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Inflation
La loi de la
disponibilité limitée
Les derniers
chiffres de l'ONS le confirment, il y a bel et bien eu hausse des
prix des produits de large consommation lors de ce ramadhan,
démontrant encore une fois que l'inflation n'est pas seulement liée
à des habitudes saisonnières, mais à un problème systémique.
Selon l’Office
national des statistiques, sans doute l’une des rares sources
d’information à donner des repères plus ou moins crédibles sur
différents secteurs d’activité, le taux de l’inflation s’est établi
à 5,1% en glissement annuel durant le mois de juillet, soit peu
avant le ramadhan. Un taux estimé en légère baisse par rapport à
celui de juin, lequel fut de 5,4%. Pour avoir une idée de
l’importance de cette hausse, il faut savoir que de tout temps, soit
depuis le début des années 1990 et, encore plus depuis la fin des
conditionnalités du FMI en 1998, le gouvernement considère
qu’au-delà de 5%, l’inflation a dépassé le seuil de la maîtrise pour
franchir celui de l’antichambre du dérapage. Mais l’inflation est
là, allant grandissant de cycle en cycle, accentuant le
mécontentement des ménages et divisant davantage les protagonistes
du débat national sur l’inflation qui a lieu par presse interposée.
Un débat où les retrouvent ceux qui mettent tout sur le dos d’une
spéculation débridée, ceux qui accusent le gouvernement d’avoir trop
forcé sur la dépense publique et son effet d’entraînement sur les
importations, sinon sur la consommation locale, alors que d’autres y
voient un des effets pervers du libéralisme débridé et, enfin,
d’autres pour qui la situation relève de tout cela à la fois.
Pour rester dans
l’inflation qui touche les ménages, et qui érode chaque jour un peu
plus leur pouvoir d’achat à peine celui-ci conforté par des hausses
de salaires au demeurant de faible portée, il faut bien admettre que
ce ramadhan a connu lui aussi sa hausse des prix. La seule
différence, en dehors du fait que certains soutiennent qu’elle fut
plus faible dans la capitale et les grandes villes, qu’à l’intérieur
du pays, c’est que la hausse des prix, cette fois, n’a pas eu le
caractère scandaleux des années passées. Un peu comme si les
spéculateurs et les commerçants qui leurs sont «affiliés» ont choisi
de se sucrer par la plus petite des marges, celle qui leur évite de
s’attirer les foudres des autorités qui ont promis de sévir. Pour
rester dans notre sujet, l’ONS affirme que «l’indice des produits
alimentaires accuse une baisse de 2,9% en juillet comparé à juin»,
en raison du repli des prix des produits agricoles frais. En
revanche, le circuit de la distribution s’est bien rattrapé sur
d’autres produits, tels que la volaille (+15,8%) et la viande rouge
(+1,4% seulement, sans doute en raison de l’importation massive par
l’Etat, notamment de l’Inde). Quant aux produits agroalimentaires,
ceux-ci ont connu, selon la même source, une variation de +0,2%.
Le plus important
à retenir est que comparée à la même période de l’année passée, le
niveau moyen des prix des biens alimentaires a connu une hausse qui
fut de 3,7% en moyenne.Premier constat, à l’examen des chiffres de
l’ONS, comparés à ceux des périodes antérieures, la hausse des prix
des produits alimentaires est un phénomène constant, mais à qui il
arrive de changer de vitesse, suivant le niveau de la consommation.
