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Semaine du 1 au 7 septembre 2010

De la résistance collective à l’initiative culturelle

Le devoir de témoigner, l’impératif d’exister

La décolonisation ou du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes

De l’union sacrée à la redécouverte de soi

 

 

 

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De la résistance collective à l’initiative culturelle

Le devoir de témoigner, l’impératif d’exister

A partir de pressions mais aussi d'incitations multiples, école, émigration, enrôlement dans l'armée, et essentiellement à partir de l'entre-deux guerres, les colonisés qu'ils furent adoptent  ce que Naget Khadda appelle «une nouvelle posture» dans leur rapport au colonisateur.

Cette nouvelle posture est rendue possible, notamment, par la loi de 1905 portant association. C’est sur cette base juridique que vont être recherchés et créés une pléiade de «cadres légaux» qui, finalement, vont servir de creuset au mouvement nationaliste en gestation. Organes de presse, clubs sportifs, associations caritatives, troupes théâtrales, groupes musicaux…qui vont permettre, petit à petit tout un maillage et une reconnaissance active des populations concernées par ces nouvelles formes d’organisation et de lutte socio-politique qui activeront en même temps que la prise  de conscience de l’énorme retard accumulé, la nécessité d’œuvrer avec ces moyens modernes de prise en charge des attentes et demandes sociales propres à la communauté musulmane. C’est dire combien la découverte de nouvelles perspectives, autres que celles traditionnelles, et par conséquent non opératoires et à tout le moins inadaptées pour ce qui est des villes, va précipiter cet engouement des algériens à rechercher par tous les moyens ces structures collectives où, enfin, on peut être entre soi, réfléchir entre soi et poser l’avenir selon la vision que l’on s’en fait soi-même. Ces premiers pas dans l’initiative partagée pour un réveil collectif seront fortement encouragés et encadrés par des hommes et femmes de culture qui, en même temps que l’acquis pédagogique de base arraché à l’école coloniale, se sentent forts d’un terroir  fondamentalement différent de celui proposé par la culture et l’idéologie coloniale. Le tour de force est que, non seulement ils vont remettre au-devant de la scène toute cette culture populaire apparemment et jusque-là vouée à  une mort lente mais certaine, mais, mieux encore, ils vont le faire en adaptant et adoptant les techniques et innovations alors en cours au sein de la culture dominante, quelle fût strictement coloniale ou franchement impériale. On a coutume aujourd’hui, parlant de la production littéraire algérienne de l’entre-deux guerres, et particulièrement de celle des années 1950, de dire et répéter qu’il s’agit de «grande littérature.» Soit, et c’est tout à l’honneur de tous ceux et toutes celles qui en furent. Mais les choses avancèrent de façon beaucoup plus modeste et, en tout cas, grâce aux efforts et à la persévérance personnels d’artistes qui eurent tout à réinventer pour adapter les anciennes façons de faire de l’art aux exigences modernes. Et, forcément, tout cela n’alla pas sans une certaine forme de violence, d’abord vis-à-vis de soi-même. De fait, et comme le soulignait Naget Khadda, «la culture algérienne traditionnelle ne connaît ni le théâtre dit «à l’italienne», ni la peinture de chevalet, ni le roman, ni la musique polyphonique.» Elle poursuit : « …pour ce qui concerne la peinture en Algérie, forme étrangère tout comme le théâtre, à  la culture arabo-berbère, il a fallu un siècle d’acclimatation pour que son adoption se réalise dans une civilisation se caractérisant par une forte intégration des arts dans le cadre de vie et les pratiques sociales.» Et l’on ne peut ici ignorer le monumental travail esthétique et novateur abattu par le regretté Mohamed Racim pour, justement, introduire et banaliser nouvelles techniques et regards nouveaux non seulement pour ce qui est de l’art de l’enluminure et de la calligraphie, mais pour ce qui est de la volonté d’inscription dans les formes de la modernité. Le fait que ce soit surtout et essentiellement par le biais de la littérature et de la poésie que le combat nationaliste fut porté et grandi ne signifie absolument pas que celles-ci, émergées de nulle part, se soient imposées sans profiter des sillons creusés, et le plus souvent dans d’extrêmes difficultés, par d’autres précurseurs, aujourd’hui considérés comme secondaires, voire mineurs quant à leur apport au désir d’émancipation du peuple colonisé. Une autre page, celle du désenchantement, s’ouvrira, une fois les portes de l’indépendance ouvertes.

