violence qui se généralise d’ailleurs à tous les espaces, y compris à la maison et dans les stades ?

De nombreux facteurs sont évoqués par de multiples études, pour expliquer cette situation, à travers le monde… et sont source de réflexion pour notre société. Le laxisme parental, les jeux vidéos, voire la disparition des valeurs, sont cités comme causes de la dégradation du climat scolaire et du développement de  la violence dans ce milieu. Même s’il est inacceptable qu’un être humain fasse souffrir un autre, force est de constater aujourd’hui qu’il est souvent «normal» d’user de violence, pour se défendre ou défendre une personne menacée. Pendant les années de terrorisme, la généralisation des violences et la récurrence des horreurs perpétrées ont porté à un point culminant nos sensibilités. De par leur nature, les crimes injustifiables commis ont choqué leurs victimes (femmes, enfants...). Les souffrances psychiques et physiques, la désorganisation sociale et sociétale qui en ont résulté sont importantes, ont affaibli la capacité à gérer l’agressivité, le conflit. Si nous comparons le niveau de réponse au stress de notre société à celui d’autres sociétés, la conclusion s’imposera d’elle-même : nous sommes en tension quasi permanente. Nous n’avons que peu d’espace et de moment pour les consacrer au travail psychique «d’incorporation» de l’émotion, lié à un souvenir. Notre charge émotionnelle est forte et tout évènement que nous aurions géré avec une prise de recul, en portant une réflexion, en étant donc actifs, est souvent un enjeu, du fait même que nous sommes dans une réponse immédiate, sans prise de recul, donc passifs. Nos réponses sont très souvent établies selon un schéma basé sur la protection de soi par rapport à l’autre, non pas sur la réflexion. Aussi, bien que dans une société  les repères sont en perpétuelle évolution et reformulation, l’individu doit être en capacité de les accepter, de  les comprendre, en capacité psychique de le faire. Ce qui nécessite du temps pour permettre un travail d’intégration des données et d’assimilation de la charge émotionnelle liée au souvenir. Toute réponse à une situation démontre l’adaptation que nous avons eue à celle-ci. L’expression et l’usage de la violence sont donc autant de facteurs qui doivent être questionnés en tant que causes. Nous ne devons pas regarder uniquement les conséquences.

 

Que préconisez-vous dans les cas de violence à l’école et à l’université ?

La violence scolaire est une problématique à plusieurs dimensions. Si l’on prête attention aux causalités, nous devons distinguer les principaux déterminants des conduites d’agression comme étant soit endogènes, soit exogènes au milieu scolaire. Les préconisations qui peuvent être faites doivent l’être dans un contexte défini. Elles accompagnent la prise en compte de l’ensemble des composantes propres inhérentes au système scolaire, sur les plans humain, organisationnel, politique, législatif, etc. Toutes ont une influence plus ou moins directe sur les causes. Les problématiques sont induites aussi bien par la composante humaine que par l’institutionnel. Il ne s’agit pas de donner un simple conseil pour améliorer une situation, c’est le tout qui est concerné. Sans structures adaptées, politiques concertées et acteurs impliqués, les idées, réflexions et conseils resteront à l’état de propositions.

Du point de vue des préconisations, nous pouvons proposer trois approches. D’abord, sur le plan global, il est important de permettre au corps enseignant et aux élèves de mieux comprendre le comportement agressif, ses phases, ses expressions et identifier les facteurs déclencheurs de réactions agressives. Chacun pourra mieux comprendre ses propres réactions.

Ensuite, pour les enseignants, nous devons leur proposer des programmes de formation aux techniques de résolution de problèmes et à la gestion des conflits, pour apprendre à maitriser ces situations et à réagir aux attaques verbales, menaces et intimidations. Donc agir en amont d’une situation, la désactiver et être dans une dynamique de prévention. Apprendre à réagir à une situation d’agressivité, c’est aussi faire l’apprentissage des stratégies d’intervention qui doivent intégrer en premier lieu la compréhension des comportements problématiques.

Enfin, c’est au niveau de la prévention des risques de violence que des actions doivent être menées. Elles peuvent concerner la recherche d’une meilleure connaissance des indices de violence. D’autres questions peuvent être abordées sur le contenu à dispenser aux élèves en matière de violence, les attitudes à adopter face aux différentes formes de violence en présence à l’école… ou encore sur les droits et libertés des enseignants et des élèves. Il faudrait pour cela inclure aux travaux de réflexion les personnes concernées, c’est-à-dire les parents, les élèves et le corps enseignant.

Comprendre la violence, c’est l’appréhender dans toutes ses dimensions et l’approcher dans ses aspects psychiques et législatifs. C’est ce que font certains organismes, tels que la Société mondiale de victimologie (WSV), dont la Fondation Mahfoud-Boucebci est membre.

Entretien réalisé par Z’hor Chérief

 

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