Qu’on s’en souvienne : une forte poussée a eu lieu lors de la vague
d’augmentation des salaires en 2008 et en 2009, entretenue, sinon
encouragée par des rendez-vous tels que les ramadhan, les rentrées
sociales et les fêtes. Certes, cette phase a coïncidé avec la crise
mondiale appelée l’inflation alimentaire mondiale et qui, sous
l’effet d’une demande croissante chez les pays émergents, notamment
la Chine et l’Inde, a vu les prix décoller dans toutes les bourses
du monde. De plus, la crise financière a empêché que des solutions
ou des investissements d’urgence, tels que requis par la FAO
puissent amener des solutions immédiates et ramener les prix des
matières agricoles et agroalimentaires vers le bas au niveau du
marché mondial. Mais cela ne doit pas empêcher de relativiser les
choses pour ce qui concerne l’Algérie. Il faut bien admettre que la
hausse des produits alimentaires en 2008, avec un premier pic d’où
elle n’est redescendue que peu, a pour explication la hausse subite
de la consommation sous l’effet de la hausse des salaires. Voilà
pour la première des leçons à tirer de ce vieux débat sur la
nécessité ou non pour l’Etat d’agir sur la demande. Chose que le
patronat a sans cesse réclamé depuis le début des années 2000, alors
que le gouvernement soutenait que cela ne pouvait que profiter aux
importations au détriment des producteurs locaux. Or, non seulement
l’explosion des importations a eu lieu, mais en plus l’inflation a
été telle que même les syndicats ne savent plus s’arrêter dans leurs
revendications salariales tellement les quelques rattrapages
concédés par le gouvernement sont devenus insignifiants par la
suite. Fort heureusement, le pays maintient le système de la
subvention (pain, lait et autres produits de base ainsi que les
transports et certains services publics qui ne le sont plus
ailleurs…), alors qu’une majorité de producteurs sont portés à bout
de bras par l’Etat (crédits bancaires, effacement des dettes,
exonérations fiscales dans le cadre de l’ANDI, etc., ce qui ne
saurait être le cas si l’Algérie était membre de l’OMC, où les
pratiques du dumping sont bannies, sinon sanctionnées. Autrement, on
ne voit pas comment la situation serait tenable.
Une situation
assimilable à un cercle vicieux, d’où il est difficile de sortir,
tant que ne sera pas brisée la règle de la disponibilité limitée. Le
marché domestique vit, en effet, non pas sous le régime de
l’abondance, ni celui de la pénurie, mais entre les deux : chaque
nouvelle hausse de la demande produit immédiatement sa réplique sur
les prix. Et c’est dans le fait que les prix augmentent sans qu’il
n’y ait la moindre rareté de tel ou tel produit qui explique, à
elle, seule, qu’il existe bel et bien une caste de spéculateurs qui
profitent bien de cette situation.
Or, la
caractéristique d’une économie vivant avec des disponibilités
limitées – ayant pour origine la faiblesse de la production locale –
c’est qu’elle vit constamment dans le besoin des fournisseurs
étrangers. Ce qui veut dire que la politique qui consiste
aujourd’hui à se contenter de limiter les importations n’offre
aucune perspective durable face à l’inflation, sinon de revenir à
l’ère des pénuries, et cela tant que de véritables réformes
économiques ne sont pas courageusement entreprises pour débarrasser
le pays d’une ouverture libérale dont il ne cesse de payer la
facture.
Par Nabil
Benali
Haut
Investissements de l’État et prestations des services publics
Absurde et
dommageable sursis
Les
investissements publics drainant de grands projets d'infrastructures
et équipement se suivent et s'accroissent en intensité. Le dernier,
le plan 2010-2014, a été entériné par le Conseil des ministres en
mai dernier avec une enveloppe de 286 milliards de dollars. Presque
600 milliards de dollars sont mobilisés par l'Algérie en l'espace de
quinze ans (1999-2014) dans des projets censés combler le retard
enregistré par le pays dans le domaine des infrastructures (routes,
barrages hydrauliques stations de dessalement, ports, aéroports,
voies de chemins de fer, établissement scolaires, hôpitaux et
cliniques,…).
Une bonne partie
de ces ouvrages est déjà fonctionnelle. Cependant, les Algériens
n’arrivent pas encore à sentir les changements dans les prestations
qui leur sont fournies à travers les différents services publics.
Une tendance même à l’aggravation est perceptible dans certains
services. Pendant l’été 2010, nous avons eu le loisir de constater
les chaînes infinies qui se forment dans les services de l’État
civil. Pour un acte de naissance, des citoyens ont patienté plus
d’une semaine dans certaines communes. La distribution de l’eau
potable a aussi fait les frais de la mauvaise gestion des réseaux
(fuites, pannes de pompes de refoulement,…) ; car, la ressource
hydrique existe. Elle est mobilisée à grande échelle dans les
barrages qui ne demandent qu’à être exploités. Il est vrai que, pour
certaines communes, les adductions sont encore à l’état de chantier.
