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Semaine du 1 au 7 septembre 2010

Inflation

La loi de la disponibilité limitée

Investissements de l’État et prestations des services publics

Absurde et dommageable sursis

Au centre des réflexions sur l’État moderne

 

 

 

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 Inflation

La loi de la disponibilité limitée

Les derniers chiffres de l'ONS le confirment, il y a bel et bien eu hausse des prix des produits de large consommation lors de ce ramadhan, démontrant encore une fois que l'inflation n'est pas seulement liée à des habitudes saisonnières, mais à un problème systémique.

Selon l’Office national des statistiques, sans doute l’une des rares sources d’information à donner des repères plus ou moins crédibles sur différents secteurs d’activité, le taux de l’inflation s’est établi à 5,1% en glissement annuel durant le mois de juillet, soit peu avant le ramadhan. Un taux estimé en légère baisse par rapport à celui de juin, lequel fut de 5,4%. Pour avoir une idée de l’importance de cette hausse, il faut savoir que de tout temps, soit depuis le début des années 1990 et, encore plus depuis la fin des conditionnalités du FMI en 1998, le gouvernement considère qu’au-delà de 5%, l’inflation a dépassé le seuil de la maîtrise pour franchir celui de l’antichambre du dérapage. Mais l’inflation est là, allant grandissant de cycle en cycle, accentuant le mécontentement des ménages et divisant davantage les protagonistes du débat national sur l’inflation qui a lieu par presse interposée. Un débat où les retrouvent ceux qui mettent tout sur le dos d’une spéculation débridée, ceux qui accusent le gouvernement d’avoir trop forcé sur la dépense publique et son effet d’entraînement sur les importations, sinon sur la consommation locale, alors que d’autres y voient un des effets pervers du libéralisme débridé et, enfin, d’autres pour qui la situation relève de tout cela à la fois.

Pour rester dans l’inflation qui touche les ménages, et qui érode chaque jour un peu plus leur pouvoir d’achat à peine celui-ci conforté par des hausses de salaires au demeurant de faible portée, il faut bien admettre que ce ramadhan a connu lui aussi sa hausse des prix. La seule différence, en dehors du fait que certains soutiennent qu’elle fut plus faible dans la capitale et les grandes villes, qu’à l’intérieur du pays, c’est que la hausse des prix, cette fois, n’a pas eu le caractère scandaleux des années passées. Un peu comme si les spéculateurs et les commerçants qui leurs sont «affiliés» ont choisi de se sucrer par la plus petite des marges, celle qui leur évite de s’attirer les foudres des autorités qui ont promis de sévir. Pour rester dans notre sujet, l’ONS affirme que «l’indice des produits alimentaires accuse une baisse de 2,9% en juillet comparé à juin», en raison du repli des prix des produits agricoles frais. En revanche, le circuit de la distribution s’est bien rattrapé sur d’autres produits, tels que la volaille (+15,8%) et la viande rouge (+1,4% seulement, sans doute en raison de l’importation massive par l’Etat, notamment de l’Inde). Quant aux produits agroalimentaires, ceux-ci ont connu, selon la même source, une variation de +0,2%.