Par Malik  Bellil

 

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La décolonisation ou du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes

De l’union sacrée à la redécouverte de soi

Nous avons choisi ce long essai qui mêle avec talent et maîtrise du sujet abordé, éléments autobiographiques, souvenirs d’enfance, réflexion, introspection et analyse scientifique de la sociologue et intellectuelle tunisienne Hélé Béji, pour, comme elle le propose, tenter de faire le point sur ce qu’ont pu être toutes ces décennies de la deuxième moitié du siècle passé aux yeux de tous ceux qui, comme nous, sont nés colonisés et n’ont eu d’autre aspiration profonde, leur vie durant, que l’impératif et la nécessité de cesser de l’être. Grand et toujours pas suffisamment exploré thème de  la décolonisation. Tout commence dans cette Tunisie natale qui vibre au rythme de ce nationalisme qui déjà a dépassé les limites étroites de ses propres frontières ; qui déjà a investi le champ familial le plus intime. Autant dire que s’en est bien plus qu’une simple revendication, d’ordre politique ou non ; c’est une respiration, autant collective qu’individuelle.

La décolonisation s’est, nous dit-elle, d’abord et avant tout, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Vaste programme qui, forcément va se découper en deux parties qui sans être totalement distinctes, sans être dans la continuité directe l’une de l’autre, n’en obligent pas moins celui ou celle qui veut comprendre ce qui se passe, ce qui s’est passé, en quoi le moment historique d’avant l’indépendance recherchée et revendiquée et différent de celui post indépendance. On connaît l’un des tout premiers ouvrages de Béji et l’attention qu’elle a porté et continue de porter à ce qu’elle appelle elle-même «le désenchantement national.»

C’est le point de départ de sa réflexion : à partir du moment où je peux constater autant ce qui a changé que ce qui n’a pas été atteint, ai-je le droit, sans me trahir, sans prendre le risque de redevenir, le plus souvent à mon insu, de remettre en question cette volonté de décolonisation ; de la considérer comme une chimère, un lointain idéal, de toutes façons inaccessible ? C’est la non réponse à ce genre de problématique tant politique qu’existentielle qui produit les travers faciles de l’antioccidentalisme, du radicalisme extrémisme, de la recherche des origines entendue comme supposée balise à même de (me) protéger de tous les pièges, tous les maux dans lesquels, justement, ma toute nouvelle condition de décolonisé me place. La recherche de la tradition n’est pas autre chose.

Donc, après s’être, du moins au plan formel et symbolique, libéré des entraves de ce qui était considéré comme le mur essentiel dressé face à ma volonté de libération, de me prendre en charge, de prendre en charge mon destin,(et celui des autres), et après avoir pris toute la pleine mesure des nouvelle entraves émergées, quel humanisme, quel regard vais-je forger face, autant aux miens, qu’à tous ces autres que je perçois et vis au plus profond de moi-même, comme des obstacles à mon propre épanouissement ? La difficulté est autant d’ordre intérieur qu’extérieur. Il faut réinventer, à la lumière de l’expérience de tous les jours, jusqu’au sens du mot démocratie. Il faut admettre le fait que c’est au moment de la chute du mur de Berlin que les occidentaux ont érigés un autre mur qui désormais m’interdit de voyager où je veux sur MA terre. D’apprendre et de m’enrichir, donc. Deux possibilités se présentent alors : soit un rejet encore plus profond de ce monde autre, soit le repli sur moi-même, tradition et mimétisme religieux à l’appui. On l’aura compris, dans les deux cas, le désenchantement mue en échec. C’est que de la façon la plus énergique possible notre sociologue réfute, refuse. Il ne saurait être question d’échec. Tout cela est parfaitement explicable, maîtrisable ; pourvu que, comme au temps de la quête pour la décolonisation, les mots encore une fois, puissent être partagés par le plus grand nombre. Se remettre au travail face tant au passé qu’au présent est la seule et véritable tache de tous ceux qui n’ont guère d’autre choix que de continuer à aller de l’avant. Le chemin est long, dur, chaotique, pas forcément linéaire ; il est imprévisible et continuera à réserver bien des surprises, mais cela en vaut la peine. Bref, l’enthousiasme et l’effusion collective du temps de la décolonisation ont   cédé  la place à celui du raisonnement, des bilans. De nouvelles projections sont à faire. Qu’à cela ne tienne !                                                       

M. B.

 

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