S’agissant des coupures d’électricité, en dehors des délestages- qui
ne sont pas annoncés cette années- l’on comprend mal le système de
‘’goutte-à-goutte’’ par lequel sont servies plusieurs localités.
Ces exemples de
dysfonctionnement de certains services publics- auxquels il y a lieu
d’ajouter l’état défectueux ou impraticable de certaines routes, la
distribution litigieuse de logement sociaux, la bureaucratie grevant
les micro-crédits destinés aux jeunes et d’autres impasses qui se
dressent devant les citoyens excédés- n’ont pas manqué de créer des
tensions à l’échelle de presque la totalité du territoire national.
Ces tensions ont souvent évolué en émeutes lorsque la médiation a
perdu toute forme de légitimité.
Il y a lieu de
constater que même les journées chaudes du Ramadhan- voire même les
nuits- n’ont pas échappé à la colère fougueuse de la rue. Les
barricades, les émeutes, les grèves, les sit in et les occupations
des lieux de travail sont apparemment les instruments de dialogue
les plus prisés. Le décalage semble en effet trop béant entre, d’une
part, les ambitions d’une économie qui cherche les voies de la
modernité et de l’efficacité et, d’autre part, le présent marqué par
d’éreintantes incertitudes et interrogations.
La crise sociale
telle qu’elle décline ses facettes en Algérie prend les allures
d’une crise des valeurs et des mentalités, en plus de son fondement
économique bien entendu. Cela s’observe particulièrement dans la
manière dont l’administration gère les affaires de la cité et
surtout dans l’aspect pratique de ce volet relatif à la gestion des
services publics.
L’opinion
publique- à tort ou à raison- conclut immédiatement à un paradoxe
algérien sui generis qui fait que plus les recettes pétrolières sont
consistantes (telles qu’elles sont engrangées depuis le milieu des
années 2 000), plus les Algériens vivent dans la difficulté et la
tension. On a reproché au gouvernement, au milieu des années 2 000,
d’avoir établi la loi de finances sur la base de recettes
pétrolières avec un prix de baril référence de 19 dollars au moment
où le prix de l’or noir ne cessait de grimper, ignorant l’effet de
saison pour ne devenir sensible qu’à la grande géostratégie
mondiale. Depuis la loi de finances complémentaire 2008, cette
référence est révisée à la hausse, soit 37 dollars ; mais, ce n’est
pas ce relèvement à lui seul qui changera les conditions de vie des
populations ou qui rendra pour eux les services publics plus
accessibles et plus performants.
Arrêter la roue
de l’infortune
L’on ne peut
ignorer l’engagement du gouvernement sur le terrain de la relance
économique ou faire table rase des efforts que les autorités
politiques déploient- à travers les investissement publics- pour
rapprocher les services publics des populations et les rendre plus
efficaces et plus performants. Ce sont aussi des projets
structurants destinés à mieux attirer les investissements des
entreprises algériennes ou étrangères, seul moyen de création de
richesses et d’emplois. Néanmoins, au moment où tous les indicateurs
financiers et les indices de développement humain (portés à la
connaissance des médias dans les rapports su Conseil national
économique et social) se prêtent à une lecture favorable, et au
moment aussi où les programmes de développement d’une exceptionnelle
densité sont mis branle, nous constatons avec effarement que la
dynamique naturelle qui devrait marquer les mécanismes
institutionnels, la société civile et la ‘’classe politique’’ de
façon à accompagner ce mouvement par un pendant humain, culturel et
social ne sont pas tout à fait au diapason. Pourtant, encadrer de
telles tâches historiques par un surcroît de travail de proximité et
de facilitation des services publics s’avère une mission
indispensable aux yeux du commun des citoyens écrasé par l’adversité
et la crise multiforme de laquelle le pays tente difficilement de
sortir. Il forme le vœu que ce ne sera pas là une nouvelle toile de
Pénélope cousue le jour et défaite la nuit. Il voudrait que la roue
de l’infortune soit arrêtée.