Le plus important à retenir est que comparée à la même période de l’année passée, le niveau moyen des prix des biens alimentaires a connu une hausse qui fut de 3,7% en moyenne.Premier constat, à l’examen des chiffres de l’ONS, comparés à ceux des périodes antérieures, la hausse des prix des produits alimentaires est un phénomène constant, mais à qui il arrive de changer de vitesse, suivant le niveau de la consommation. Qu’on s’en souvienne : une forte poussée a eu lieu lors de la vague d’augmentation des salaires en 2008 et en 2009, entretenue, sinon encouragée par des rendez-vous tels que les ramadhan, les rentrées sociales et les fêtes. Certes, cette phase a coïncidé avec la crise mondiale appelée l’inflation alimentaire mondiale et qui, sous l’effet d’une demande croissante chez les pays émergents, notamment la Chine et l’Inde, a vu les prix décoller dans toutes les bourses du monde. De plus, la crise financière a empêché que des solutions ou des investissements d’urgence, tels que requis par la FAO puissent amener des solutions immédiates et ramener les prix des matières agricoles et agroalimentaires vers le bas au niveau du marché mondial. Mais cela ne doit pas empêcher de relativiser les choses pour ce qui concerne l’Algérie. Il faut bien admettre que la hausse des produits alimentaires en 2008, avec un premier pic d’où elle n’est redescendue que peu, a pour explication la hausse subite de la consommation sous l’effet de la hausse des salaires. Voilà pour la première des leçons à tirer de ce vieux débat sur la nécessité ou non pour l’Etat d’agir sur la demande. Chose que le patronat a sans cesse réclamé depuis le début des années 2000, alors que le gouvernement soutenait que cela ne pouvait que profiter aux importations au détriment des producteurs locaux. Or, non seulement l’explosion des importations a eu lieu, mais en plus l’inflation a été telle que même les syndicats ne savent plus s’arrêter dans leurs revendications salariales tellement les quelques rattrapages concédés par le gouvernement sont devenus insignifiants par la suite. Fort heureusement, le pays maintient le système de la subvention (pain, lait et autres produits de base ainsi que les transports et certains services publics qui ne le sont plus ailleurs…), alors qu’une majorité de producteurs sont portés à bout de bras par l’Etat (crédits bancaires, effacement des dettes, exonérations fiscales dans le cadre de l’ANDI, etc., ce qui ne saurait être le cas si l’Algérie était membre de l’OMC, où les pratiques du dumping sont bannies, sinon sanctionnées. Autrement, on ne voit pas comment la situation serait tenable.

Une situation assimilable à un cercle vicieux, d’où il est difficile de sortir, tant que ne sera pas brisée la règle de la disponibilité limitée. Le marché domestique vit, en effet, non pas sous le régime de l’abondance, ni celui de la pénurie, mais entre les deux : chaque nouvelle hausse de la demande produit immédiatement sa réplique sur les prix. Et c’est dans le fait que les prix augmentent sans qu’il n’y ait la moindre rareté de tel ou tel produit qui explique, à elle, seule, qu’il existe bel et bien une caste de spéculateurs qui profitent bien de cette situation.

Or, la caractéristique d’une économie vivant avec des disponibilités limitées – ayant pour origine la faiblesse de la production locale – c’est qu’elle vit constamment dans le besoin des fournisseurs étrangers. Ce qui veut dire que la politique qui consiste aujourd’hui à se contenter de limiter les importations n’offre aucune perspective durable face à l’inflation, sinon de revenir à l’ère des pénuries, et cela tant que de véritables réformes économiques ne sont pas courageusement entreprises pour débarrasser le pays d’une ouverture libérale dont il ne cesse de payer la facture.

Par Nabil Benali

 

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Investissements de l’État et prestations des services publics

Absurde et dommageable sursis

Les investissements publics drainant de grands projets d'infrastructures et équipement se suivent et s'accroissent en intensité. Le dernier, le plan 2010-2014, a été entériné par le Conseil des ministres en mai dernier avec une enveloppe de 286 milliards de dollars. Presque 600 milliards de dollars sont mobilisés par l'Algérie en l'espace de quinze ans (1999-2014) dans des projets censés combler le retard enregistré par le pays dans le domaine des infrastructures (routes, barrages hydrauliques stations de dessalement, ports, aéroports,  voies de chemins de fer, établissement scolaires, hôpitaux et cliniques,…).  

Une bonne partie de ces ouvrages est déjà fonctionnelle. Cependant, les Algériens n’arrivent pas encore à sentir les changements dans les prestations qui leur sont fournies à travers les différents services publics. Une tendance même à l’aggravation est perceptible dans certains services. Pendant l’été 2010, nous avons eu le loisir de constater les chaînes infinies qui se forment dans les services de l’État civil. Pour un acte de naissance, des citoyens ont patienté plus d’une semaine dans certaines communes. La distribution de l’eau potable a aussi fait les frais de la mauvaise gestion des réseaux (fuites, pannes de pompes de refoulement,…) ; car, la ressource hydrique existe. Elle est mobilisée à grande échelle dans les barrages qui ne demandent qu’à être exploités. Il est vrai que, pour certaines communes, les adductions sont encore à l’état de chantier. S’agissant des coupures d’électricité, en dehors des délestages- qui ne sont pas annoncés cette années- l’on comprend mal le système de ‘’goutte-à-goutte’’ par lequel sont servies plusieurs localités.