L’on ne peut que
constater la dichotomie de plus en plus visible entre l’Algérie qui
veut avancer et se mettre au diapason des grandes nations-ce que son
histoire et ses potentialités ne lui contestent nullement- et
l’Algérie des archaïsmes, de la bureaucratie et de la rente que les
errements et les compromissions populistes voudraient renvoyer vers
un passé révolu.
Les grands pas
faits en direction d’une meilleure stabilisation des indicateurs
macroéconomiques-endiguement de l’inflation, redressement de la
balance des payements, réduction importante de l’encours de la
dette, croissance positive du PIB, baisse du chômage- joints à la
volonté affichée par le président de la République de mettre en
œuvre des réformes susceptibles de pérenniser et de renforcer la
tendance à l’amélioration de l’appareil économique, susceptibles
également de réhabiliter l’État, l’administration, la justice et
l’école, tous ces éléments, disons-nous, ont insufflé un espoir
légitime aux Algériens de se réconcilier un jour avec le travail,
les institutions de l’État et leurs concitoyens.
Les orientations
affichées par la cabinet Ouyahia depuis l’année 2009 vers ce qui est
appelé le ‘’patriotisme économique’’ renforce davantage ce sentiment
de ‘’sécurité’’ chez nos compatriotes malmenés par une ouverture
libérale qui avait, un certain moment, pris les allures d’une
économie de ‘’bazar’’. Néanmoins, c’est alors avec une amertume et
une déception à peine contenues que les Algériens découvrent que les
appareils politiques et les structures supposés asseoir la bonne
gouvernance ne sont pas encore pénétrés de cette nouvelle culture
qui consiste à travailler d’abord pour l’intérêt général et à
dépasser les divergences formelles du moment.
La réalité est
là : le contraste est suffisamment prononcé entre les horizons et
opportunités économiques qui s’offrent à l’Algérie et les pratiques
en vigueur au niveau des structures, services et institutions
censées servir le citoyen et l’affranchir des lourdeurs inhérentes à
l’ancien système de gestion. Il s’agit d’une culture et d’une
mentalité qu’il est difficile d’extirper d’autant plus qu’elles ne
paraissent pas être très sensibles aux milliards de dollars injectés
dans le développement général du pays.
Surcoûts
économiques et déliquescence des valeurs
Les difficultés
qui grèvent la vie des populations du fait des négligences,
laisser-aller et autres travers liés à l’incompétence et à l’esprit
bureaucratique des gestionnaires des services publics sont
difficiles à sérier tant ils sont nombreux et variés. Les coupures
d’électricité sont devenues monnaie courante. En hiver comme en été,
ce ne sont pas les explications qui font défaut : délestages suite à
de supposées surconsommations, mauvais temps qui endommage les
câbles,…etc. Sachant que cette précieuse énergie conditionne la
marche du matériel informatique dont sont dotés tous les services,
une panne électrique non réparée dans l’immédiat suppose la
paralysie de larges secteurs de la vie publique sans parler des
dommages que peuvent subir les appareils électroménagers, les
médicaments sensibles et les vaccins. Les systèmes de communication
et d’informations se sont largement modernisés particulièrement par
l’introduction du moyen de transmission par Internet. La déconnexion
des services de la Toile provoque incontestablement des retards, des
manques à gagner, voire parfois des pertes fatales pour les
entreprises et les particuliers qui ont adapté définitivement leur
gestion à ce mode de communication qui s’est popularisé à travers le
monde entier.
C’est certainement
une bonne chose de réfléchir à une pénalisation plus sévère des
délits et violations du code de la route. L’Algérie compte
annuellement plus de 4500 tués par le terrorisme de la route.
Cependant, comme le soutenait Alexis de Tocqueville au 19e siècle,
il ne s’agit pas de savoir si un pays possèdes des lois, mais plutôt
de savoir s’il applique à la lettre les lois qu’il a confectionnées.
Sur ce volet, l’Algérie a beaucoup de choses à se reprocher. Le
piston, la corruption et d’autres comportements indignes des agents
de l’État font que les sanctions prises contre les contrevenants
sont souvent commuées en acquittement. Il est des agents de
circulation qui font bien leur travail. En transmettant à leur
tutelle le PV et le permis retiré au conducteur incriminé, ils ne
sont jamais sûrs que la sanction suivra. Pire, c’est l’agent qui
risque parfois des sanctions (mutation,…) si le contrevenant se
trouve être un ponte, un intouchable.
Lorsque la santé
ne va pas, rien ne va. Les aléas qui affectent les services de la
santé publique sont nombreux et variés. Hormis les urgences qui
accueillent les cas très graves de malades ou d’accidentés- même ces
patients doivent se résigner à la patience devant des cas présentés
comme étant ‘’prioritaires’’-, les autres consultations sont
renvoyées sine dei. Les citoyens s’interrogent sur l’absence de
médecins de garde du secteur privé. Pourquoi l’administration, à
travers les directions de la santé des wilayas, n’a pas réfléchi à
astreindre ce corps de métier à des gardes pendant les week-ends et
les jours fériés au même titre que les pharmaciens ? La
responsabilité des sections ordinales des médecins en la matière
demeure également entière.
Il y a bien sûr
des situations plus graves, comme celle qui consiste à un médecin
gynécologue de l’hôpital à ‘’programmer’’ pour la future maman une
césarienne dans un cabinet privé dans lequel il est quelque part
‘’actionnaire’’. Ce phénomène a évolué en véritable ‘’industrie
obstétricale’’.
La notion de
service public est malheureusement occultée dans tous les débats
hormis dans les articles de proximité publiés régulièrement dans les
journaux qui font état de graves déficiences de certains services
dans les villages et bourgades de l’Algérie profonde.
Déficit de
confiance
Il est établi que
la conception de l’État, à travers l’administration publique et à
travers aussi les mandats confiés aux élus, ne peut être ni
cohérente ni complète si la relation administration/administrés et
gouvernants/gouvernés ne se fonde pas sur une qualité des services
publics qui soit à la mesure de l’argent et de la confiance que le
citoyen-contribuable y met. L’on peut se faire déjà une idée assez
nette de l’esprit de responsabilité et du sens du service public
lorsqu’on sait qu’à l’administration de la wilaya seul le service
‘’permis d’inhumer’’ fonctionne pendant les week-end. Le citoyen et
le client qui payent leurs impôts (à la source ou a posteriori) sont
en droit de recevoir l’eau dans leur robinet lorsque le château qui
sert leur quartier ou leur village est ouvert. Il se trouve que 40%
du volume d’eau lâché dans les conduites (moyenne nationale) se perd
dans les fuites. Certaines de ces fuites sont localisées dans les
centres-ville, parfois à proximité des antennes de l’ADE
(l’Algérienne des Eaux). Et que dire des petits bambins de l’école
primaire dont le dos se trouve arqué faute de tables démunies de
dossiers ? Pire, certaines tables ont perdu leurs planches et les
écoliers posent leurs fesses directement sur les tubes en fer. Dans
de telles situations, nous avons assisté à des scènes où la mairie
et la direction de l’Éducation se renvoient la balle, et le grand
perdant c’est toujours l’écolier qui subit aussi parfois les
rigueurs du froid, lorsque le chauffage n’est pas assuré en classe,
et les désagréments d’une nourriture sur le pouce lorsque le
domicile familial se trouve loin de l’établissement et que ce
dernier n’est pas doté d’une cantine scolaire. Les
approvisionnements des cantines est un autre chapitre où viennent se
heurter la cupidité immonde de certains fournisseurs sans scrupule,
les intérêts opaques et délictueux des agents chargés des contrats
de fourniture et…la santé des écoliers qui semble être le dernier
des soucis de tout ce beau monde. En matière d’environnement et de
salubrité publique, les villes et villages d’Algérie sont écrasés
par le poids des saletés et des décharges sauvages qui élisent
domicile parfois à proximité des hôpitaux. Et pourtant, ce ne sont
ni l’argent ni les moyens matériels qui font défaut. La bonne
volonté et le sens l’organisation sont malheureusement les grands
absents.
Combien d’articles
de journaux ont été consacrés cet été à l’irrigation par les eaux
usées ? Ce sont des dizaines. Pourtant, en toute tranquillité, les
cultivateurs de pastèques, de melons et même de pommes de terres ont
poursuivie leur dangereuse besogne. Les populations se sont
légitimement senties abandonnées dans ce genre de situation. D’où un
déficit de confiance peut-être irrécupérable entre les citoyens et
les chargés des différents services publics.