Ces exemples de dysfonctionnement de certains services publics- auxquels il y a lieu d’ajouter l’état défectueux ou impraticable de certaines routes, la distribution litigieuse de logement sociaux, la bureaucratie grevant les micro-crédits destinés aux jeunes et d’autres impasses qui se dressent devant les citoyens excédés- n’ont pas manqué de créer des tensions à l’échelle de presque la totalité du territoire national. Ces tensions ont souvent évolué en émeutes lorsque la médiation a perdu toute forme de légitimité.

Il y a lieu de constater que même les journées chaudes du Ramadhan- voire même les nuits- n’ont pas échappé à la colère fougueuse de la rue. Les barricades, les émeutes, les grèves, les sit in et les occupations des lieux de travail sont apparemment les instruments de dialogue les plus prisés. Le décalage semble en effet trop béant entre, d’une part, les ambitions d’une économie qui cherche les voies de la modernité et de l’efficacité et, d’autre part, le présent marqué par d’éreintantes incertitudes et interrogations.

La crise sociale telle qu’elle décline ses facettes en Algérie prend les allures d’une crise des valeurs et des mentalités, en plus de son fondement économique bien entendu. Cela s’observe particulièrement dans la manière dont l’administration gère les affaires de la cité et surtout dans l’aspect pratique de ce volet relatif à la gestion des services publics.

L’opinion publique- à tort ou à raison- conclut immédiatement à un paradoxe algérien sui generis qui fait que plus les recettes pétrolières sont consistantes (telles qu’elles sont engrangées depuis le milieu des années 2 000), plus les Algériens vivent dans la difficulté et la tension. On a reproché au gouvernement, au milieu des années 2 000, d’avoir établi la loi de finances sur la base de recettes pétrolières avec un prix de baril référence de 19 dollars au moment où le prix de l’or noir ne cessait de grimper, ignorant l’effet de saison pour ne devenir sensible qu’à la grande géostratégie mondiale. Depuis la loi de finances complémentaire 2008, cette référence est révisée à la hausse, soit 37 dollars ; mais, ce n’est pas ce relèvement à lui seul qui changera les conditions de vie des populations ou qui rendra pour eux les services publics plus accessibles et plus performants.

Arrêter la roue de l’infortune

L’on ne peut ignorer l’engagement du gouvernement sur le terrain de la relance économique ou faire table rase des efforts que les autorités politiques déploient- à travers les investissement publics- pour rapprocher les services publics des populations et les rendre plus efficaces et plus performants. Ce sont aussi des projets structurants destinés à mieux attirer les investissements des entreprises algériennes ou étrangères, seul moyen de création de richesses et d’emplois. Néanmoins, au moment où tous les indicateurs financiers et les indices de développement humain (portés à la connaissance des médias dans les rapports su Conseil national économique et social) se prêtent à une lecture favorable, et au moment aussi où les programmes de développement d’une exceptionnelle densité sont mis branle, nous constatons avec effarement que la dynamique naturelle qui devrait marquer les mécanismes institutionnels, la société civile et la ‘’classe politique’’ de façon à accompagner ce mouvement par un pendant humain, culturel et social ne sont pas tout à fait au diapason. Pourtant, encadrer de telles tâches historiques par un surcroît de travail de proximité et de facilitation des services publics s’avère une mission indispensable aux yeux du commun des citoyens écrasé par l’adversité et la crise multiforme de laquelle le pays tente  difficilement de sortir. Il forme le vœu que ce ne sera pas là une nouvelle toile de Pénélope cousue le jour et défaite la nuit. Il voudrait que la roue de l’infortune soit arrêtée.

L’on ne peut que constater la dichotomie de plus en plus visible entre l’Algérie qui veut avancer et se mettre au diapason des grandes nations-ce que son histoire et ses potentialités ne lui contestent nullement- et l’Algérie des archaïsmes, de la bureaucratie et de la rente que les errements et les compromissions populistes voudraient renvoyer vers un passé révolu.

Les grands pas faits en direction d’une meilleure stabilisation des indicateurs macroéconomiques-endiguement de l’inflation, redressement de la balance des payements, réduction importante de l’encours de la dette, croissance positive du PIB, baisse du chômage- joints à la volonté affichée par le  président de la République de mettre en œuvre des réformes susceptibles de pérenniser et de renforcer la tendance à l’amélioration de l’appareil économique, susceptibles également de réhabiliter l’État, l’administration, la justice et l’école, tous ces éléments, disons-nous, ont insufflé un espoir légitime aux Algériens de se réconcilier un jour avec le travail, les institutions de l’État et leurs concitoyens.

Les orientations affichées par la cabinet Ouyahia depuis l’année 2009 vers ce qui est appelé le ‘’patriotisme économique’’ renforce davantage ce sentiment de ‘’sécurité’’ chez nos compatriotes malmenés par une ouverture libérale qui avait, un certain moment, pris les allures d’une économie de ‘’bazar’’.  Néanmoins, c’est alors avec une amertume et une déception à peine contenues que les Algériens découvrent que les appareils politiques et les structures supposés asseoir la bonne gouvernance ne sont pas encore pénétrés de cette nouvelle culture qui consiste à travailler d’abord pour l’intérêt général et à dépasser les divergences formelles du moment.

La réalité est là : le contraste est suffisamment prononcé entre les horizons et opportunités économiques qui s’offrent à l’Algérie et les pratiques en vigueur au niveau des structures, services et institutions censées servir le citoyen et l’affranchir des lourdeurs inhérentes à l’ancien système de gestion. Il s’agit d’une culture et d’une mentalité qu’il est difficile d’extirper d’autant plus qu’elles ne paraissent pas être très sensibles aux milliards de dollars injectés dans le développement général du pays.

  Surcoûts économiques et déliquescence des valeurs

Les difficultés qui grèvent la vie des populations du fait des négligences, laisser-aller et autres travers liés à l’incompétence et à l’esprit bureaucratique des gestionnaires des services publics sont difficiles à sérier tant ils sont nombreux et variés. Les coupures d’électricité sont devenues monnaie courante. En hiver comme en été, ce ne sont pas les explications qui font défaut : délestages suite à de supposées surconsommations, mauvais temps qui endommage les câbles,…etc. Sachant que cette précieuse énergie conditionne la marche du matériel informatique dont sont dotés tous les services, une panne électrique non réparée dans l’immédiat suppose la paralysie de larges secteurs de la vie publique sans parler des dommages que peuvent subir les appareils électroménagers, les médicaments sensibles et les vaccins. Les systèmes de communication et d’informations se sont largement modernisés particulièrement par l’introduction du moyen de transmission par Internet. La déconnexion des services de la Toile provoque incontestablement des retards, des manques à gagner, voire parfois des pertes fatales pour les entreprises et les particuliers qui ont adapté définitivement leur gestion à ce mode de communication qui s’est popularisé à travers le monde entier.

C’est certainement une bonne chose de réfléchir à une pénalisation plus sévère des délits et violations du code de la route. L’Algérie compte annuellement plus de 4500 tués par le terrorisme de la route. Cependant, comme le soutenait Alexis de Tocqueville au 19e siècle, il ne s’agit pas de savoir si un pays possèdes des lois, mais plutôt de savoir s’il applique à la lettre les lois qu’il a confectionnées. Sur ce volet, l’Algérie a beaucoup de choses à se reprocher. Le piston, la corruption et d’autres comportements indignes des agents de l’État font que les sanctions prises contre les contrevenants sont souvent commuées en acquittement. Il est des agents de circulation qui font bien leur travail. En transmettant à leur tutelle le PV et le permis retiré au conducteur incriminé, ils ne sont jamais sûrs que la sanction suivra. Pire, c’est l’agent qui risque parfois des sanctions (mutation,…) si le contrevenant se trouve être un ponte, un intouchable.