Par Saâd
Taferka
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Au centre des réflexions sur l’État moderne
«Le monde du
service public n’est plus un monde à part, coupé des contingences de
la vie civile et étranger aux exigences de la vie économique. Bien
au contraire, l’impératif économique et son corollaire,
l’appréciation des coûts des actions engagées, sont au cœur des
réflexions contemporaines sur le service public », note le
spécialiste en droit administratif Michel Lévy. Le service public
est, par définition, « une activité d’intérêt général pour laquelle
des prérogatives de puissance publique sont mises en œuvre, laquelle
prérogative est exercée sous le contrôle de l’administration.
L’usager est le bénéficiaire des prestations du service. Il est
placé dans une situation légale et réglementaire et bénéficie des
droits opposables à l’administration et du droit au fonctionnement
du service. Les services industriels et commerciaux combinent des
éléments du droit privé, en raison du caractère commercial de
l’activité, et des règles du droit public justifiées par l’idée du
service public. (…) Le service public est aujourd’hui au centre des
réflexions sur l’État moderne et la démocratie, sur l’économie
dirigée et le marché, sur le citoyen et les solidarités
collectives », ajoute-t-il.
Les principes
universels du service public peuvent être résumés dans les notions
suivantes : la continuité du service, car la satisfaction d’un
besoin collectif impose que l’activité fonctionne de manière
ininterrompue. L’adaptation du service à l’évolution des besoins
d’intérêt général. L’égalité des administrés devant le service
public. Et, enfin, la neutralité qui garantit l’universalité du
service et la prééminence de l’intérêt général sut tout intérêt
particulier. Il prohibe toute action de corruption, de concussion ou
de trafic d’influence. Les modes de gestion des services publics
les plus usités sont : la régie (transports communaux et scolaires,
par exemple), de moins en moins en moins tolérée par les pouvoirs
publics, la concession (à l’exemple des marchés hebdomadaires,
marchés de bestiaux, marchés de voitures, gestion de certaines aires
de stationnement, gares routières) et les établissements publics (ADE,
OPGI, Sonelgaz,…). La combinaison public/privé par le moyen
d’organismes intermédiaires répond souvent au souci d’une plus
grande souplesse d’action et à celui de la neutralité, comme il
permet aussi à la rigidité de certaines règles financières et
comptables. Cette tendance lourde de gestion qui est en vigueur dans
la plupart des pays développés commence à s’imposer également dans
certaines économies émergentes. L’Algérie, qui a engagé des réformes
sur plusieurs fronts, ne peut pas échapper à cette règle. L’État,
les collectivités locales et les établissement ne peuvent pas, à eux
seuls, assurer toutes les tâches et les missions inhérentes aux
services publics. Le transport scolaire, les œuvres sociales
universitaires, la distribution de l’eau et de l’énergie, le
ramassage des ordures ménagères,…relèveront de plus en plus
d’organismes privés qui seront liés à l’administration par des
cahiers de charges spécifiques aux actions qui leur seront confiées.
Le nouveau Code
communal dont a fait état le président de la République lors de
l’audition, à la mi-août, du ministre de l’Intérieur et des
Collectivités locales prévoit dans son corps de faire confier par
les APC des missions de services publics à des sociétés privées par
le truchement d’un cahier de charges bien clair qui engagera les
deux parties. Demeureront alors la capacité et la compétence des
services de la mairie pour suivre et contrôler les tâches et
missions confiés aux organismes privés.
Michel Lévy note
que « le service public est aujourd’hui au centre des réflexions sur
l’État moderne et la démocratie, sur l’économie dirigée et le
marché, sur le citoyen et les solidarités collectives ». Les
nouveaux modes de gestion des services publics-qui font intervenir
d’autres acteurs et partenaires- sont principalement justifiés par
le souci d’efficacité et de productivité vu que le citoyen est en
attente légitime d’une prestation à la hauteur de ses cotisations
(impôts), de ses assurances (risques matériels et corporels) et des
fonds mobilisés par l’État.
S. T.
Haut
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