Lorsque la santé ne va pas, rien ne va. Les aléas qui affectent les services de la santé publique sont nombreux et variés. Hormis les urgences qui accueillent les cas très graves de malades ou d’accidentés- même ces patients doivent se résigner à la patience devant des cas présentés comme étant ‘’prioritaires’’-, les autres consultations sont renvoyées sine dei. Les citoyens s’interrogent sur l’absence de médecins de garde du secteur privé. Pourquoi l’administration, à travers les directions de la santé des wilayas, n’a pas réfléchi à astreindre ce corps de métier à des gardes pendant les week-ends et les jours fériés au même titre que les pharmaciens ? La responsabilité des sections ordinales des médecins en la matière demeure également entière.

Il y a bien sûr des situations plus graves, comme celle qui consiste à un médecin gynécologue de l’hôpital à ‘’programmer’’ pour la future maman une césarienne dans un cabinet privé dans lequel il est quelque part ‘’actionnaire’’. Ce phénomène a évolué en véritable ‘’industrie obstétricale’’.

La notion de service public est malheureusement occultée dans tous les débats hormis dans les articles de proximité publiés régulièrement dans les journaux qui font état de graves déficiences de certains services dans les villages et bourgades de l’Algérie profonde.  

Déficit de confiance

Il est établi que la conception de l’État, à travers l’administration publique et à travers aussi les mandats confiés aux élus, ne peut être ni cohérente ni complète si la relation administration/administrés et gouvernants/gouvernés ne se fonde pas sur une qualité des services publics qui soit à la mesure de l’argent et de la confiance que le citoyen-contribuable y met.  L’on peut se faire déjà une idée assez nette de l’esprit de responsabilité et du sens du service public lorsqu’on sait qu’à l’administration de la wilaya seul le service ‘’permis d’inhumer’’ fonctionne pendant les week-end. Le citoyen et le client qui payent leurs impôts (à la source ou a posteriori) sont en droit de recevoir l’eau dans leur robinet lorsque le château qui sert leur quartier ou leur village est ouvert. Il se trouve que 40% du volume d’eau lâché dans les conduites (moyenne nationale) se perd dans les fuites. Certaines de ces fuites sont localisées dans les centres-ville, parfois à proximité des antennes de l’ADE (l’Algérienne des Eaux). Et que dire des petits bambins de l’école primaire dont le dos se trouve arqué faute de tables démunies de dossiers ? Pire, certaines tables ont perdu leurs planches et les écoliers posent leurs fesses directement sur les tubes en fer. Dans de telles situations, nous avons assisté à des scènes où la mairie et la direction de l’Éducation se renvoient la balle, et le grand perdant c’est toujours l’écolier qui subit aussi parfois les rigueurs du froid, lorsque le chauffage n’est pas assuré en classe, et les désagréments d’une nourriture sur le pouce lorsque le domicile familial se trouve loin de l’établissement et que ce dernier n’est pas doté d’une cantine scolaire. Les approvisionnements des cantines est un autre chapitre où viennent se heurter la cupidité immonde de certains fournisseurs sans scrupule, les intérêts opaques et délictueux des agents chargés des contrats de fourniture et…la santé des écoliers qui semble être le dernier des soucis de tout ce beau monde. En matière d’environnement et de salubrité publique, les villes et villages d’Algérie sont écrasés par le poids des saletés et des décharges sauvages qui élisent domicile parfois à proximité des hôpitaux. Et pourtant, ce ne sont ni l’argent ni les moyens matériels qui font défaut. La bonne volonté et le sens l’organisation sont malheureusement les grands absents.

Combien d’articles de journaux ont été consacrés cet été à l’irrigation par les eaux usées ? Ce sont des dizaines. Pourtant, en toute tranquillité, les cultivateurs de pastèques, de melons et même de pommes de terres ont poursuivie leur dangereuse besogne. Les populations se sont légitimement senties abandonnées dans ce genre de situation. D’où un déficit de confiance peut-être irrécupérable entre les citoyens et les chargés des différents services publics.

Par Saâd Taferka

 

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Au centre des réflexions sur l’État moderne

«Le monde du service public n’est plus un monde à part, coupé des contingences de la vie civile et étranger aux exigences de la vie économique. Bien au contraire, l’impératif économique et son corollaire, l’appréciation des coûts des actions engagées, sont au cœur des réflexions contemporaines sur le service public », note le spécialiste en droit administratif Michel Lévy. Le service public est, par définition, « une activité d’intérêt général pour laquelle des prérogatives de puissance publique sont mises en œuvre, laquelle prérogative est exercée sous le contrôle de l’administration. L’usager est le bénéficiaire des prestations du service. Il est placé dans une situation légale et réglementaire et bénéficie des droits opposables à l’administration et du droit au fonctionnement du service. Les services industriels et commerciaux combinent des éléments du droit privé, en raison du caractère commercial de l’activité, et des règles du droit public justifiées par l’idée du service public. (…) Le service public est aujourd’hui au centre des réflexions sur l’État moderne et la démocratie, sur l’économie dirigée et le marché, sur le citoyen et les solidarités collectives  », ajoute-t-il.

Les principes universels du service public peuvent être résumés dans les notions suivantes : la continuité du service, car la satisfaction d’un besoin collectif impose que l’activité fonctionne de manière ininterrompue. L’adaptation du service à l’évolution des besoins d’intérêt général. L’égalité des administrés devant le service public. Et, enfin, la neutralité qui garantit l’universalité du service et la prééminence de l’intérêt général sut tout intérêt particulier. Il prohibe toute action de corruption, de concussion ou de trafic d’influence.  Les modes de gestion des services publics les plus usités sont : la régie (transports communaux et scolaires, par exemple), de moins en moins en moins tolérée par les pouvoirs publics, la concession (à l’exemple des marchés hebdomadaires, marchés de bestiaux, marchés de voitures, gestion de certaines aires de stationnement, gares routières) et les établissements publics (ADE, OPGI, Sonelgaz,…). La combinaison public/privé par le moyen d’organismes intermédiaires répond souvent au souci d’une plus grande souplesse d’action et à celui de la neutralité, comme il permet aussi à la rigidité de certaines règles financières et comptables. Cette tendance lourde de gestion qui est en vigueur dans la plupart des pays développés commence à s’imposer également dans certaines économies émergentes. L’Algérie, qui a engagé des réformes sur plusieurs fronts, ne peut pas échapper à cette règle. L’État, les collectivités locales et les établissement ne peuvent pas, à eux seuls, assurer toutes les tâches et les missions inhérentes aux services publics. Le transport scolaire, les œuvres sociales universitaires, la distribution de l’eau et de l’énergie, le ramassage des ordures ménagères,…relèveront de plus en plus d’organismes privés qui seront liés à l’administration par des cahiers de charges spécifiques aux actions qui leur seront confiées.

Le nouveau Code communal dont a fait état le président de la République lors de l’audition, à la mi-août, du ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales prévoit dans son corps de faire confier par les APC des missions de services publics à des sociétés privées par le truchement d’un cahier de charges bien clair qui engagera les deux parties. Demeureront alors la capacité et la compétence des services de la mairie pour suivre et contrôler les tâches et missions confiés aux organismes privés.

Michel Lévy note que « le service public est aujourd’hui au centre des réflexions sur l’État moderne et la démocratie, sur l’économie dirigée et le marché, sur le citoyen et les solidarités collectives ». Les nouveaux modes de gestion des services publics-qui font intervenir d’autres acteurs et partenaires- sont principalement justifiés par le souci d’efficacité et de productivité vu que le citoyen est en attente légitime d’une prestation à la hauteur de ses cotisations (impôts), de ses assurances (risques matériels et corporels) et des fonds mobilisés par l’État.

S. T.


 

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